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Archive for the ‘10. Pages d’Histoire’ Category

Le 17 juin 1953, en Allemagne de l’Est et particulièrement à Berlin, la décision de l’appareil d’Etat communiste d’augmenter les normes de productivité de dix pour cent pour un salaire équivalent provoque une révolte ouvrière d’ampleur. Déclenchée par les travailleurs du bâtiment de Berlin-Est, la révolte gagne rapidement les autres corps de métier et s’étend à travers le pays. Des centaines de milliers de personnes descendent alors spontanément dans les rues des principales villes pour manifester leur opposition au régime et demander le départ des troupes soviétiques. Des locaux de la police, des bâtiments de la police politique, la Stasi, et les sièges des journaux sont saccagés ou incendiés.
La répression est féroce. Les chars soviétiques écrasent violemment la rébellion. Plus de cinquante manifestants sont tués ainsi qu’une quinzaine de fonctionnaires du Parti ou des forces de sécurité. Près de 14000 personnes sont également emprisonnées. Les autorités communistes, qui obtiennent le soutien d’intellectuels apprivoisés comme Bertolt Brecht, qualifieront ce soulèvement ouvrier de fasciste, manipulé par l’étranger (air connu).

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Francisco Pi y Margall

Après la chute du roi Amédée de Savoie (provoquée en partie par l’agitation anarchiste des ouvriers et paysans pauvres d’Andalousie), le fédéraliste catalan Francisco Pi y Margall, auteur notamment de La reacción y la revolución, traducteur et propagateur des œuvres de Proudhon en Espagne, devient président du pouvoir exécutif de la Première République espagnole, le 11 juin 1873.
Il propose aux Cortès, la chambre des députés, l’établissement d’une république fédérale, séparée du pouvoir de l’Eglise et favorable à une distribution de la terre aux communautés rurales. La réaction monarchiste carliste interrompt brutalement ses aspirations révolutionnaires. Pourtant, en Andalousie et dans plusieurs villes du Sud-Est, s’instaure librement un fédéralisme libertaire. Mais après la démission de Pi y Margall, la réaction reprendra le contrôle. Cependant, la ville de Carthagène résistera durant plusieurs mois.
« (…) notre principe est la souveraineté absolue de l’individu ; notre but final est la destruction absolue du pouvoir et son remplacement par le contrat ; notre moyen est la décentralisation et la transformation continue des pouvoirs existants » (in La reacción y la revolución, 1855).

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Le 9 juin 1909, à Paris, dans la salle des Sociétés Savantes, se déroule un meeting de solidarité avec le dessinateur Aristide Delannoy, condamné le 26 septembre 1908 (avec Victor Méric) à un an de prison et 3000 francs d’amende pour avoir caricaturé le général d’Amade, qui avait été chargé de « pacifier » la province de la Chaouïa, au Maroc, où il se livra à une féroce répression.
L’affiche annonce le concours de personnalités littéraires et politiques comme Anatole France, Jean Allemane, Marcel Sembat, Willm, Bonzon et le dessinateur Jules Grandjouan qui a en outre réalisé l’affiche.
« Il est inadmissible qu’en 1909, en France, un artiste puisse être encore condamné et emprisonné pour avoir exprimé sa pensée dans un simple dessin sans légende. Artistes, écrivains, ouvriers, vous tous partisans de la liberté de penser et d’écrire, nous vous convions au Grand Meeting. »

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Le 7 juin 1914, à Ancône (Italie), alors que dans tout le pays les forces socialistes, républicaines et anarchistes s’étaient unies pour transformer cette journée de fête patriotique en journée d’action antimilitariste et exiger la libération de l’anarchiste Augusto Masetti, emprisonné depuis 1911, les événements prirent rapidement un tour violent.
A l’issue du meeting d’Errico Malatesta (qui avait été arrêté puis relâché le jour même), la police ouvre le feu sur la foule, tue trois jeunes manifestants (un anarchiste et deux républicains) et blesse une quinzaine d’autres personnes.
En réponse à la violence policière, le syndicat révolutionnaire Unione sindacale italiana proclame la grève générale dans tout le pays, où un mouvement insurrectionnel va se développer. C’est le début de la « Settimana Rossa » (la Semaine rouge), qui durera jusqu’au 14 juin et sera matée par une sanglante répression. Malatesta, échappant à la police, reprendra la route de l’exil.

Image souvenir des trois victimes de Villa Rossa : Antonio Casaccia, Nello Budini et Attilio Giambrignoni.

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Le 6 juin 1922, la montagne qui domine la ville d’Osoyoos, en Colombie-Britannique (Canada), prend officiellement le nom d’Anarchist Mountain.
Cette appellation est due à un colon d’origine irlandaise du nom de Richard G. Sidley venu s’installer dans la région en 1889. Receveur du premier bureau de Poste en 1895, il deviendra ensuite juge de paix puis douanier. Mais les opinions politiques qu’il exprime lui vaudront d’être qualifié d’anarchiste, mais aussi d’être relevé de ses fonctions.
Le plateau (qui culmine à 1491 mètres) où il résidait sera alors désigné comme « la montagne de l’anarchiste », appellation qui deviendra ensuite officielle.
L’illustration ci-dessous montre le logo des pompiers d’Anarchist Mountain.

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Il y a trente-trois ans avait lieu le massacre de la place Tian’anmen, à Pékin. Aujourd’hui plus que jamais, la Chine continue de cumuler les innombrables tares du capitalisme le plus sauvage et du communisme le plus répressif. Mais la coopération économique n’a pas d’odeur…

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En février 1923, Albert Einstein se rend à Barcelone à l’invitation de la Mancomunitat (l’ancêtre de la Generalitat, le gouvernement catalan, qui a été rétabli en 1932) pour donner une série de conférences sponsorisées expliquant sa théorie de la relativité. À son arrivée, il insiste pour rencontrer – et donner des conférences – des membres de la CNT, le syndicat anarcho-syndicaliste. Le récit qui suit de la visite d’Einstein à Barcelone est extrait de « ¡Pistoleros ! 3 : 1920-24. Les Chroniques de Farquhar McHarg ».

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Je partageais une chambre louée au-dessus d’un bar de la rue Cadena avec deux rédacteurs de la Soli, Liberto Callejas et Irenofilo Diaro. Le bar était loué à un chef cuisinier du nom de Narciso, un compañero qui l’avait repris après l’échec de la grande grève des garçons de café en 1919. Nous y mangions également – trois fois par jour, nos repas étant inclus dans le loyer – et dormions sur des lits de camp escamotables pendant la journée.
Je travaillais comme outilleur dans une entreprise d’ingénierie à Barceloneta, mais je passais la plupart de mes soirées à traduire et à écrire pour la section des nouvelles internationales de Solidaridad Obrera. La rédaction de la Soli avait déménagé au 58 Conde del Asalto (aujourd’hui Nou de la Rambla), au cœur du cinquième arrondissement, que la presse appelait désormais, pour une raison ou une autre, China Town, le barri Xino. Je donnais aussi un coup de main au journal Crisol mais c’était un travail beaucoup moins exigeant.
C’est au bureau de la Soli que j’ai rencontré Albert Einstein, le grand physicien théoricien qui visitait Barcelone dans le cadre d’une tournée de conférences parrainée par Esteve Terradas, un ingénieur, sympathisant de la CNT et franc-maçon du Grand Orient. Terradas, un partisan enthousiaste des écoles rationalistes, avait fait venir Einstein de Berlin pour donner une série de conférences sur sa théorie de la relativité récemment publiée et dont on parlait beaucoup.

Einstein est arrivé avec sa femme Elsa fin février et, comme il n’était pas une célébrité à l’époque, peu de gens savaient qu’il était en ville jusqu’à ce qu’apparaissent les affiches annonçant ses conférences à l’athénée syndicaliste de la rue Mercader et à l’athénée rationaliste de Sants, de la rue Vallespir.
Les pairs de la ville et les « hommes d’ordre » sont consternés lorsqu’ils apprennent que le grand physicien fréquente les anarchistes et les cénétistes. Ce n’était pas tout. Il s’était inscrit dans une vieille pension délabrée, le Grand Hôtel des Quatre Nations au numéro 35 de Las Ramblas, à l’angle de la rue Escudellers et de la Plaça del Teatro. Les édiles municipaux ont essayé de le transférer au Ritz, mais Einstein n’a rien voulu savoir, insistant sur le fait qu’il préférait rester là où il était. Lorsque je lui ai demandé ce qu’il y avait de si spécial dans cet hôtel, il a répondu qu’il voulait y rester parce que c’était là que Michael Bakounine avait logé en 1869, juste avant le soulèvement de Lyon et la Commune de Paris. Einstein était un admirateur de Bakounine et avait spécifiquement demandé l’ancienne chambre de l’anarchiste russe. Je me demande ce que sa femme a pensé de l’hôtel ou de la chambre ; cela n’avait pas beaucoup changé au cours des cinquante années qui s’étaient écoulées – non pas que les opinions de sa femme semblaient avoir beaucoup d’importance pour lui.

Farquhar McHarg.

Après s’être enregistré aux Quatre Nations, Einstein s’est d’abord rendu au bureau de la Soli où il m’a trouvé en train d’écrire ma chronique. Il est entré à l’improviste et sans prévenir, en demandant à parler à Angel Pestaña. Au début, je n’ai pas su qui il était et j’ai supposé, à cause de son étui à violon et de son apparence ébouriffée, qu’il était un musicien de rue ou de café, un musicien ambulant. Il avait une quarantaine d’années à l’époque, mais il avait déjà un air de distrait permanent, d’un autre monde. Il portait un costume de laine marron délabré avec un cardigan, une chemise blanche avec un haut col en plastique et une cravate rouge, le tout surmonté d’une tignasse de cheveux bruns ébouriffés et indisciplinés qui dépassaient dans toutes les directions, donnant l’impression que quelqu’un lui avait enfoncé une électrode de 2000 volts dans le cul. Ses cheveux grisonnaient déjà aux tempes et à la racine – tout comme sa moustache tombante – et son visage rond et joyeux affichait une expression de surprise permanente et agréable ; ses yeux brillaient de malice et d’humour.
« Salud ! dit-il en me prenant chaleureusement la main à deux mains. Permettez-moi de me présenter. Je m’appelle Albert Einstein et je suis, moi aussi, un révolutionnaire, un anti-autoritaire : je suis le Souabe original, vaillant et sans peur. Vous, les anarchistes et les anarcho-syndicalistes de la CNT, vous êtes aussi de vaillants Souabes, des révolutionnaires de la rue ; moi, par contre, je suis un révolutionnaire de la nouvelle génération qui opère dans le domaine de la physique quantique et je réfuterai les théoriciens réactionnaires des quanta, je porterai l’étendard de la révolution quantique dans des territoires toujours plus lointains et je fournirai la synthèse finale triomphante de la théorie du champ unifié. »
Je l’ai regardé fixement, abasourdi, et – j’ai honte de l’admettre – tout ce que j’ai trouvé à dire au grand homme, c’est : « Vraiment ? Fascinant ! Voulez-vous un café ? »
Pestaña n’était pas là, alors j’ai expliqué brièvement qui j’étais et ce que je faisais à Barcelone, et j’ai proposé de l’emmener aux bureaux du syndicat dans la rue Nou voisine, où nous le trouverions probablement. Nous nous sommes très bien entendus et avons discuté comme de vieux amis tout en marchant. La raison pour laquelle il voulait rencontrer Pestaña était que ses amis anarchistes de Berlin – Rudolf Rocker, Fritz Kater et Augustin Souchy – disaient qu’il était la meilleure personne pour expliquer ce qui se passait en Espagne.
C’était un plaisir d’être avec Einstein, il était compréhensif et nous soutenait dans tout ce que nous faisions. Nous avons discuté pendant des heures dans le bureau de Pestaña avant d’aller dîner. Ce fut une soirée mémorable, pleine de petits aperçus de l’univers physique et métaphysique – et de l’homme lui-même.
Je me souviens de l’un de ses commentaires les plus mémorables : « C’est agréable d’être quelque part où personne ne s’occupe de physique quantique. » Il aimait les saucisses et la musique, sans ordre de préférence particulier, et nous avons donc choisi le restaurant où nous l’avons emmené pour son chorizo et son quatuor à cordes, ce qui a énormément plu à cet « intrépide Souabe ». Comme il le disait, « les bonnes saucisses nourrissent le corps et la bonne musique nourrit l’imagination ». En fait, il était si excité quand il a vu que le restaurant avait un orchestre qu’il a sauté sur le podium avec son violon et a supplié les musiciens de le laisser se joindre à eux. Que pouvaient-ils dire ? Il ne leur a pas fallu longtemps pour se rendre compte de leur erreur, mais tout le monde – public et musiciens – a accepté sa contribution au divertissement de la soirée sans critique et avec bonne humeur, et lui a fait une ovation à la fin, probablement pour qu’il quitte la scène. Son jeu était épouvantable, et il semblait totalement inconscient de son manque de talent musical. Einstein était peut-être capable de prédire la déformation de la lumière des étoiles par la déformation de l’espace autour du soleil, mais il était nul au violon.
Einstein était l’une de ces personnes qui ont une théorie et une opinion sur tout, pas seulement sur la relativité, mais il n’était jamais ennuyeux ou pédant – même sur son pacifisme. Sa conversation était passionnante, et il débordait de passion pour son dégoût du pouvoir de l’État et de toutes les formes d’enrégimentement. La politique, disait-il, est pour le présent, mais nos équations sont pour l’éternité. La seule chose sur laquelle il n’avait pas encore de théorie, c’était ce qu’il appelait l’einheitliche Fieldtheorie, une théorie unifiée sur tout, mais il y travaillait.

Au cours du dîner, il a expliqué comment l’idée de la relativité lui était venue. C’est arrivé alors qu’il rêvait de voyager sur un rayon lumineux. Il l’a décrit comme l’un de ses moments « Aha ! », lorsque « les petites cellules grises du cerveau » font soudainement une découverte. « Les idées vous tombent dessus quand vous vous y attendez le moins, a-t-il observé, quand le cerveau a abandonné le gros problème auquel vous êtes confronté et que vous êtes distrait et pensez à quelque chose qui n’a rien à voir. »
Un autre de ces moments « Aha ! » l’a amené à appliquer sa théorie de la relativité à la gravité. Cette révélation particulière s’est produite un jour après le déjeuner, alors qu’il regardait distraitement par la fenêtre du bureau des brevets où il travaillait. De l’autre côté de la rue, il aperçoit un ardoisier perché de façon précaire sur le toit d’un grand immeuble. Soudain, il a un flash de l’homme en train de tomber – et même si cette pensée le rend malade et le fait paniquer, il se surprend à calculer, de façon incongrue, que dans sa chute, jusqu’à ce que l’homme touche le sol, il n’aura pas conscience de son propre poids. Il décrit ce moment comme celui de la « certitude parfaite », une pensée inspirée qu’il considère comme la plus heureuse de sa vie jusqu’à présent. Tout est relatif, je suppose.
L’idée générale de l’histoire, dit-il, est que si vous avez le sentiment d’être dans une impasse, la meilleure façon d’aborder tous les problèmes – qu’ils soient mathématiques, scientifiques, politiques, éthiques, moraux ou même domestiques – est de s’en éloigner. Lorsqu’il semble que vous ne pouvez plus rien faire, vous devez trouver un moyen de vous distraire, peut-être en promenant le chien si vous en avez un. La réponse, mes amis, conclut-il triomphalement, arrivera quand vous vous y attendrez le moins et vous verrez la même vieille chose d’une manière complètement nouvelle. Une fois que cela se produit, vous ne reviendrez jamais en arrière !

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Le 2 juin 1908, à Vigneux-sur-Seine, alors que les ouvriers des sablières sont en grève depuis un mois pour l’amélioration de leurs conditions de travail (douze heures par jour, les pieds dans l’eau, pour un salaire de misère), des heurts se produisent entre les grévistes et des briseurs de grève protégés par les gendarmes. Dans l’après-midi, le comité de grève, installé dans l’hôtel-restaurant du Progrès, est encerclé par les gendarmes, qui exigent qu’on leur livre un ouvrier qui aurait le matin même donné un coup de poing à un pandore. Empêchés d’entrer dans le local par les grévistes, les gendarmes font usage de leurs armes, tuant deux ouvriers, Emile Giobellina (terrassier de 17 ans) et Pierre Le Foll (ouvrier charpentier de 48 ans), et blessent plus ou moins grièvement par balles neuf autres travailleurs.
Lors des funérailles de Le Foll, le 4 juin, puis celles de Giobellina, le 5 juin, alors que la Fédération du bâtiment appelle à venger les camarades assassinés, des escadrons de cuirassiers patrouillent dans les rues de Vigneux, Draveil et Villeneuve-Saint-Georges. Cela n’empêchera pas de nouveaux heurts de se produire auxquels les anarchistes, qui soutiennent ces travailleurs précaires, participent.
Mais le pouvoir, et en particulier le président du Conseil Georges Clemenceau, jouant sur le pourrissement, va de nouveau provoquer un massacre le 30 juillet 1908.

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* Lire « Clemenceau briseur de grèves », collection « archives » Julliard, Paris, 1965.

Dessin de Delannoy pour la revue « Les Hommes du jour ».

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Le 1er juin 1905, à Châtelaillon (Charente-Maritime). Après la colonie de vacances pour tous « Le Rayon de Soleil » des socialistes, c’est au tour des anarchistes d’ouvrir une colonie de vacances libertaire, sous le nom de « Libertaire-Plage ». L’initiative en revient au compagnon Brunia, pêcheur et ostréiculteur installé depuis six ans à Châtelaillon. Selon l’annonce faite dans Les Temps nouveaux du 6 mai 1905, elle ouvre durant les mois d’été et jusqu’au 1er octobre. Le séjour des colons est limité à 25 personnes par quinzaine, pour cette première année. Le prix journalier en pension complète est de 2 francs par personne (1 franc pour les enfants de moins de 10 ans), prix modique quand on le compare à celui d’un verre d’absinthe, d’environ 25 centimes.
Cette « Libertaire-Plage » sera fréquentée par les anarchistes individualistes parisiens du journal l’anarchie. Des militants anarchistes de Rochefort et La Rochelle y participaient également. Dans ses articles, Anna Mahé évoque d’ailleurs très précisément le compagnon Brunia qui se charge de la cuisine.
On ignore le nombre d’années que dura cette expérience de centre de vacances libertaire.

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