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Dans la savane, deux puces discutent :
– T’as vu, le lion a encore tué une gazelle ; faut qu’on fusionne avec les mouches.
– Tu crois que ça changera quelque chose ?
Arrête ! Tu fais le jeu du lion.

Le week-end de Pentecôte a vu se tenir, à Bellenaves, le congrès d’unification entre Alternative libertaire, sorte d’annexe du NPA, et la Coordination des groupes anarchistes (CGA), une organisation fantomatique qui avait pris soin, avant sa frénésie unitaire, de provoquer une scission en son sein, les partants ayant créé la très groupusculaire Organisation anarchiste (OA).
Sur le site de la tendance « Claire » (sic) du NPA, un certain Alain rend compte avec beaucoup d’enthousiasme et dans un style de rédaction de collégien, de ce congrès où vient de naître l’Union communiste libertaire et où les débats, nous dit-il, ont été « riches et intenses ». Pour des lutteurs de classe attachés au vocabulaire, comme on va le voir, je ne sais pas si le terme « riches » est bien celui qui convient dans le contexte anticapitaliste qui a présidé à ces débats.
Le premier des sujets discutés concernait apparemment ce désir obsessionnel qu’est depuis belle lurette chez nos « communistes libertaires » la tentation électoraliste, camouflée ici, dans une confusion grotesque, derrière un prétendu intérêt pour le municipalisme.
Surfant sur les thèmes tendance du moment – communautarisme réactionnaire, obscurantisme religieux et antipatriarcat primaire, ces nouvelles valeurs du gauchisme –, nos vaillants révolutionnaires unifiés semblent s’être surpassés. L’antireligiosité, pourvu qu’elle vise un monothéisme en particulier, devient ainsi l’équivalent du racisme. On ne sait ce qui triomphe ici, de la bêtise crasse ou du militantisme servile, chez des gens manifestement incapables de distinguer le xénophobe avéré du libre penseur fidèle à une idée maintes fois vérifiée qui fait des religions, quelles qu’elles soient, un facteur d’asservissement individuel et collectif.
Mais le pompon est atteint dans la lutte antipatriarcale à travers son volet orthographico-féministe. A l’heure où beaucoup s’inquiètent de la catastrophe climatique à venir ou de la misère croissante, nos congressistes ont su, eux, se pencher sur une question d’une importance et d’une urgence autrement plus évidentes : doit-on féminiser des termes tels que « patron » ou « dirigeant », sachant que des femmes qui occupent les fonctions qu’ils désignent « sont avant tout des représentantes du patriarcat » ? La féminisation, ça se mérite. On pourra toujours dire « une militante communiste libertaire obtuse », ça console.
Enfin bon, l’UCL est née. Ça s’arrose. Au Café des Sports, Coupe du monde féminine oblige. Allez, la patronne, remettez-nous ça !

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So long, Malcolm !

L’écrivain libertaire Malcolm Menzies est décédé récemment. Il m’a été possible de le rencontrer et de discuter avec cet homme charmant, à deux reprises, du temps où je m’occupais avec quelques amis du Forum Léo-Ferré, à Ivry-sur-Seine, où il s’était rendu en spectateur pour y voir la chanteuse Annick Cisaruk, qu’il appréciait beaucoup.
Je vous propose ci-dessous le texte que les amis du site « A contretemps » lui ont consacré.

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« Les morts sont pour moi très proches des vivants, je ne discerne pas bien la frontière qui les sépare », écrivait Victor Serge, dont beaucoup de compagnons avaient disparu dans le maelström de l’Histoire. En ouverture de cet hommage à un homme qui l’aimait beaucoup, la citation s’imposait. Mais il y a davantage, nous semble-t-il. À sa manière et sur ses thématiques de prédilection, plus centrées sur l’anarchisme individualiste et illégaliste que sur l’anarchisme social, Malcolm Menzies (1934-2019) s’inscrivait dans une même démarche fictionnelle de remémoration historique que l’auteur tant admiré d’Il est minuit dans le siècle. L’hommage en trois volets que nous lui consacrons au lendemain de sa disparition chevauche deux territoires non contradictoires de la mémoire : celle qui s’arrime à l’amitié que certains d’entre nous lui portaient ; celle qui tient au rôle que son œuvre écrite exerça sur nos imaginaires. C’est ainsi que nous avons souhaité, d’un côté, reprendre ici deux interventions prononcées, le 28 mai dernier, lors de la cérémonie des adieux au Père-Lachaise – « L’ami du Zagros » (Mohamed El Khebir) et « De l’anarchie comme genre romanesque » (Freddy Gomez) – et, de l’autre, un entretien que Malcolm Menzies accorda à Claudio Albertani (le seul qu’il existe de lui, du reste), publié sous le titre « Littérature et anarchie » dans Le Monde libertaire, n° 40, hors-série, du 23 décembre 2010 au 23 février 2011. So long, Malcolm.– À contretemps.

« So long, Malcolm ! »

Certains d’entre vous connaissaient peut-être Jimmy Gladiator. Marqué par le surréalisme, il fut chroniqueur pour le journal Mordicus et auteur de plusieurs ouvrages. Il est mort récemment. Je l’ai appris personnellement par un article publié sur le blog de Claude Guillon « Lignes de force », le seul à ma connaissance à avoir évoqué cette disparition sans rien omettre.
Il est étonnant qu’un papy de l’insurrection permanente comme Serge Quadruppani, que la mort de libertaires étrangers à sa barricade n’a jamais empêché de ricaner, n’ait rien eu à dire sur l’enterrement de son ami anarchiste, enterrement pourtant quelque peu… surréaliste. Comme s’il en avait honte.
Jimmy Gladiator, en effet, repose aujourd’hui, comme on dit, dans le carré musulman d’un cimetière de banlieue, après y avoir été enterré selon le rite islamique. Ça aussi je l’ai appris par Claude Guillon.
Dans le petit texte poussif qu’il lui consacre, Serge Quadruppani rappelle que Jimmy Gladiator fut l’auteur de ce « bon mot » à la mort de Maurice Joyeux : « Maurice Atchoum, Maurice Dormeur, Maurice Grincheux et tous les autres sont bien tristes. »
Au nom de la fraternité nécrologique facétieuse, je me suis permis de laisser un commentaire au bas de son article : « Allah le Grand et Miséricordieux et Serge Quadruppani sont bien tristes. » Il n’est toujours pas publié.

Suite…
Finalement, Quadruppani a publié mon court commentaire, agrémenté de cette réponse : « Cracher sur une tombe, geste anarchiste par excellence. Et puis voilà ce qui s’appelle une revanche pour l’injure au Grand Mort Joyeux. Bien joué, Floréal. »
Ce à quoi j’ai répondu à mon tour : « Ta vue baisse. Je ne crache sur aucune tombe. En revanche, ironiser sur les amis du défunt, souvent « plus anar que moi tu meurs » et qui n’ont rien à dire des promesses du paradis où Gladiator s’est envolé, me paraît de mise. Tu t’en remettras. Tu t’es remis de choses bien plus graves. »

Salut l’artiste !

J’avais partagé ici, en octobre 2017, deux textes de lui concernant la Catalogne et son nationalisme, qu’il combattait. Nilda Fernández vient de mourir.
Il chante ici un poème de Jorge Luis Borges dont les premiers vers disent ceci : « Manuel Flores va mourir/La mort est monnaie courante/Mourir est une coutume/Que les gens savent maintenir. »
Cela rend cette chanson encore plus émouvante aujourd’hui.

« La morsure des punaises n’a rien de très agréable, mais quand elles vous sucent le sang, au moins elles y vont carrément, sans dire un mot, ce qui est malgré tout une façon franche et directe de faire les choses. Quant aux moustiques, c’est une autre paire de manches : bien sûr, eux aussi vous percent la peau sans pitié, seulement, avant de mordre, ils insistent toujours pour prononcer d’abord un long discours, ce qui est fort énervant. Et s’il devait s’avérer que, par-dessus le marché, ce discours était un exposé de toutes les bonnes raisons pour lesquelles ils se sentent obligés de se repaître de votre sang, ce serait encore plus exaspérant. Je suis bien content de ne pas comprendre leur langage. »

Lu Xun (1881-1936)

Question bête…

La cérémonie de ce mardi 14 mai aux Invalides m’a amené à rechercher les statistiques des accidents du travail en France. Les dernières connues portent sur l’année 2017.
530 personnes ont perdu la vie au travail cette année-là, dont 210 dans le seul secteur du bâtiment. Et je me posais la question de savoir s’il y avait déjà eu la moindre cérémonie officielle, avec des gens importants, des gens qui comptent, des gens qui représentent le pays, pour rendre hommage à ces ouvriers qui bâtissent des logements, des écoles, des hôpitaux, des salles de spectacle…
On se pose de ces questions parfois, c’est bête !…

Alors que de sordides statistiques indiquent que les agressions visant les homosexuels connaissent ici une forte augmentation, il est des pays où la violence qui s’exerce contre eux émane de l’Etat lui-même.
Cette année, la marche pour la fierté homosexuelle, prévue le samedi 11 mai, a été interdite à Cuba. Quelques centaines de personnes ont tout de même bravé cette interdiction en manifestant à La Havane. Mais cette manifestation s’est terminée par une répression violente, les flics du régime tabassant à tour de bras et se livrant à de nombreuses arrestations musclées. Des arrestations préventives ont également été opérées. C’est ainsi que deux amis militants libertaires, Isbel Diaz Torres et Jimmy Roque Martinez, ont été interceptés par la police dans le quartier havanais de Lawton, très éloigné du lieu de rendez-vous de la manifestation, sept heures auparavant. Il est permis de supposer qu’ils ne furent pas les seuls.
Les blogs cubains d’opposition ont publié quelques photos et vidéos de ces arrestations, ainsi que le résultat de certains « interrogatoires », comme on peut le constater ci-dessous, avec les photos montrant César Domínguez, un jeune comédien cubain, au cours de la manifestation et après sa sortie des locaux de la police « révolutionnaire ».