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Pour lutter contre l’incendie qui s’est déclaré le 5 août dans un dépôt pétrolier de Matanzas, à Cuba, le régime a envoyé des jeunes gens effectuant leur service militaire, sans expérience dans ce domaine. On apprend aujourd’hui, grâce aux informations diffusées sur les réseaux sociaux par leurs familles et amis, que quatre d’entre eux y ont perdu la vie.

Adriano Rodríguez et Fabián Naranjo

Leo Alejandro Doval (19 ans), Adriano Rodríguez (19 ans), Michel Rodríguez Román (20 ans) et Fabián Naranjo, dont l’âge n’est pas précisé, sont morts, criminellement exposés en première ligne alors qu’ils n’avaient aucune formation de pompier professionnel spécialisé dans ce type de catastrophe.
Jusque-là, le régime cubain n’avait fait part que d’une seule victime, un pompier âgé de 60 ans (60 ans !), et de quatorze « disparus ». C’est par les messages de condoléances diffusés sur les réseaux sociaux que cette tragédie a pu être portée à la connaissance du public. Officiellement, un seul des quatre jeunes gens, Michel Rodríguez Román, est mort, selon le gouvernement cubain et les médias du régime (il n’en existe pas d’autres). Cette mort, déjà scandaleuse, n’a pas empêché, encore une fois, le gouvernement cubain de verser dans l’ignominie par l’utilisation qu’il en a faite à des fins de propagande politico-idéologique, transformant la victime, dans le langage immonde de la dictature, en « héros et martyr », comme si l’on pouvait qualifier de héros quelqu’un qu’on a obligé à se trouver dans l’endroit où il a perdu la vie.

Michel Rodríguez Román

« A seulement 20 ans, il se transforme en héros, faisant grandir la liste de nos glorieux martyrs. Un autre ange vient de gagner le ciel », écrit au sujet de Michel Rodríguez Román, par exemple, José Luis Guzmán Cuza, l’un des journalistes-larbins du régime castriste. Les familles des trois autres victimes semblent toutefois ne pas manger de ce pain-là et ont pris les devants avant que leurs fils, neveux ou amis ne fassent l’objet d’une même obscène récupération politique.
Ainsi la grand-mère de Leo Alejandro Doval écrit-elle : « C’était un garçon qui était sur le point d’entrer dans sa phase de jeune homme, malheureusement écourtée. Ses rêves et ses projets de vie ont été brisés. Il rêvait de devenir neurochirurgien et nous en parlait avec enthousiasme. Mon garçon n’est pas un martyr, il est une victime du service militaire obligatoire. Pardonnez-moi, la douleur ne me permet pas de continuer.  Il n’avait pas à être là. »

Leo Alejandro Doval

Auparavant, sa tante, Yunia Doval, dans une sorte de lettre ouverte particulièrement émouvante adressée à son neveu défunt, écrit : « A toi, mon Leo. Je ne te veux pas en héros, mon garçon, je t’aurais préféré lâche ! Pourquoi ça ne m’a jamais traversé l’esprit de te le dire ? J’ai toujours admiré tes valeurs et nous savions dans notre famille que tu n’es pas du genre à fuir, sans imaginer qu’aujourd’hui j’aurais préféré que tu t’enfuies. Je serais tout aussi fière si tu arrivais maintenant en disant que tu es soudainement devenu lâche, rebelle, et que tu es descendu du camion de pompiers, parce qu’en fin de compte tu n’es pas l’un d’entre eux. »
De leur côté, des membres de la famille de Fabián Naranjo font peser sur l’Etat cubain la responsabilité d’avoir mis la vie de ces jeunes gens en danger. « Nous aimons notre enfant. Nous n’avons pas besoin d’un héros. Qui va assumer la responsabilité d’avoir amené ces enfants inexpérimentés sur une scène aussi dangereuse ? Qui leur a ordonné de se tenir dans la zone rouge, où ils risquaient d’être atteints par les flammes si la force du feu augmentait, comme cela a été le cas ? Qui n’a pas songé qu’il mettait en danger la vie d’enfants, que leurs parents ont toujours maintenus sains et saufs ? Qui va en assumer la responsabilité ? », écrit Yanelys Naranjo dans une saine colère.

Cuba brûle

Ce qui se passe actuellement à Cuba ne semble guère passionner et encore moins inquiéter les médias français. Vendredi 5 août au soir, un gigantesque incendie s’est déclaré dans un dépôt pétrolier de Matanzas, à une centaine de kilomètres à l’est de La Havane.

L’explication officielle veut que l’incendie se soit déclaré après qu’un éclair a touché l’un des huit immenses réservoirs que compte ce dépôt. Le lendemain, samedi 6 août, un deuxième réservoir brûlait. Puis lundi 8 août l’incendie gagnait un troisième réservoir, et ce mardi on apprenait qu’un quatrième était atteint à son tour. La ville de Matanzas est entièrement recouverte depuis quatre jours d’une épaisse fumée noire, dont on peut supposer qu’elle aura des effets néfastes, à court ou moyen terme, sur la santé des habitants. On peut le voir grâce aux nombreuses photos prises par des Cubains et diffusées sur les réseaux sociaux.
De toute évidence, les moyens nécessaires pour lutter contre ce type de catastrophe manquent cruellement à Cuba. Les fanatiques du régime castriste, aidés en cela par les imbéciles et autres naïfs, vous diront encore une fois que la faute en revient sans doute à l’embargo imposé par les Etats-Unis. C’est là la sempiternelle excuse pour expliquer tout ce qui va mal à Cuba, et le moins qu’on puisse dire c’est que tout va mal là-bas. Les thuriféraires du régime ne nous expliquent toutefois jamais pourquoi cet embargo n’empêche nullement que les hôtels de luxe 5-étoiles destinés au tourisme continuent de se multiplier sur l’île, alors que l’habitat et les conditions de vie de la population, entre autres, demeurent dans un état désastreux. Mais comme me le disait un ami de La Havane : « Tu n’entendras rien à l’économie cubaine jusqu’à ce que tu comprennes que la pauvreté n’est pas un échec mais un succès du gouvernement. »

Revenons à notre incendie. Impuissants dès les premiers instants, les dirigeants cubains ont fait appel aux « pays amis » pour leur venir en aide. Plusieurs ont répondu, même « l’ennemi », les Etats-Unis, sans toutefois que ce dernier soit jusque-là autorisé à se rendre sur place. Un épisode ubuesque, survenu le samedi 6 août, illustre on ne peut mieux le délire et l’incompétence dans lesquels se vautrent ces dirigeants cubains. Alors que l’urgence de faire intervenir des spécialistes se faisait particulièrement sentir, le régime organisait sur le tarmac de l’aéroport de La Havane une espèce de manifestation politico-militaire, pour accueillir une délégation de pompiers mexicains, avec hymnes, discours et parade militaire. Quelques heures plus tard, un deuxième réservoir explosait…

Cette catastrophe occupe bien sûr nombre de Cubains sur les réseaux sociaux, où les témoignages de solidarité avec les habitants de Matanzas et avec les victimes du désastre se multiplient. Si nombreux sont les messages dénonçant l’imprévoyance et l’incompétence des dirigeants cubains, tandis que d’autres y vont de leurs agaçantes et récurrentes bondieuseries, voyant là une sorte de châtiment divin (envers qui ?), certains versent dans un moralisme cucul, affirmant que l’heure n’est pas à la politisation de l’événement.
Outre que le gouvernement cubain ne s’est guère gêné pour organiser ce grotesque épisode patriotico-idéologique à l’aéroport de La Havane, il est permis de souligner qu’il est un domaine, un seul, où le régime mendiant castriste n’a nul besoin de faire appel à un quelconque pays ami : la répression.

Si, en effet, un soulèvement populaire se produisait à Matanzas, il ne manquerait ni un flic, ni un militaire, ni une matraque, ni une cellule où enfermer les émeutiers. Aucun embargo n’a jamais empêché, depuis soixante-trois ans, que les moyens matériels et humains au service de la répression soient, comme dans tous les pays dictatoriaux de ce type, considérables. Comme tous les gouvernements, celui de Cuba fait des choix. Entre la sécurité de ses citoyens et les moyens répressifs, on sait où vont ses priorités. Les lourdes condamnations ayant frappé les manifestants du 11 juillet 2021 (voir ici même les articles sur le sujet) sont là pour en montrer l’évidence.

Dans le délicieux ouvrage Chantier Schéhérazade* de l’ami René Troin, créateur avec Pierre Delorme et moi-même du site « Crapauds et Rossignols** » consacré à la chanson, on peut lire ceci : « Tout près de là, dissimulée, mais plus pour très longtemps, dans le public tassé sur les gradins, une jeune et jolie inconnue, mais plus pour très longtemps, sourit avec un rien de commisération à la commissure des lèvres. Elle s’appelait Chantal Cézanne mais venait, l’après-midi même, de se rebaptiser Goya, son manager l’ayant persuadée qu’on ne réussit pas dans la chanson avec un nom de peintre. »
Cette petite introduction, qui me permet au passage de rendre un hommage à cet ami disparu, a pour but d’évoquer aujourd’hui le thème des peintres dans la chanson. Voici donc deux titres, l’un de Pierre Delorme – qui avait déjà écrit sur Gauguin et Picasso – consacré à Corot, et l’autre de Philippe Forcioli – qui a aussi chanté Chagall – évoquant Van Gogh.
Mais il y en a d’autres, bien sûr. Il faut chercher…
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* Chantier Schéhérazade, de René Troin, éditions Sous la Cape, 2012.
** http://www.crapaudsetrossignols.fr/

La prison est un thème à l’origine de pas mal de chansons. On laissera de côté ici celles qu’ont écrites ou interprétées les vedettes du showbiz, cette rubrique n’étant pas faite spécialement pour les célébrités.
Je vous en propose deux, que chantent Bernard Joyet et Véronique Pestel.
Mais il y en a d’autres, bien sûr. Il faut chercher…

Les récentes journées de canicule vécues partout en France ont relancé pour la énième fois, et certes pas la dernière, le débat sur la catastrophe climatique et écologique. Le monde de la chanson qui nous occupe ici ne s’est guère intéressé au sujet durant toute la période qu’on a coutume de désigner sous l’expression d’« âge d’or » de la chanson à texte. Cela a bien sûr un peu changé depuis quelques années. On trouve cette préoccupation, par exemple, dans certaines chansons de Gilbert Laffaille.
Pourtant, certains auteurs se sont penchés sur ce thème il y a plusieurs décennies de cela. Ce fut le cas d’un artiste bien oublié aujourd’hui, Jean-Yves Luley, qui proposait alors cette chanson, « J’habitais une maison », en 1976.
Mais il y en a d’autres, bien sûr. Il faut chercher…

Il n’y a pas que l’anarchie dans la vie. Comme vous le savez peut-être, pendant une douzaine d’années j’ai animé, avec une poignée d’amis tous bénévoles, une salle de spectacle, le Forum Léo-Ferré, à Ivry-sur-Seine, un lieu presque exclusivement consacré à la chanson dite « à texte », que nous avions parfois l’habitude de qualifier publiquement de « non crétinisante ».
Je vous propose de partager ici, de temps à autre, des chansons que j’aime bien, en espérant que vous apprécierez quelques-unes d’entre elles.
Pour commencer, et afin de rester tout de même un peu dans une atmosphère libertaire, voici donc Georges Chelon et sa chanson « Le pouvoir ».

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Le site de Georges Chelon : https://georgeschelon.com/



Le 5 juillet 1940, Carl Einstein, poète, écrivain, historien d’art et combattant anarchiste, mourait, à Bétharram (Pyrénées-Atlantiques).

Photo de Carl Einstein de 1939.

Juif allemand, il naît le 26 avril 1885 à Neuwied (Allemagne). En 1918, il prend part à la révolution spartakiste. Passionné par l’art, il fréquente les milieux artistiques et devient un représentant du mouvement expressionniste en Allemagne, où il fait découvrir Picasso, le cubisme, mais aussi l’art africain. Son œuvre L’Art du 20e siècle, publiée en 1926, révolutionne la façon d’aborder la peinture et les arts plastiques.
En 1928, il s’installe en France et fonde avec Georges Bataille et Michel Leiris la revue Documents. Epris de liberté et profondément révolté, il part en 1936 en Espagne, avec d’autres compatriotes comme Helmut Rüdiger, combattre dans les rangs de la CNT anarchiste. Il s’intègre au sein du Groupe international de la colonne Durruti, mais il est blessé durant les combats. Il est à Barcelone, le 22 novembre 1936, pour s’exprimer lors des obsèques de Durruti.
La guerre terminée, il passe les Pyrénées et se trouve interné dans les camps du sud de la France avec les combattants antifascistes et la population espagnole fuyant les exactions des troupes franquistes. En 1940, sans illusions sur ce qui l’attend s’il tombe aux mains des nazis, il se donne la mort en se jetant dans le gave de Pau. Une stèle dans le cimetière de Boeil-Bezing (Pyrénées-Atlantiques) rappelle son combat pour la liberté.
« Où que pénètre la Colonne, on collectivise. La terre est donnée à la communauté, les prolétaires agricoles, d’esclaves des caciques qu’ils étaient, se métamorphosent en hommes libres. On passe du féodalisme agraire au libre communisme. » (Extrait de l’intervention lors des obsèques de Durruti.)
On peut lire sa biographie écrite par Liliane Meffre (publiée en 2002), Carl Einstein, 1885-1940. Itinéraires d’une pensée moderne.

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Source : L’Ephéméride anarchiste.

Fosses communes

La carte ci-dessous indique l’emplacement des fosses communes où furent jetés les corps de centaines de milliers d’Espagnols antifranquistes, républicains, anarchistes, socialistes, communistes.
On mesure ainsi l’ampleur du majuscule crime commis après la victoire des militaires factieux et des bandes fascistes à leur côté, d’autant que quatre-vingt-trois ans après la fin de la guerre civile, toutes les fosses communes du pays n’ont pas été mises au jour. Il paraît que seul le Cambodge des Khmers rouges en compte davantage. En Espagne, les assassins n’ont jamais eu à rendre de comptes.

Le 1er juillet 1766, à Abbeville (Somme), le chevalier François-Jean Lefebvre de La Barre est supplicié, à l’âge de 19 ans, pour blasphème et sacrilège, après avoir été accusé de deux actes de profanation (des entailles à l’arme blanche sur le crucifix du pont d’Abbeville et un dépôt d’immondices sur une représentation du Christ dans un cimetière d’Abbeville), sans que sa participation aux faits ait jamais pu être prouvée, ainsi que pour attitude irrespectueuse lors du passage d’une procession religieuse. Après avoir été torturé, il sera décapité et son corps jeté au bûcher. Il deviendra un symbole de la libre pensée.
Un monument à Montmartre et un autre à Abbeville rappellent son martyre.
A noter que la première statue parisienne ayant été fondue par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle statue, différente de la première, fut inaugurée bien des années plus tard.

Montmartre.
Abbeville.

Où l’on voit que l’on peut employer les termes « Negro », « Youpin », « Chinetoque », et faire une chanson éminemment antiraciste, n’en déplaise aux adeptes des pudeurs langagières de notre époque moralisante.

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