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Archive for the ‘07. Cuba’ Category

Denis Solis Gonzalez

Le 9 novembre dernier, Denis Solís González, un jeune musicien cubain, était arrêté violemment par des membres de la police politique, la Sécurité d’Etat. Le 11 novembre, il passait en jugement et se voyait condamné à huit mois de prison ferme pour « outrage » envers les autorités, et aussitôt incarcéré à Valle Grande, une prison de haute sécurité située dans la banlieue havanaise. Cette histoire d’outrage est communément avancée par le régime dictatorial pour sanctionner les dissidents qui usent d’une liberté d’expression, interdite à Cuba, sur les sites d’opposition et les réseaux sociaux. Et l’on sait qu’il ne faut pas grand-chose aux représentants du régime pour se sentir « outragés ».
Dans le cas de Denis Solis, la police politique a fait irruption dans sa demeure sans aucune justification. Denis Solis a demandé des explications et un document officiel justifiant cette intrusion, mais les policiers ne lui ont rien fourni. L’un d’eux a simplement enregistré sur son téléphone les protestations et les quelques injures lancées par Denis Solis, ce qui s’explique lorsqu’on pénètre de force dans votre domicile. Deux jours plus tard, ce dernier était accusé d’outrage.
Le 16 novembre, quatorze membres du Mouvement artistique San Isidro* (MSI) se regroupaient au siège de cette association, à La Havane, et certains d’entre eux entamaient une grève de la faim, en soutien à Denis Solís González, pour exiger sa libération. Deux des protestataires, Luis Manuel Otero Alcántara et Maykel Castillo « Osorbo », se lançaient même dans une périlleuse grève de la faim et de la soif. Ces opposants à la dictature en profitaient également pour avancer d’autres revendications, comme évidemment le droit à la liberté d’expression mais aussi la fermeture des boutiques de paiement en dollars, fréquentées par les privilégiés du régime et bien mieux achalandées en produits de toute sorte que celles destinées au petit peuple, où l’on paie en pesos cubains.
Dans un premier temps, la police politique a empêché toute visite et tout soutien sur place aux membres du MSI, bouclant le quartier où ils se trouvent. Le 19 novembre, l’endroit où sont regroupés les grévistes de la faim et protestataires a fait l’objet d’une attaque avec jet d’acide à l’intérieur des locaux. Un rassemblement de soutien dans un parc proche a été empêché par la Sécurité d’Etat, omniprésente. Des correspondants de la presse étrangère ont été agressés, dont, semble-t-il, la représentante de l’AFP.
En Amérique latine, des soutiens se sont manifestés. Deux cent trente artistes et intellectuels de Cuba, du Mexique, d’Argentine, du Venezuela, de Colombie, du Chili, d’Espagne, du Brésil et des Etats-Unis ont signé une lettre ouverte demandant que soit libéré le jeune Denis Solís González afin de mettre fin au danger qui guette les grévistes de la faim et de la soif. Ici, en France, seul le journal Ouest France, dans son édition du 21 novembre, a rendu compte de ce qui se passe actuellement dans la capitale cubaine. Et Olivier Dabène, invité ce matin sur France Culture pour parler de la situation à Cuba, y a fait allusion. A part cela, c’est comme d’habitude le silence total. De son côté, Amnesty International avait publié un communiqué, le 20 novembre, dénonçant une fois de plus les « assauts persistants » du régime contre la liberté d’expression sur l’île.
Au moment où j’écris ces lignes, l’état de santé de Luis Manuel Otero Alcántara et Maykel Castillo « Osorbo » a bien sûr commencé à se détériorer. Ce dernier a cessé sa grève de la soif, mais après cinq jours de grève de la faim tous deux connaissent de sérieux problèmes rénaux. La Croix-Rouge internationale a été sollicitée par les amis des grévistes, mais jusque-là aucun contact n’a été pris avec eux par cet organisme.
Il convient de faire savoir ce qui se passe à La Havane si l’on veut que soit évitée une nouvelle tragédie dans la lutte que mènent des individus courageux contre une dictature criminelle.


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Les membres du MSI juste avant d’entamer
la grève de la faim.

* Il s’agit de Luis Manuel Otero Alcántara, Maykel Castillo « Osorbo », Esteban Rodríguez López, Omara Ruiz Urquiola, Yasser Castellanos, Adrián Rubio, Osmani Pardo Guerra, Iliana Hernández, Oscar Casanella, Jorge Luis Capote, Anyell Valdés Cruz, Niovel Abu Alexander Tamayo, Anamely Ramos et Katherine Bisquet.

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Dégâts collatéraux

Un ami lyonnais écrit sur les réseaux sociaux que si on lui avait dit dans son jeune temps qu’on verrait un jour des gens manifester pour le droit à la messe, il aurait éclaté de rire. En ce qui me concerne, si on m’avait dit qu’on assisterait à certains rapprochements, j’en serais resté sur le cul. Et pourtant…
Cette fièvre autour du documentaire « Hold-up », au-delà de son contenu, me semble œuvrer à consolider fortement cette déjà ancienne, étrange, et pour tout dire assez nauséabonde alliance entre demi ou pleinement fachos, ex ou toujours staliniens, gens de gauche dite radicale et hurluberlus divers et variés dénonciateurs de complots interplanétaires, entre autres.
Je vois des gens, et même de vagues amis, connus pour s’être toujours situés très à gauche, relayer sans sourciller des vidéos ou textes piochés sur des sites franchement réactionnaires, des communistes ou proches encenser sans retenue un documentaire réalisé par un personnage qui naguère délirait, dans une autre de ses œuvres, sur un complot communiste et franc-maçon.
Si le monde macronien, sa sauvagerie impitoyable, sa flicaille et ses médias de merde ont de quoi écœurer au plus haut point, le renforcement de cette alliance, qui n’est plus seulement de circonstance, vient s’ajouter à ce profond dégoût et n’annonce rien de bon.

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Anniversaire (3)

C’ÉTAIT LE 11 NOVEMBRE 1983

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Anniversaire (2)

C’ÉTAIT LE 10 NOVEMBRE 1969.

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L’histrion, le retour

A part des personnages totalement fantaisistes – et encore ! –, je ne vois pas quel éventuel candidat à l’élection présidentielle, même issu d’une secte trotskiste, pourrait ne pas obtenir les 150.000 parrainages de citoyens si cette condition était établie pour s’y présenter officiellement. Mise à part la volonté d’être le premier à occuper le devant de la scène, on ne voit donc pas très bien à quoi peut servir l’appel lancé par l’histrion Mélenchon, présenté sans rire comme une condition qu’il s’impose à lui-même, comme s’il y avait un risque de ne pas la remplir. D’autant qu’il est facile pour un individu de signer plusieurs fois cet appel. Les 150.000 signatures vont évidemment être réunies assez vite, et même dépassées. Cela permettra à ce bouffon d’affirmer que la volonté populaire lui demande de faire don de sa personne à la France. Comment peut-on prendre cela au sérieux ?
Quelle clownerie !

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Communiqué NPA-UCL

Il paraît que ça n’est pas bien du tout d’employer l’expression « islamo-gauchisme ». Les uns en font une question de vocabulaire : les nazis ayant créé le terme « judéo-bolchevisme », cela ferait de vous un quasi-SS (jusqu’où va se nicher la connerie, quand même ?!). D’autres prétendent que ça n’existe pas, que cette invention, selon eux, ne sert qu’à « stigmatiser » la communauté musulmane.
Deux organisations gauchistes, le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et son clone, l’Union communiste libertaire (UCL), viennent pourtant de s’unir pour la rédaction d’un communiqué de protestation contre la fermeture d’une mosquée dirigée par un salafiste, à Pantin, en banlieue parisienne (voir sur internet, je me refuse à relayer ici cette immondice).
Dans la foulée, j’ai reçu ce communiqué, presque authentique.

« Cohérents avec leurs prises de position récentes visant la défense du droit à l’obscurantisme, le NPA et l’UCL tiennent à dénoncer vigoureusement, bien qu’avec un peu de retard, les destructions d’églises et de biens ecclésiastiques perpétrées par les révolutionnaires, et en particulier ceux de la CNT-FAI, durant la guerre civile espagnole et dénoncent leur christianophobie. Plus jamais ça ! »

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Merveilleux pays

A Cuba, les personnes atteintes du Covid, ou soupçonnées de l’être, ou ayant été en contact avec des personnes infectées sont interdites de sortie de leur domicile. Les autorités ont décidé de faire apposer des affichettes sur les murs extérieurs des domiciles desdites personnes, leur enjoignant de ne pas sortir. Cela a commencé à La Havane.
Ces affichettes, visibles par tous, ont évidemment pour but de faire des habitants du voisinage des délateurs potentiels au cas où l’une des personnes ainsi assignées à résidence aurait la mauvaise idée de prendre l’air. En premier lieu, ce sont évidemment les membres des Comités de défense de la révolution (CDR), citoyens-flics et mouchards par excellence, quadrillant les quartiers des villes, qui se voient chargés de cette besogne.
Merveilleux pays !


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Voici la liste des prisonniers politiques à Cuba. La plupart le sont précisément pour avoir voulu s’exprimer librement, ce qui est un délit pour le régime castro-communiste de l’île.

Maikel Herrera Bones
Silverio Portal Contreras
Keilylli Mora (de la) Valle
Yasser Rivero Boni
Iván Amaro Hidalgo
Elio Juan Arencibia Dreque
Raudel Arias Valerino
Carlos Manuel Arocha del Risco
Edilberto Ronal Arzuaga Alcalá
Noslén Ayala García
Eliecer Bandera Barreras
Luis Bello González
Yampiel Bernal Ampudia
Reinerio Rafael Briñones Rosabal
Misael Canet Velázquez
José Rolando Casares Soto
Wenceslao Chirino Pérez
William Esmérido Cruz Delgado
Benigno Cruz Reina
Adrián Curuneaux Stevens
Mitzael Díaz Paseiro
Abdel Kader Diop Santo-Suárez
Luis Andrés Domínguez Sardiñas
Emeregildo Duvergel Delis
Melkis Faure Hechevarría
Yulio Ferrer Bravo
Carlos Manuel Figueroa Álvarez
Eider Frómeta Allen
Eliober Fusté Zamora
Juan Galbán Hernández
Aurelio Andrés González Blanco
José David González Fumero
Yasiel González Quijano
Augusto Guerra Márquez
Josiel Guía Piloto
Eliécer Hernández González
Maité Hernández Guerra
Adriel Hernández Reyes
Ubaldo Herrera Hernández
Yanier Joubert Cisneros
Lázaro Rolando Kessell Barrueto
Luis Angel Leyva Domínguez
Isaín López Luna
Héctor López Pérez
Yoendri Luna Caballero
Felipe Martín Campanioni
Maikel Mediaceja Ramos
Alien Muchulí Montoya
Aymara Nieto Muñoz
Yasmani Ovalle León
Alexander Palacio Reyes
Humberto Paz Gutiérrez
Yoelvis Pérez Hernández
Ernesto Pérez Pérez
Jesús Alfredo Pérez Rivas
Juan Miguel Pupo Área
Wilson Quintero Cabrera
George Ramírez Rodríguez
Osvaldo Rodríguez Acosta
Lázaro Leonardo odríguez Betancourt
Ramón Rodríguez Gamboa
Manuel de Jesús Rodríguez García
Alexey Rodríguez Martínez
Laudelino Rodríguez Mendoza
Walfrido Rodríguez Piloto
Kessel Rodríguez Rodríguez
Lázaro Romero Hurtado
Martha Sánchez González
Yosvany Sánchez Valenciano
Armando Trujillo González
Alberto Valle Pérez
Bianko Vargas Martín
Fernando Vázquez Guerra
Harold Alcalá Aramburo
Claro Fernando Alonso Hernández
Miguel Álvarez Sánchez
Mercedes Arce Rodríguez
Lewis Arce Romero
Lázaro Ávila Sierra
Ernesto Borges Pérez
Alieski Calderín Acosta
Leandro Cerezo Sirut
Karel De Miranda Rubio
Maikel Delgado Aramburo
Miguel Díaz Bouza
José Ángel Díaz Ortiz
Alain Forbes Lamorú
Ramón Henry Grillo
José David Hernán Aguilera
Alina López Miyares
Félix Martín Milanés Fajardo
Félix Palermo Monzón Álvarez
José Ortega Amador
Raibel Segundo Pacheco Santos
Jorge Luis Pérez Puentes
Humberto Eladio Real Suárez
Francisco Reyes Rodríguez
Rubén Sintes Rodríguez
Ihosvany Surís de la Torre
Yoanny Thomas González
Yoan Torres Martínez
Xiomelys Padilla Bello
Manuel Santana Vega
Onelvis Flores Hechavarría
Roilán Álvarez Rensoler
Panter Rodríguez Baró
Yoel Prieto Tamayo
Yasiel González Quijano

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L’organisation Prisoners Defenders, basée à Madrid, donnera une conférence de presse exclusive mardi 22 septembre, au cours de laquelle elle annoncera le lancement, auprès de la Cour pénale internationale et des Nations unies, du processus pénal « 622 médecins cubains contre le gouvernement de Cuba ».
Selon le communiqué de presse, le dépôt de plainte comporte les témoignages de 622 médecins cubains « qui se sont unis contre l’esclavage des missions civiles professionnelles de Cuba ».
En outre, le rapport présente « une documentation officielle irréfutable qui démontre les dimensions terrifiantes de l’esclavage absolu pratiqué au sein des missions médicales de Cuba, ainsi que dans d’autres secteurs professionnels concernant les enseignants, les ingénieurs, les architectes, les artistes ou les sportifs en de nombreux pays ».
Prisoners Defenders présentera également des preuves sur les sources de financement du régime par le biais de ces missions médicales, que le régime qualifie d’« internationalistes », par l’appropriation d’une moyenne de 85% des salaires des professionnels cubains payés par les pays d’accueil.
Depuis quelques mois, profitant de la pandémie et de la situation désastreuse que connaissent certains pays en matière de santé, le régime cubain et ses relais staliniens dans le monde ont tenté de mettre en avant ces missions médicales, en leur attribuant mensongèrement un rôle uniquement humanitaire et solidaire, dans le but de faire pression sur le jury du prix Nobel de la paix pour qu’il soit attribué à ces médecins, ce qui aurait évidemment pour but de redorer le blason de la dictature. Ici en France, sur ce sujet, après la publication de l’enquête fort documentée de l’hebdomadaire Le Point, l’article du Canard enchaîné et une partie de l’émission « Cultures Monde » du vendredi 18 septembre, sur France Culture, il est heureux que
l’information sur ce scandale de l’exportation et de l’exploitation fort lucrative de matériel humain cubain soit de plus en plus diffusée et vienne enfin contrecarrer le mensonge castriste.

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L’article d’Ivan Leon ci-dessous a été publié sur le site « Cibercuba ». Alors que la propagande castriste, et ceux qui ici la reprennent à leur compte sans n’y rien connaître, n’a cessé de mettre l’accent sur les domaines de la santé et de l’éducation, deux secteurs aujourd’hui en mauvais état à Cuba, c’est dans le domaine de la répression que le régime continue d’apporter toute son attention, ce dont témoignent, entre autres, les chroniques régulières consacrées à des cas concrets et publiées ici même. Loin d’être le pays de la culture et de la santé pour tous, Cuba, véritable propriété privée des Forces armées, est désormais, après soixante et une années de dictature, le pays de la matraque pour tous.

En pleine crise sanitaire et d’approvisionnement qui frappe Cuba, la Police nationale révolutionnaire (PNR) a publié il y a deux mois sur son site web l’annonce d’une campagne de recrutement de chauffeurs pour l’unité de patrouille provinciale de La Havane. Outre les conditions à remplir par les personnes intéressées, la note fournissait des informations sur la rémunération pour ce poste : « 1400 CUP (1) par mois et primes supplémentaires suivant la spécialisation, la catégorie professionnelle, le temps de service, ainsi que la perception d’un double salaire deux fois par an ».
Selon l’Office national cubain des statistiques et de l’information, le salaire moyen dans le secteur de la santé et de l’assistance sociale était de 965 CUP en 2019 , et dans le secteur de l’éducation de 783 CUP. Si nous comparons le salaire d’un chauffeur de patrouille nouvellement embauché avec celui d’un médecin ou d’un enseignant expérimenté, nous pouvons tirer une première conclusion sur l’importance que le régime cubain – seul payeur de ces professionnels – accorde aux uns et aux autres.
Les scènes de brutalité policière à Cuba font l’actualité quotidienne, tout comme la pénurie de nourriture et le mal-être de la population. Les Cubains ordinaires, ceux qui peuplent les files d’attente, sont déchirés entre le risque de se contaminer par le coronavirus et celui de souffrir de la faim.
Le plan du régime pour faire face à la crise et à la pandémie reste l’ingrédient sino-russe par excellence : la répression. La politique de la peur et la règle du tonfa sont appliquées à une population désespérée face à la pauvreté et au manque de perspectives. Par la violence, le régime s’est maintenu au pouvoir. Les milliers de pesos d’amendes ou le contrôle de la mobilité ne sont que la partie la plus visible de l’iceberg dans l’activité de son appareil répressif. Mais, derrière les injustices punitives ou la paranoïa exacerbée du contrôle de la population, se trouve la présence massive et déjà ancienne du terrorisme d’État. Le muscle répressif hypertrophié du régime a réussi à immobiliser une société en la soumettant à l’idéal classique du totalitarisme : l’individu sans liberté et l’État exerçant tout le pouvoir sans partage ni restriction.
Fidel Castro a appliqué le modèle panoptique au contrôle de la société tout entière. Chaque individu sait qu’il est surveillé, il est conscient qu’« il y a toujours un œil qui te voit ». Cela entraîne une relation de domination dans laquelle le pouvoir est concentré, l’individu isolé, et la masse soumise, dans l’ignorance de qui la surveille, ni de quand et de comment elle peut être punie.
C’est le triomphe de ce modèle qui a rendu inutile à Cuba, par exemple, de révéler l’existence de forces anti-émeutes. Il est presque impossible d’allumer une étincelle de rébellion, et plus encore qu’elle prenne et s’étende. Quand cela a été nécessaire, ils ont cerné de policiers et de paramilitaires déguisés en civil tout groupe qui manifestait, que ce soit les Dames en blanc, des membres de l’Union patriotique de Cuba ou des militants du Mouvement San Isidro. La rue appartient à Fidel, tout comme le coup de bâton.
Mobiliser « tout le peuple » reste le mot d’ordre de la propagande qui explique la décision politique la plus notable des militaires : mettre tous les corps répressifs dans la rue. Les bérets rouges, les « guêpes noires » (2), la police, les chiens, tous déguisés en civil, en anticoleros (3) ou en forces héroïques héritières de la Sierra et du Moncada (4). C’est-à-dire des répresseurs avec armes et uniformes, sans cerveau ni âme.

File d’attente devant un magasin d’alimentation de La Havane.

Les images peuvent être vues de tous. De longues files d’attente pour acheter quoi que ce soit, le pays en ruine, les services publics appauvris et le peuple affamé. Mais, de l’autre côté, vous voyez des dirigeants et des militaires aux doubles mentons chaque jour plus gras, et des forces spéciales, des flics bien nourris, musclés, armés et entraînés à obéir à tout ordre qui sort de ces gorges engraissées.
Combien cela coûte-t-il au régime cubain de maintenir cet appareil répressif ? Combien d’argent dépense-t-il pour nourrir, former et équiper ces milliers de policiers, de militaires, de troupes spéciales et de milices qui sont maintenant déployés partout à Cuba pour écraser et intimider le peuple ? Combien d’argent et de ressources soustrait-il aux services publics tels que la santé et l’éducation, et au panier alimentaire de base que l’État prétend garantir ? Faut-il croire les statistiques officielles lorsqu’il est prouvé que le pays est l’un des moins transparents du monde ? Existe-t-il à Cuba une institution ou un organisme indépendant qui puisse contrôler, auditer et exiger un rapport sur les comptes publics ?
Dans les pays démocratiques, des budgets détaillés et transparents sont établis et approuvés par des majorités formées par les différents partis politiques qui composent le corps législatif. Toute personne en éprouvant le besoin ou la curiosité peut accéder à l’information. Une simple recherche sur Internet renseigne sur la destination des fonds publics budgétisés.
En Espagne, pour prendre un exemple, le budget de la Direction générale de la police était de 3195 millions d’euros en 2019 , dont plus de 28 millions ont été alloués à l’investissement en moyens (gilets, armes et équipements) pour les membres de la police nationale. Dans le cas de Cuba, une recherche simple n’est pas possible et il n’y a pas d’argent public, mais une boîte en carton avec pesos pour le peuple, et un coffre-fort opaque avec devises étrangères pour l’élite politico-militaire qui contrôle l’économie dollarisée, principalement dans les mains de la grande famiglia par le biais du GAESA (5).
Le budget approuvé pour 2020 par le ministère cubain des Finances et des Prix ne distingue pas les dépenses destinées à la Défense et nous fait seulement savoir que 18,5 % du budget national en CUP est destiné à l’Administration publique et à la Défense. Sans préciser quelle partie des plus de 8500 millions de CUP de cette section va spécifiquement à la Défense. Dans ces conditions, il est impossible de savoir combien d’argent le régime dépense pour maintenir dans l’obscurité et le silence les citoyens qui mâchent les restes, pendant qu’il nourrit bien, équipe et forme les agents du silence.
En cherchant ici et là dans les bases de données étrangères, on apprend que Cuba a acheté à l’Espagne, en 2010, des matériaux et des technologies « à double usage » (civil et militaire) pour 2,8 millions de dollars. Entre 2005 et 2014, le régime cubain a acheté à ce même pays pour 27,7 millions de dollars de technologie « double usage », 871000 en armes et munitions, 776000 en armes de chasse et de tir sportif, et 463000 en matériel de défense. Plus récemment, en 2015, il a acheté des systèmes de vision nocturne pour la PNR, d’une valeur de 208000 dollars, alors qu’en 2017 le régime a dépensé 2776115 dollars en technologie « à double usage » achetée rien qu’à l’Espagne.
Combien Cuba aura dépensé au total, en achetant à d’autres pays, en matériel destiné à la répression ? Par exemple, en 2018, la Russie a ouvert un crédit de 50 millions à Cuba pour les dépenses de défense. On ne sait pas non plus combien l’Etat encaisse en formant les forces de répression de pays comme le Venezuela ou le Nicaragua. On n’a aucune idée de l’argent que le commerce de la répression dépense ou rapporte, mais on devine que le régime cubain investit dans cette entreprise avec beaucoup d’élan et de zèle.
On pourrait continuer à essayer de percer le mystère, mais les statistiques ne serviraient pas à grand-chose pour argumenter contre une réalité qui parle d’elle-même. Pour chaque personne affamée ou opprimée qui proteste à Cuba, il y a sans doute un ou deux répresseurs bien nourris prêts à la faire taire.
Cette proportion peut changer dans la mesure où la situation critique du pays ne se résout pas. De nombreuses personnes sont à nouveau au bord du désespoir. Mais l’expérience montre que, dans ces moments-là, la répression ne cesse pas, mais au contraire s’intensifie. On voit qu’il est clairement nécessaire de continuer à recruter des répresseurs bien payés. En d’autres termes, le régime dépensera ce qu’il faut pour ne pas perdre le pouvoir, même au prix du verre de lait promis aux enfants.

Ivan Leon

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(1) Il y a deux monnaies à Cuba. Le CUP est le peso cubain, principalement utilisé par les habitants de l’île, alors que le CUC, le peso convertible, est majoritairement utilisé par les touristes.
(2) Les « guêpes noires » désignent les membres des unités d’élite des Forces armées révolutionnaires, ainsi appelées à cause de leur accoutrement.
(3) Le mot coleros désigne les Cubains dont l’activité consiste à aller d’une file d’attente à une autre, celles-ci étant bien plus nombreuses et chronophages qu’à l’ordinaire depuis l’arrivée de la pandémie à Cuba. Les coleros achètent ainsi de la nourriture qu’ils revendent ensuite à ceux qui, pour diverses raisons, ne peuvent accéder aux magasins d’alimentation. Les anticoleros désignent les agents de la répression chargés de les repérer et de les arrêter.
(4) La Sierra fait référence ici à la Sierra Maestra, le massif montagneux de l’est de l’île, qui fut le refuge des révolutionnaires cubains à la fin des années 50. La Moncada est le nom de la caserne de Santiago de Cuba attaquée le 26 juillet 1953, attaque considérée comme le début de la révolution cubaine.
(5) GAESA : le Groupe d’administration entrepreneurial SA est une entité appartenant aux Forces armées cubaines, avec des ramifications dans le tourisme, le secteur hôtelier, les commerces, les boutiques de vente de produits en devises étrangères, en passant par les douanes, les ports, entre autres activités.

Traduction : Floréal Melgar.
Les notes de bas de page sont du traducteur.

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