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Tenue de combat homologuée Thierry Rocher

Il y a peut-être parmi vous des lecteurs du blog satirique « Le Coq des bruyères », présent sur les réseaux sociaux et qu’anime Anthony Casanova, un jeune homme sympathique, bien que corse et social-démocrate. J’avoue n’avoir jamais lu dans son entier sa livraison hebdomadaire d’articles. Je me contentais jusque-là des éditoriaux dudit Casanova, des brèves rigolotes et des chroniques souvent drôles et pertinentes de Christophe Sibille et Naqdimon Weil.
Et puis voilà qu’il y a quelques jours, je ne sais pourquoi, je clique sur le lien menant vers un article intitulé « La convergence des erreurs* », rédigé par un autre collaborateur du blog, Thierry Rocher, dont la caricature placée au bas de chacun de ses écrits fait penser à un ancien premier fayot de la classe qui serait devenu représentant en portes blindées et systèmes d’alarme.
Dans son écrit, le lourd Rocher expose laborieusement ce qu’il pense des stratégies – mauvaises, selon lui – mises en œuvre dans leur lutte par les cheminots, les étudiants et les zadistes. Son analyse, sans intérêt autre que soporifique pour des lecteurs insomniaques, me valait donc un ennui profond quand j’arrivai au paragraphe consacré à Notre-Dame-des-Landes. L’auteur s’y livrait là à une telle défense de la Propriété, « fondement de notre vie sociale » (sic), qu’elle me sembla tout droit sortie des pages du Figaro économie. Son plaidoyer prenait une telle tournure macrono-poujadiste qu’à chaque fin de phrase me venaient des flashes où apparaissaient des cadenas, des verrous, des antivols, des barbelés, et le fusil de chasse du grand-père prêt à servir contre le premier romanichel qui oserait poser le pied sur les plates-bandes du « Sam Suffy » de la pensée politique. A la toute fin du paragraphe, j’étais persuadé que quiconque souhaiterait se débarrasser à jamais du Thierry Rocher en question serait plus avisé de lui offrir Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon – crise cardiaque assurée, aucune poursuite envisageable ! – plutôt que d’avoir recours à l’arsenic.
Vous me direz que les propos anti-zadistes ont pullulé dans les médias, qu’après tout Thierry Rocher a le droit de penser comme Nadine Morano, et qu’il n’y a donc pas là de quoi en faire un plat. Certes, mais ce qui m’a poussé à écrire ce petit pamphlet, moi qui ai conservé un côté naïf, vous le savez, c’est qu’on puisse aujourd’hui lire sous la plume d’un collaborateur d’un site satirique de gauche des arguments comme celui qui suit et qu’on croirait, celui-là, tout droit sorti des propos avinés d’un beauf de bar-tabac-PMU. Qu’on en juge : « Et que dire des zadistes que j’ai appelés cradistes en interprétant par l’odeur le look des jusqu’au-boutistes ? »
Il en est là, l’intendant cravaté des terres de France menacées par des hordes barbares, à laisser entendre que les zadistes sont des individus sales et puants. Ça vole haut ! Et comme il est particulièrement fier de sa trouvaille – les « cradistes » : désopilant, non ? –, il emploiera de nouveau ce terme dans sa chronique suivante, consacrée aux black blocs, et, se prenant sans doute soudainement pour Yves Rocher, ira jusqu’à créer sur Facebook un panneau où pouvoir afficher en grand sa bêtise… comment dire… crasse : « A Notre-Dame-des-Landes, les cradistes vont lancer un parfum ; info ou intox ? »
T’as le look, coco, t’as le look, mais ça n’empêche pas tes allusions d’être nauséabondes.

* La convergence des erreurs.

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L’arrivée récente à la présidence de l’Etat cubain du pantin nommé Díaz-Canel en remplacement de Castro le Petit, lui-même successeur de son grand frère Fidel, n’a évidemment rien changé à la nature profonde du régime castro-communiste. La dictature qui s’est instauré sur l’île il y a près de soixante ans maintenant se maintient, et il n’aura pas fallu attendre longtemps pour connaître le nom du premier prisonnier d’opinion de l’ère Díaz-Canel. Il s’agit d’Ariel Ruiz Urquiola, biologiste et chercheur en agro-écologie renommé, déjà sanctionné professionnellement par le passé pour ne pas s’être rendu complice d’une monstruosité (voir le texte de Lynn Cruz et « L’affaire de la navette de Regla », ci-dessous) et condamné aujourd’hui à une peine de prison ferme pour « outrage ».
Pour mieux comprendre, je vous propose ici de lire le témoignage de la comédienne Lynn Cruz*, amie personnelle d’Ariel Ruiz Urquiola et elle-même victime d’une interdiction d’exercer librement son métier, ainsi que de larges extraits d’un article d’Isbel Díaz Torres, un camarade libertaire cubain.

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La révolution cubaine
emprisonne un scientifique révolutionnaire

Ariel Ruiz Urquiola

« Un scientifique en danger à Cuba », tel était le titre d’un article publié récemment par le journal Miami Herald. Il s’agit d’Ariel Ruiz Urquiola, un chercheur dont les travaux sont connus au-delà des frontières de Cuba.
Homme digne, à la pensée élevée et aux valeurs sûres, il était venu chez moi un après-midi afin de me témoigner sa solidarité pour l’injustice dont j’étais victime et qui m’empêche aujourd’hui de travailler en tant que comédienne à Cuba, pour des raisons semblables à celles auxquelles il est lui-même confronté et qui l’ont amené en prison.
Ruiz Urquiola, à l’époque où Fidel Castro gouvernait encore, refusa de signer une lettre ouverte, approuvée par nombre de ses collègues ainsi que par de nombreux intellectuels et artistes cubains, en soutien à la décision de fusiller les trois jeunes gens s’étant emparé de l’embarcation effectuant la navette entre La Havane et Regla (voir « L’affaire de la navette de Regla », ci-dessous). Il exprima alors son refus d’être complice d’un crime. Il fut expulsé pour cette raison de son poste de professeur à l’université de La Havane, en 2003.
A l’époque, des écrivains comme José Saramago ou Eduardo Galeano, des artistes comme Ana Belén ou Víctor Manuel, qui sympathisaient avec la révolution cubaine, exprimèrent leur désaccord avec le régime.
Quelques années plus tard, Ruiz Urquiola obtint de pouvoir exercer à nouveau son métier de scientifique, sa peine étant apparemment purgée. Mais lors d’un congrès en Californie, il présenta les résultats d’une enquête sur la chasse sauvage des tortues à Pinar del Río et dans la localité de Nuevitas, dans la province de Camagüey. Il fut aussitôt expulsé de son travail. Sa dernière occupation en tant que scientifique survint après qu’il eut obtenu une bourse pour œuvrer en lien avec l’institut Humboldt, en Allemagne. Ruiz Urquiola entama dans le même temps une grève de la faim pour protester contre le manque de médicaments nécessaires pour lutter contre la maladie de sa sœur, atteinte d’un cancer.
Sa protestation permit de mettre en lumière une série de négligences et de manques envers des patients vivant dans des conditions similaires à l’hôpital oncologique de La Havane. Suite à ses licenciements, il s’installa a Pinar del Río où il travaillait dans une ferme qu’il partage avec sa mère et sa sœur.
Il vient d’être condamné à un an de prison, pour outrage, après plusieurs actions menées par la Sécurité d’Etat contre sa ferme.
Ruiz Urquiola vit comme il pense, suivant les traditions révolutionnaires « martiennes* », comme un homme honnête qui défend le droit de penser et de parler sans hypocrisie.
Plus de cent ans après la mort au combat de l’apôtre, sur cette terre où eut lieu une révolution « martienne », on ne peut toujours pas être libres ni honnêtes.

Lynn Cruz
(Traduction Floréal Melgar)

 

* « Martienne » : adjectif bâti à partir du nom de José Marti, considéré comme un héros national et comme l’apôtre de la lutte pour l’indépendance cubaine.

Source : Havana Times

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Lynn Cruz

Lynn Cruz

Lynn Cruz est une comédienne cubaine, lauréate de plusieurs prix d’interprétation. C’est aussi une femme qui s’intéresse de près à la vie politique et sociale de son pays et qui a décidé de dire et d’écrire ce qu’elle en pense. Or, pour s’exprimer librement à Cuba où aucun média ne peut exister sans dépendre du tout-puissant Parti communiste, la seule solution est d’avoir recours aux sites et blogs de la sphère internet, ce qui bien sûr ne peut se faire sans risques. Lynn Cruz s’exprime donc régulièrement sur le blog « Havana Times », et cela lui a déjà valu par le passé quelques ennuis auprès des autorités cubaines. Mais ces derniers temps ces ennuis ont atteint un degré majeur puisque Lynn Cruz est passée devant une sorte de cour de justice du travail présidée par un bureaucrate stalinien de la plus belle espèce, du nom de Jorge Luis Frías Armentera.
Il faut savoir que pour exercer son métier à Cuba, tout comédien doit être obligatoirement inscrit à l’une des deux agences qui regroupent tous les membres de la corporation et qui dépendent, bien évidemment, de l’Etat. Récemment, Lynn Cruz s’est vu signifier son expulsion de l’agence Actuar où elle était inscrite, sans que les raisons de son licenciement lui soient notifiées et sans que la procédure légale elle-même soit respectée. Elle a donc fait appel et s’est vue convoquée devant une sorte de tribunal inquisitorial pour y vivre ce qui s’apparente à un sordide procès stalinien dont nous n’avons malheureusement pas les images mais seulement l’enregistrement sonore, que je propose ci-dessous à l’écoute de ceux pour qui la langue espagnole est familière.
Au cours de cette séance quelque peu surréaliste, le larbin de l’Etat commence par reconnaître que la réglementation n’a pas été respectée concernant l’expulsion de la comédienne de l’agence, et lui propose de recommencer l’opération. Il lui annonce donc ensuite qu’elle se voit dans un premier temps réintégrée à l’agence pour une durée de trente jours. A l’issue de ce délai, imposé par la procédure, elle se verra radiée de nouveau, et cette fois définitivement et dans les règles, ce qui se traduit concrètement par une interdiction professionnelle. Quant aux motifs de cette radiation, elles n’ont évidemment strictement aucun rapport avec le métier qu’exerce Lynn Cruz. Il lui est reproché et signifié très clairement que sa collaboration journalistique au blog « Havana Times » justifie cette décision inique, exprimée en ces termes par le paillasson stalinien de service : « Vos manifestations sur internet ont été offensives envers et contre les principaux dirigeants de ce pays, du gouvernement et du Parti. » C’est donc pour une question « éthique » – ce salopard ose prononcer le mot – que Lynn Cruz se voit officiellement privée de la possibilité de travailler dans son pays.

Floréal Melgar

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L’affaire de la navette de Regla

Nous sommes à la fin mars et au début avril 2003, une période connue à Cuba sous le nom de « Printemps noir ». Le monde ayant alors les yeux tournés vers l’Irak, où la guerre vient de commencer, le gouvernement cubain va en profiter pour lancer une terrible vague de répression contre les dissidents de l’île, membres d’organismes consacrés à la défense des droits de l’homme, des bibliothécaires et vingt-sept journalistes indépendants, les médias officiels cubains étant tous entre les mains du Parti communiste.
Entre le 18 et le 21 mars 2003, soixante-dix huit personnes vont donc être arrêtées et condamnées dans la foulée à des peines de 15 à 20 d’emprisonnement, et même jusqu’à 36 ans pour le maçon et plombier Orlando Zapata, qui mourra d’ailleurs en prison le 23 février 2010 après une grève de la faim.
C’est dans ce contexte particulièrement répressif que de jeunes Cubains décident alors de fuir leur pays pour se rendre aux Etats-Unis, comme l’avaient fait ou tenté de le faire des centaines de milliers d’autres une dizaine d’années plus tôt lors de la fameuse « crise des
balseros », ces embarcations de fortune bricolées pour traverser le détroit de Floride. Pour atteindre leur but, ces jeunes gens, eux, ont une autre idée : s’emparer du petit bateau qui, dans la baie de La Havane, fait la navette entre la vieille ville et le quartier de Regla. Ce qu’ils firent le 2 avril 2003 en montant à bord de la navette Baraguá et en changeant sa destination. Malheureusement, un détail qui a son importance va causer leur malheur : le manque de carburant. L’embarcation va en effet tomber en panne assez rapidement. Les jeunes gens entreront alors en contact avec les autorités cubaines, et auront même droit à parler par téléphone à Fidel Castro lui-même, qui les convaincra de se rendre tranquillement contre la promesse que rien ne serait fait contre eux. Neuf jours plus tard, le 11 avril 2003, trois de ces jeunes gens, Lorenzo Copello, Bárbaro Sevilla et Jorge Martínez, étaient fusillés à La Havane. Un de leurs camarades sera condamné à 30 ans de prison, et trois jeunes femmes à 5 ans, 3 ans et 2 ans d’emprisonnement.
Cette vague de répression et ces exécutions ayant entraîné quelques remous jusque chez des personnalités sympathisant jusque-là avec le régime castriste, comme le Prix Nobel portugais de littérature José Saramago ou la comédienne et chanteuse espagnole Ana Belén, le gouvernement cubain va alors avoir recours à l’une de ces méthodes particulièrement dégueulasses que les régimes communistes savent utiliser avec un certain savoir-faire. Dans un premier temps, il fera signer par vingt-sept personnalités du monde intellectuel et artistique cubain un texte de soutien au gouvernement justifiant la répression et les exécutions commises. Dans un second temps, il étendra la méthode à tout le pays, exigeant le même soutien des secteurs scientifique et de l’Université. Le procédé, destiné à contrecarrer la modeste campagne de protestation en usant de l’argument éculé du « faire le jeu de l’impérialisme américain », permettait dans le même temps de s’assurer du degré de domestication de tous ceux qui occupaient à Cuba un poste important. Et c’est donc ce document qu’Ariel Ruiz Urquiola, aujourd’hui emprisonné à Cuba, refusa de signer en 2003 pour ne pas se faire le complice d’un crime, ce qui entraîna sur-le-champ son licenciement du poste de professeur qu’il occupait à l’université de La Havane.

Floréal Melgar

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Un tribunal cubain
met en péril un projet agro-écologique à Viñales

Isbel Díaz Torres

L’écologiste cubain Ariel Ruiz Urquiola a été condamné ce mercredi 8 mai à une année de prison, au cours d’un procès sommaire qui s’est tenu au tribunal municipal de Viñales, dans la province occidentale de Pinar del Río, mettant en péril la continuité d’un projet agro-écologique vital.
Dans une nouvelle démonstration d’agissement arbitraire des fonctionnaires cubains, ce remarquable chercheur a dû répondre du délit d’outrage pour s’être opposé au continuel harcèlement dont il est victime avec sa famille dans sa ferme agro-écologique située sur les hauteurs de Viñales.
Des membres du corps de gardes-forestiers ont à plusieurs reprises pénétré sur le territoire de la ferme, commis des actes de vandalisme et porté de fausses accusations contre ce militant environnementaliste. Ariel a dénoncé ces actes de violence auprès de représentants de la loi et a rendu publique la situation qui lui était faite dans des organes de presse non officiels, ce qui n’a pas été du goût de la police politique cubaine.
Avec un délai de trois jours pour faire appel de la sentence, la situation reste très précaire pour ce biologiste qui s’est présenté au tribunal en ayant entamé une grève de la faim pour protester contre le mauvais traitement qu’il subit.
Mais lui et sa famille ne seront pas les seuls affectés par cette condamnation, même si bien sûr cette peine d’emprisonnement demeure le scandale majeur. Un précieux projet écologique global, déjà entamé, est en effet mis en péril par cette condamnation. Ariel Ruiz Urquiola avait en effet commencé à développer autour de la ferme un espace réservé à l’implantation d’arbres fruitiers et d’espèces précieuses, afin de reboiser la région de la Sierra de los Organos. Il travaillait également à la création d’un espace pour bovins et ovins afin d’améliorer la variété animale à Viñales, tout en œuvrant à reconvertir des pâturages dans le but de varier l’alimentation des bêtes. A cela doit s’ajouter la construction d’une petite laiterie pour la production de fromage, et la conversion de la ferme à l’agro-écologie avec recours à des énergies renouvelables pour la production d’électricité, de biogaz et de fertilisants organiques. La création d’une pépinière, la reforestation de surfaces récupérables ainsi que leur protection contre l’élevage intensif de porcs dans les fermes voisines et la chasse illégale d’espèces théoriquement protégées.

Ariel Ruiz Urquiola

Tout ce travail doit se traduire par des effets bénéfiques significatifs non seulement pour Ariel et sa famille ou pour ses collègues qui régulièrement viennent participer à l’aventure, mais cette expérience de ferme agro-forestière pourrait aussi servir d’exemple aux autres paysans de la région. Ariel souhaite aussi créer un vaste jardin botanique consacré à la flore du Parc national de Viñales, avec des sentiers balisés, pour en instruire la population locale et les touristes. Il compte également dispenser des cours sur la biodiversité.
Il faut noter que ce projet a reçu l’aval de la société Forestal Integral La Palma, propriétaire du terrain, et du Parc national de Viñales. De plus, le secrétaire du Parti communiste cubain de l’université de La Havane a fourni un certificat confirmant les capacités d’Ariel Ruiz Urquiola à procéder aux travaux de culture et de recherche en tant que généticien.
Tout cela, bien sûr, s’effondrerait si Ariel, qui a l’usufruit des terres, devait être absent pour la durée de sa peine, tout cela pour un délit supposé d’outrage à l’Autorité.
En attendant la décision concernant l’appel du jugement, des collègues et des élèves d’Ariel cherchent des solutions pour créer un réseau de solidarité qui mette en lumière ce qui est en train de se passer.

D’après un article d’Isbel Díaz Torres
(Traduction Floréal Melgar)

Source : Havana Times

El movimiento anarquista en Cuba fue importante y hegemónico durante varias décadas; a pesar de lo que sostiene la historiografía oficial, encontramos otro lugar donde las ideas libertarias tuvieron un papel predominante frente a los que insisten en que solo en España se produjo y como hecho excepcional.
A finales de la década de 1870, existía ya en Cuba un movimiento obrero bien organizado de carácter anarquista influido por España; se trata de una fuerza precursora en la isla de la lucha de clases, la organización sindical, el antirracismo y los derechos de la mujer, según el historiador Frank Fernández. En la década de los 80, del siglo XIX, se habían creado ya varias publicaciones ácratas como El Obrero (1883) o El Productor (1887). En ese momento, el proletariado en Cuba estaba dividido en dos: los llamados unionistas, controlados por los patronos, y los anarquistas, una poderosa escuela socialista; insistimos en que el anarquismo era la principal fuerza revolucionaria, tal y como está documentado.

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* Frank Fernández (La Habana, 1930) es un historiador anarquista exiliado. Miembro del Movimiento libertario cubano en el exilio (MLCE) y fundador del colectivo editorial de su órgano informativo Guángara Libertaria.
Autor de El anarquismo en Cuba, escrita originalmente en español, y traducida al inglés,​ francés e italiano y La sangre de Santa Agueda.

EL ANARQUISMO EN CUBA

Sous le choc

Une dame est assassinée chez elle, à Paris, dans des conditions particulièrement sordides. Comme la dame est juive, journaux, télés et radios, tous en chœur, y vont de la phrase rituelle : « La communauté juive est sous le choc. »
Il est vrai que si on n’est pas juif, on ne voit pas ce qui pourrait émouvoir dans l’assassinat d’une personne seule de 85 ans recevant onze coups de couteau et dont les meurtriers tentent ensuite de brûler le corps. Et tout cela, peut-être, uniquement parce qu’elle est juive.
C’est comme ça désormais. L’émotion est à son tour un territoire aux frontières ethniques ou religieuses. Si on assassine un prêtre, c’est le monde chrétien qui est « sous le choc ». Si c’est l’habitué d’une mosquée, c’est le monde musulman qui est « sous le choc », et ainsi de suite.
En toute logique journalistique et communautaire, moi qui n’ai pas de religion je ne devrais être « sous le choc » que lorsqu’on assassine des mécréants. Mais comme il n’est jamais précisé que tel ou tel trucidé était non-croyant, toute émotion m’est donc épargnée. Je ne suis jamais « sous le choc ».

Notre ami et camarade Eduardo Colombo nous a quittés après une vie bien remplie. On pourra s’en rendre compte en parcourant ci-dessous un résumé de sa riche biographie.

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Né en septembre 1929 à Quilmes, en Argentine, il était le descendant d’émigrants italiens, côté paternel, et de Catalans français côté maternel.
En 1956, après des études de médecine, il exerça à Buenos Aires comme médecin des hôpitaux. De 1958 à 1962, il fut chargé de cours en psychiatrie et en psychologie clinique dans les facultés de médecine et de philosophie et, de 1962 à 1963, il occupa le poste de secrétaire de rédaction de la revue
Acta psiquiátrica y psicológica de América Latina. En 1961, il commença sa formation auprès de l’Association psychanalytique argentine. De 1962 à 1966, Eduardo Colombo exerça comme professeur de psychologie sociale dans les universités de La Plata et de Buenos Aires, postes dont il démissionna en 1966 après que le coup d’État militaire du général Ongania fit occuper par la police (« Nuit des longs bâtons ») toutes les universités du pays. Il fut ensuite membre fondateur de l’Association argentine de psychiatrie sociale et directeur de la revue Psiquiatria social (1968-1970). En 1970, il s’exila en France avec sa compagne et leurs enfants.
Le parcours militant d’Eduardo Colombo débuta en Argentine dès 1945 où il fut actif dans les centres d’étudiants du secondaire et de l’université. Sa participation au mouvement anarchiste commença en 1947. Il rejoignit la FORA (Fédération ouvrière de la région argentine) à partir de 1948. En 1949, il fut emprisonné, avec d’autres militants, pour la publication d’une feuille anarchiste.

En 1952, il fut membre du conseil fédéral de la FORA. Entre 1956 et 1969, il fit partie de la rédaction du journal anarchiste La Protesta dont il fut « éditeur responsable » dans les quelques périodes où le journal ne fut pas clandestin. Entre 1954 et 1955, il intégra la junte représentative de la Fédération universitaire argentine (FUA) regroupant tous les syndicats étudiants, hormis quelques petits syndicats nationalistes ou fascistes. À nouveau emprisonné à cause de la grève universitaire de 1954, il fut à sa sortie exclu de l’université. Il reprit ses études en 1956. Pendant toutes ces années, il donna de nombreuses conférences à la Biblioteca Popular José Ingenieros et dans d’autres locaux du mouvement anarchiste de Buenos Aires et de l’intérieur du pays.
Durant sa période militante argentine, Eduardo Colombo participa à la vie et aux luttes du mouvement ouvrier et universitaire. Il prit part activement à la grève du port de Buenos Aires en 1952, durant laquelle six ouvriers de la FORA furent torturés. Il collabora, lors de ce conflit et avec d’autres compagnons, à la publication d’une feuille clandestine de quatre pages,
Agitación. Il soutint la grève totale des constructions navales qui dura treize mois en 1956-1957 et, la même année, il se solidarisa activement, au sein de l’Agrupación anarquista de Quilmes, à une grève du textile qui lui valut une perquisition musclée à son domicile. Il fut par ailleurs délégué de La Protesta au 1er Congrès ordinaire de la FAU (Fédération anarchiste d’Uruguay) en 1957 à Montevideo, et à Santiago du Chili en 1962 lors d’une conférence régionale du mouvement anarchiste du Chili. Il représenta la FORA au 14e Congrès de l’AIT à Montpellier en octobre 1971 et fut le délégué « indirect » pour l’Uruguay au Congrès international des fédérations anarchistes (CIFA) à Paris, en août 1971. Dès son arrivée en France en 1970, il prit contact avec le mouvement anarchiste avec lequel des liens avaient déjà été établis.
Soucieux d’une vraie production intellectuelle anarchiste, il participa à la création et à la publication de plusieurs revues théoriques. De 1974 à 1978, il fut membre du comité de rédaction de
La Lanterne noire (Paris), puis de 1983 à 1996 de Volontà (Milan) et, enfin, de Réfractions (France) depuis 1997. Il a aussi été adhérent à la CNT française et membre des Editions CNT-RP.

ŒUVRE : De nombreux articles en espagnol et en français dans des journaux et revues, certains ayant été traduits en italien, portugais (Brésil), grec, anglais.

Ouvrages : El imaginario social, Ed. Nordan, Montevideo (Uruguay), 1989 (première édition), trad. en italien : L’immaginario capovolto, Eleuthera, Milan, 1987 ; Los desconocidos y los olvidados, Ed. Nordan, Montevideo, 1999 ; El espacio político de la anarquía, Ed. Nordan, 2000, trad. en français : L’Espace politique de l’anarchie, ACL, 2008, trad. en italien : Lo spazio politico dell’anarchia, Eleuthera, Milan, 2009 ; La Volonté du peuple. Démocratie et anarchie. Ed CNT-RP / Les Éditions libertaires, Paris, 2007, trad en espagnol : La voluntad del pueblo. Democracia y anarquía, Ed. Utopia libertaria, Buenos Aires, 2006.

Source : Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (Ed. de l’Atelier, 2014).

La censure a toujours existé à Cuba depuis la victoire, en 1959, de la révolution impulsée par Fidel Castro. La mort du dictateur en 2016 et l’installation de son frère Raúl à la tête de l’Etat ont pu faire croire un moment aux naïfs qu’une certaine ouverture allait s’opérer sur l’île. Il n’en fut rien, et la censure a continué de plus belle. Mais le secteur artistique demeure néanmoins, avec celui du journalisme indépendant, l’un des foyers majeurs de contestation du régime totalitaire communiste.
L’un de ces artistes censurés est le cinéaste Miguel Coyula, dont les films sont interdits à Cuba et ne peuvent être vus que lors de rencontres privées, chez l’habitant, du moins quand la police politique ne s’en mêle pas.
Dans un article publié sur le blog « Havana Times », Miguel Coyula évoque le désir de liberté de création, la peur qui tenaille nombre de Cubains devant la répression qui menace toute manifestation d’indépendance par rapport au régime castriste, et la « folie » dont on accuse ceux qui, malgré cette répression, osent défier le pouvoir et sa flicaille.  (F. M.)

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Miguel Coyula

Je ne peux me souvenir du moment où je me suis rendu compte que j’étais libre. Ce ne fut pas une révélation soudaine, ni grandiose. Quand je pense à la prison, ou même à la mort, comme conséquence de mon travail, sans en éprouver de préoccupation, je sais qu’il ne s’agit pas de courage. C’est simplement le fait que ma vie ne vaut rien si je ne peux faire ce qui me plaît et dire ce que je pense. L’erreur chez une majorité de personnes est de penser que leur vie est très importante.
A l’issue du récent festival de cinéma, je déambulais dans l’hôtel National et quelques collègues évitaient mon regard, d’autres saluaient de façon fuyante. C’est la norme. Ce pays est un pays de lâches. On a beaucoup parlé de la façon dont le gouvernement a installé la peur chez le Cubain. Mais les plus grands coupables ont été le peuple, les artistes et la presse.
En ce qui me concerne, les ennuis, qui avaient commencé avec Memorias del desarollo* (« Mémoire du développement »), se sont accentués avec, en 2017, la censure gouvernementale de Nadie et de la pièce de théâtre Les ennemis du peuple (1). Ce fait m’a permis de distinguer les personnes qui m’intéressent. Elles sont peu nombreuses, mais la qualité m’a toujours intéressé davantage que la quantité. D’autres collègues disent que je suis un fou, un cinéaste qui a franchi les limites et qui est désormais un dissident. Il s’agit d’une justification de la lâcheté. Les intellectuels du pays s’affirment publiquement contre la censure quand un organisme artistique l’exerce envers un artiste auquel ils sont liés d’une certaine manière. Mais lorsqu’ils voient la Sécurité d’Etat (2) et la police réprimer un artiste qui travaille de façon totalement indépendante, ils se réfugient dans un commode « il est devenu fou ».
Au début, ils me donnaient des conseils : « Pourquoi t’exposer autant ? » ou « Il ne faut pas trop tirer sur la ficelle ». Ensuite, plusieurs acteurs ont quitté le tournage de mon nouveau film, Corazón azul (« Cœur bleu ») et j’ai été obligé de les tuer (les personnages qu’ils interprétaient). J’ai été répudié par certains collègues. D’autres ont honte ; il y a peu de temps, un critique m’a approché pour me dire qu’il avait écrit un article sur un de mes films, mais il n’a pas osé le publier, pas même sous pseudonyme, car ils le jetteraient de son travail.
La peur ne s’étend pas seulement dans l’île, mais aussi chez des Cubains qui vivent à l’extérieur et qui craignent de ne plus pouvoir rentrer à Cuba, comme c’est le cas d’un autre critique cubain résidant à Miami, qui souhaitait d’abord écrire un article pour le Herald sur le film Nadie, mais qui, informé de la censure opérée par la police et la Sécurité d’Etat, s’est ensuite rétracté car il voyageait fréquemment à Cuba et ne voulait pas avoir de problèmes.
On peut donc dire que pour les Cubains il n’existe de liberté d’expression ni à Cuba ni à l’extérieur, au moins publiquement, sauf pour quelques-uns, le « petit groupe », comme dit le poète Rafael Alcides. Les autres manœuvrent et ont appris à naviguer « intelligemment » ou « à travers les canaux appropriés ». Je ne fais pas de différence, mon discours serait le même pour Granma (3) que pour Diario de Cuba (4). Je présenterais aussi bien Nadie dans la maison-galerie El Círculo que pour un groupe de généraux du comité central.
« Il est douloureux de vivre dans la peur… C’est ce qui rend esclave », dit Rutger Hauer dans Blade Runner. En extrapolant sur Cuba, je me demande parfois si cette majorité de gens parvient à dormir tranquille ; les plus intelligents savent qu’ils ne sont pas totalement libres. Mais non, les cuirasses se forgent, c’est une attitude défensive pour survivre, et il est évident que nombre d’entre eux se croient libres et que cela ne les empêche pas de dormir.
Par ailleurs, j’ai pu constater, au travers d’institutions et de festivals internationaux, que ce que je croyais être seulement une question de censure de mon œuvre à Cuba est en fait un problème qui s’étend au-delà du pays, dû aux intérêts politiques et économiques en lien avec le gouvernement cubain. En 2011, l’ambassade cubaine a demandé instamment au directeur du Festival de cinéma latino-américain du Liban de retirer de la programmation Memorias del desarollo, quelques jours seulement avant sa projection, et ainsi fut fait. Ensuite, l’Icaic (5) a exigé que le film soit déprogrammé d’un festival de cinéma cubain en Corée du Sud. Par ailleurs, aucun de mes longs-métrages n’a bénéficié d’une diffusion en exclusivité à Cuba, mais seulement de projections privées.
Cette année, mon documentaire le plus récent,
Nadie,
avait été accepté par le Festival de Mar del Plata puis refusé un peu plus tard, avec un étrange argument : la copie destinée à la projection n’avait pas été envoyée dans le format requis. Bien qu’il restait encore plusieurs mois avant le début du festival, ils ont refusé de recevoir une nouvelle copie, conforme à ce qu’ils demandaient, et ont mis fin de manière tranchante à toute discussion. Cela se passait très peu de temps après l’opération policière (5) déployée pour éviter la projection de mon film dans la maison-galerie El Círculo, à La Havane, incident qui fut commenté par la presse de langue espagnole.
Le gouvernement de Raul Castro et de ses proches doit se terminer prochainement. Mais je pense que ce pays ne changera pas, même si son gouvernement change. Il faudra un processus très long pour éliminer les dommages causés à plusieurs générations. C’est une vision pessimiste, mais la majorité des Cubains, tant la classe ouvrière que les intellectuels, ont une idée assez claire de leurs limites et des alliances possibles. Et cela est vrai pour les milieux officiels comme chez ceux qui se prétendent neutres. Je ne sais si une société où l’on ne peut mentionner publiquement les noms des dirigeants politiques, de manière directe et critique, leur semble normal. Le problème fondamental est qu’ils ne souhaitent pas rompre le rachitique cordon ombilical qui les lient aux institutions cubaines.
Je n’aspirerai jamais à un poste dans un nouveau gouvernement, car j’ai toujours détesté le jeu politique. C’est un terme confisqué par Fidel Castro qui l’a converti en quelque chose de péjoratif. Et le peuple l’a intégré ainsi. Ceux qui disent : « La politique ne m’intéresse pas » disent en réalité « Ça ne m’intéresse pas de dire du mal du gouvernement ». Je ne suis pas un politique, mais un art qui critique les politiques m’intéresse. C’est pour cela qu’il est important de dire que mes films sont politiques. Il y a beaucoup d’autres artistes cubains qui sont dans le même cas, mais ils persistent à dire que leur œuvre n’est pas politique. Il y a là une relation directe avec la question économique. Il ne s’agit pas d’idéologie, mais de plus en plus d’une société de consommation au sein d’un capitalisme à faible budget que nous vivons déjà dans l’île.
Il y a quelque temps, je discutais avec un ami qui me disait : « Moi aussi je veux faire du cinéma indépendant, mais je veux également avoir la possibilité d’aller au restaurant, dans une boîte, c’est-à-dire vivre, être heureux. » Ce à quoi je lui répondis : « Tu ne peux pas faire les deux à Cuba, et si tu crois pouvoir le faire, alors tu feras des compromis d’une manière ou d’une autre. Et donc, quelle est ta priorité ? »
Pour moi cette indépendance est la seule façon de créer en toute véritable liberté. Et au cas où je serais fou, je suis heureux de ne pas assumer ce que la majorité considère comme étant la « normalité ».

Miguel Coyula
(18 décembre 2017)
Traduction : Floréal Melgar
Source : « Havana Times ».

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(1) Voir ci-dessous la vidéo sur l’intervention policière pour empêcher des invités de pénétrer dans le lieu où devait être présentée la pièce Les ennemis du peuple. En bonus, une autre vidéo, pour les lecteurs hispanisants, où Miguel Coyula parle de la censure dans son pays.
(2) La Seguridad de Estado (Sécurité d’Etat) : police politique cubaine.
(3)
Granma : quotidien du Parti communiste cubain.
(4)
Diario de Cuba : blog d’opposants au régime cubain.
(5) Icaic :
Institut cubain des arts et de l’industrie cinématographiques.

 

Adonis Milán

Samedi 10 mars après-midi, le metteur en scène de théâtre Adonis Milán a été arrêté en pleine rue, à La Havane, et emmené pour une destination jusque-là inconnue de ses proches et de ses amis. Cela fait plusieurs mois que cet activiste cubain fait l’objet de brimades diverses de la part de la Sécurité d’Etat (police politique). Son travail s’est vu censuré à plusieurs reprises et on l’a expulsé de l’association Hermanos Saiz dont il était membre en tant qu’artiste indépendant.
C’est en sortant de la maison de la comédienne Lynn Cruz, avec qui il travaillait sur une œuvre à venir, qu’Adonis Milán a été interpellé, malgré les protestations des gens du quartier, et sans qu’on lui laisse la possibilité de prévenir qui que ce soit.
La répression s’est accrue ces derniers temps à Cuba, touchant essentiellement deux secteurs, le milieu artistique et le milieu journalistique indépendant. C’est ainsi que nombre d’artistes et de collaborateurs de blogs non officiels* se voient régulièrement arrêtés, emmenés dans des locaux de la police politique sans possibilité de prévenir leur famille ou leurs amis, détenus durant deux, trois jours ou plus, puis relâchés après interrogatoire au cours duquel leur est le plus souvent proposé de devenir mouchards, parfois sous la menace de faire perdre leur emploi à leurs proches parents.
Dans un article publié par le blog « Havana Times », la comédienne Lynn Cruz précise que
« ce n’est pas là un cas isolé. Ces jours derniers, on a empêché de travailler des activistes qui tentent de faire naître une prise de conscience en cette période de fin de règne qui agonise et qui a connu son point culminant avec la mort de Fidel Castro. Face à la farce électorale** qui aura lieu demain, Cuba vit aujourd’hui son post-fidélisme en entonnant le mantra “Je suis Fidel”. Moi, au nom des artistes qui défendent le droit d’exercer un art de nature politique, et comme citoyenne cubaine, je condamne cet acte brutal de répression de la part d’un gouvernement qui refuse de légitimer l’existence d’une opposition interne. Adonis Milán n’est pas la cause de la désintégration de l’actuel gouvernement cubain (…), conséquence d’une politique qui s’est maintenue jusque-là par inertie et non par sympathie populaire ».

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* Les seuls blogs autorisés à Cuba sont ceux du Parti communiste et de ses organisations satellites.
** Des élections ont lieu dimanche 11 mars pour désigner les députés de l’Assemblée nationale. Les Cubains ont le « choix » parmi 605 candidats pour 605 postes à pourvoir.