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Communiqué NPA-UCL

Il paraît que ça n’est pas bien du tout d’employer l’expression « islamo-gauchisme ». Les uns en font une question de vocabulaire : les nazis ayant créé le terme « judéo-bolchevisme », cela ferait de vous un quasi-SS (jusqu’où va se nicher la connerie, quand même ?!). D’autres prétendent que ça n’existe pas, que cette invention, selon eux, ne sert qu’à « stigmatiser » la communauté musulmane.
Deux organisations gauchistes, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et son clone, l’Union communiste libertaire (UCL), viennent pourtant de s’unir pour la rédaction d’un communiqué de protestation contre la fermeture d’une mosquée dirigée par un salafiste, à Pantin, en banlieue parisienne (voir sur internet, je me refuse à relayer ici cette immondice).
Dans la foulée, j’ai reçu ce communiqué, presque authentique.

« Cohérents avec leurs prises de position récentes visant la défense du droit à l’obscurantisme, le NPA et l’UCL tiennent à dénoncer vigoureusement, bien qu’avec un peu de retard, les destructions d’églises et de biens ecclésiastiques perpétrées par les révolutionnaires, et en particulier ceux de la CNT-FAI, durant la guerre civile espagnole et dénoncent leur christianophobie. Plus jamais ça ! »

La politique

Un politicien arrive dans un village à la campagne. Les gens s’approchent et s’adressent à lui :
– Monsieur, nous avons deux gros problèmes ici !
– Quel est le premier ? dit le politicien.
– Nous n’avons pas de médecin.
Le politicien sort son téléphone portable, compose un numéro, s’éloigne un peu du groupe en parlant dans l’appareil, revient, et dit :
– C’est réglé ! Un médecin arrivera demain. Quel est le second problème ?
– Nous n’avons pas de réseau téléphonique ici.

Merveilleux pays

A Cuba, les personnes atteintes du Covid, ou soupçonnées de l’être, ou ayant été en contact avec des personnes infectées sont interdites de sortie de leur domicile. Les autorités ont décidé de faire apposer des affichettes sur les murs extérieurs des domiciles desdites personnes, leur enjoignant de ne pas sortir. Cela a commencé à La Havane.
Ces affichettes, visibles par tous, ont évidemment pour but de faire des habitants du voisinage des délateurs potentiels au cas où l’une des personnes ainsi assignées à résidence aurait la mauvaise idée de prendre l’air. En premier lieu, ce sont évidemment les membres des Comités de défense de la révolution (CDR), citoyens-flics et mouchards par excellence, quadrillant les quartiers des villes, qui se voient chargés de cette besogne.
Merveilleux pays !


Voici la liste des prisonniers politiques à Cuba. La plupart le sont précisément pour avoir voulu s’exprimer librement, ce qui est un délit pour le régime castro-communiste de l’île.

Maikel Herrera Bones
Silverio Portal Contreras
Keilylli Mora (de la) Valle
Yasser Rivero Boni
Iván Amaro Hidalgo
Elio Juan Arencibia Dreque
Raudel Arias Valerino
Carlos Manuel Arocha del Risco
Edilberto Ronal Arzuaga Alcalá
Noslén Ayala García
Eliecer Bandera Barreras
Luis Bello González
Yampiel Bernal Ampudia
Reinerio Rafael Briñones Rosabal
Misael Canet Velázquez
José Rolando Casares Soto
Wenceslao Chirino Pérez
William Esmérido Cruz Delgado
Benigno Cruz Reina
Adrián Curuneaux Stevens
Mitzael Díaz Paseiro
Abdel Kader Diop Santo-Suárez
Luis Andrés Domínguez Sardiñas
Emeregildo Duvergel Delis
Melkis Faure Hechevarría
Yulio Ferrer Bravo
Carlos Manuel Figueroa Álvarez
Eider Frómeta Allen
Eliober Fusté Zamora
Juan Galbán Hernández
Aurelio Andrés González Blanco
José David González Fumero
Yasiel González Quijano
Augusto Guerra Márquez
Josiel Guía Piloto
Eliécer Hernández González
Maité Hernández Guerra
Adriel Hernández Reyes
Ubaldo Herrera Hernández
Yanier Joubert Cisneros
Lázaro Rolando Kessell Barrueto
Luis Angel Leyva Domínguez
Isaín López Luna
Héctor López Pérez
Yoendri Luna Caballero
Felipe Martín Campanioni
Maikel Mediaceja Ramos
Alien Muchulí Montoya
Aymara Nieto Muñoz
Yasmani Ovalle León
Alexander Palacio Reyes
Humberto Paz Gutiérrez
Yoelvis Pérez Hernández
Ernesto Pérez Pérez
Jesús Alfredo Pérez Rivas
Juan Miguel Pupo Área
Wilson Quintero Cabrera
George Ramírez Rodríguez
Osvaldo Rodríguez Acosta
Lázaro Leonardo odríguez Betancourt
Ramón Rodríguez Gamboa
Manuel de Jesús Rodríguez García
Alexey Rodríguez Martínez
Laudelino Rodríguez Mendoza
Walfrido Rodríguez Piloto
Kessel Rodríguez Rodríguez
Lázaro Romero Hurtado
Martha Sánchez González
Yosvany Sánchez Valenciano
Armando Trujillo González
Alberto Valle Pérez
Bianko Vargas Martín
Fernando Vázquez Guerra
Harold Alcalá Aramburo
Claro Fernando Alonso Hernández
Miguel Álvarez Sánchez
Mercedes Arce Rodríguez
Lewis Arce Romero
Lázaro Ávila Sierra
Ernesto Borges Pérez
Alieski Calderín Acosta
Leandro Cerezo Sirut
Karel De Miranda Rubio
Maikel Delgado Aramburo
Miguel Díaz Bouza
José Ángel Díaz Ortiz
Alain Forbes Lamorú
Ramón Henry Grillo
José David Hernán Aguilera
Alina López Miyares
Félix Martín Milanés Fajardo
Félix Palermo Monzón Álvarez
José Ortega Amador
Raibel Segundo Pacheco Santos
Jorge Luis Pérez Puentes
Humberto Eladio Real Suárez
Francisco Reyes Rodríguez
Rubén Sintes Rodríguez
Ihosvany Surís de la Torre
Yoanny Thomas González
Yoan Torres Martínez
Xiomelys Padilla Bello
Manuel Santana Vega
Onelvis Flores Hechavarría
Roilán Álvarez Rensoler
Panter Rodríguez Baró
Yoel Prieto Tamayo
Yasiel González Quijano

Anniversaire

Les 8 et 9 octobre 1983, la Fédération anarchiste organisait à l’Espace BASF, près de la place Balard, dans le XVe arrondissement de Paris, deux journées de soutien à Radio-Libertaire, dont l’existence se trouvait encore menacée à l’époque.
L’affiche ci-contre, éditée pour l’occasion, montre quelle en était

la riche programmation.
Le 13 décembre suivant, dans la même salle aujourd’hui disparue,
et toujours en soutien à Radio-Libertaire, Léo Ferré chantait devant plus de 6.000 personnes.
Autre temps…

Dans Les Tontons flingueurs, un personnage jouant les gros durs et prénommé Raoul, interprété par Bernard Blier, se révélait d’un comique irrésistible par son côté outrageusement grotesque. Il apparaît qu’un autre Raoul, militant libertaire celui-là, tient à être à la hauteur de son homonyme ridicule de cinéma.
Depuis sa Haute-Savoie, un crétin des Alpes ainsi prénommé, et qu’en effet je ne connais pas, qualifie les textes* consacrés à l’écoute de Radio-Libertaire (RL), publiés ici même en décembre dernier, de « dégueulasses ». Rien que ça. La raison en serait que je m’y moquerais des gens qui ont « des problèmes linguistiques » (sic).
Dans ces articles, j’ai simplement indiqué que dans trois émissions au total, « L’entonnoir », « Si vis pacem » et « Dies Irae », des animateurs lisaient mal, à mon sens, soit des courriers et communiqués, soit des articles de journaux, soit des poèmes. C’est tout ce qu’on peut trouver en ce qui concerne ce que Raoul appelle la « linguistique ». Quitte à le chagriner davantage, je prétends, en effet, que la lecture au micro, surtout quand pratiquement toute la durée de l’émission lui est consacrée, est un exercice difficile et risqué, et devient vite anti-radiophonique au possible quand elle est mauvaise. S’il n’est pas permis de dire ou d’écrire cela, sous peine de devenir « dégueulasse », comme l’écrit stupidement cet imbécile, alors toute critique radiophonique devient inutile, et mieux vaut se contenter en effet de jouer les « Monsieur Tout-va-bien », comme le font les actuels responsables de RL.
Pour mémoire, je rappelle que dans mes textes sur RL je dis le plus grand bien d’une bonne vingtaine d’émissions, et qu’il aurait pu y en avoir davantage dans la mesure où je n’ai pas cru nécessaire d’inclure dans cette liste de très anciennes émissions dont je pense qu’elles ont largement prouvé leur qualité ou utilité, comme celle de la CNT, « Femmes libres », « Epsilonia », « Chroniques syndicales », « Tribuna latino-americana » et « Folk à lier ».
Enfin, pour terminer, s’agissant même des émissions vis-à-vis desquelles je me suis montré critique, j’écrivais ceci : « … il faut rendre hommage à tous ces animateurs, même les moins adaptés à l’activité radiophonique, pour leur présence ».
Il n’y a donc aucun mépris de ma part vis-à-vis desdits animateurs. Je me livre simplement à des constatations, qu’on n’est pas obligé de partager, tout simplement. Pour ma part, si Raoul me disait que je chante mal, je ne vois pas ce qu’il y aurait de « dégueulasse » en cela. Il faut vraiment être quelque peu « mal comprenant » pour ne pas saisir des choses aussi simples.

Comme le dit Madame Mado, dans la même scène culte des Tontons flingueurs, en s’adressant au tocard : « Toi, Raoul, on peut dire que tu en es un. »

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* Voir https://florealanar.wordpress.com/2019/12/02/a-lecoute-de-radio-libertaire-1/.

En 1944, dans les départements des Pyrénées-Orientales, de l’Hérault, de l’Ariège, de Corrèze, de l’Aveyron et de l’Aude, des militants libertaires espagnols exilés ayant participé à la Résistance, ainsi que certains membres de leurs familles, furent assassinés par des militants staliniens du Parti communiste espagnol, épaulé par le PC français. En 1984, un livre, « Les dossiers noirs d’une certaine résistance. Trajectoires du fascisme rouge », publié à Perpignan par le groupe Puig-Antich de la Fédération anarchiste, fut consacré à un certain nombre de ces assassinats. Ce livre ne connut malheureusement qu’une diffusion militante, donc restreinte, insuffisante en tout cas pour briser le silence autour de ces crimes staliniens, silence religieusement observé durant des décennies par les historiens et les faussaires des partis communistes français et espagnol. Mais voici que paraît un nouvel ouvrage sur le sujet, apparemment consacré aux événements du seul département de l’Aude. Souhaitons qu’il soit largement diffusé, lu et commenté, afin que soit enfin rendu justice à la mémoire des victimes des bourreaux staliniens.

L’article ci-dessous, rédigé par l’ami Octavio Alberola, a été publié sur le site espagnol « Público ». Je vous en propose une traduction française. F. M.

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La disparition prématurée de l’anthropologue et activiste David Graeber a suscité une vive émotion sur les réseaux sociaux et suscité de nombreux titres de la presse internationale, tant dans la reconnaissance de la valeur intellectuelle de son vaste et précieux travail que de son activisme militant.
Une reconnaissance amplement méritée. Non seulement pour l’intérêt que ses travaux de recherche, dans le domaine de l’anthropologie et de la philosophie politique, ont éveillé, à l’intérieur comme à l’extérieur des sphères académiques, mais aussi pour avoir été un militant infatigable et conséquent. Deux facettes inséparables qui lui ont permis d’offrir à la fois un vaste panorama de l’expérience humaine et des conclusions utiles pour lutter contre l’autoritarisme et l’inégalité dans nos sociétés.
Constitué en grande partie de recherches universitaires, sur le terrain et bien documentées, son travail a eu de grandes répercussions dans le monde de la science et de la culture, faisant de lui un anthropologue connu et mondialement reconnu. Ce qui ne l’a pas empêché de rendre sa pensée et son érudition accessibles à la grande majorité des lecteurs.
Un travail de recherche et de diffusion démocratique qui a très vite trouvé un écho et une adhésion dans les milieux de la gauche radicale. Non seulement en raison de ses prises de position publiques, mais aussi en raison de son implication active dans les conflits et les luttes sociales. Au point de devenir une « célébrité » médiatique mondiale en tant qu’activiste et « anthropologue anarchiste ». Une notoriété qu’il a toujours mise au service de ces causes.
Cela explique que dans cette reconnaissance posthume, les références – plus ou moins bien intentionnées – à son militantisme anarchiste et à sa conception de l’anarchisme ont été fréquentes. Bien qu’il ait surtout insisté sur le fait qu’il n’aimait pas être étiqueté « anthropologue anarchiste », car, pour lui, l’anarchisme est une pratique et non une identité : « L’anarchisme se fait, il n’est pas. »
Une conception de l’anarchisme qui le conduit à militer dans les mouvements altermondialistes, puis dans Occupy Wall Street et dernièrement au Rojava, car il considérait que ces mouvements sont très enclins à rendre anarchiste par leurs pratiques et leur lutte contre l’inégalité et la domination. Une lutte qui s’inscrit de plus en plus dans des données éthiques et humaines, et de moins en moins idéologiques. Non seulement parce que les appareils de persuasion et de coercition sont davantage mobilisés – depuis une trentaine d’années – pour gagner une guerre idéologique que pour imposer le système par la force, mais aussi parce que le mode de production actuel est davantage fondé sur des principes « moraux » consuméristes (le droit à la consommation) plutôt qu’économiques, et que les objets du désir sont toujours des objets imaginés. D’où l’importance croissante des imaginaires dans la lutte contre le système capitaliste.
C’est pour toutes ces raisons que cette conception de l’anarchisme me paraît, en plus d’être pertinente, d’une grande actualité, et que, au-delà de la pensée de David Graeber correspondant largement à son activisme militant, je la considère comme une conception logique, cohérente avec les origines de l’anarchisme et valable pour toutes les époques et circonstances.

L’anarchisme : une pratique et une pensée de l’action
Bien sûr, ce n’est en rien nouveau et ce n’est pas David Graeber qui a découvert cette conception, ni le premier qui l’a défendue avec autant de conviction. Avant lui, bien avant, pour ne pas dire depuis toujours, l’anarchisme a été conçu comme une façon non autoritaire de se comporter, de lutter contre toute forme d’autoritarisme et de rejeter les dogmes et les orthodoxies. Jeune homme, j’ai été censuré – dans la revue du groupe Tierra y Libertad des anarchistes espagnols exilés au Mexique – pour avoir déclaré dans un article que l’anarchisme était une praxis et non une philosophie, une doctrine, une idéologie.
Il n’est pas superflu de rappeler que, bien que dans l’histoire conventionnelle l’anarchisme et le marxisme soient présentés comme des idéologies très proches dans le temps et dans leurs objectifs, la vérité est que, contrairement au marxisme, qui émerge de l’esprit de Marx comme une construction théorique, l’anarchisme n’émerge d’aucun esprit particulier, même si de nombreux penseurs se sont déclarés anarchistes. La preuve : les écoles du marxisme (léninistes, maoïstes, althussériens…) et ses courants (lacaniens, foucaldiens…) ont généralement des fondateurs, tandis que ceux de l’anarchisme émergent presque toujours de principes ou de pratiques organisationnelles (anarcho-syndicalistes et anarcho-communistes, insurrectionnalistes et plateformistes, coopérativistes, individualistes, etc.).
Des principes et des pratiques (entraide, association volontaire, prise de décision égalitaire) qui sont en fait aussi vieux que l’humanité. Et on peut en dire autant du rejet de l’État et de toutes les formes de violence structurelle, d’inégalité ou de domination, qui s’est produit depuis que l’État et que celles-ci existent. Rien à voir, donc, avec une théorie idéologique générale ou une doctrine étonnamment nouvelle, mais une tendance persistante dans l’histoire de l’humanité et de la pensée humaine.
Ce n’est donc pas seulement l’existence – depuis des temps immémoriaux – de ces pratiques d’une horizontalité et d’une auto-organisation radicales qui permet de ne pas considérer l’anarchisme comme une construction théorique, une doctrine ou une idéologie, mais aussi le résultat catastrophique d’avoir réduit sa praxis à une déclaration ou une posture idéologique. Une autre chose est la nécessité de réflexions théoriques, sur ces pratiques ancestrales et spontanées, afin de favoriser leur développement dans la société actuelle ; ainsi, penser et vivre l’anarchisme, en tant que pratique cohérente et quotidienne de liberté et d’égalité, ne suffit évidemment pas à changer le cours de l’histoire. Ni même à éviter les intrusions du pouvoir dans notre vie quotidienne.

L’anarchisme ou le mouvement révolutionnaire du XXIe siècle
Dans un ouvrage de 2004 portant ce titre, ses auteurs, David Graeber et l’anthropologue yougoslave Andrej Grubacic, considéraient que « l’ère des révolutions n’est pas terminée » et que « le mouvement révolutionnaire global du 21e siècle sera un mouvement qui aura ses origines non pas tant dans la tradition du marxisme, ou même du socialisme restreint, mais de l’anarchisme ». Une conviction fondée sur le fait que « de l’Europe de l’Est à l’Argentine, de Seattle à Bombay », les idées et principes anarchistes « génèrent de nouvelles visions et de nouveaux rêves radicaux ». Car, bien que leurs représentants ne se soient pas proclamés anarchistes et que d’autres termes aient été avancés (« autonomisme, anti-autoritarisme, horizontalité, zapatisme, démocratie directe… »), dans tous ces endroits les principes fondamentaux étaient : « décentralisation, association volontaire, entraide, réseaux sociaux, et surtout le rejet de toute idée qui veut que la fin justifie les moyens, et encore moins que le but de la révolution soit de prendre le pouvoir d’Etat pour imposer une vision propre ».
Pour eux, l’anarchisme, en tant qu’« éthique de la pratique » (l’idée de construire une nouvelle société au sein de l’ancienne) était devenu l’inspiration de base du « mouvement des mouvements » (dont les auteurs faisaient partie), dont le but était, dès le début, « d’exposer, de délégitimer et de démanteler les mécanismes du pouvoir tout y en gagnant des espaces d’autonomie et de gestion participative toujours plus vastes ».
Or, bien que l’intérêt croissant pour les idées anarchistes en ce début de XXIe siècle soit réel et découle – en grande partie – de la rupture produite dans les années 60 et 70 entre les générations d’anarchistes, les plus jeunes dénonçant les habitudes sectaires du siècle dernier et participant activement aux mouvements féministes, écologistes, contre-culturels et indigénistes, en réalité, cette progression des modes de fonctionnement libertaire est le résultat de l’intérêt des nouvelles générations à expérimenter des formes de prise de décision plus démocratiques. En d’autres termes, à créer une culture alternative de la démocratie plutôt qu’un objectif préfigurant le monde qu’ils veulent créer à travers elle.
La raison est évidente, la nouvelle génération est beaucoup plus intéressée par la manière de fonctionner, et de fonctionner dès maintenant, que d’argumenter « sur les subtilités les plus fines de l’idéologie » pour préfigurer ce monde et lutter pour le rendre possible. Ce qui, en principe, est un pragmatisme légitime et prometteur à long terme ; mais qui, dans l’immédiat, laisse le champ libre à la politique institutionnelle pour récupérer – avec l’attrait de la « participation » aux décisions institutionnelles et d’une « économie participative » au sein du système capitaliste – ces pratiques libertaires.
Bien sûr, cette récupération politique ne peut empêcher le retour de l’anarchisme au centre de la créativité révolutionnaire, ni empêcher ses promoteurs de reconnaître ou du moins de souligner la proximité de leurs idéaux politiques avec une vision anarchiste de la démocratie. Mais cela ne permet évidemment pas de prétendre que l’anarchisme est « le mouvement révolutionnaire du 21e siècle ». Bien que, comme le reconnaissent les auteurs de ce texte dans leur conclusion, il s’agisse d’un « processus à long terme » et que « le siècle anarchiste ne fait que commencer ».
Outre qu’il est de plus en plus évident que l’aggravation des problèmes d’inégalité sociale, depuis l’effondrement financier de 2008, et de préservation de la vie, due à la gestion capitaliste catastrophique de la pandémie de Covid-19, pose avec une extrême urgence la question de la nécessité vitale de changer le cours de l’histoire humaine.

« Comment changer le cours de l’histoire »
Dans un autre ouvrage, publié en 2018 sous ce titre, David Graeber et le jeune archéologue britannique David Wengrow dénonçaient le grand récit – d’inspiration rousseauiste – des « origines » de l’humanité et le grand récit téléologique de la « civilisation » qui l’accompagne. Non seulement parce que ce récit a été démenti par une quantité écrasante d’évidences archéologiques et anthropologiques, mais aussi parce qu’il accrédite l’idée que nous ne sommes que des « spectateurs impuissants » pour changer « la réalité et les hiérarchies » qui lui seraient consubstantielles.
Leur analyse, fondée sur le « temps long » de l’histoire et sur les derniers apports de l’archéologie, a montré – tout au contraire – les circulations nombreuses et réversibles entre sociétés nomades et sédentaires, entre communautés étendues et restreintes, entre organisations sociales hiérarchisées et égalitaires. Ainsi que le fait que l’égalité n’est pas seulement réalisable au sein de communautés restreintes et que l’inégalité n’a pas nécessairement été le prix à payer pour le développement des sociétés humaines et notre confort. Cela démentait l’idée que l’intérêt personnel et l’accumulation du pouvoir étaient et restent les forces immuables derrière le développement des sociétés humaines. Et renforçait de plus l’idée que le va-et-vient entre égalité et inégalité, entre autoritarisme et horizontalité, était ponctué dans la vie sociale préhistorique par des rythmes saisonniers. Ces variations saisonnières – depuis le début de l’humanité – permettaient aux êtres humains d’expérimenter, en toute conscience, différentes possibilités sociales en fonction de leurs nécessités.
Cette flexibilité institutionnelle est la preuve de la capacité des humains et des humaines à se libérer de n’importe quelle structure sociale lorsque les circonstances l’exigent. La véritable question – comme le soulignent Graeber et Wengrow – n’est donc pas de s’interroger sur l’origine de l’inégalité sociale, mais pourquoi nous l’acceptons. Et ce, malgré le fait qu’il n’existe aucune preuve que les structures de pouvoir pyramidal sont la conséquence nécessaire d’une organisation à grande échelle, et alors que les circonstances actuelles exigent un changement radical dans le cours de l’histoire afin de préserver notre propre existence.
Il est vrai que la perte de liberté la plus douloureuse commence à une petite échelle – au niveau des relations de genre, des groupes d’âge et de la servitude domestique – et que c’est là que nous vivons des relations dans une grande intimité, accompagnée simultanément des formes les plus profondes de violence structurelle. Mais cela ne suffit pas à expliquer pourquoi l’espèce humaine ne réagit pas face à un pouvoir et à un système qui la mettent en danger de disparition. Car, bien qu’il s’agisse d’un besoin vital pour notre espèce, cette réaction n’a pas lieu, même si, comme le rappellent pertinemment Graeber et Wengrow, « les pièces sont toutes là pour créer une histoire mondiale complètement différente ».
Comment ne pas être d’accord avec eux pour dire que « si nous voulons vraiment comprendre comment il est devenu acceptable pour certains de transformer la richesse en pouvoir, et pour d’autres de se laisser dire que leurs besoins et leurs vies ne comptent pas, c’est là que nous devons chercher ». Et aussi que « c’est là que le travail le plus difficile devra être fait pour créer une société libre ». Cependant, il me semble qu’il sera très difficile de produire ce travail sans d’abord nous libérer de l’inertie existentielle qui nous maintient liés à la normalité capitaliste dans laquelle nos existences se déroulent, plus qu’« aveuglés par nos préjugés pour en voir les implications », par commodité ou par peur de sortir de la normalité. Et ce, malgré le fait de savoir maintenant où elle nous mène.
D’où l’importance de ne pas oublier que « l’anarchisme se fait, [qu’]il n’est pas », et donc de ne pas nous résigner uniquement à ce qu’il soit.

Octavio Alberola

Traduction : Floréal Melgar.
Source : « David Graeber y el anarquismo ».

L’organisation Prisoners Defenders, basée à Madrid, donnera une conférence de presse exclusive mardi 22 septembre, au cours de laquelle elle annoncera le lancement, auprès de la Cour pénale internationale et des Nations unies, du processus pénal « 622 médecins cubains contre le gouvernement de Cuba ».
Selon le communiqué de presse, le dépôt de plainte comporte les témoignages de 622 médecins cubains « qui se sont unis contre l’esclavage des missions civiles professionnelles de Cuba ».
En outre, le rapport présente « une documentation officielle irréfutable qui démontre les dimensions terrifiantes de l’esclavage absolu pratiqué au sein des missions médicales de Cuba, ainsi que dans d’autres secteurs professionnels concernant les enseignants, les ingénieurs, les architectes, les artistes ou les sportifs en de nombreux pays ».
Prisoners Defenders présentera également des preuves sur les sources de financement du régime par le biais de ces missions médicales, que le régime qualifie d’« internationalistes », par l’appropriation d’une moyenne de 85% des salaires des professionnels cubains payés par les pays d’accueil.
Depuis quelques mois, profitant de la pandémie et de la situation désastreuse que connaissent certains pays en matière de santé, le régime cubain et ses relais staliniens dans le monde ont tenté de mettre en avant ces missions médicales, en leur attribuant mensongèrement un rôle uniquement humanitaire et solidaire, dans le but de faire pression sur le jury du prix Nobel de la paix pour qu’il soit attribué à ces médecins, ce qui aurait évidemment pour but de redorer le blason de la dictature. Ici en France, sur ce sujet, après la publication de l’enquête fort documentée de l’hebdomadaire Le Point, l’article du Canard enchaîné et une partie de l’émission « Cultures Monde » du vendredi 18 septembre, sur France Culture, il est heureux que
l’information sur ce scandale de l’exportation et de l’exploitation fort lucrative de matériel humain cubain soit de plus en plus diffusée et vienne enfin contrecarrer le mensonge castriste.

L’article d’Ivan Leon ci-dessous a été publié sur le site « Cibercuba ». Alors que la propagande castriste, et ceux qui ici la reprennent à leur compte sans n’y rien connaître, n’a cessé de mettre l’accent sur les domaines de la santé et de l’éducation, deux secteurs aujourd’hui en mauvais état à Cuba, c’est dans le domaine de la répression que le régime continue d’apporter toute son attention, ce dont témoignent, entre autres, les chroniques régulières consacrées à des cas concrets et publiées ici même. Loin d’être le pays de la culture et de la santé pour tous, Cuba, véritable propriété privée des Forces armées, est désormais, après soixante et une années de dictature, le pays de la matraque pour tous.

En pleine crise sanitaire et d’approvisionnement qui frappe Cuba, la Police nationale révolutionnaire (PNR) a publié il y a deux mois sur son site web l’annonce d’une campagne de recrutement de chauffeurs pour l’unité de patrouille provinciale de La Havane. Outre les conditions à remplir par les personnes intéressées, la note fournissait des informations sur la rémunération pour ce poste : « 1400 CUP (1) par mois et primes supplémentaires suivant la spécialisation, la catégorie professionnelle, le temps de service, ainsi que la perception d’un double salaire deux fois par an ».
Selon l’Office national cubain des statistiques et de l’information, le salaire moyen dans le secteur de la santé et de l’assistance sociale était de 965 CUP en 2019 , et dans le secteur de l’éducation de 783 CUP. Si nous comparons le salaire d’un chauffeur de patrouille nouvellement embauché avec celui d’un médecin ou d’un enseignant expérimenté, nous pouvons tirer une première conclusion sur l’importance que le régime cubain – seul payeur de ces professionnels – accorde aux uns et aux autres.
Les scènes de brutalité policière à Cuba font l’actualité quotidienne, tout comme la pénurie de nourriture et le mal-être de la population. Les Cubains ordinaires, ceux qui peuplent les files d’attente, sont déchirés entre le risque de se contaminer par le coronavirus et celui de souffrir de la faim.
Le plan du régime pour faire face à la crise et à la pandémie reste l’ingrédient sino-russe par excellence : la répression. La politique de la peur et la règle du tonfa sont appliquées à une population désespérée face à la pauvreté et au manque de perspectives. Par la violence, le régime s’est maintenu au pouvoir. Les milliers de pesos d’amendes ou le contrôle de la mobilité ne sont que la partie la plus visible de l’iceberg dans l’activité de son appareil répressif. Mais, derrière les injustices punitives ou la paranoïa exacerbée du contrôle de la population, se trouve la présence massive et déjà ancienne du terrorisme d’État. Le muscle répressif hypertrophié du régime a réussi à immobiliser une société en la soumettant à l’idéal classique du totalitarisme : l’individu sans liberté et l’État exerçant tout le pouvoir sans partage ni restriction.
Fidel Castro a appliqué le modèle panoptique au contrôle de la société tout entière. Chaque individu sait qu’il est surveillé, il est conscient qu’« il y a toujours un œil qui te voit ». Cela entraîne une relation de domination dans laquelle le pouvoir est concentré, l’individu isolé, et la masse soumise, dans l’ignorance de qui la surveille, ni de quand et de comment elle peut être punie.
C’est le triomphe de ce modèle qui a rendu inutile à Cuba, par exemple, de révéler l’existence de forces anti-émeutes. Il est presque impossible d’allumer une étincelle de rébellion, et plus encore qu’elle prenne et s’étende. Quand cela a été nécessaire, ils ont cerné de policiers et de paramilitaires déguisés en civil tout groupe qui manifestait, que ce soit les Dames en blanc, des membres de l’Union patriotique de Cuba ou des militants du Mouvement San Isidro. La rue appartient à Fidel, tout comme le coup de bâton.
Mobiliser « tout le peuple » reste le mot d’ordre de la propagande qui explique la décision politique la plus notable des militaires : mettre tous les corps répressifs dans la rue. Les bérets rouges, les « guêpes noires » (2), la police, les chiens, tous déguisés en civil, en anticoleros (3) ou en forces héroïques héritières de la Sierra et du Moncada (4). C’est-à-dire des répresseurs avec armes et uniformes, sans cerveau ni âme.

File d’attente devant un magasin d’alimentation de La Havane.

Les images peuvent être vues de tous. De longues files d’attente pour acheter quoi que ce soit, le pays en ruine, les services publics appauvris et le peuple affamé. Mais, de l’autre côté, vous voyez des dirigeants et des militaires aux doubles mentons chaque jour plus gras, et des forces spéciales, des flics bien nourris, musclés, armés et entraînés à obéir à tout ordre qui sort de ces gorges engraissées.
Combien cela coûte-t-il au régime cubain de maintenir cet appareil répressif ? Combien d’argent dépense-t-il pour nourrir, former et équiper ces milliers de policiers, de militaires, de troupes spéciales et de milices qui sont maintenant déployés partout à Cuba pour écraser et intimider le peuple ? Combien d’argent et de ressources soustrait-il aux services publics tels que la santé et l’éducation, et au panier alimentaire de base que l’État prétend garantir ? Faut-il croire les statistiques officielles lorsqu’il est prouvé que le pays est l’un des moins transparents du monde ? Existe-t-il à Cuba une institution ou un organisme indépendant qui puisse contrôler, auditer et exiger un rapport sur les comptes publics ?
Dans les pays démocratiques, des budgets détaillés et transparents sont établis et approuvés par des majorités formées par les différents partis politiques qui composent le corps législatif. Toute personne en éprouvant le besoin ou la curiosité peut accéder à l’information. Une simple recherche sur Internet renseigne sur la destination des fonds publics budgétisés.
En Espagne, pour prendre un exemple, le budget de la Direction générale de la police était de 3195 millions d’euros en 2019 , dont plus de 28 millions ont été alloués à l’investissement en moyens (gilets, armes et équipements) pour les membres de la police nationale. Dans le cas de Cuba, une recherche simple n’est pas possible et il n’y a pas d’argent public, mais une boîte en carton avec pesos pour le peuple, et un coffre-fort opaque avec devises étrangères pour l’élite politico-militaire qui contrôle l’économie dollarisée, principalement dans les mains de la grande famiglia par le biais du GAESA (5).
Le budget approuvé pour 2020 par le ministère cubain des Finances et des Prix ne distingue pas les dépenses destinées à la Défense et nous fait seulement savoir que 18,5 % du budget national en CUP est destiné à l’Administration publique et à la Défense. Sans préciser quelle partie des plus de 8500 millions de CUP de cette section va spécifiquement à la Défense. Dans ces conditions, il est impossible de savoir combien d’argent le régime dépense pour maintenir dans l’obscurité et le silence les citoyens qui mâchent les restes, pendant qu’il nourrit bien, équipe et forme les agents du silence.
En cherchant ici et là dans les bases de données étrangères, on apprend que Cuba a acheté à l’Espagne, en 2010, des matériaux et des technologies « à double usage » (civil et militaire) pour 2,8 millions de dollars. Entre 2005 et 2014, le régime cubain a acheté à ce même pays pour 27,7 millions de dollars de technologie « double usage », 871000 en armes et munitions, 776000 en armes de chasse et de tir sportif, et 463000 en matériel de défense. Plus récemment, en 2015, il a acheté des systèmes de vision nocturne pour la PNR, d’une valeur de 208000 dollars, alors qu’en 2017 le régime a dépensé 2776115 dollars en technologie « à double usage » achetée rien qu’à l’Espagne.
Combien Cuba aura dépensé au total, en achetant à d’autres pays, en matériel destiné à la répression ? Par exemple, en 2018, la Russie a ouvert un crédit de 50 millions à Cuba pour les dépenses de défense. On ne sait pas non plus combien l’Etat encaisse en formant les forces de répression de pays comme le Venezuela ou le Nicaragua. On n’a aucune idée de l’argent que le commerce de la répression dépense ou rapporte, mais on devine que le régime cubain investit dans cette entreprise avec beaucoup d’élan et de zèle.
On pourrait continuer à essayer de percer le mystère, mais les statistiques ne serviraient pas à grand-chose pour argumenter contre une réalité qui parle d’elle-même. Pour chaque personne affamée ou opprimée qui proteste à Cuba, il y a sans doute un ou deux répresseurs bien nourris prêts à la faire taire.
Cette proportion peut changer dans la mesure où la situation critique du pays ne se résout pas. De nombreuses personnes sont à nouveau au bord du désespoir. Mais l’expérience montre que, dans ces moments-là, la répression ne cesse pas, mais au contraire s’intensifie. On voit qu’il est clairement nécessaire de continuer à recruter des répresseurs bien payés. En d’autres termes, le régime dépensera ce qu’il faut pour ne pas perdre le pouvoir, même au prix du verre de lait promis aux enfants.

Ivan Leon

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(1) Il y a deux monnaies à Cuba. Le CUP est le peso cubain, principalement utilisé par les habitants de l’île, alors que le CUC, le peso convertible, est majoritairement utilisé par les touristes.
(2) Les « guêpes noires » désignent les membres des unités d’élite des Forces armées révolutionnaires, ainsi appelées à cause de leur accoutrement.
(3) Le mot coleros désigne les Cubains dont l’activité consiste à aller d’une file d’attente à une autre, celles-ci étant bien plus nombreuses et chronophages qu’à l’ordinaire depuis l’arrivée de la pandémie à Cuba. Les coleros achètent ainsi de la nourriture qu’ils revendent ensuite à ceux qui, pour diverses raisons, ne peuvent accéder aux magasins d’alimentation. Les anticoleros désignent les agents de la répression chargés de les repérer et de les arrêter.
(4) La Sierra fait référence ici à la Sierra Maestra, le massif montagneux de l’est de l’île, qui fut le refuge des révolutionnaires cubains à la fin des années 50. La Moncada est le nom de la caserne de Santiago de Cuba attaquée le 26 juillet 1953, attaque considérée comme le début de la révolution cubaine.
(5) GAESA : le Groupe d’administration entrepreneurial SA est une entité appartenant aux Forces armées cubaines, avec des ramifications dans le tourisme, le secteur hôtelier, les commerces, les boutiques de vente de produits en devises étrangères, en passant par les douanes, les ports, entre autres activités.

Traduction : Floréal Melgar.
Les notes de bas de page sont du traducteur.