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Camillo Berneri

Dans un sursaut moral dont nous n’avons jusque-là jamais fait preuve, et dans la foulée de la reconnaissance, par Emmanuel Macron, de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat du militant communiste Maurice Audin durant la guerre d’Algérie, nous, Parti communiste espagnol, reconnaissons notre responsabilité dans la disparition, la torture et l’assassinat, sur ordre du camarade Staline, de nombreux militants libertaires de la CNT et de « trotskistes » du POUM, notamment Camillo Berneri et Andrés Nin, durant la guerre civile d’Espagne.

Parti communiste espagnol
(p.c.c. Floréal)

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Depuis le 20 avril dernier, des artistes cubains non serviles luttent pour que ne soit pas pas appliqué le décret n°349 concocté par le gouvernement de Miguel Díaz-Canel, successeur de Raúl Castro à la tête de la dictature cubaine. Ce décret relatif à la politique culturelle devrait entrer en vigueur en décembre prochain et, s’il est maintenu, signer l’arrêt de mort de toute activité artistique indépendante sur l’île. Ceux qui pensaient honnêtement mais naïvement qu’après la mort de Fidel Castro puis le prétendu effacement de son frère à la tête de l’Etat allait s’instaurer une petite ouverture et naître à Cuba certaines libertés fondamentales, comme celle de s’exprimer librement, pourront une fois de plus verser de chaudes larmes sur leurs illusions perdues.
Vous trouverez ci-dessous un résumé en sept points du projet de décret, ainsi que des extraits dudit décret dont la traduction est due à l’organisation Amnesty International.

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Les artistes cubains, qu’ils soient diplômés de l’enseignement artistique, de l’enseignement général ou amateurs, doivent être reconnus et enregistrés par l’Etat pour exercer professionnellement.
Seuls les artistes qualifiés et inscrits au Registre des créateurs des arts plastiques et arts appliqués sont autorisés à faire des présentations ou des prestations publiques, ou tenir des espaces de commercialisation dans le domaine des arts plastiques.
Les artistes seront tenus d’être en lien avec une institution de l’Etat pour obtenir une rémunération pour leur travail. Ceux qui ne respectent pas les normes de la politique culturelle pourront faire l’objet de mesures disciplinaires de la part de cette institution, y compris sur le plan économique.
Seules les institutions autorisées par le ministère de la Culture ou l’Institut cubain de radio-télévision peuvent établir des relations de travail avec les artistes, les représenter pour commercialiser leur production et œuvres artistiques auprès du public.
Les artistes ne pourront profiter de leurs productions et spectacles artistiques ou développer ou exposer en public leur art et leur talent sans autorisation de l’Etat. Ils ne sont pas autorisés non plus à s’exprimer en utilisant des symboles nationaux. Les personnes qui ne sont pas enregistrées comme artistes sont exclues de l’accès aux pratiques artistiques.
Les fonctionnaires de l’Etat décident par exemple, sans qu’aucun obstacle ne puisse leur être opposé, si un livre respecte ou non les valeurs éthiques et culturelles ; il leur appartient d’estimer si les productions audiovisuelles, la musique ou les représentations artistiques promeuvent la discrimination, la violence, ou emploient un langage sexiste, vulgaire et obscène.
Des superviseurs et inspecteurs de l’Etat décideront s’il est nécessaire de dresser des amendes allant de 1000 à 4000 pesos, ou d’opérer la saisie des biens culturels. Ces deux formes de sanction pourront être appliquées simultanément, dans tout lieu public dépendant de l’Etat ou pas, à une personne, un groupe, un organisme qui ne respecte pas la politique établie par le ministère de la Culture. Superviseurs et inspecteurs pourront également suspendre de manière immédiate tout spectacle ou projection, ou demander l’annulation de leur autorisation.

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Extraits du décret n°349

Dans la mesure où il est nécessaire d’actualiser le décret n° 226 (…) INFRACTIONS À LA RÉGLEMENTATION EN MATIÈRE DE POLITIQUE CULTURELLE ET SUR LA PRESTATION DE SERVICES ARTISTIQUES

Constituent des infractions à ce décret, les comportements qui enfreignent les normes et dispositions en vigueur en matière de politique culturelle et de prestation de services artistiques établies par le ministère de la Culture, dans toute manifestation artistique perpétrée par des personnes physiques ou morales, en des lieux ou installations publics, appartenant à l’État ou non.

DES INFRACTIONS
Dans la prestation de services artistiques, les comportements suivants constituent une infraction (…)
e) Celui qui effectue une prestation de services artistiques sans être autorisé à exercer un travail ou une activité artistique.
On considère qu’il y a infraction lorsqu’une personne physique ou morale utilisant des médias audiovisuels y montre des contenus comprenant : a) utilisation des symboles nationaux contrevenant à la législation b) pornographie c) violence d) langage sexiste, vulgaire ou obscène (…).
Il y a également infraction lorsqu’une personne physique ou morale s’engage dans l’un des comportements suivants : (…).
b) crée des espaces de commercialisation des arts plastiques sans posséder d’autorisation ni être inscrit au Registre du créateur des arts plastiques (…)
f) commercialise des livres dont le contenu est préjudiciable aux valeurs éthiques et culturelles (…)

DES MESURES
Contre les violations mentionnées dans le présent décret peuvent s’appliquer indistinctement une ou plusieurs des mesures suivantes :
a) avertissement b) amende c) confiscation des instruments, appareils, accessoires et autres biens.
2. Conjointement aux mesures qui s’imposent, l’autorité compétente peut :
a) suspendre immédiatement le spectacle ou la projection et
b) proposer l’annulation de l’autorisation à exercer une activité professionnelle en tant que travailleur indépendant (…)

AUTORITÉS COMPÉTENTES POUR APPLIQUER LES MESURES ET TRAITER LES RECOURS
Les autorités compétentes pour inspecter (…) et appliquer les mesures adéquates sont les superviseurs-inspecteurs désignés par le ministère de la Culture (…).

Fait au Palais de la Révolution, La Havane, le 20 avril 2018.

Salut Krystel

Triste nouvelle. L’amie Krystel, arrivée à Radio-Libertaire à la fin de l’année 1988 pour faire équipe avec Laurent Nicolas, créateur et animateur de l’émission « Nuit off », est décédée soudainement le 22 août.
Avec les amis Jacques Lesage de La Haye, Nicole Fontan et Patrick Marest, nous avons eu souvent le plaisir de partager un peu de temps avec cette jeune femme toujours souriante et enjouée lorsqu’elle venait nous rendre visite durant les émissions que nous animions ensemble, « Ras les murs » et « Avis de tempête ».
Oui, bien triste nouvelle.

 

En Espagne, le gouvernement a décidé de lancer le processus d’exhumation des restes du dictateur Franco du Valle de los Caídos (la « vallée de ceux qui sont tombés ») où sont enterrés nombre de fascistes ainsi que des combattants du camp dit « républicain ». La famille de Franco s’oppose à ce projet.
Voici, sur le sujet, le communiqué de nos amis de l’organisation anarcho-syndicaliste CNT d’Espagne.

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La CNT salue l’initiative qui devrait amener à l’exhumation des restes du dictateur Francisco Franco du Valle de los Caídos, même si l’on peut être surpris par la « rapidité » des politiciens de gauche de ce pays, qui ont attendu seulement un peu plus de quarante années pour prendre une décision qui, par ailleurs, s’en tient au minimum. Mais puisque cela devrait être mené à bien, nous leur adressons une première demande : que cela soit fait un 18 juillet, pour que le monstre sorte enfin des vies de tant de victimes qui l’entourent un même jour où il est entré dans les leurs pour les dévaster.
Et dans le même ordre de choses, si la famille ne veut pas prendre en charge les restes du dictateur, en mettant en branle une armée d’avocats pour éviter son exhumation, ce qui aura pour conséquence que le geste du gouvernement coûte encore davantage d’argent public, nous proposons des solutions similaires à celles qui furent trouvées pour Hess ou Goering, incinérés et dont les cendres furent jetées à l’eau – ce qui évitera le vandalisme que semble craindre la famille affligée –, mais dans une version plus adaptée au personnage : un fossé pour lui seul dans quelque coin perdu. Le plus difficile sera de trouver l’endroit adéquat, car lui-même s’est amplement chargé de ne laisser que peu de surface disponible sans que, sous terre, les restes de ses victimes attendent.
Nous suggérons également que ce projet soit complété, et cela un peu mieux que lors de la fameuse « transition* » : supprimer toutes les subventions de l’Etat à la communauté des moines ; leur ôter le contrôle d’un lieu qui, curieusement, est considéré comme patrimoine national, mais qui est contrôlé par l’Eglise ; suggérer à cette communauté de moines qu’elle se trouve un autre lieu de résidence après un audit sur son – notre – financement et l’utilisation de l’argent.
Ensuite, supprimer le statut de patrimoine national à un lieu de sang, de terreur, de misère et de souvenir d’une dictature féroce et assassine. Nous préférerions que les patrimoines nationaux soient consacrés à l’art et à l’architecture, qu’ils puissent nous enrichir culturellement. Et, enfin, faire sauter les éléments les plus visibles de l’ensemble. Qu’il ne reste plus debout une seule pierre de ce symbole fasciste bâti avec le sang et la sueur des vaincus, lieu de démagogie sans-gêne alors qu’ils ont osé parler de lieu de réconciliation. Et, parmi les ruines laissées en l’état, créer un lieu contre l’oubli de la barbarie franquiste.
Ne croyez pas que nous ayons oublié ceux qui sont enterrés. Nous prenons pour acquis que, si les politiques ont un peu de dignité et de mémoire, ils mèneront à terme l’indispensable processus d’exhumation des restes de ceux qui, même après leur mort, furent traités comme des vaincus et obligés de reposer au côté de leur bourreau.
Nous leur souhaitons bonne chance et réussite.

(Traduction : Floréal Melgar)

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Note du traducteur : la « transition » désigne la période qui a suivi la mort de Franco, au cours de laquelle partis de gauche et franquistes notoires « relookés » se sont entendus pour établir une « démocratie » à leur goût, quelque peu amnésique, entre autres.

Source : site CNT d’Espagne.

Il était pratiquement inconnu ici en France. Le poète cubain Rafael Alcides vient de mourir. Agé de 26 ans au moment de la prise de pouvoir de Fidel Castro, il avait d’abord cru, comme alors nombre de ses compatriotes, à la révolution. Puis comme beaucoup, il est passé de l’enthousiasme à l’immense déception en ouvrant les yeux sur ce qui s’est mué en vaste imposture.
N’ayant pas choisi de se taire, son nom a disparu de tous les ouvrages officiels cubains, et ses oeuvres ont été interdites de publication dans son pays.
Le réalisateur Miguel Coyula, dissident lui aussi, lui a consacré récemment un superbe documentaire, hélas disponible seulement en langue espagnole sous-titrée en anglais. J’en poste ici, pour ceux qui possèdent l’une de ces deux langues, l’un des sept épisodes, ainsi que le dernier volet de ce documentaire, où apparaît la comédienne Lynn Cruz disant l’un de ses poèmes, L’étranger. Ci-dessous, un autre poème de Rafael Alcides, en guise d’hommage à cet homme éminemment respectable qui vient de nous quitter, Agradecido como un perro (« Reconnaissant comme un chien »).

Toda mi vida ha sido un desastre
del que no me arrepiento.
La falta de niñez me hizo hombre
y el amor me sostiene.
La cárcel, el hambre, todo ;
todo eso me ha estado muy bien :
las puñaladas en la noche,
y el padre desconocido.
Y así de lo que no tuve
nace esto que soy :
bien poca cosa, es verdad,
pero enorme, agradecido como un perro

Traduction

Toute ma vie a été un désastre
Dont je ne me repens point
Le manque d’enfance m’a fait homme
Et l’amour me soutient
La prison, la faim, tout ;
Tout cela m’est allé très bien :
Les tourments dans la nuit
Et le père inconnu
Et de ce que je n’ai pas eu
Est né ce que je suis :
Bien de peu de chose, il est vrai,
Mais énorme aussi, reconnaissant comme un chien

 

Tenue de combat homologuée Thierry Rocher

Il y a peut-être parmi vous des lecteurs du blog satirique « Le Coq des bruyères », présent sur les réseaux sociaux et qu’anime Anthony Casanova, un jeune homme sympathique, bien que corse et social-démocrate. J’avoue n’avoir jamais lu dans son entier sa livraison hebdomadaire d’articles. Je me contentais jusque-là des éditoriaux dudit Casanova, des brèves rigolotes et des chroniques souvent drôles et pertinentes de Christophe Sibille et Naqdimon Weil.
Et puis voilà qu’il y a quelques jours, je ne sais pourquoi, je clique sur le lien menant vers un article intitulé « La convergence des erreurs* », rédigé par un autre collaborateur du blog, Thierry Rocher, dont la caricature placée au bas de chacun de ses écrits fait penser à un ancien premier fayot de la classe qui serait devenu représentant en portes blindées et systèmes d’alarme.
Dans son écrit, le lourd Rocher expose laborieusement ce qu’il pense des stratégies – mauvaises, selon lui – mises en œuvre dans leur lutte par les cheminots, les étudiants et les zadistes. Son analyse, sans intérêt autre que soporifique pour des lecteurs insomniaques, me valait donc un ennui profond quand j’arrivai au paragraphe consacré à Notre-Dame-des-Landes. L’auteur s’y livrait là à une telle défense de la Propriété, « fondement de notre vie sociale » (sic), qu’elle me sembla tout droit sortie des pages du Figaro économie. Son plaidoyer prenait une telle tournure macrono-poujadiste qu’à chaque fin de phrase me venaient des flashes où apparaissaient des cadenas, des verrous, des antivols, des barbelés, et le fusil de chasse du grand-père prêt à servir contre le premier romanichel qui oserait poser le pied sur les plates-bandes du « Sam Suffy » de la pensée politique. A la toute fin du paragraphe, j’étais persuadé que quiconque souhaiterait se débarrasser à jamais du Thierry Rocher en question serait plus avisé de lui offrir Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon – crise cardiaque assurée, aucune poursuite envisageable ! – plutôt que d’avoir recours à l’arsenic.
Vous me direz que les propos anti-zadistes ont pullulé dans les médias, qu’après tout Thierry Rocher a le droit de penser comme Nadine Morano, et qu’il n’y a donc pas là de quoi en faire un plat. Certes, mais ce qui m’a poussé à écrire ce petit pamphlet, moi qui ai conservé un côté naïf, vous le savez, c’est qu’on puisse aujourd’hui lire sous la plume d’un collaborateur d’un site satirique de gauche des arguments comme celui qui suit et qu’on croirait, celui-là, tout droit sorti des propos avinés d’un beauf de bar-tabac-PMU. Qu’on en juge : « Et que dire des zadistes que j’ai appelés cradistes en interprétant par l’odeur le look des jusqu’au-boutistes ? »
Il en est là, l’intendant cravaté des terres de France menacées par des hordes barbares, à laisser entendre que les zadistes sont des individus sales et puants. Ça vole haut ! Et comme il est particulièrement fier de sa trouvaille – les « cradistes » : désopilant, non ? –, il emploiera de nouveau ce terme dans sa chronique suivante, consacrée aux black blocs, et, se prenant sans doute soudainement pour Yves Rocher, ira jusqu’à créer sur Facebook un panneau où pouvoir afficher en grand sa bêtise… comment dire… crasse : « A Notre-Dame-des-Landes, les cradistes vont lancer un parfum ; info ou intox ? »
T’as le look, coco, t’as le look, mais ça n’empêche pas tes allusions d’être nauséabondes.

* La convergence des erreurs.

L’arrivée récente à la présidence de l’Etat cubain du pantin nommé Díaz-Canel en remplacement de Castro le Petit, lui-même successeur de son grand frère Fidel, n’a évidemment rien changé à la nature profonde du régime castro-communiste. La dictature qui s’est instauré sur l’île il y a près de soixante ans maintenant se maintient, et il n’aura pas fallu attendre longtemps pour connaître le nom du premier prisonnier d’opinion de l’ère Díaz-Canel. Il s’agit d’Ariel Ruiz Urquiola, biologiste et chercheur en agro-écologie renommé, déjà sanctionné professionnellement par le passé pour ne pas s’être rendu complice d’une monstruosité (voir le texte de Lynn Cruz et « L’affaire de la navette de Regla », ci-dessous) et condamné aujourd’hui à une peine de prison ferme pour « outrage ».
Pour mieux comprendre, je vous propose ici de lire le témoignage de la comédienne Lynn Cruz*, amie personnelle d’Ariel Ruiz Urquiola et elle-même victime d’une interdiction d’exercer librement son métier, ainsi que de larges extraits d’un article d’Isbel Díaz Torres, un camarade libertaire cubain.

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La révolution cubaine
emprisonne un scientifique révolutionnaire

Ariel Ruiz Urquiola

« Un scientifique en danger à Cuba », tel était le titre d’un article publié récemment par le journal Miami Herald. Il s’agit d’Ariel Ruiz Urquiola, un chercheur dont les travaux sont connus au-delà des frontières de Cuba.
Homme digne, à la pensée élevée et aux valeurs sûres, il était venu chez moi un après-midi afin de me témoigner sa solidarité pour l’injustice dont j’étais victime et qui m’empêche aujourd’hui de travailler en tant que comédienne à Cuba, pour des raisons semblables à celles auxquelles il est lui-même confronté et qui l’ont amené en prison.
Ruiz Urquiola, à l’époque où Fidel Castro gouvernait encore, refusa de signer une lettre ouverte, approuvée par nombre de ses collègues ainsi que par de nombreux intellectuels et artistes cubains, en soutien à la décision de fusiller les trois jeunes gens s’étant emparé de l’embarcation effectuant la navette entre La Havane et Regla (voir « L’affaire de la navette de Regla », ci-dessous). Il exprima alors son refus d’être complice d’un crime. Il fut expulsé pour cette raison de son poste de professeur à l’université de La Havane, en 2003.
A l’époque, des écrivains comme José Saramago ou Eduardo Galeano, des artistes comme Ana Belén ou Víctor Manuel, qui sympathisaient avec la révolution cubaine, exprimèrent leur désaccord avec le régime.
Quelques années plus tard, Ruiz Urquiola obtint de pouvoir exercer à nouveau son métier de scientifique, sa peine étant apparemment purgée. Mais lors d’un congrès en Californie, il présenta les résultats d’une enquête sur la chasse sauvage des tortues à Pinar del Río et dans la localité de Nuevitas, dans la province de Camagüey. Il fut aussitôt expulsé de son travail. Sa dernière occupation en tant que scientifique survint après qu’il eut obtenu une bourse pour œuvrer en lien avec l’institut Humboldt, en Allemagne. Ruiz Urquiola entama dans le même temps une grève de la faim pour protester contre le manque de médicaments nécessaires pour lutter contre la maladie de sa sœur, atteinte d’un cancer.
Sa protestation permit de mettre en lumière une série de négligences et de manques envers des patients vivant dans des conditions similaires à l’hôpital oncologique de La Havane. Suite à ses licenciements, il s’installa a Pinar del Río où il travaillait dans une ferme qu’il partage avec sa mère et sa sœur.
Il vient d’être condamné à un an de prison, pour outrage, après plusieurs actions menées par la Sécurité d’Etat contre sa ferme.
Ruiz Urquiola vit comme il pense, suivant les traditions révolutionnaires « martiennes* », comme un homme honnête qui défend le droit de penser et de parler sans hypocrisie.
Plus de cent ans après la mort au combat de l’apôtre, sur cette terre où eut lieu une révolution « martienne », on ne peut toujours pas être libres ni honnêtes.

Lynn Cruz
(Traduction Floréal Melgar)

 

* « Martienne » : adjectif bâti à partir du nom de José Marti, considéré comme un héros national et comme l’apôtre de la lutte pour l’indépendance cubaine.

Source : Havana Times

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Lynn Cruz

Lynn Cruz

Lynn Cruz est une comédienne cubaine, lauréate de plusieurs prix d’interprétation. C’est aussi une femme qui s’intéresse de près à la vie politique et sociale de son pays et qui a décidé de dire et d’écrire ce qu’elle en pense. Or, pour s’exprimer librement à Cuba où aucun média ne peut exister sans dépendre du tout-puissant Parti communiste, la seule solution est d’avoir recours aux sites et blogs de la sphère internet, ce qui bien sûr ne peut se faire sans risques. Lynn Cruz s’exprime donc régulièrement sur le blog « Havana Times », et cela lui a déjà valu par le passé quelques ennuis auprès des autorités cubaines. Mais ces derniers temps ces ennuis ont atteint un degré majeur puisque Lynn Cruz est passée devant une sorte de cour de justice du travail présidée par un bureaucrate stalinien de la plus belle espèce, du nom de Jorge Luis Frías Armentera.
Il faut savoir que pour exercer son métier à Cuba, tout comédien doit être obligatoirement inscrit à l’une des deux agences qui regroupent tous les membres de la corporation et qui dépendent, bien évidemment, de l’Etat. Récemment, Lynn Cruz s’est vu signifier son expulsion de l’agence Actuar où elle était inscrite, sans que les raisons de son licenciement lui soient notifiées et sans que la procédure légale elle-même soit respectée. Elle a donc fait appel et s’est vue convoquée devant une sorte de tribunal inquisitorial pour y vivre ce qui s’apparente à un sordide procès stalinien dont nous n’avons malheureusement pas les images mais seulement l’enregistrement sonore, que je propose ci-dessous à l’écoute de ceux pour qui la langue espagnole est familière.
Au cours de cette séance quelque peu surréaliste, le larbin de l’Etat commence par reconnaître que la réglementation n’a pas été respectée concernant l’expulsion de la comédienne de l’agence, et lui propose de recommencer l’opération. Il lui annonce donc ensuite qu’elle se voit dans un premier temps réintégrée à l’agence pour une durée de trente jours. A l’issue de ce délai, imposé par la procédure, elle se verra radiée de nouveau, et cette fois définitivement et dans les règles, ce qui se traduit concrètement par une interdiction professionnelle. Quant aux motifs de cette radiation, elles n’ont évidemment strictement aucun rapport avec le métier qu’exerce Lynn Cruz. Il lui est reproché et signifié très clairement que sa collaboration journalistique au blog « Havana Times » justifie cette décision inique, exprimée en ces termes par le paillasson stalinien de service : « Vos manifestations sur internet ont été offensives envers et contre les principaux dirigeants de ce pays, du gouvernement et du Parti. » C’est donc pour une question « éthique » – ce salopard ose prononcer le mot – que Lynn Cruz se voit officiellement privée de la possibilité de travailler dans son pays.

Floréal Melgar

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L’affaire de la navette de Regla

Nous sommes à la fin mars et au début avril 2003, une période connue à Cuba sous le nom de « Printemps noir ». Le monde ayant alors les yeux tournés vers l’Irak, où la guerre vient de commencer, le gouvernement cubain va en profiter pour lancer une terrible vague de répression contre les dissidents de l’île, membres d’organismes consacrés à la défense des droits de l’homme, des bibliothécaires et vingt-sept journalistes indépendants, les médias officiels cubains étant tous entre les mains du Parti communiste.
Entre le 18 et le 21 mars 2003, soixante-dix huit personnes vont donc être arrêtées et condamnées dans la foulée à des peines de 15 à 20 d’emprisonnement, et même jusqu’à 36 ans pour le maçon et plombier Orlando Zapata, qui mourra d’ailleurs en prison le 23 février 2010 après une grève de la faim.
C’est dans ce contexte particulièrement répressif que de jeunes Cubains décident alors de fuir leur pays pour se rendre aux Etats-Unis, comme l’avaient fait ou tenté de le faire des centaines de milliers d’autres une dizaine d’années plus tôt lors de la fameuse « crise des
balseros », ces embarcations de fortune bricolées pour traverser le détroit de Floride. Pour atteindre leur but, ces jeunes gens, eux, ont une autre idée : s’emparer du petit bateau qui, dans la baie de La Havane, fait la navette entre la vieille ville et le quartier de Regla. Ce qu’ils firent le 2 avril 2003 en montant à bord de la navette Baraguá et en changeant sa destination. Malheureusement, un détail qui a son importance va causer leur malheur : le manque de carburant. L’embarcation va en effet tomber en panne assez rapidement. Les jeunes gens entreront alors en contact avec les autorités cubaines, et auront même droit à parler par téléphone à Fidel Castro lui-même, qui les convaincra de se rendre tranquillement contre la promesse que rien ne serait fait contre eux. Neuf jours plus tard, le 11 avril 2003, trois de ces jeunes gens, Lorenzo Copello, Bárbaro Sevilla et Jorge Martínez, étaient fusillés à La Havane. Un de leurs camarades sera condamné à 30 ans de prison, et trois jeunes femmes à 5 ans, 3 ans et 2 ans d’emprisonnement.
Cette vague de répression et ces exécutions ayant entraîné quelques remous jusque chez des personnalités sympathisant jusque-là avec le régime castriste, comme le Prix Nobel portugais de littérature José Saramago ou la comédienne et chanteuse espagnole Ana Belén, le gouvernement cubain va alors avoir recours à l’une de ces méthodes particulièrement dégueulasses que les régimes communistes savent utiliser avec un certain savoir-faire. Dans un premier temps, il fera signer par vingt-sept personnalités du monde intellectuel et artistique cubain un texte de soutien au gouvernement justifiant la répression et les exécutions commises. Dans un second temps, il étendra la méthode à tout le pays, exigeant le même soutien des secteurs scientifique et de l’Université. Le procédé, destiné à contrecarrer la modeste campagne de protestation en usant de l’argument éculé du « faire le jeu de l’impérialisme américain », permettait dans le même temps de s’assurer du degré de domestication de tous ceux qui occupaient à Cuba un poste important. Et c’est donc ce document qu’Ariel Ruiz Urquiola, aujourd’hui emprisonné à Cuba, refusa de signer en 2003 pour ne pas se faire le complice d’un crime, ce qui entraîna sur-le-champ son licenciement du poste de professeur qu’il occupait à l’université de La Havane.

Floréal Melgar

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Un tribunal cubain
met en péril un projet agro-écologique à Viñales

Isbel Díaz Torres

L’écologiste cubain Ariel Ruiz Urquiola a été condamné ce mercredi 8 mai à une année de prison, au cours d’un procès sommaire qui s’est tenu au tribunal municipal de Viñales, dans la province occidentale de Pinar del Río, mettant en péril la continuité d’un projet agro-écologique vital.
Dans une nouvelle démonstration d’agissement arbitraire des fonctionnaires cubains, ce remarquable chercheur a dû répondre du délit d’outrage pour s’être opposé au continuel harcèlement dont il est victime avec sa famille dans sa ferme agro-écologique située sur les hauteurs de Viñales.
Des membres du corps de gardes-forestiers ont à plusieurs reprises pénétré sur le territoire de la ferme, commis des actes de vandalisme et porté de fausses accusations contre ce militant environnementaliste. Ariel a dénoncé ces actes de violence auprès de représentants de la loi et a rendu publique la situation qui lui était faite dans des organes de presse non officiels, ce qui n’a pas été du goût de la police politique cubaine.
Avec un délai de trois jours pour faire appel de la sentence, la situation reste très précaire pour ce biologiste qui s’est présenté au tribunal en ayant entamé une grève de la faim pour protester contre le mauvais traitement qu’il subit.
Mais lui et sa famille ne seront pas les seuls affectés par cette condamnation, même si bien sûr cette peine d’emprisonnement demeure le scandale majeur. Un précieux projet écologique global, déjà entamé, est en effet mis en péril par cette condamnation. Ariel Ruiz Urquiola avait en effet commencé à développer autour de la ferme un espace réservé à l’implantation d’arbres fruitiers et d’espèces précieuses, afin de reboiser la région de la Sierra de los Organos. Il travaillait également à la création d’un espace pour bovins et ovins afin d’améliorer la variété animale à Viñales, tout en œuvrant à reconvertir des pâturages dans le but de varier l’alimentation des bêtes. A cela doit s’ajouter la construction d’une petite laiterie pour la production de fromage, et la conversion de la ferme à l’agro-écologie avec recours à des énergies renouvelables pour la production d’électricité, de biogaz et de fertilisants organiques. La création d’une pépinière, la reforestation de surfaces récupérables ainsi que leur protection contre l’élevage intensif de porcs dans les fermes voisines et la chasse illégale d’espèces théoriquement protégées.

Ariel Ruiz Urquiola

Tout ce travail doit se traduire par des effets bénéfiques significatifs non seulement pour Ariel et sa famille ou pour ses collègues qui régulièrement viennent participer à l’aventure, mais cette expérience de ferme agro-forestière pourrait aussi servir d’exemple aux autres paysans de la région. Ariel souhaite aussi créer un vaste jardin botanique consacré à la flore du Parc national de Viñales, avec des sentiers balisés, pour en instruire la population locale et les touristes. Il compte également dispenser des cours sur la biodiversité.
Il faut noter que ce projet a reçu l’aval de la société Forestal Integral La Palma, propriétaire du terrain, et du Parc national de Viñales. De plus, le secrétaire du Parti communiste cubain de l’université de La Havane a fourni un certificat confirmant les capacités d’Ariel Ruiz Urquiola à procéder aux travaux de culture et de recherche en tant que généticien.
Tout cela, bien sûr, s’effondrerait si Ariel, qui a l’usufruit des terres, devait être absent pour la durée de sa peine, tout cela pour un délit supposé d’outrage à l’Autorité.
En attendant la décision concernant l’appel du jugement, des collègues et des élèves d’Ariel cherchent des solutions pour créer un réseau de solidarité qui mette en lumière ce qui est en train de se passer.

D’après un article d’Isbel Díaz Torres
(Traduction Floréal Melgar)

Source : Havana Times