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Même Arte s’y met : « Le comité de candidature de Paris a su vendre du rêve au Comité international olympique. » C’est ainsi qu’est commentée la décision d’attribuer l’organisation des J.O. à la capitale en 2024. Ah ! ces grands rêveurs qui peuplent les hautes instances du sport dans ce monde sans pitié, ça a quelque chose de touchant. Notons quand même que le rêve demeure pour ce beau monde dans le domaine marchand puisqu’on parvient à le « vendre », lui aussi.
Et d’ailleurs, en fait de rêve, très vite il n’est bien sûr question que de fric et de milliards dans le débat qui s’ensuit. Ainsi que des retombées formidables, à en croire les agents de la Propagande, en matière de transport, de logement, d’écologie, d’équipements divers et variés. Au point qu’on se demande ce qu’attendent les quartiers Nord de Marseille pour se porter candidats.
Cette débauche de fric et de sourires crétins à l’énoncé des sommes évoquées a quelque chose de surréaliste quand on sait que, cinq minutes auparavant, nous étaient proposées les images terribles d’une île dévastée où les besoins de reconstruction urgente paraissent si évidents.
Parmi ceux que la nouvelle n’a pas particulièrement fait sauter de joie, il est des Parisiens, présentés invariablement comme ringards et poussiéreux, qui entre autres griefs prétendent que leurs quartiers non touristiques deviennent de plus en plus immondes et qu’il y a fort à parier qu’ils ne gagneront rien à l’organisation de la foire aux biceps de 2024.
Peu sensibles au chant martial des « winners », ces râleurs ne se rendent pas compte que ces fréquents slaloms géants sur les trottoirs de la capitale, dont les merdes de chiens sont les balises, c’est un peu les Jeux olympiques du pauvre. Et c’est tous les jours !

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Misère de la philosophie

Les animateurs du magazine bimestriel « Rebelle[s] »*, fondé et dirigé par Jean-Luc Maxence, écrivain et psychanalyste, m’ont demandé une tribune libre pour leur numéro de rentrée, qui vient de paraître. Je vous en propose ici la lecture.

 

Michel Onfray s’étant curieusement montré avare en déclarations péremptoires et plus ou moins farfelues durant la période ayant précédé et suivi les élections législatives françaises de juin dernier, un autre philosophe médiatique en a alors profité pour s’engouffrer dans la brèche et entrer en concurrence sévère, en matière d’affirmations fantaisistes, avec notre hédoniste libertaire nietzschéen de gauche normand préféré.
Dans le monde comme il va, Raphaël Enthoven – il s’agit de lui – a trouvé un sujet d’indignation et de grosse colère : le taux d’abstention élevé lors desdites élections. Et comme en ces temps incertains nous ne saurions nous y retrouver dans le labyrinthe de nos réflexions sans le secours des avis forcément éclairés de ces inévitables « grands témoins de notre temps » que le Médiatisme cajole, notre penseur a donc estimé nécessaire d’étaler publiquement sa grosse irritation, qu’on n’hésitera pas à qualifier ici de rare stupidité.
Admirons donc la courte prose du monsieur et accrochons-nous aux parois, nous risquerions de tomber dans les profondeurs de la pensée du personnage, qui est tout même, rappelons-le, philosophe de métier, et donc payé pour réfléchir :
« Si, comme c’est le cas en Belgique, les abstentionnistes français payaient une amende, on pourrait financer un tas de trucs avec leur flemme. »
Tout observateur de la vie politique un tant soit peu renseigné sait que cette histoire d’amende au pays de Tintin et Milou relève davantage d’une promesse de sanction le plus souvent non tenue plutôt que d’une réalité tangible. Il n’est pas établi par ailleurs que, si amende il y a parfois, ce système ait permis de faire « un tas de trucs » au royaume de Belgique. Mais là n’est pas le plus important.
On reste pantois, en effet, devant le vide argumentaire d’une telle déclaration. Imputer à la seule paresse des électeurs l’importante désertion des bureaux de vote enregistrée au mois de juin démontre une assez stupéfiante ignorance des réalités politique et sociale de ce pays chez qui prétend d’autant plus les commenter publiquement. Il faut n’être pas sorti de sa petite caste privilégiée intello-mondaine depuis pas mal de temps maintenant pour tenir un tel propos et ne distinguer aucune autre cause à cette bérézina électorale. Certes, les journaux télévisés et tout ce qui concourt à maintenir ou renforcer les institutions et rites républicains garants des inégalités sociales sont dans leur rôle en présentant les allergiques à l’isoloir comme autant de pêcheurs à la ligne. Mais on est en droit d’attendre d’un prétendu commentateur réfléchi qu’il n’entonne pas bêtement le refrain des salariés du mensonge. Sans doute Raphaël Enthoven aura-t-il été influencé par un « reportage » affligeant consacré au phénomène abstentionniste, au lendemain du second tour, dans une émission de télévision du service public où il est souvent le bienvenu. Ledit reportage montrait en effet quelques spécimens représentatifs de ces citoyens oublieux de leur « devoir », en pleine séance de bronzette, en maillot de bain, sur une plage assommée par un soleil de plomb.
S’il a de tout temps existé une frange de la population indifférente à son environnement politique et social, les raisons de ce taux d’abstention historiquement élevé du mois de juin sont évidemment à chercher ailleurs que dans cette
« flemme » dénoncée par notre philosophe à la réflexion, pour le coup, bien paresseuse. Sans aller jusqu’à lui conseiller d’ingurgiter tout ce qui s’inscrit dans le cadre de la philosophie politique – laissons cela à Michel Onfray dans sa modeste ambition de vouloir réviser tout le savoir humain –, peut-être pourrait-on suggérer à Raphaël Enthoven de se pencher dans un premier temps sur Les Confessions d’un révolutionnaire, écrites en 1849 par Pierre-Joseph Proudhon évoquant son expérience de député, l’année précédente, magnifiquement résumée par cette phrase : « Il faut avoir vécu dans cet isoloir qu’on appelle une Assemblée nationale pour concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l’état d’un pays sont presque toujours ceux qui le représentent. » Il semble aujourd’hui admis que, plus d’un siècle et demi après ce constat lucide du père de l’anarchie, de plus en plus nombreux sont les citoyens qui le partagent, même si, bien sûr, ce fort rejet des partis politiques de tout bord et cette défiance accrue envers la vie politique classique, observée depuis plusieurs années maintenant, n’ont en rien amené les abstentionnistes à se tourner vers la proposition libertaire, aussi méconnue que Proudhon lui-même pour l’immense majorité d’entre eux.
Sans se livrer ici à une analyse fouillée des causes de l’abstention, on pourrait aussi évoquer, outre l’incurie des responsables politiques d’hier et d’avant-hier, la présidentialisation à outrance de la politique française, qui rend aux yeux de beaucoup les autres rendez-vous aux urnes assez dérisoires, et plutôt sans importance la composition de cette inutile et coûteuse Assemblée nationale réduite à un rôle pas même secondaire où se joue en permanence le même spectacle navrant.

L’obligation d’être démocrate
Tout cela, apparemment, n’est pas venu à l’idée de notre philosophe, réagissant comme un papa de mauvais poil devant des enfants surpris à paresser et qui n’auraient pas fait leurs devoirs. Peut-être serait-on en droit de demander en retour à cet éminent penseur de plancher sur la question de savoir si une démocratie qui obligerait chacun de ses membres à être démocrate, ce qu’implique son désir de voir punir tout abstentionniste, mérite encore ce nom de démocratie. Cette question a toutefois peu de chances d’ébranler les convictions de notre philosophe répressif, à en croire sa récidive dans le domaine des déclarations stupéfiantes dès le lendemain de son lamentable commentaire. Un contradicteur lui ayant fait remarquer qu’il se trouvait sans doute parmi les abstentionnistes des individus accordant la priorité au combat social plutôt qu’aux consultations électorales, Raphaël Enthoven balayait en quelques mots ahurissants tout un pan de l’histoire humaine, celui des révoltes et des luttes sociales, n’accordant de crédit qu’au seul régime parlementaire :
« Citez-moi (hors révolution) une seule conquête qui soit le résultat des luttes et non des lois ! »
C’est assez dire qu’il ne sera pas aisé d’amener un jour notre parlementariste inconditionnel, et avec lui tous les commentateurs apprivoisés du monde médiatique, à laisser sa pensée s’aventurer en dehors des clous pour s’intéresser à ce qu’écrivait dans ses Mémoires la grande Louise Michel, dans un passage admirable que les adorateurs du bulletin de vote façon Enthoven devraient lire, relire et méditer :
« Eh bien, à force de comparer les choses, les événements, les hommes, ayant vu à l’œuvre nos amis de la Commune si honnêtes qu’en craignant d’être terribles ils ne furent énergiques que pour jeter leur vie, j’en vins rapidement à être convaincue que les honnêtes gens au pouvoir y seront aussi incapables que les malhonnêtes seront nuisibles, et qu’il est impossible que jamais la liberté s’allie avec un pouvoir quelconque. Je sentis qu’une révolution prenant un gouvernement quelconque n’était qu’un trompe-l’œil ne pouvant que marquer le pas, et non ouvrir toutes les portes au progrès ; que les institutions du passé, qui semblaient disparaître, restaient en changeant de nom, que tout est rivé à des chaînes dans le vieux monde et qu’il est ainsi un bloc destiné à disparaître tout entier pour faire place au monde nouveau heureux et libre sous le ciel. »
On a les indignations qu’on peut. Mais les ridicules petites colères télévisuelles ou radiophoniques, même quand on se réclame parfois d’Albert Camus, cet homme et philosophe d’une autre trempe, ne suffisent pas à faire de vous un « homme révolté » digne de ce nom.

*  « Rebelle[s] ».

Liu Xiaobo est mort

Liu Xiaobo

C’est en vain qu’on cherchera sur les sites, blogs et autres endroits où s’expriment les ardents humanistes à géométrie variable menant une implacable et permanente surveillance des agissements des Etats américain, israélien et autres, inféodés au Grand Capital, un mot, un seul, consacré à la façon dégueulasse dont le régime communiste chinois a laissé crever comme un chien le dissident Liu Xiaobo.

Petite pièce de théâtre en un acte et une scène.
Les personnages : un ouvrier, Jean-Luc Mélenchon, Cédric Villani.

Acte 1, scène I. (L’ouvrier est devant la scène et s’adresse au public en montrant du pouce, vers l’arrière, à la façon d’un autostoppeur, Jean-Luc Mélenchon qui se tient dans le fond à gauche, dans un halo de lumière, une forêt de micros devant la bouche. Dans le fond à droite on aperçoit Cédric Villani, de dos, qui s’en va.)

L’ouvrier. –  « J’ai vu le politicard, là, le Chavez de la Canebière. Je vais lui expliquer ce que c’est que la précarité, que d’être chômeur, de vivre avec le smic, de faire grève, de mettre un bleu de travail. Il en parle, mais il ne sait pas ce que c’est. »

FIN

Pas sans moi

Traversant le Pays basque, j’apprends qu’à Hélette (64) une maison a été incendiée, et la façade portait les mots : « Le Pays basque n’est pas à vendre. »
Maintenant, je fais gaffe : j’ai pas acheté de jambon de Bayonne ou de brebis Ossau Iraty, pas même un piment à Espelette, rien ! Que du Coca, du gouda, des cookies. Ils peuvent compter sur moi : désormais, je serai intransigeant avec l’indépendance des peuples. Solidarité avec les opprimés !

Jean Verlinde

Au-delà de l’écume et des vagues artificiellement gonflées qui illustrent la pitoyable chronique du PAF, il est temps de proclamer que Monsieur Cyrille Hanouna est un grand professionnel. Et il n’est pas seul.
Il est très exactement the right man at the right place : qui il faut, où il faut, quand il faut. Monsieur Cyrille Hanouna fait bien, fait très bien, fait excellemment ce pourquoi il est où il est.
Monsieur Cyrille Hanouna a été embauché par Monsieur Vincent Bolloré pour viser bas, viser très bas, viser au plus bas, afin d’élever haut, d’élever très haut, d’élever au plus haut et l’audience et le rendement des investissements de Monsieur Vincent Bolloré.
Monsieur Cyrille Hanouna et Monsieur Vincent Bolloré sont deux très grands professionnels qui ont bien mérité du PAF.

Jean Verlinde

Maintenant que le dauphin est installé sur le trône de France, les échanges discourtois, l’invective, où la volonté de blesser, d’humilier et de salir a nettement dominé celle de convaincre, vont peut-être pouvoir cesser, encore qu’une campagne législative s’annonce, guère de nature à calmer les esprits. Il nous faudra donc patienter encore un peu avant d’être libérés du discours électoral et de ses savants stratèges.
Il y a évidemment bien des gens dont la vie, le parcours, les engagements, témoignent de leur combat permanent et de leur attachement à voir naître une société libre, égalitaire et fraternelle, et qui, lors de cette élection présidentielle, se sont abstenus ou ont voté blanc. Leur seul « tort » est précisément de ne pas étaler leur vie sur les réseaux sociaux. Cela leur aurait peut-être épargné quelques injures et calomnies, mais rien n’est moins sûr. Car rien n’y fait en ces périodes où toute raison, où tout sens de la nuance, aussi tout attachement à une décence commune disparaissent bel et bien. Le temps d’une campagne électorale, tout s’efface, et il leur aura fallu malgré cela supporter ces assimilations stupides, et parfois même franchement dégueulasses, les ramenant au rang de complices du fascisme, quand bien même cette vie, ce parcours, ces engagements bien réels n’ont rien à voir avec ces postures ridicules que prennent le plus souvent nombre d’antifascistes de tapis de souris, de résistants d’isoloir d’un jour.
Leurs accusateurs ont voté Macron et l’ont proclamé haut et fort, ce qui est hautement héroïque, j’en conviens. Cependant, même si je peux bien sûr me tromper,  je ne pense pas que les réseaux sociaux puissent être comparés au maquis du Vercors en 1943, ni le fait de se rendre au bureau de vote assimilable au Débarquement de Normandie. Un poil d’humilité serait donc bienvenu de la part de ceux-là qui pensent avoir reconstitué « l’armée des ombres ». Dans le rôle, Lino Ventura, Paul Meurisse, Simone Signoret et quelques autres avaient davantage de talent, et sans doute même de modestie.