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Archive for the ‘10. Pages d’Histoire’ Category

C’est le 19 octobre 1907 que le premier numéro du journal anarchiste Solidaridad Obrera voyait le jour, publié par les sociétés ouvrières de Barcelone. L’objectif de ces sociétés était de satisfaire les revendications économiques des travailleurs et de réduire la durée de la journée de travail, et enfin d’émanciper la classe ouvrière du système capitaliste.

Il s’agissait d’une publication hebdomadaire de quatre pages, qui portait le sous-titre « Organe des sociétés ouvrières » et coûtait 5 centimes l’exemplaire. Outre les articles strictement informatifs, on trouvait déjà des textes traitant de questions de tactique et d’organisation.
Ce nouveau journal est très vite devenu populaire et connu sous le nom de Soli. Lorsque les sociétés ouvrières se sont unies pour former le syndicat anarchiste CNT (Confederación Nacional del Trabajo), la Soli en est devenu son organe le plus diffusé et le plus populaire. Il cessera alors de paraître hebdomadairement pour devenir quotidien.
Solidaridad Obrera  a été interdit ou a vu ses bureaux fermés à plusieurs reprises, notamment par la dictature de Primo de Rivera dans les années 1920, par la République dans les années 1930, par le Parti communiste pendant la guerre civile espagnole et bien sûr par la dictature du général Franco par la suite. Cependant, il est devenu le journal ayant connu le plus fort tirage en Espagne et continue, bien qu’avec un tirage moindre, à paraître encore aujourd’hui.

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Réfugiés espagnols dans le camp d’Argelès.

« Parmi les réfugiés arrivés sur notre territoire après les événements d’Espagne et qui sont hébergés actuellement aux frais de la collectivité publique, se trouvent de nombreux hommes valides en état de travailler. Il n’est pas possible pour le gouvernement d’entretenir sur les deniers publics cette catégorie de personnes, les sommes restreintes consacrées à l’hébergement des réfugiés devant être affectés par priorité, pour des raisons élémentaires d’humanité, aux vieillards, femmes et enfants.
D’autre part, il ne saurait être question d’autoriser ces réfugiés à travailler en France. Cette solution aurait, en effet, l’inconvénient de soumettre la main-d’œuvre nationale à une concurrence inadmissible et de stabiliser une situation qui doit rester purement temporaire. Dans ces conditions, et pour remédier au danger que présenterait la présence sur notre sol d’hommes jeunes, sans ressources et sans travail, j’ai décidé de les mettre en demeure de quitter notre territoire.
En conséquence, vous voudrez bien inviter ces étrangers à choisir le point de la frontière d’Espagne par lequel ils désirent quitter la France. »

Circulaire du 27 septembre 1937, émanant du ministère de l’Intérieur du gouvernement de Front populaire (présidence Chautemps).

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Le 18 septembre 1974, Flora Sanhueza Rebolledo, enseignante et révolutionnaire chilienne, mourait à l’âge de 63 ans des suites des tortures subies lors de sa détention après le coup d’Etat du général Pinochet.
Elle s’était rendue en Espagne en 1935 et avait pris part à la révolution sociale pendant la guerre civile. Après la victoire des fascistes, elle se réfugie en France, où elle est internée comme prisonnière politique jusqu’en 1942. Elle retourne ensuite au Chili et, inspirée par les associations culturelles du début du siècle, fonde l’Athénée libertaire Louise-Michel pour le développement culturel des femmes travaillant dans l’industrie textile d’Iquique. Comme le pays est alors sous la dictature de Gabriel González Videla et que la persécution des révolutionnaires est monnaie courante, une grande partie de son travail se déroule dans la clandestinité. En 1953, l’Athénée ouvrira ses portes aux fils et filles des ouvrières, changeant son nom en Ecole libertaire Louise-Michel, qui parvint à compter jusqu’à plus de 70 étudiants, mais dut fermer ses portes en 1957.
Flora Sanhueza Rebolledo fut arrêtée et torturée après le coup d’État de Pinochet. Elle mourra en résidence surveillée des suites des blessures infligées par ses tortionnaires.

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Le 5 juillet 1940, Carl Einstein, poète, écrivain, historien d’art et combattant anarchiste, mourait, à Bétharram (Pyrénées-Atlantiques).

Photo de Carl Einstein de 1939.

Juif allemand, il naît le 26 avril 1885 à Neuwied (Allemagne). En 1918, il prend part à la révolution spartakiste. Passionné par l’art, il fréquente les milieux artistiques et devient un représentant du mouvement expressionniste en Allemagne, où il fait découvrir Picasso, le cubisme, mais aussi l’art africain. Son œuvre L’Art du 20e siècle, publiée en 1926, révolutionne la façon d’aborder la peinture et les arts plastiques.
En 1928, il s’installe en France et fonde avec Georges Bataille et Michel Leiris la revue Documents. Epris de liberté et profondément révolté, il part en 1936 en Espagne, avec d’autres compatriotes comme Helmut Rüdiger, combattre dans les rangs de la CNT anarchiste. Il s’intègre au sein du Groupe international de la colonne Durruti, mais il est blessé durant les combats. Il est à Barcelone, le 22 novembre 1936, pour s’exprimer lors des obsèques de Durruti.
La guerre terminée, il passe les Pyrénées et se trouve interné dans les camps du sud de la France avec les combattants antifascistes et la population espagnole fuyant les exactions des troupes franquistes. En 1940, sans illusions sur ce qui l’attend s’il tombe aux mains des nazis, il se donne la mort en se jetant dans le gave de Pau. Une stèle dans le cimetière de Boeil-Bezing (Pyrénées-Atlantiques) rappelle son combat pour la liberté.
« Où que pénètre la Colonne, on collectivise. La terre est donnée à la communauté, les prolétaires agricoles, d’esclaves des caciques qu’ils étaient, se métamorphosent en hommes libres. On passe du féodalisme agraire au libre communisme. » (Extrait de l’intervention lors des obsèques de Durruti.)
On peut lire sa biographie écrite par Liliane Meffre (publiée en 2002), Carl Einstein, 1885-1940. Itinéraires d’une pensée moderne.

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Source : L’Ephéméride anarchiste.

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Le 1er juillet 1766, à Abbeville (Somme), le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre est supplicié, à l’âge de 19 ans, pour blasphème et sacrilège, après avoir été accusé de deux actes de profanation (des entailles à l’arme blanche sur le crucifix du pont d’Abbeville et un dépôt d’immondices sur une représentation du Christ dans un cimetière d’Abbeville), sans que sa participation aux faits ait jamais pu être prouvée, ainsi que pour attitude irrespectueuse lors du passage d’une procession religieuse. Après avoir été torturé, il sera décapité et son corps jeté au bûcher. Il deviendra un symbole de la libre pensée.
Un monument à Montmartre et un autre à Abbeville rappellent son martyre.
A noter que la première statue parisienne ayant été fondue par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle statue, différente de la première, fut inaugurée bien des années plus tard.

Montmartre.
Abbeville.

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Le 28 juin 1904, à Amsterdam, le Congrès international antimilitariste, qui se tenait depuis le 26 juin, donne naissance à une nouvelle organisation, l’Association internationale antimilitariste (AIA). Les anarchistes français y sont fortement représentés : Georges Yvetot et Miguel Almereyda, par ailleurs cofondateurs en 1902 de la Ligue antimilitariste, en seront les secrétaires de la section française, mais certains compagnons comme Libertad et Paraf-Javal, jugeant trop timoré le simple appel à la désertion comme moyen d’action, quitteront l’organisation et ne prendront pas part aux activités de l’AIA, qui pourtant essaimera en France avec la création de près d’une centaine de groupes.
Mais en 1905, après la publication d’une affiche s’adressant aux conscrits, vingt-huit membres de l’AIA passeront en procès du 26 au 30 décembre. Vingt-six seront lourdement condamnés (en particulier Gustave Hervé à 4 ans de prison, Yvetot et Almereyda à 3 ans), mais ils seront finalement amnistiés à l’occasion du 14 juillet 1906.
Le second congrès de l’AIA se tiendra les 30 et 31 août 1907, toujours à Amsterdam.
« Pas un homme, pas un centime pour le militarisme. »  » A l’ordre de mobilisation, vous répondrez par la grève générale et par l’insurrection. »

Carte-photo d’un groupe de militants libertaires devant un café, brandissant les journaux La Bataille syndicaliste et Le Libertaire, ainsi qu’un panneau « Tour de France. Souvenir du 1er mai 1913 à Paris. A bas les 3 ans » [de service militaire].

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Le 27 juin 1905, à Chicago, a lieu le congrès constitutif des IWW (Industrial Workers of the World). Cette organisation syndicale rassemble toutes les composantes du mouvement ouvrier et se donne pour objectif (contrairement aux trade-unions corporatistes) la création d’un seul grand syndicat de tous les travailleurs (One Big Union).
« (…) la lutte doit se poursuivre jusqu’à ce que les travailleurs du monde s’organisent en classe, prennent possession de la terre et des moyens de production et abolissent le salariat. »
De nombreux anarchistes participeront aux grèves et actions directes des IWW, qui auront, jusqu’à la Première Guerre mondiale, une grande influence. Ce syndicat radical existe toujours comme son organe de presse, Industrial Worker.
Sur l’histoire de ce syndicat, lire l’ouvrage de l’historien Larry Portis IWW et syndicalisme révolutionnaire aux Etats-Unis.

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Ci-dessous, une affiche des syndicalistes révolutionnaires américains regroupés au sein des IWW (Industrial Workers of the World) et luttant pour la semaine de 30 heures. C’était en 1920. On n’avance guère…

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Henri Cler.

Henri Cler, dit Biffin, est né le 21 septembre 1862 dans le quartier ouvrier du faubourg Saint-Antoine à Paris. Ouvrier ébéniste dans l’ameublement, il se marie avec Rose Buchfinck, une giletière, avec qui il aura deux fils (nés en 1887 et 1890). Militant anarchiste, il se présente en septembre 1889 aux élections législatives comme candidat abstentionniste, et n’obtient (logiquement) aucun suffrage. En avril 1891, il tente de créer un atelier coopératif avec une dizaine de compagnons. Le local qu’il loue à son nom servira aussi un temps de bureau de rédaction au journal Le Père Peinard, mais, faute de moyens suffisants pour payer le terme, il opérera avec une trentaine de compagnons un déménagement mouvementé « à la cloche de bois » ; la concierge malmenée déposera une plainte contre lui.
Fiché par la police comme activiste anarchiste, il est également soupçonné d’avoir hébergé Théodule Meunier, un ouvrier menuisier alors activement recherché. Après le vote des premières lois scélérates, Cler est arrêté une première fois en avril 1894. Relâché le 8 mai 1894, il est à nouveau arrêté début juillet, mais obtient finalement un non-lieu le 14 juin 1895.
Adepte des déménagements « à la cloche de bois » pour éviter de payer le terme de son logement, il est condamné en juillet 1897 à quinze jours de prison. En juin 1898, il devient le gérant de la deuxième série du journal de la corporation des ouvriers de l’ameublement du faubourg Saint-Antoine, Le Pot à colle, ce qui lui vaudra d’être poursuivi par la justice le 25 octobre 1899 et le 2 février 1900 et d’être condamné à trois mois de prison pour injures et diffamation envers un patron de l’ameublement.
En 1907, Henri Cler est radié de la liste des anarchistes à surveiller, mais il n’en poursuit pas moins un militantisme syndical. Au début du mois de mai 1910, une grève éclate chez un fabricant de meubles du faubourg, pour exiger le départ d’un contremaître honni. Le 13 juin 1910, Henri Cler, qui soutient activement les grévistes, est mêlé aux échauffourées avec la police, et reçoit alors de violents coups sur la tête. Transporté à l’hôpital Saint-Antoine, il y décédera le 21 juin.
A l’annonce de sa mort, l’agitation sociale est à son comble, toutes les sections syndicales qui dénoncent cet assassinat appellent à participer aux obsèques.
Le dimanche 26 juin, lors de ses obsèques, un cortège partant du faubourg se met en branle, composé de plusieurs dizaines de milliers de personnes parmi lesquelles flottent les bannières des fédérations, des drapeaux rouges et des noirs. Il doit rejoindre le cimetière de Pantin, mais tout le long du trajet des policiers sont pris à partie. L’un d’eux sera même poignardé et des coups de feu tirés. La sortie du cimetière se termine en véritable émeute, quarante et un policiers sont plus ou moins sérieusement blessés et une centaine de manifestants reçoivent des coups de sabre ou sont piétinés par les chevaux des cuirassiers.
Treize manifestants seront arrêtés et cinq feront l’objet de condamnations, dont Edouard Ricordeau du syndicat des terrassiers.

Obsèques d’Henri Cler (cartes postales).

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Source : L’Ephéméride anarchiste.

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Le 18 juin 1917, dans le prolongement de la révolution de février, des militants anarchistes-communistes ont occupé un certain nombre de résidences privées à Petrograd, Moscou et ailleurs. L’occupation la plus significative concernait la datcha Durnovo, à Petrograd, considérée comme une cible particulière puisque le propriétaire, Piotr Pavlovich Durnovo, était le gouverneur général du district militaire de Moscou qui avait mené la répression durant la révolution de 1905, et la villa se situait dans le quartier de Vyborg où les anarchistes avaient leurs plus fidèles partisans. Ils s’emparèrent donc de la datcha et la transformèrent en Maison commune, pavoisée de drapeaux rouges et noirs. Ils y seront rejoints par d’autres ouvriers de gauche dont un syndicat de boulangers et une unité de milice populaire.

La datcha Durnovo.

Le 18 juin, après qu’un groupe de 50 à 70 anarchistes sont allés pratiquer une nouvelle expropriation, cette fois à l’imprimerie du journal Russkaya Volya, le gouvernement provisoire, en accord avec le comité exécutif du soviet de Petrograd, envoya un détachement militaire commandé par le général Polovtsov pour mettre fin à l’occupation de l’imprimerie.
Avant d’en être expulsés, les anarchistes eurent le temps d’imprimer un tract adressé aux ouvriers et aux soldats, qui disait leur volonté de liquider les traces de l’ancien régime dont le journal était un représentant et de s’emparer de l’imprimerie pour leurs propres besoins. « Mais que personne ne voie dans notre acte une menace pour lui-même. La liberté d’abord. Chacun peut écrire ce qu’il veut. En confisquant ce journal nous ne combattons pas la parole imprimée, mais nous éliminons seulement l’héritage de l’ancien régime. »

Dans la foulée, les autorités tentèrent le 20 juin de reprendre la datcha Durnovo, mais ils se heurtèrent à une forte mobilisation du Club des ouvriers de Prosvet, des syndicats du quartier de Vyborg et de la milice ouvrière. Une mobilisation massive se fit jour, quatre usines se mirent immédiatement en grève, très vite suivies par d’autres. Après l’envoi de deux délégations ouvrières pour négocier, sans résultat, et malgré la menace d’une riposte anarchiste, le 25 juin, un huissier se présenta à la porte de la datcha, mais la milice ouvrière refusa de faciliter l’expulsion et finalement, dans la soirée, le comité exécutif du soviet de Petrograd stoppa l’ordre d’expulsion.
Le 1er juillet 1917, une manifestation de masse fut organisé par le Congrès des soviets, mais contrairement aux organisateurs qui pensaient légitimer leur soutien au gouvernement provisoire, les 500.000 participant se mirent à conspuer les « dix ministres capitalistes » et à réclamer « tout le pouvoir aux soviets ». Les anarchistes, après avoir refusé dans un premier temps d’y participer, « ne soutenant pas les socialistes bourgeois », s’y rendirent armés et en profitèrent pour investir la prison de Kresty, libérant sept de leurs camarades.

Shlioma Aronov Asnin.

Mais la nuit suivante, du 1er au 2 juillet 1917, à 3 heures du matin, la datcha Durnovo sera investie par une centaine de cosaques, un bataillon d’infanterie et même un blindé. Lors de l’assaut, l’anarchiste Shlioma Aronov Asnin sera tué et 59 anarchistes seront arrêtés, dont ceux libérés la veille, ainsi que le marin anarchiste Anatoli Jelezniakov, qui deviendra ensuite un héros de la révolution russe.
Le 15 juillet suivant, des anarchistes sont retournés à la datcha et y ont tenu une réunion secrète pour organiser la protestation de masse qui s’est finalement transformée en un soulèvement armé contre le gouvernement.
Le conflit autour de la datcha Durnovo est un élément déclencheur des événements qui ont entraîné des manifestations armées antigouvernementales à Petrograd les 16 et 17 juillet 1917. A noter que les anarchistes communistes étaient alors la seule force politique qui se prononçait de manière décisive pour le renversement du gouvernement (ce que feront finalement quelques mois plus tard les bolcheviques, aidés par certains anarchistes comme Anatoli Jelezniakov).

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Source : L’Ephéméride anarchiste.

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