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Aujourd’hui : Carlos Oliva Rivery, Henry Couto Guzmán, Dagoberto Valdés Hernández et Yoandy Izquierdo Toledo.

Pour la deuxième fois en quinze jours, la Sécurité d’Etat a arrêté Carlos Oliva Rivery, membre de la direction nationale de l’Union patriotique de Cuba (UNPACU). A quelques mètres du siège de l’organisation dans le quartier d’Altamira, à Santiago de Cuba, Oliva a été menotté par des agents de la Sécurité d’Etat et de la Police nationale révolutionnaire (PNR) (sic) et conduit vers la deuxième unité de police de la province appelée El Palacete.

Carlos Oliva Rivery.

Carlos Oliva a déclaré : « J’ai été arrêté, interrogé et à nouveau accusé par la police politique d’être le principal responsable de la campagne nationale que l’UNPACU développe dans tout le pays en faveur de la libération de José Daniel Ferrer et de tous les prisonniers politiques. Ils m’ont assuré que José Daniel va être condamné à de nombreuses années de prison et ils m’ont également dit que mes amendes précédentes demeurent impayées et je suis donc près de me retrouver en prison », a ajouté Oliva Rivery, qui a été condamnée à cette occasion à 200 pesos. « J’ai été condamné à plus de dix reprises, et j’accumule maintenant plus de 10 000 pesos d’amendes », précise-t-il, mais il refuse de les payer, car attribuées de façon arbitraire.
« En tant que membre de la direction de l’Union patriotique de Cuba, je suis responsable de toute l’activité qui se développe dans tout le pays, comme le sont aussi mes camarades, et c’est quelque chose que j’assume avec courage mais surtout avec fierté car c’est pour moi plus qu’un devoir, un honneur de mener la campagne pour la liberté de notre leader et frère de combat José Daniel Ferrer, et pour les autres prisonniers politiques. Je suis sûr qu’ils feraient la même chose pour moi », a déclaré Carlos Oliva.
La maison d’Oliva Rivery, qui fait office de local de l’UNPACU, a fait l’objet de plusieurs perquisitions arbitraires et violentes par les forces du ministère de l’Intérieur. Lui et sa famille ont subi des dizaines d’arrestations, dont beaucoup avec violence, et ont l’interdiction de quitter Cuba depuis 2016.
Selon Carlos Amel Oliva Torres, responsable de la jeunesse et porte-parole de l’UNPACU, l’accentuation de la répression est une conséquence directe de la campagne menée dans différentes régions du pays en faveur de la libération de José Daniel Ferrer et de tous les prisonniers politiques dans le cadre d’activités pacifiques. « Au cours de ces deux mois, le régime cubain a pu percevoir que l’emprisonnement de José Daniel n’est pas suffisant pour mettre fin à l’activisme de l’UNPACU. Il fait une grosse erreur s’il parie tout là-dessus. »
Le 10 décembre sera célébrée la Journée internationale des droits de l’homme, une date marquée à Cuba par la répression du régime contre la société civile indépendante. Pour Amel Oliva, le contrôle et les détentions vont augmenter.

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Henry Couto Guzmán.

Lorsqu’il s’est rendu à l’Office des migrations pour renouveler son passeport afin de se rendre en Europe, on ne lui a fait aucune objection. On lui a simplement demandé de payer le timbre officiel. Le lendemain, quand il est arrivé avec tous les éléments requis, les agents du ministère de l’Intérieur l’ont informé qu’il était regulado, donc interdit de sortie du pays.
C’est ce qui vient d’arriver à Henry Couto Guzmán, habitant de Guantánamo, que le gouvernement accuse d’être un « espion » à cause de ses projets d’activités avec les enfants de son quartier et sa collaboration avec plusieurs organisations non gouvernementales reconnues, comme People in Need : « Ils disent que je suis un espion qui travaille pour des puissances étrangères et qui affecte la paix internationale », a-t-il déclaré.
Au cours de la réunion, un officier de la Sécurité d’État et un autre fonctionnaire présent ont proposé à l’opposant de faire une vidéo disant qu’il regrettait, que les ONG l’utilisaient et que son travail à Cuba était lié à la CIA. « Ils voulaient que je donne de fausses informations sur le travail des ONG à Cuba et ils m’ont dit que si je le faisais ils pourraient me permettre de quitter le pays », a-t-il ajouté.
Cet activiste et journaliste indépendant, qui écrit pour des publications au Pérou et en République tchèque, a été arrêté à plusieurs reprises par le passé. En 2017, son domicile à Guantánamo a été perquisitionné et son matériel de travail confisqué par la police politique.

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La Sécurité d’Etat a convoqué, vendredi 6 décembre, Dagoberto Valdés Hernández et Yoandy Izquierdo Toledo, du centre d’études Convivencia (CEC), à Pinar del Río, pour les interroger sur leur récent voyage en Espagne et leur séjour à l’université catholique de Vitoria, ont dénoncé ces activistes sur les réseaux sociaux.
La pratique consistant à convoquer tout membre de l’organisation aux bureaux de l’immigration à son retour de voyage est courante de la part de la police politique, comme Valdés l’a dénoncé à plusieurs reprises.
Le centre d’études Convivencia, basé à Pinar del Río, organise des cours de formation pour les citoyens et la société civile à Cuba. Il s’agit d’un projet indépendant qui, selon ses organisateurs, s’efforce d’améliorer la nation loin de toute influence politique ou gouvernementale.

Mon écoute attentive de Radio-Libertaire s’est poursuivie vaillamment. L’article précédent* a fait l’objet de très nombreuses visites sur ce blog, ce qui montre que le sujet intéresse, mais il est à signaler – ô ingratitude humaine ! – que ce travail, pourtant utile, ne m’a valu aucun remerciement de la part du secrétariat radio, à qui je mâche pourtant le boulot qu’il devrait faire. Un vague secrétaire à je ne sais quoi, du côté de Lyon, s’est même permis une petite bassesse à mon endroit, mais la libre expression ne saurait être perturbée par les jappements des roquets.
Cette fois, je ne suis pas entré dans le détail comme la semaine passée, ce qui aurait conduit à nombre de répétitions. Je me suis contenté de noter le retour de certaines émissions précédemment absentes et la tenue, ou pas, de celles qui n’existent qu’en alternance sur la grille de programmation**.

Lundi 2 décembre : par rapport au lundi précédent, on note le retour de l’émission militante « C’est là que ça se passe », animée par Christophe. Sinon, les mêmes « trous » dans la grille demeurent. Ce qui donne six heures et demie de bande sans fin.
Mardi 3 décembre : La première émission en direct ne commence qu’à 14 h 30, comme le mardi précédent. Après une heure et quart d’émission, RL nous offre deux nouvelles heures de musique en continu.
De 18 h à 19 h 30 : émission « Pas de quartiers » animée par des militants du groupe parisien Louise-Michel (un mardi sur deux). L’invité est Victor Collet, auteur du livre Nanterre, du bidonville à la cité. Bonne émission.
L’émission « Ça booste sous les pavés » n’a pas eu lieu. Cela nous fait donc dix ou onze heures de bande sans fin, selon qu’on fait commencer la programmation à 8 h ou à 9 h. C’est le record pour l’instant.
Mercredi 4 décembre : une heure d’émission seulement entre 9 h 30 et 14 h avec « L’entonnoir ». Bande sans fin le reste du temps. De 14 h à 16 h a lieu « Flemmardise et rêveil mots », l’une des émissions en alternance dans ce créneau horaire. De 16 h à 17 h 30 a lieu « Le Ferré Club ». J’ignore le nom de l’animateur, mais son émission est très bien. De 17 h 30 à 18 h 30, bande sans fin.
De 18 h 30 à 20 h 30, l’émission « Femmes libres » a invité Jacques Lesage de La Haye et Nicole Fontan, pour rendre hommage à ces deux fondateurs de « Ras-les-murs », l’émission née en 1989 et consacrée à la prison, qui a jeté l’éponge récemment, après trente ans d’existence. Au passage, je les remercie d’avoir rappelé à l’antenne mon implication dans des émissions consacrées à l’enfermement entre 1981 et 1988.
Bilan de la journée : six heures trente de bande sans fin.
Jeudi 5 décembre : grande journée de grève qui n’aura eu de toute façon que peu d’impact sur la programmation, celle-ci ne débutant pas avant 12 h 30 ce jour-là, et l’après-midi comportant plusieurs « trous ». A noter que des animateurs sont venus faire le point, de 18 h à 19 h 30, sur ce qui se passait dans la manifestation parisienne. Fini le temps où RL bousculait ses programmes habituels pour proposer des reportages en direct lors de ces journées particulières de grands mouvements sociaux, ce qui est pourtant rendu plus facile avec les moyens techniques d’aujourd’hui.
Vendredi 6 décembre : la grève des transports se poursuit à Paris. Aucun impact sur la matinée de RL puisque de toute façon aucune émission n’est prévue avant 13 h. Finalement, le programme démarre à 14 h 30 avec « Les oreilles libres ». Vers 19 h commence une émission où il est question des Gilets jaunes et qui doit être celle de la Ligue des droits de l’homme, mais sans qu’aucune présentation ne soit faite. Il semble que ce soit un enregistrement.
Samedi 7 décembre : l’émission du secrétaire perpétuel n’a pas eu lieu, comme la semaine précédente. Le royaume déjà fort déserté a perdu jusqu’à son Ubu. Je commence à m’inquiéter…
J’ai écouté avec plaisir une des émissions ayant lieu en alternance entre 19 h et 21 h, « Contre-bande », consacrée au cinéma. « Les jardins d’Orphée », l’émission qu’anime Anita, l’une des plus anciennes animatrices de RL, n’a pas lieu, mais je sais, pour l’écouter régulièrement, qu’elle est de qualité.
Dimanche 8 décembre : alternance d’émissions et de bande sans fin, la grève des transports continuant d’être très suivie en région parisienne.

Quelques réflexions : l’impossibilité de se rendre au studio pour certains animateurs, compte tenu de la grève, a sans doute empêché que quelques émissions aient lieu. Néanmoins, l’auditeur n’aura perçu que peu de différence avec la « programmation » habituelle, tant celle-ci reste marquée par d’interminables heures de musique continue. On se croirait le plus souvent sur France Inter les jours de grève. Peut-être après tout ces heures de bandes sans fin ont-elles pour but de faire croire à l’auditeur que le pays est à l’arrêt, et proche la révolution…
Cette deuxième semaine d’écoute m’aura permis de découvrir quelques émissions de plus, très peu, celles qui ne sont pas hebdomadaires mais qui apparaissent en alternance dans la grille.
Au total, une vingtaine d’émissions me paraissent vraiment tenir la route. J’inclus dans ce nombre celles qui sont techniquement irréprochables et dont les thèmes de prédilection ne me passionnent pas outre mesure mais dont les animateurs semblent parfaitement maîtriser leur sujet.
Pour le reste, je ne vais pas me répéter. Je renvoie à mes réflexions de l’article précédent. Je ne peux que regretter, en conclusion, que RL soit devenue une radio essentiellement musicale, qui n’a finalement pas grand-chose à nous dire si l’on tient compte de tout le temps inutilisé.
Je remercie tous ceux qui ont envoyé des commentaires sur ce blog ou en messages privés. Si j’en ai le courage, ils feront l’objet d’un troisième article.

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* Voir « A l’écoute de Radio-Libertaire (1) ».
** Au sujet de la grille de RL, remercions Sylvie, une lectrice, qui, dans un commentaire du texte précédent, nous a fourni le lien vers celle qui correspond vraiment à la programmation actuelle, la grille figurant sur le site de RL n’étant curieusement pas du tout actualisée, ce qui témoigne, là encore, d’un évident mépris pour l’auditoire. Voici donc le bon lien : Programme Radio-Libertaire.

Sombre bilan annuel

L’Observatoire cubain des droits de l’homme (OCDH), basé à Madrid, a répertorié, en les dénonçant, 218 arrestations arbitraires pour le mois de novembre 2019 à Cuba, dans le même temps où la dictature se livrait à une intense campagne de diffamation envers les activistes pour les droits humains et promulguait de nouvelles dispositions légales pour intensifier la répression contre les dissidents. Les provinces les plus touchées par la répression sont celles de La Havane, Matanzas, Villa Clara et Santiago de Cuba.

La journaliste indépendante Luz Escobar (photo El Estornudo).

« Novembre a été le mois au cours duquel les tactiques répressives de la dictature ont changé. Ils ont commencé à utiliser une vieille formule pour remplacer les détentions : garder les dissidents enfermés chez eux, avec la présence de la police politique et de patrouilles de la police ordinaire devant et autour de leur domicile, afin de les empêcher de sortir », indique le rapport publié de son côté, le 2 décembre, par le Centre cubain des droits humains, basé à La Havane. L’organisation, animée par Martha Beatriz Roque Caballero, seule femme du Groupe des 75 Cubains emprisonnés en 2003 lors du tristement célèbre « Printemps noir », dénombre 128 prisonniers politiques ou prisonniers d’opinion, comprenant les cas d’assignation à résidence et de licences extrapénales* « accordées » par le régime.
En novembre, beaucoup d’opposants ont été assignés à résidence pendant toute la durée de la visite du roi et de la reine d’Espagne et des célébrations du 500e anniversaire de la ville de La Havane. Les agents de la Sécurité d’Etat ont ainsi empêché à trois reprises la journaliste indépendante Luz Escobar, du quotidien en ligne 14ymedio, de quitter son domicile. Les journalistes Yoani Sánchez et Reinaldo Escobar ont subi le même sort. Les militants pour les droits des personnes afrodescendantes et les deux activistes Marthadela Tamayo et Nancy Alfaya ont également été arrêtées à plusieurs reprises, sans mandat, et maintenues en résidence surveillée.
« Une telle pratique illégitime viole (…) les droits fondamentaux et inaliénables de l’être humain », a dénoncé le Centre cubain des droits de l’homme, qui a également mentionné d’autres formes de harcèlement à l’encontre de journalistes, d’activistes et d’opposants, notamment les interrogatoires multiples, les menaces, les convocations officielles répétées, les amendes et les restrictions au droit de circuler.
Enfin, l’OCDH a également dénoncé le décret-loi 389, récemment approuvé, qui légalise la surveillance électronique à Cuba sans autorisation judiciaire. « Le nouveau décret renforce l’arbitraire de l’État dans les pratiques qui violent les droits de l’homme, telles que le droit à la vie privée ou l’inviolabilité des communications. »
Pour l’année 2019, l’Observatoire a dénombré 2986 détentions arbitraires et précise lui aussi qu’il y a actuellement 128 prisonniers politiques à Cuba.

A Cuba, ceux qu’on appelle les regulados, c’est-à-dire les personnes interdites de sortie du territoire et parfois même empêchées de se déplacer à l’intérieur de leur pays, ont lancé une campagne pour protester contre cette violation d’un droit élémentaire. Une vidéo a été réalisée, publiée sur le site ADN Cuba, que je vous propose ci-dessous.

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Iliana Hernández.

La première image montre l’activiste Iliana Hernández qui déclare : « On me “régule” parce que je suis une opposante. » Suivent ensuite les photos de quelques-unes de ces personnes réprimées par le régime cubain, qui toutes répètent le mot regulado. J’ai ensuite traduit ce que dit la voix off et qui s’inscrit en langue espagnole sur la vidéo.

« La régulation migratoire est utilisée par le régime cubain pour punir les dissidents. Près de 300 Cubains ne peuvent voyager hors de leur pays pour des raisons politiques. L’île devient pour eux une prison à ciel ouvert. Le régime viole les articles 13 et 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et viole également l’article 52 de la Constitution de la République. Cuba est l’unique pays d’Amérique latine qui nie le droit à la liberté de voyager. Connue sous le nom d’« opération cage ouverte », cette stratégie est établie pour que les victimes négocient et émigrent une fois levée l’interdiction.
Plus un seul regulado ! Unis-toi à la campagne ! Dénonce une violation arbitraire de la liberté de circulation des Cubains ! »

Osmel Ramírez.

Ces atteintes à la libre circulation visent en tout premier lieu les journalistes indépendants, des personnes qui n’ont évidemment pas le statut de journaliste officiel décerné par l’Etat et qui collaborent à des blogs et sites d’opposition créés par des exilés cubains et basés pour la plupart aux Etats-Unis et en Espagne. Parmi ces journalistes indépendants, le « recordman » de l’interdiction de quitter le pays est sans conteste Osmel Ramírez, collaborateur des sites Diario de Cuba et Havana Times, qui ne peut quitter le pays depuis plus de deux ans maintenant. Cette interdiction serait d’« intérêt public », selon les termes employés par les agents de la Sécurité d’Etat auxquels Osmel Ramírez a eu maintes fois affaire.

Aujourd’hui : Maykel González Vivero, Nelson Julio Álvarez Mairata et Claudio Fuentes.

Maykel González Vivero.

Le journaliste indépendant Maykel González Vivero, directeur et cofondateur du site Tremenda Nota, a appris lundi dernier qu’il ne pourrait se rendre à Madrid, sur décision du ministère de l’Intérieur de Cuba. « Les interdictions de sortie du territoire sont devenues si fréquentes pour les journalistes que j’avais décidé de me renseigner préalablement sur une éventuelle mesure me concernant », a-t-il déclaré. Aucun motif ne justifie cette décision.
Le même jour, le youtubeur LGBTI Nelson Julio Álvarez Mairata, qui collabore aux sites Tremenda Nota et ADN Cuba, s’est vu lui aussi interdit de voyager hors de l’île. Il y a quelques semaines, il a été arrêté par deux fois par la Sécurité d’Etat, ses outils de travail ont été saisis, et ses divers profils sur les réseaux sociaux piratés et pollués par des textes et insultes homophobes. Il devait se rendre à Panama quand on lui a signifié cette interdiction, peu de temps avant le départ, à l’aéroport José-Marti de La Havane, en toute illégalité comme d’habitude, cette interdiction n’émanant d’aucune décision de justice.

Claudio Fuentes.

Mercredi 4 décembre, c’est cette fois le photographe Claudio Fuentes, qui travaille pour l’organisation d’opposition Estado de SATS, qui a été empêché de prendre l’avion qui devait l’emmener aux Etats-Unis. Là encore, c’est au dernier moment, celui de l’embarcation, que l’interdiction lui a été signifiée.
La liste de ceux que la dictature cubaine appelle les
regulados a considérablement augmenté cette année. Ces interdictions illégales de sortie du pays visent nombre de journalistes indépendants, d’artistes, d’activistes opposants et membres de la société civile. Trois collaborateurs du site CubaNet, qui rapporte le cas de Claudio Fuentes, ont ainsi été empêchés de quitter l’île dernièrement, Anay Remón, Camila Acosta et Augusto César San Martín.

Deux articles publiés dans le numéro du mois de novembre de la revue Catalunya, organe de la régionale catalane de la Confederación general del trabajo (CGT) d’Espagne, favorables à la participation des anarchistes aux manifestations liées à la question indépendantiste, ont amené l’ami Tomás Ibañez à réagir, à travers un texte* publié ici même. Cette saine réaction m’amène à mon tour à faire deux remarques.

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En premier lieu, même si cela peut paraître anecdotique, je suis surpris que des libertaires ou anarcho-syndicalistes intitulent leur publication du seul nom de la région où ils vivent et militent. Ce n’est certes pas la première fois que le nom d’une région d’Espagne apparaît dans le titre d’un journal ou d’une revue de là-bas, mais les camarades qui donnaient naissance à ces publications ont toujours pris soin d’y ajouter un qualificatif explicite. Il y eut ainsi Castilla libre, Andalucía libertaria, etc. Là, le seul nom de « Catalunya » laisse supposer que les promoteurs du titre sont bien davantage catalans que libertaires, et cet arrière-goût de patriotisme régional a déjà quelque chose d’amer.
J’aimerais bien sûr me tromper, mais cette impression pénible me paraît en second lieu confirmée par l’expression lamentable choisie par nos anarcho-catalanistes pour dénigrer ceux qui exercent leur sens critique vis-à-vis des manifestations actuelles en Catalogne, à savoir : « Anarcho-puristes, go home ! » Comme le rappelle Tomás Ibañez, la seconde partie de cette expression renvoie à celle qui fut employée abondamment par le passé et qui invitait fermement les Américains à quitter un pays qui n’était pas le leur, à leur signifier qu’ils n’étaient pas chez eux au Vietnam.
Soyons indulgents et oublions le coup particulièrement bas et répugnant qui consiste à établir un parallèle entre anarchistes critiques et armée américaine en guerre hors de son territoire. Rapporté au cas de la Catalogne actuelle, on a peur de comprendre ce que signifie cette expression. Laissons de côté l’appellation idiote d’« anarcho-puristes ». Avec l’expression « gardiens du temple », elle est utilisée depuis longtemps et partout par ces libertaires qui, pensant qu’il est des moments où toute réflexion est inutile, aiment à n’agir qu’avec leurs tripes et à servir de petits soldats ou de troupes sans cervelle à des projets qui les dépassent et n’ont rien à voir avec l’anarchisme. Ce qui est plus intéressant ici, c’est ce « go home ! », qui laisse entendre encore une fois que ceux à qui il s’adresse ne seraient pas « chez eux » en Catalogne, pour cause de critiques adressées aux complices, conscients ou non, du nationalisme catalan. Là encore, cette espèce de slogan qui invite les anarchistes critiques à quitter un territoire qui ne serait pas le leur a des relents quelque peu nauséabonds.
Si je vivais en Catalogne, moi qui suis d’accord avec les positions exprimées par Tomás Ibañez, donc « anarcho-puriste » j’imagine, je ne participerais pas aux manifestations actuelles de Barcelone. Mais moi qui suis aussi le fils d’un exilé chassé de son Andalousie natale en 1939 et d’une mère française, donc d’une certaine impureté territoriale, dites-moi, camarades, où est cet « home » où vous m’inviteriez à foutre le camp puisque je ne serais pas digne de votre Catalunya ?

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* Voir « Que se passe-t-il en Catalogne ? “Anarcho-puristes, go home!” ».

Comme énormément d’anciens animateurs et/ou auditeurs de Radio-Libertaire (RL), je dois avouer que je ne l’écoutais plus guère ces dernières années. Il m’arrivait parfois d’« allumer le poste » au hasard de la journée, pour l’éteindre aussitôt le plus souvent, fatigué de n’entendre presque toujours que de la musique, guère à mon goût qui plus est. L’affaire récente de « La pente du carmel » et l’attitude invraisemblable du secrétariat radio qui a suivi m’ont amené à m’interroger sur la réalité de cette station, et je me suis donc décidé à me mettre à l’écoute, presque en permanence, de RL. Ceux qui me savent résolument hostile à la torture penseront que c’est là une attitude héroïque, et, sans dévoiler encore les conclusions de ce « rapport », je dois dire qu’à certains moments ce le fut vraiment. Mais il y eut aussi quelques bons moments.

Dessin de Dobritz pour l’ancienne émission « La mémoire sociale ».

A travers cette écoute, je souhaitais brosser une image la plus exacte possible de ce qu’est devenue cette radio que nous avons tant aimée, et à propos de laquelle bien des amis me disaient beaucoup de mal quant à son évolution au fil des ans.
Je me suis fondé, pour suivre la programmation, sur la grille qu’on trouve sur le site de RL, grille qui date du 25 mars 2018 et dont la dernière mise à jour remonte au 10 septembre dernier. L’écoute de la station mise en relation avec ladite grille amène à une première constatation : des émissions n’existant plus figurent toujours sur la grille, y compris certaines disparues bien avant la dernière mise à jour, et des émissions n’y figurant pas existent pourtant bel et bien. Il apparaît donc que la mise à jour régulière de la grille de programmation est comme la justice au sein du secrétariat radio, peu expéditive…
Mon écoute portera sur plusieurs semaines, car des émissions présentes sur la grille n’ont parfois pas eu lieu lors de cette première semaine (25 novembre au 1er décembre). Cela pouvait être dû à une absence des animateurs pour cause de maladie, de vacances ou toute autre raison. Il y a par ailleurs certains créneaux horaires occupés par deux, trois ou quatre émissions en alternance. Il me faudra donc me porter plusieurs fois à l’écoute de tous ces créneaux, dans les semaines à venir, pour savoir si ces émissions existent ou pas, la grille n’étant pas toujours fiable.
Voici donc le premier résultat de cette longue écoute, agrémenté de quelques considérations toutes personnelles, qu’on n’est bien sûr pas obligé de partager. J’y ai ajouté quelques premières conclusions.

Lundi 25 novembre : la grille fait commencer la programmation à 9 h avec bande sans fin jusqu’à 11 h. Ensuite, émission « Lundi matin » animée par Laurent, du groupe d’Ivry de la FA, destinée à commenter l’actualité de la semaine écoulée. Bonne émission, et propos libertaire garanti.
De 13 h à 14 h 30 : bande sans fin.
De 14 h 30 à 16 h : « Ondes de choc », animée par Jehan. Emission assez ancienne,
à caractère culturel. Ce jour-là il est question de Debord, de Cendrars, du surréalisme, avec pas mal d’enregistrements.
De 16 h à 18 h : « Trous noirs », animée par Serge et Monique. Emission solide, où il est question principalement de la situation au Chili, avec un invité, Daniel Pinos.
Arrêt de l’écoute. Puis je rallume à 19 h. Ce devrait être, selon la grille, « Je ne suis pas un numéro », mais jusqu’à 19 h 30 c’est de la musique en continu.
De 19 h 30 à 21 h : musique encore et toujours, alors que la grille indique « Le monde merveilleux du travail » et « Chroniques d’ailleurs » en alternance.
21 h : « Ça urge au bout de la scène », émission consacrée à la chanson, orientée « à texte ». Invitée : Lily Luca. Sympa.
22 h 30 : bande sans fin, l’émission « De la pente du carmel », toujours présente sur la grille, n’existant plus.
Bilan de la journée : de 9 h à minuit, soit théoriquement 15 heures d’antenne, il y a eu huit heures de bande sans fin.

Mardi 26 novembre : j’allume à 10 h 15, c’est une bande sans fin, alors que la grille propose l’émission « Court-circuit ». J’ignore si l’émission indiquée entre 8 h et 10 h, « Et toi, tu la sens la cinquième puissance ? », a eu lieu. Musique, donc, jusqu’à 14 h 30 avec le début de l’émission « Sortir du capitalisme », consacrée ce mardi à la Syrie. Censée se terminer à 16 h, l’émission s’arrête à 15 h 30.
De 15 h 30 à 17 h : bande sans fin.
De 17 h à 18 h : bande sans fin. Sur la grille, c’est censé être « Des oreilles avec des trous (dedans) » ou « En veux-tu, en v’là », en alternance.
De 18 h à 19 h 30 : « Idéaux et débats », émission littéraire animée par Alexandrine. L’une des plus anciennes émissions de RL, toujours de qualité. L’invité ce jour-là est Sylvain Tesson. Mon écoute s’arrête là momentanément.
Je rallume à 22 h. L’émission de la CNT a cours. J’ignore si l’émission précédente figurant sur la grille, « Paroles d’associations », a eu lieu, mais je ne pense pas car il me semble qu’elle n’existe plus depuis pas mal de temps.
22 h 30 à 0 h 30 : « Ça booste sur les pavés ». Invité : le comité de défense des prisonniers basques.
Bilan de la journée : de 8 h à 0 h 30, soit théoriquement 16 h 30 d’antenne, il y a eu huit ou dix heures de bande sans fin.

Mercredi 27 novembre : de 9 h 30 à 10 h 30, « L’entonnoir », émission consacrée à l’antipsychiatrie. Un seul animateur à l’antenne, qui lit mal et d’une voix monocorde des courriers adressés par des organismes au ministère de la Santé ou à l’administration pénitentiaire, et les réponses à ces courriers. C’est sinistre et antiradiophonique au possible.
De 10 h 30 à 12 h 30 : alors que la grille indique « Blues en liberté », on a droit à « Un rayon de soleil », une émission qui se présente comme « Radio-Libertaire Méditerranée », et à la diffusion d’un enregistrement d’une conférence organisée à Nice par l’Association des amis de la liberté, avec Ernest Pignon-Ernest pour invité. Je soupçonne cette association d’être assez proche du PC (à vérifier). La conférence, consacrée à l’art, se termine d’ailleurs sur un appel de l’invité, vieux compagnon de route du PC et président de la Société des amis de L’Humanité, à sauver ce quotidien communiste. Personnellement, à l’antenne de RL, je trouve ça un peu obscène, car, entre nous, ce qui fut le quotidien du mensonge, des injures et de la calomnie peut bien crever, je m’en réjouirai.
A 12 h 30, heure à laquelle est théoriquement prévue l’émission « Un rayon de soleil », la conférence diffusée précédemment recommence, faisant office de bande sans fin. Tenu d’interrompre mon écoute, j’ignore si les émissions « Radio Tisto » puis « Le Ferré Club » et « Jus d’airelle », figurant sur la grille, ont eu lieu.
18 h 30 à 20 h 30 : « Femmes libres », avec Hélène, du groupe Pierre-Besnard de la FA, débarrassée de la présence d’Elisabeth, très longtemps membre du secrétariat radio et d’un autoritarisme effroyable, mais qu’on dit sur le point de revenir à la radio pour une autre émission féministe. Je conseillerais amicalement à Hélène d’améliorer la partie technique.
De 20 h 30 à 0 h 30 : bande sans fin.
Je ne sais si « Les nocturnes multipass’ », l’émission prévue à 0 h 30, a eu lieu.
Bilan de la journée : de 9 h 30 à 0 h 30, soit théoriquement 15 heures d’antenne, il y aura eu, selon que certaines émissions ont eu lieu ou pas, au minimum cinq heures et demie, et au maximum dix heures de musique continue et/ou bande sans fin.

Jeudi 28 novembre : De 9 h à 12 h, bande sans fin.
De 12 h à 14 h : « Juste une chanson », émission consacrée à la chanson, animée par Marlène. Une des plus anciennes émissions là encore. L’invité est Gilbert Laffaille. C’est très sympa.
De 14 à 15 h : « Radio Cartable », l’émission des enfants des écoles d’Ivry.
De 15 h à 16 h 30 : bande sans fin, alors que la grille indique « Bibliomanie ».
De 16 h 30 à 18 h : « Radio Lap », émission du Lycée autogéré de Paris. Bonne émission avec une invitée bénévole dans l’humanitaire et un immigré iranien.
De 18 h à 19 h 30 : « Si vis pacem », émission de l’Union pacifiste de France (UPF). Pour l’anecdote, l’émission démarre par la chanson « La makhnovtchina », ce qui est amusant pour une émission consacrée au pacifisme. A mon goût les animateurs abusent des lectures d’articles parus dans divers journaux. Ce n’est pas très radiophonique, et c’est mieux quand les gens savent lire à haute voix.
De 19 h 30 à 20 h 30 : « Jeudis noirs ». Deux animateurs évoquent le bouquin « Petit éloge de l’anarchisme » de James C. Scott. Très bonne émission.
De 20 h 30 à 22 h : « Entre chiens et loups », émission consacrée aux expositions et plus généralement à l’art, animée par Patricio. Il est beaucoup question ce soir-là de Félix Fénéon. Bonne émission.
22 h à minuit : « Epsilonia ». Très ancienne émission. Pas écoutée ce soir-là.
Bilan de la journée : de 9 h à minuit, soit théoriquement 15 heures d’émissions, il y a eu quatre heures et demie de bande sans fin.

Vendredi 29 novembre : De 8 h à 9 h 30, bande sans fin.
De 9 h 30 à 11 h : « La course aux étoiles », une émission qui ne figure pas sur la grille. L’invitée est Barbara Carlotti. Ambiance sympa, mais émission très « bobo-Télérama », où on encense Etienne Daho et Philippe Katerine, et où on peut entendre des trucs branchés comme : « On s’est revus backstage » ou :
« On a tourné le clip dans une piscine.
– Ah ! Génial ! »
De 11 h à 13 h : bande sans fin.
De 13 h à 14 h 30 : « Place aux fous », une émission essentiellement musicale, à forte dominante de langue anglaise, avec annonces diverses. Gentillet.
De 14 h 30 à 16 h : « Les oreilles libres », émission consacrée aux musiques singulières. Un animateur, compétent, et une invitée, Christelle Séry. La musique en question n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais l’émission est de bonne qualité.
De 16 h à 17 h 30 : « Dies Irae », émission consacrée à la poésie, avec un seul animateur, qui lui aussi lit beaucoup, et assez mal, ce qui rend l’écoute pénible, d’autant que la technique est assez approximative.
De 17 h 30 à 19 h : « Radio Espéranto ». Très ancienne émission. Technique défaillante.
De 19 h à 21 h : « Des hommes et des droits », émission de la Ligue des droits de l’homme. Plusieurs invités pour évoquer l’Algérie et la Guinée. Bonne tenue.
De 21 h à minuit : bande sans fin, alors que la grille annonce les émissions « Offensive » et « Les amis d’Orwell » en alternance, puis « Transbords ».
Je ne sais si l’émission « Nuit Léo », prévue à minuit, a eu lieu.
Bilan de la journée : de 8 h à minuit, soit théoriquement 16 heures d’émissions, il y a eu six heures et demie de bande sans fin.

Samedi 30 novembre : J’allume à 9 h 30. C’est du rap. Je suppose qu’il s’agit de l’émission « Réveil hip-hop », qui commence en théorie à 8 h. Je me demande si la tranche d’âge à qui s’adresse ce genre musical est à l’écoute le samedi matin, mais bon…
Jusqu’à 10 h, musique continue sans intervention parlée d’aucun animateur.
De 10 h à 11 h 30, créneau réservé au secrétaire perpétuel de RL. Personne. Bande sans fin. Si même l’Ubu-roitelet déserte, où va-t-on ?
De 11 h 30 à 13 h 30 : « Chroniques syndicales ». Très ancienne émission, ce jour consacrée aux grévistes de Radio France. Bonne émission.
De 13 h 30 à 15 h 30 : « Chroniques rebelles », animées par « Anastasie » Passevant, qui reçoit Francis Dupuy-Déri, auteur du livre « Nous n’irons plus aux urnes ». Bonne émission.
De 15 h 30 à 17 h : « Dessous de scène », émission ancienne animée par Nicolas. Emission vivante et agréable.
De 17 h à 19 h : « Bulles noires », émission consacrée aux BD et aux polars. Animateur sympa, avec des invités rigolards. Ça s’écoute avec sympathie.
De 19 h à 21 h : « Tribuna latino-americana ». Emission ancienne également, animée par des camarades d’Amérique du Sud et consacrée à l’actualité des pays de ce continent. L’invitée est ce jour-là la représentante d’une organisation de femmes du Guatemala.
A 21 h 30, des animateurs prennent la parole alors que depuis une demi-heure passait de la musique. Je suppose qu’il s’agit de l’émission « Tormentor » parce que c’est écrit sur la grille, mais rien n’est dit à l’antenne. Toute l’émission est consacrée à un invité qui s’exprime par téléphone depuis Berlin, d’après ce que j’ai compris. Il s’agit du fondateur d’un label musical. J’ai décroché car ça m’ennuyait profondément, et je ne sais combien de temps ça a duré ni si l’émission prévue ensuite a eu lieu.
Bilan de la journée : ce samedi aura été la journée où les bandes sans fin et la musique continue auront été les moins utilisées (une heure et demie ou trois heures et demie selon que l’émission prévue entre 8 et 10 h a eu lieu).

Dimanche 1er décembre : J’ai pris l’antenne vers 11 h 15. Une émission était en cours, que je suppose être « Un peu d’air frais », commencée à 10 h, si j’en crois la grille. L’invitée est une réalisatrice d’un film consacré à une famille syrienne arrivée en France. Son nom ne sera jamais rappelé par l’animatrice, mais je crois deviner, d’après ce qui est dit, qu’il s’agit d’Ariane Doublet. C’est là un défaut commun à pas mal d’animateurs de ne jamais rappeler le nom de l’émission en cours ni celui des invités. C’est souvent précisé en début d’émission, mais si vous l’avez raté, tant pis pour vous.
De 12 h à 14 h : « Folk à lier ». Ancienne émission de RL, toujours au point et sympa pour ceux qui aiment ce genre musical.
De 14 h à 15 h 30 : bande sans fin. Sur la grille, ce devrait être « Au café de la page ».
De 15 h 30 à 17 h : émission « On a déjà traité le sujet », consacrée au cinéma documentaire, non indiquée sur la grille. Il s’agit d’une nouvelle émission, née en novembre, programmée le premier dimanche de chaque mois. Invités : Anne Galland pour un documentaire sur un Ehpad, et Benoit Keller. Bonne émission.
De 17 h à 18 h 30 : « Le mélange », émission consacrée à la musique et à l’actualité du spectacle, animée par Michel Polizzi, le gars qui prononce les noms et les mots de langue anglaise à la perfection, et qui cède l’antenne à l’émission suivante pile à l’heure, ce qui est plutôt rare sur RL. Parfaite diction, technique irréprochable. Bonne émission.
De 18 h 30 à 20 h 30 : émission « La sociale », en principe, mais en fait deux heures de bande sans fin.
De 20 h 30 à 22 h : émission « Poètes en demi-deuil », en principe, mais en fait une heure et demie de bande sans fin.
De 22 h à minuit : « Seppuku », émission sur les musiques électroniques. Là j’avoue que j’ai manqué le début de l’émission, mais peu de temps après 22 h et jusqu’à 23 h, chaque fois que je me branchais sur RL c’était toujours musique continue. Mes incursions étaient toujours très brèves car ce type de musique est pour moi d’un ennui mortel. Il n’y a qu’à 23 h que j’ai entendu des animateurs annoncer brièvement ce qui allait suivre.
Bilan de la journée : de 10 h à minuit, soit une durée théorique de 14 heures d’émissions, il y a eu 7 heures de bande sans fin ou de musique continue.

Quelques réflexions. – La première conclusion à tirer de cette semaine d’écoute est évidemment la quantité assez incroyable d’heures consacrées aux bandes sans fin, c’est-à-dire à de la musique en continu. Le nombre de « trous » dans la grille de programmation est assez phénoménal, au point qu’on pourrait rebaptiser la station « Radio-Gruyère ».
En second lieu, à propos de ces musiques qu’il faut ingurgiter, on note qu’en dehors des deux émissions qui lui sont consacrées, ce qu’on appelle la « chanson à texte » a presque disparu. On entend bien quelquefois Ferré et Brassens, mais pour ce qui est des autres artistes de cette « catégorie », nombreux, c’est quasiment le néant. En revanche, les musiques un peu spéciales – expérimentales, répétitives, électroniques, planantes, etc. – sont très présentes. Pour les bandes sans fin comme pour les pauses musicales en cours d’émission, on note une évidente fascination pour l’anglo-américain.
Sur la programmation elle-même, on constate qu’il existe une foule d’émissions thématiques à caractère culturel (divers genres musicaux, théâtre, cinéma, poésie, littérature, chanson, expos, etc.), ce qui est sympa lorsque ces émissions sont bien faites, mais ce qui traduit quand même une très forte démission militante, les émissions « politiques » n’étant par ailleurs pas toutes marquées par un fort propos libertaire.
La grande absente de cette programmation est de toute évidence l’anarchie. On en entend très, très peu parler, ce qui est quand même assez désolant pour une radio dite libertaire. Pour la semaine écoulée, en dehors des émissions « Lundi matin » et « Jeudis noirs », je n’ai pas souvenir d’en avoir entendu parler directement. Moi qui ai longtemps animé l’émission « La mémoire sociale », je suis frappé qu’il n’y ait rien, absolument rien, sur l’histoire de l’anarchisme. C’est désolant, et je dirai même scandaleux.
Bref, je ne vous cacherai pas l’immense déception que m’a procurée cette écoute, tout au long de la semaine. J’imagine que les militants de la Fédération anarchiste ne toléreraient pas que Le Monde libertaire paraisse chaque mois avec un bon tiers de pages blanches, faute de rédacteurs. La radio, elle, semble pouvoir se permettre de fonctionner avec d’innombrables « trous » dans sa programmation. Heureusement, plusieurs émissions tiennent la route, comme on dit, et il faut rendre hommage à tous ces animateurs, même les moins adaptés à l’activité radiophonique, pour leur présence. Car si l’état général de RL me semble désastreux, je ne confonds pas lesdits animateurs avec le secrétariat radio, la petite bande (sans fin ?) responsable de cette pénible situation.