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Aujourd’hui : Osmel Ramírez Álvarez.

A travers le cas de cet ami cubain résidant à l’est de l’île, nous abordons ici un autre moyen de répression utilisé par le gouvernement cubain contre les « gêneurs » : l’interdiction de circulation. Si, dans le cas d’Osmel Ramírez Álvarez, cette interdiction ne concerne que les éventuels voyages à l’étranger qu’il souhaiterait effectuer, il faut savoir que dans d’autres cas elle peut également s’appliquer aux déplacements à l’intérieur de l’île, équivalant alors à une quasi-assignation à résidence, en toute illégalité socialiste.

Osmel Ramírez Álvarez.

Osmel Ramírez Álvarez, journaliste du site « Diario de Cuba », est parvenu le 10 octobre au 700e jour de son statut non officiel de regulado*, qui consiste pour lui en une interdiction de voyager à l’étranger. Cette mesure est un pouvoir que s’est attribué la Sécurité d’État (la police politique), restreignant la capacité de mouvement des Cubains qui posent problème par leur lien avec la presse indépendante, à l’opposition pacifique ou à la société civile.
« Cette interdiction en est arrivée au 700e jour aujourd’hui, et cela parce que je suis journaliste indépendant. Pour ce délit incroyable à Cuba qui consiste à raconter la réalité qui m’entoure et exposer mes opinions en usant d’un droit humain élémentaire qu’est la liberté d’expression », a commenté Ramírez Alvarez dans un message à notre rédaction. « Un seul jour d’interdiction frappant un Cubain est une ignominie, un crime, parce qu’on viole un droit humain qui nous appartient à tous, qui naît avec nous : la liberté de circulation. Mais ce système régresse tellement qu’il nous ramène au féodalisme et que les seigneurs communistes féodaux nous considèrent comme leurs cerfs et, à leur convenance, nous refusent la liberté de mouvement », ajoute Ramírez Álvarez.
« Récemment, le ministre Bruno Rodriguez a assuré dans une interview, d’une manière vile et honteuse, que les personnes interdites de sortie du territoire pourraient être en possession d’informations classifiées, et c’est pourquoi on nous refuse hypothétiquement la sortie du pays. Je vous dis aujourd’hui, alors que dans un mois cela fera deux ans que je suis frappé par cette interdiction, qu’il est un menteur et que c’est là la tactique du gouvernement cubain pour mieux cacher ses méthodes de violation des droits de l’homme auxquelles il a systématiquement recours pour maintenir son système antidémocratique. Je ne fais moi-même l’objet d’aucune procédure judiciaire et je n’ai pas travaillé avec l’État depuis neuf ans. En d’autres termes, je n’ai aucune information d’intérêt gouvernemental et encore moins classifiée. Ses arguments sont faux. »
Selon des données approximatives provenant de diverses sources de la société civile, on dénombre actuellement environ 160 cas de Cubains regulados. Il s’agit toutefois d’un nombre qui change en permanence, car il existe différents types d’interdiction sur la liberté de voyager : parfois pour quelques jours seulement, d’autres fois pour plusieurs semaines, et il y a des fois où elle dure des mois et des années, comme c’est le cas du journaliste Osmel Ramírez Álvarez.
L’interdiction de voyager est également conçue comme une mesure punitive que la police politique essaie souvent d’échanger contre des engagements signés de ne plus mener d’activités d’opposition. Il est même fréquent qu’ils l’utilisent comme un mécanisme de pression pour recruter des agents et les infiltrer dans la société civile. La liberté de circulation, en revanche, est un droit de l’homme garanti par l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont Cuba est signataire.
Le journaliste Osmel Ramírez Álvarez, qui collabore également au journal numérique « Havana Times », a été victime d’autres actes de répression de la part de la Sécurité d’État : détenu par deux fois durant trois jours, sans contact extérieur, dans des cellules insalubres en compagnie de prisonniers dangereux ; perquisition de son domicile et saisie de ses outils de travail ; menaces sournoises ou directes sur lui, sa famille et ses amis.

Source : « Diario de Cuba »

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De justesse !

Avec tout ça (Rouen, l’attentat de la Préfecture de police, les Kurdes, etc.), une info est complètement passée à l’as, pourtant essentielle : l’élection, jeudi 10 octobre, du président de la République (sic) de Cuba.
Déjà président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres depuis avril 2018, Miguel Díaz-Canel a en effet été « élu » président de la République lors d’une session extraordinaire du Parlement cubain. Le suspense, on s’en doute, était à son comble quant au résultat de cette « élection ». Mais finalement Diaz-Canel l’a emporté avec 579 voix sur 580 députés.
Dans un premier temps, on pouvait penser, au vu du résultat, qu’un social-traître avait réussi à s’infiltrer au sein de cette assemblée pourtant sévèrement cadenassée. Certains pouvaient même y déceler comme un espoir de changement futur en se disant que si un opposant avait pu réussir à se glisser dans cette institution en soixante ans de castrisme, il était permis d’espérer de voir naître un Parlement majoritairement oppositionnel dans quelques siècles (je vous laisse faire le calcul).
Mais la réalité est sans doute tout autre, et cette voix discordante fut probablement inspirée par les fins stratèges du Parti communiste cubain. Car un résultat de 580 voix sur 580 députés aurait sans nul doute fourni une image de dictature stalinienne à l’ancienne, et entraîné les mêmes sarcasmes que jadis. Tandis que là, incontestablement, ce résultat et la preuve de l’existence d’une forte opposition au régime, ça vous a un aspect démocratique des plus chics.
Mais comme les gens sont méchants, il y en aura encore pour dire qu’il n’y a pas vraiment de démocratie à Cuba. Certains iront même jusqu’à prétendre que tout cela est bidon et que le maître véritable de l’île reste Raul Castro, premier secrétaire du comité central du Parti communiste, dans la mesure où la Constitution cubaine définit ledit Parti comme « la force dirigeante supérieure de la société et de l’État, qui organise et oriente les efforts communs vers les hautes fins de la construction du socialisme et la marche en avant vers la société communiste ». J’en pleure tellement c’est beau.

Aujourd’hui : Boris González Arenas et Iliana Hernández.

Boris González Arenas, cinéaste et journaliste indépendant, collaborateur du site « Diario de Cuba », a été arrêté mercredi 9 octobre à midi par deux agents en civil qui l’attendaient aux alentours de son domicile du quartier du Vedado à La Havane. Il a été intercepté et emmené dans une voiture de police. Jeudi soir, il était toujours impossible de savoir où il était détenu.

Boris González Arenas, ici lors de son arrestation, le 11 mai dernier, alors qu’il suivait la manifestation LGBTI à La Havane. (Photo Ramón Espinosa.)

Mercredi soir, son épouse, Juliette Isabel Fernández Estrada, précisait que le journaliste l’avait appelée depuis un téléphone portable pour lui dire qu’il se trouvait dans une cellule de prison à San Miguel del Padrón. « Je l’entendais à peine, mais il m’a dit qu’il était dans une cellule à San Miguel del Padrón. Quand je lui ai demandé la raison de l’arrestation, l’appel a été coupé », a-t-elle expliqué sur son compte Facebook. « Au poste de police de San Miguel del Padrón, le garde m’a répété sans cesse que Boris González Arenas n’était pas là. J’ai du mal à croire qu’ils soient aussi cyniques et sans scrupules », a-t-elle dénoncé. Juliette Fernández Estrada a ajouté qu’avant la conversation avec l’officier de garde on lui avait dit que l’activiste n’était pas là. « Ils m’ont dit qu’il ne se trouvait pas là, mais il ne serait pas étonnant qu’ils mentent sans vergogne, car dans presque tous les cas semblables ils taisent le nom de l’endroit où sont conduits les personnes arrêtées, a-t-elle précisé. J’ai également appelé au numéro de téléphone portable à partir duquel l’appel de Boris a été passé et une femme m’a répondu qu’elle ne connaissait aucun Boris et que je m’étais trompé de numéro. Sur le téléphone d’information générale de la police nationale révolutionnaire (sic), ils disent qu’il ne figure pas dans la liste des personnes arrêtées, une phrase que je suis fatiguée d’entendre depuis des années. Et, écoutez ça, ils disent que s’il a été arrêté dans le quartier du Vedado, il doit donc se trouver dans un poste de police du quartier de la Plaza, comme si Boris n’était jamais passé par le poste de Vivac de Calabazar, le poste de Cotorro, et ceux de San Miguel del Padrón, Cerro, etc. », a-t-elle ajouté.
« La situation conjoncturelle* n’affecte pas la Sécurité d’Etat, c’est clair : il semble qu’ils ont assez de carburant pour aller arrêter dans tous les coins de la ville. » Ce jeudi, Juliette s’est rendue à l’unité de police de Zapata, où elle a obtenu de nouvelles informations. « On m’a dit qu’il n’était pas passé par là, mais il semble bien avoir été enregistré à San Miguel del Padrón hier, le 9 octobre, pour activités contre-révolutionnaires. »

Quelques minutes après l’arrestation de Boris González Arenas, c’était au tour d’Iliana Hernández, elle aussi journaliste indépendante et collaboratrice du site « CiberCuba Noticias« , accourue sur les lieux pour rendre compte de l’événement concernant son collègue, d’être arrêtée par deux policiers, pour « scandale sur la voie publique » (sic). Elle a pu filmer sa propre arrestation jusqu’à ce qu’un troisième flic, en civil celui-là, lui arrache son téléphone portable des mains, comme on peut le voir sur la vidéo ci-dessous**.

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* La « situation conjoncturelle » est l’expression officielle employée par le gouvernement cubain pour qualifier la période actuelle, qui se caractérise par d’énormes difficultés économiques, en particulier la forte pénurie de carburant qui touche toute l’île.
** Arrestation d’Iliana Hernández.


Source : cibercuba.com
et 14yMedio.

Je m’intéresse beaucoup à Cuba, ça n’aura pas échappé à ceux qui me suivent ici. Sur les conseils d’un ami, je publierai régulièrement des infos et témoignages concernant ces gens courageux qui font ce qu’ils peuvent pour en finir avec une dictature.
Aujourd’hui : Vladimir Turro Páez.

Dans la vidéo ci-dessous, Vladimir Turro Páez, journaliste indépendant*, collaborateur du site CubaNet, raconte son arrestation par la police politique cubaine et ce qui l’a motivée.
Il explique donc qu’il a réalisé un reportage, publié sur le site en question, consacré à l’existence d’un dépôt d’ordures sauvage situé à proximité d’une école. Pour cela, il s’est entretenu avec la directrice de l’école et quelques mères d’élèves. La directrice de l’école a aussitôt été licenciée pour avoir accordé cet entretien. C’est en se rendant à nouveau auprès de cette directrice et de quelques autres mères d’élèves, pour donner une suite à son premier article, qu’il est arrêté violemment, sur la voie publique, par quatre hommes de la Sécurité d’Etat (nom officiel de la police politique), dont un lieutenant-colonel. Emmené dans un local de ladite police, il fera l’objet d’une foule de menaces. On commencera par lui dire que plus jamais on ne lui permettra de s’entretenir avec un fonctionnaire de l’Etat, et en particulier avec cette directrice d’école licenciée, et que s’il tentait de le faire il devrait alors s’attendre à en subir les conséquences et qu’ils n’hésiteraient pas à utiliser tous les moyens pour le détruire. « Ils m’ont dit clairement que ma sœur devait prochainement subir une intervention chirurgicale et que si je continuais dans cette voie un dénouement fatal pourrait arriver », raconte-t-il. Son propos porte ensuite sur ce type particulier de menace concernant les familles des journalistes indépendants, leurs frères, sœurs, parents, risquant de se voir privés de leur travail s’ils sont employés de l’Etat, par exemple. Il parle ensuite des risques quotidiens encourus par ceux qui ont choisi de devenir journalistes indépendants à Cuba, qui quotidiennement redoutent une arrestation pouvant survenir à tout moment.

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* L’expression « journaliste indépendant » à Cuba ne signifie évidemment pas qu’il s’agit d’une profession reconnue avec carte de presse. Elle désigne les personnes qui ont choisi d’écrire sur des sites et blogues d’opposition au régime castriste, soit à travers des articles d’information, soit à travers des textes où s’expriment des opinions.

 

Ces dernières années, le réseau des moyens de communication s’est développé et diversifié à Cuba. La numérisation des technologies et l’expansion de l’accès à internet, ainsi que les changements promus par l’ancien président Raúl Castro, ont favorisé l’émergence et l’essor de projets journalistiques et de communication indépendants de l’État et du Parti communiste de Cuba, qui se proposent de relater des histoires du pays différentes de celles de l’État hégémonique. Cependant, dans le même temps, la répression physique, juridique et psychologique à l’encontre de ceux qui participent à ces projets a augmenté.
Arrestations et emprisonnements arbitraires, perquisitions et intrusions dans des domiciles privés, confiscation de matériel, interrogatoires, interdiction de quitter le pays, isolement des domiciles pour empêcher la couverture médiatique, campagnes de diffamation, harcèlement physique et numérique, piratage de comptes personnels, blocage et cyberattaques contre des sites Web, menaces de prison, intimidation des proches et stigmatisation sociale figurent parmi les actes de répression dont souffrent les journalistes et blogueurs indépendants.
L’argument habituellement utilisé par les représentants du gouvernement et du Parti pour justifier les restrictions des libertés civiles et politiques, ainsi que la répression de ceux qui tentent d’agir en hommes et femmes libres, est fondé sur l’idée que Cuba est une nation en guerre contre les États-Unis ; par conséquent, la mentalité qui a gouverné notre système a davantage répondu à des logiques militaires plutôt que démocratiques.
L’existence de médias d’Etat ne suffit pas à affirmer que les libertés de presse et d’expression sont respectées à Cuba. La liberté de la presse et la liberté d’expression sont les droits de tous les citoyens sur un pied d’égalité, et non les privilèges des dirigeants de l’État, du gouvernement et du Parti, qui prétendent représenter la volonté de tout un peuple, mais interdisent la manifestation de toute volonté qui diffère de celle qu’ils représentent.
Depuis des décennies, de multiples témoignages et recherches ont démontré que la production des médias d’Etat est imprégnée par le pouvoir politique et fréquemment influencée par ses fonctionnaires, ce qui constitue une source inépuisable de conflits d’intérêts, où l’équilibre penche toujours en faveur du pouvoir politique et non de la société. Dans cette dynamique, qui ne tolère que l’information contribuant à reproduire l’hégémonie du Parti, la presse tend à se comporter comme un appareil de propagande.
Nous ne considérons pas seulement la décision de pratiquer le journalisme de manière indépendante comme un droit de l’homme, mais aussi comme un devoir professionnel. Nous ne pensons pas pouvoir produire un journalisme rigoureux, engagé envers la société cubaine et la recherche de la vérité, dans les marges d’un modèle de presse étatique partisane.
Cuba est un pays diversifié, bien que sa diversité ne soit pas reconnue par la loi. Il y a des gens qui veulent raconter leur histoire aux médias indépendants et des personnes qui aspirent à connaître ces histoires. C’est à elles que nous devons notre loyauté.
Nous ne pouvons permettre un autre Printemps noir* comme celui de 2003, lorsque l’État cubain a arrêté 75 citoyens, parmi lesquels des journalistes indépendants et des défenseurs des droits de l’homme, et les a condamnés à des peines de plus de 20 ans de prison. Et bien qu’ils aient été libérés en 2012, les instruments juridiques utilisés pour les juger sont toujours en vigueur.
Bien que le Code pénal lui-même contienne plusieurs articles qui violent les libertés de la presse et d’expression, nous considérons que la loi réaffirmant la dignité et la souveraineté cubaines (loi n°80) et la loi pour la protection de l’indépendance et de l’économie de Cuba (loi n°88) de 1996 et 1999 respectivement, constituent les menaces les plus graves en ce sens. Toutes deux ont joué un rôle décisif dans les injustices commises entre mars et avril 2003 en criminalisant l’exercice des droits de l’homme.
Seize ans se sont écoulés depuis le Printemps noir, mais les lois demeurent, et en mai de cette année le gouvernement nous l’a rappelé : après l’annonce de l’activation du titre III de la loi Helms-Burton par la Maison-Blanche, le Journal officiel de la République de Cuba a publié une déclaration de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire dans laquelle elle exprime son « attachement total » aux principes des lois 80 et 88 ; il serait imprudent de croire que nous en sommes à l’abri.
En avril de cette année, le poète, avocat et journaliste indépendant Roberto de Jesús Quiñones Haces a été arrêté dans l’exercice de ses fonctions de journaliste et soumis à des traitements cruels. En août, le tribunal municipal populaire de Guantánamo l’a condamné à un an de privation de liberté, sous forme de travail correctionnel avec internement, pour le délit de « résistance et désobéissance ». Le cas de Quiñones Haces nous incite à rester vigilants.
Tant que nous ne comprendrons pas que la répression des journalistes et des blogueurs a à voir avec la société, parce qu’il y a des histoires et des approches d’histoires que le pouvoir ne veut pas que nous connaissions, nous ne parviendrons pas à apporter les changements dont le journalisme a besoin ; surtout, nous ne serons pas capables de prendre des décisions éclairées pour participer à la vie politique et devenir la république démocratique, juste et digne, que nous méritons.
En permettant que le récit d’un pays se construise à partir d’un unique point de vue, on lacère sa mémoire historique et, à long terme, son identité culturelle. Défendre le droit de raconter des histoires diverses sur qui nous sommes aujourd’hui, exercer un journalisme qui révèle la réalité du pays et sa complexité, c’est défendre le droit même des générations futures à savoir d’où elles viennent. Il serait immoral de léguer un mensonge, une demi-vérité ou une caricature de notre présent.
Ceux qui souscrivent à cette déclaration, conformément aux idées exposées ci-dessus, exigent : la cessation de la répression contre ceux qui exercent la liberté de la presse et d’expression à Cuba ; l’élimination des recours juridiques qui restreignent et criminalisent l’exercice de ces libertés ; l’établissement de garanties juridiques pour les exercer, qui doivent inclure des lois de transparence et de protection des sources ; la libération immédiate de Roberto de Jesús Quiñones Haces.

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* Du 18 au 20 mars 2003, au cours d’une vague de répression connue sous le nom de Printemps noir (« Primavera negra »), la Sécurité d’Etat cubaine arrête 75 personnes, dont 29 journalistes, des bibliothécaires, des militants des droits de l’homme et des militants pour la démocratie, sous l’accusation habituelle en pays communiste d’être à la solde du gouvernement des Etats-Unis. Ils furent condamnés à des peines allant de 15 à 36 ans de prison. Ils seront libérés à partir de 2010, les deux derniers en 2012. Les journalistes seront contraints, à leur libération, de quitter Cuba. La plupart d’entre eux se réfugièrent en Espagne. Parmi ceux qui sont restés à Cuba, dix d’entre eux restent toujours aujourd’hui sous le régime des condamnations prononcées lors du Printemps noir, mais laissés en liberté provisoire.

Depuis quelques années, plusieurs sites et blogues d’opposition au régime dictatorial cubain ont vu le jour. Si, pour des raisons évidentes, ces sites et blogues sont nés et gérés hors de l’île*, toute expression non approuvée par le Parti communiste y étant strictement interdite, nombre de Cubains de l’intérieur y collaborent néanmoins régulièrement, non sans risques. Les journalistes indépendants, qui signent de leur nom véritable les textes et informations qu’ils fournissent à ces médias, et dont le nombre s’est accru fortement ces derniers temps, sont en effet constamment en butte aux vexations et à la répression qu’exercent contre eux, fidèles à une tradition communiste de bâillonnement des voix discordantes, le gouvernement cubain et sa police politique.
De tendances diverses**, les responsables de ces sites et blogues se sont entendus pour élaborer le texte ci-dessous, que je me fais un devoir de vous proposer à la lecture. – F. M.

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Illustration : Rafael Alejandro García.

Considérations :
1. Depuis janvier 2018, il y a eu 183 attaques répertoriées contre des journalistes travaillant dans le pays, selon des organisations nationales et internationales ; avec, au cours des derniers mois, une augmentation notable de ces attaques
2. Ces attaques s’inscrivent dans le cadre d’une vague de répression contre la presse indépendante, non officielle et non étatique, incluant des détentions arbitraires, des interrogatoires, des intimidations d’ordre psychologique, des agressions verbales, des violations de domicile, des interdictions de quitter le pays, du harcèlement sexuel, de la cyberintimidation, des diffamations, des provocations sur la voie publique, des saisies de matériel, etc. ;
3. Ces attaques s’inscrivent dans le cadre d’une campagne systématique menée par le gouvernement cubain dans le but de réduire au silence les journalistes indépendants. A leur tour, ces agressions restreignent le droit des citoyens cubains à une information d’intérêt public et, par conséquent, les empêchent d’accéder et de participer à la prise de décisions ;
4. Pour contribuer au développement économique, social et culturel de toute société contemporaine et de Cuba en particulier, un débat public, ouvert, sans entraves ni obstacles, participatif, assertif, fondé sur des faits et des évidences, est nécessaire, guidé par une analyse intelligente, continue, rationnelle et apaisée des événements ;
5. Les journalistes sont des messagers des faits, dont la connaissance et la diffusion suscitent un débat public ; nous sommes aussi un groupe diversifié, légitime et autochtone ;
6. La liberté de la presse à Cuba est une condition fondamentale pour que le pays puisse traiter et mieux résoudre ses conflits, ses défis et ses menaces dans l’intérêt du bien-être de la société cubaine, dont nous faisons partie ;
7. Conformément à l’article 3 de la Constitution de la République de Cuba, la souveraineté réside dans le peuple, d’où émane tout le pouvoir de l’État ; c’est pourquoi, en tant que journalistes et membres de la société, nous formulons les déclarations et exigences suivantes dans l’exercice de cette souveraineté et de notre volonté libre, autonome et collective.


Déclarations :
1. Condamnation. Nous rejetons les attaques systématiques contre la liberté de la presse et la liberté d’expression perpétrées par les autorités elles-mêmes à l’encontre de plusieurs journalistes : nous sommes victimes de détentions illégales pendant de longues et/ou courtes périodes ; condamnés à la prison, soumis à des interrogatoires et à des techniques de torture psychologique ; nos domiciles ont été perquisitionnées ; il nous est interdit de quitter le pays ; nous sommes constamment harcelés, provoqués et privés de nos moyens de travail, etc.
2. Légalisation. Nous demandons que les autorités cubaines accordent un caractère légal à la pratique journalistique dans le pays et aux médias indépendants, non étatiques.
3. Nous exigeons l’abrogation de toutes les lois, actes administratifs, décrets, résolutions et règlements qui restreignent la liberté d’expression ou de la presse pour tout journaliste et tout moyen de communication.
4. Le droit d’informer. Nous exigeons que tous les Cubains aient le droit d’informer et de recevoir des informations véridiques et objectives ; la liberté d’exprimer et de diffuser leurs pensées et opinions ; la liberté de créer des médias ; l’interdiction expresse de toute forme de censure et la protection juridique des sources d’information.
5. Transparence. Nous exigeons que le gouvernement mette à la disposition des citoyens et des journalistes toutes les informations générées par les différentes instances et branches du pouvoir, y compris des données ouvertes, gratuites, complètes, opportunes et permanentes pour faciliter le contrôle citoyen de sa gestion. Nous exigeons également qu’il empêche efficacement la censure préalable, les restrictions à la circulation du contenu des médias, l’imposition arbitraire de l’information, les obstacles à la libre circulation de l’information et les limitations au libre exercice et à la mobilisation des journalistes.
6. Protection. Nous demandons que les autorités interdisent les détentions illégales, les pressions, l’utilisation de tout outil, mécanisme, modalité de chantage et de coercition contre les journalistes, en raison des thèmes sur lesquels ils enquêtent, de ce qu’ils pensent, disent et publient ; ce qui inclut, entre autres : les peines d’emprisonnement, les détentions temporaires, les perquisitions, les interdictions de quitter le pays ou d’y revenir, la torture psychologique, la destruction ou la confiscation de leur matériel de travail, tout type de violence ou acte d’intimidation qui restreint la liberté d’expression, de pensée, de conscience et de presse. Nous exigeons également que toute personne qui viole ce devoir de protection soit punie.
7. Non-discrimation. Nous exigeons des autorités qu’elles interdisent toute discrimination à l’encontre des journalistes et des médias en raison de leur pratique journalistique.
8. Engagement. Les journalistes et les médias non étatiques et indépendants s’engagent devant la société cubaine à exercer leur travail de journalisme en s’attachant à la vérité et à la recherche des faits d’intérêt public ; à adopter des mécanismes internes qui garantissent la vérification et l’exactitude de nos informations, ainsi que l’objectivité, l’impartialité et l’équité ; à établir une distinction claire entre information, opinion et messages commerciaux. La réalisation de ces objectifs et le respect des valeurs éthiques et professionnelles ne doivent pas être imposés et relèvent de la seule responsabilité des journalistes et des médias.

Signataires : 14YMedio, ADN Cuba, Alas Tensas, Arbol invertido, Asociación Pro Libertad de Prensa (APLP), CiberCuba, Convivencia, CubaNet, Diario de Cuba, El Estornudo, Havana Times, Hypermedia Magazine, La Hora de Cuba, Play-Off Magazine, Proyecto Inventario, Puente a la Vista, Rialta, Tremenda Nota, YucaByte.
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* On estime que plus de 12% des Cubains ont fui leur pays, sur une population comptant un peu plus de 11 millions d’habitants.
** Le blogue sur lequel s’expriment de temps à autre quelques amis de tendance libertaire est Havana Times, signataire de cette déclaration, qui comporte une version en langue espagnole et une autre en langue anglaise.

 

Un sommet d’abjection

Au sein de la profession journalistique, il ne manque pas, loin de là, de laquais particulièrement serviles, de virtuoses de la brosse à reluire, de courtisans de tout poil. Chacun à son tour, ils se distinguent par une étonnante souplesse d’échine à rendre jaloux le fantôme de Michel Droit, ce « journaliste » qui toute sa vie demeura courbé face à de Gaulle afin de lécher au mieux les bottes de son général de brigade vénéré.
A côté d’eux, il y a ces journalistes qui passent pour des esprits libres aux oreilles des imbéciles. Ceux-là se montrent capables – suprême audace ! –, sur le ton du type vaguement surpris et outré, de faire répéter leurs plus gros mensonges aux menteurs professionnels de la politique, sans toutefois les démentir outre mesure, faut pas déconner, il y a quand même le respect des élus à sauvegarder. Dans le genre, le chroniqueur de RMC et de BFM-TV Jean-Jacques Bourdin reste un modèle. Mais la déontologie supposée du monsieur ne saurait toutefois s’encombrer d’une morale étriquée allant jusqu’à lui interdire d’ouvrir son micro au premier salopard venu, pourvu qu’il soit célèbre. Le taux d’audience, coco, tu y penses ?! Le « droit de savoir », la « curiosité citoyenne » et autres formules magiques ne servant le plus souvent qu’à mieux faire passer l’odieux pour la mission sacrée d’informer, Jean-Jacques Bourdin a donc choisi d’inviter, le 6 septembre, celui que les médias continuent de présenter comme un « théologien » ou un « islamologue » (sic), le militant islamiste Tariq Ramadan, ce qui offre aux violeurs en série présumés un bon espoir de passer eux aussi à l’avenir sur l’antenne de RMC et de BFM-TV.
L’un des moments les plus médiatiquement vomitifs de l’entretien fut celui où l’on se demanda qui, de l’invité ou de l’interviewer, au ton « incisif et dérangeant » comme il est écrit sur le site internet de BFM, était le plus détestable, après qu’on eut entendu ce dernier poser cette question incroyable : « Est-ce que vous pardonnez à ces jeunes femmes, plaignantes, qui vous accusent ? Vous êtes capable, ou pas, de leur pardonner ? »
Le mot de la fin de cet immonde spectacle, sommet d’abjection auquel répondit le « Merci, Tariq Ramadan » de Bourdin, revint au théologien de chambre d’hôtel : « Rappelez-vous, la France de 97, unanimement contre Dreyfus, avait tort. »
Et c’est ainsi qu’Allah est grand, comme disait Vialatte… et ce journalisme-là vraiment tout petit.