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Archive for the ‘07. Cuba’ Category

Depuis maintenant vingt-cinq jours, Luis Manuel Otero Alcántara, opposant au régime castriste qui menait une grève de la faim à son domicile, a été enlevé par des nervis de la police politique cubaine, la Sécurité d’Etat, et emmené de force dans un hôpital psychiatrique. Vous pouvez lire ci-dessous deux textes consacrés à cet événement, celui de l’écrivain cubain exilé à Paris Jacobo Machover, publié sur un réseau social, et le témoignage de Luis Cino, journaliste indépendant demeurant à Cuba, publié sur le site « CubaNet ».

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Image de Luis Manuel Otero Alcántara diffusée par le régime castriste.

Les aveux « spontanés » des « coupables » (de quoi ?) et les hôpitaux, psychiatriques ou autres, pour malades dissidents, n’ont pas disparu, de même que les pays communistes, qui ont toujours eu recours à ces méthodes. C’est valable pour la Biélorussie du tyran Alexander Loukachenko comme pour la Cuba des frères Castro et de leurs successeurs.
Le monde entier s’indigne à juste titre des conditions de la capture de l’opposant Roman Protassevitch et de sa compagne, après le détournement d’un avion de ligne vers Minsk. Mais pratiquement aucun gouvernement ne proteste après l’appréhension violente de l’artiste cubain Luis Manuel Otero Alcántara (que j’ai eu, par bonheur, l’occasion de rencontrer au cours de l’une de ses « performances » à Paris, au centre Pompidou), embarqué de force pendant une grève de la faim, direction l’hôpital Calixto García, en plein centre de La Havane, où il est reclus sous la surveillance de la police politique, la Seguridad del Estado, et autres garde-chiourme en blouse blanche (ah, merveilles de la médecine cubaine !), qui s’évertuent à le réduire psychologiquement à néant en le montrant à la télévision (gouvernementale, évidemment) comme s’il s’agissait d’un petit chien docile.
Amnesty International a entrepris une « action urgente » en sa faveur. L’opinion publique mondiale doit exercer une influence déterminante pour faire cesser ces pratiques répressives d’un autre temps et obtenir la libération de Luis Manuel, ainsi que celle de tous ses compagnons, artistes persécutés par ce pouvoir illégitime.
Je laisse ici le lien d’un article particulièrement émouvant de l’écrivain Luis Cino, résidant à l’intérieur de l’île, qui raconte son internement psychiatrique en d’autres temps, qui ont précédé la période actuelle, mais qui ne sont pas si différents.


Jacobo Machover

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S’ils ne veulent pas que nous les soupçonnions,
qu’ils mettent fin à la séquestration de Luis Manuel Otero

Image de Luis Manuel Otero Alcántara diffusée par le régime castriste.

J’ai été soulagé lorsque, le 2 mai, la Sécurité d’État a interrompu la grève de la faim et de la soif de Luis Manuel Otero Alcántara pour le transférer à l’hôpital Calixto García. Je pensais qu’ils lui sauvaient la vie. Mais j’avais tort. Une fois de plus, les répresseurs sont allés au-delà de mes craintes quant à la perversité de leurs méthodes.
Je n’imaginais pas que l’acte qui semblait destiné à empêcher la mort d’Otero Alcántara se transformerait en une séquestration qui dure maintenant depuis plus de vingt jours dans un hôpital investi par la police et où, à en juger par l’état déplorable dans lequel on voit le jeune artiste contestataire sur les vidéos publiées par les agents du régime, on est en droit de soupçonner qu’ils utilisent contre lui des pratiques monstrueuses pour le mettre hors d’état de poursuivre son combat.
Ce ne serait pas la première fois qu’une dictature communiste utilise les drogues et les électrochocs contre des dissidents. Cela s’est produit en Union soviétique et en Allemagne de l’Est. Et aussi à Cuba, où les répresseurs de la Sécurité d’Etat se sont révélés être des élèves appliqués du KGB et de la Stasi.
À cet égard, les cas de l’écrivain Ana María Simo et du documentariste Nicolás Guillén Landrián ont été cités ces jours-ci. À cela s’ajoutent les cas du poète Rogelio Fabio Hurtado, dans les années 70, et du journaliste Juan González Febles, en 1988, qui, pour s’être opposés au régime, ont été considérés comme fous, enfermés et « médicamentés » dans le service Carbó Serviá de l’hôpital psychiatrique Mazorra. Dans ce service, en plus des criminels perturbés, on envoyait des déserteurs, des toxicomanes, des homosexuels (considérés comme des malades mentaux) et toutes sortes de marginaux. Che Guevara avait déclaré dans Le Socialisme et l’homme à Cuba que ceux qui ne s’intégraient pas à la perfection de la société communiste ne pouvaient avoir toute leur tête.
J’ai connu ce quartier de la prison. J’y ai été enfermé par un après-midi pluvieux d’avril 1975 pour avoir refusé d’accomplir mon service militaire. Je ne sais si c’était un psychiatre, ce gros mulâtre moustachu qui, après avoir rempli un formulaire avec mes coordonnées et lu la fiche du Comité militaire, a souri sournoisement et m’a dit : « Déserteur, c’est ça ? Nous allons t’arranger ici, tu verras… »
« Lâchez-moi, je ne suis pas fou », ai-je crié alors qu’ils me traînaient vers le pavillon grillagé. J’ai été maintenu sous sédatif. Le matin, deux infirmières distribuaient les pilules aux patients qui faisaient la queue. Leurs noms étaient écrits sur une feuille de papier. Il y avait un récipient d’eau et une cruche en aluminium. Tout le monde devait y boire. Toute personne qui résistait était forcée d’avaler les pilules, battue si nécessaire. Ce fut mon cas le premier jour de mon arrivée, quand ils m’ont surpris en train de recracher les pilules que j’avais fait semblant d’avaler.
Je me souviens des cris des internés qui recevaient des électrochocs. C’est ce que nous craignions le plus : qu’ils nous brûlent la cervelle à l’électricité. La condition pour sortir de cet enfer n’était pas une amélioration, réelle ou apparente. Ceux qui ont réussi à s’en sortir l’ont pu grâce à l’intervention d’une personne influente, qui a « résolu » la question du bon de sortie médical. Ou bien ils ont été irrémédiablement idiotisés, après avoir reçu plusieurs séances d’électrothérapie, euphémisme utilisé pour désigner les électrochocs.
J’ai eu la chance d’échapper aux électrochocs qui m’étaient destinés grâce à l’intervention du mari de ma sœur, colonel dans les FAR (Forces armées révolutionnaires) et ami de Bernabé Ordaz, le directeur de Mazorra. Un matin, je me suis retrouvé assis dans le bureau immaculé du docteur Ordaz. C’est le seul haut fonctionnaire du régime qui a eu la décence de m’écouter, ne serait-ce que quelques minutes. Je ne sais toutefois pas s’il l’a fait en tant que psychiatre ou en tant que geôlier. Le docteur Ordaz avait transformé la maison de fous qu’était Mazorra avant 1959 en un hôpital psychiatrique décent. Un seul de ses quartiers servait de prison.
En temps normal, je n’aurais probablement jamais croisé Ordaz. Parce que ce qui est normal c’est qu’un jeune homme vive selon ses opinions, même si elles ne coïncident pas avec les intérêts de l’État. Et qu’un médecin ne soit que cela, et non un ancien guérillero membre du comité central d’un parti unique au pouvoir, en plus de directeur d’un hôpital psychiatrique. Quand Ordaz a commencé à écouter mes arguments, il m’a regardé comme s’il voulait me pulvériser. Puis il a essayé de se montrer compréhensif et de m’inspirer confiance. Ses mains s’agitaient sans cesse. Il se grattait la barbe. Il a sorti de la poche de sa veste une cigarette qu’il n’a jamais allumée. Il enlevait et rechaussait ses lunettes. Il déplaçait le chapeau posé sur la table. Ses doigts jouaient avec le petit crucifix qui pendait à son cou (il était probablement le seul communiste autorisé à porter une croix).
Je ne me souviens pas combien de temps Ordaz a supporté mon flux de paroles. À 19 ans, on est généralement impertinent et je l’étais bien trop. Il a bondi de son siège lorsque je lui ai dit que je n’étais pas un déserteur, mais un objecteur de conscience, comme les jeunes Américains qui refusaient d’aller au Vietnam. Il a donné un coup de poing sur le bureau et m’a dit : « Écoute, petit, ne dis plus de conneries. Ne ne nous emmerde plus ! Va-t’en et dans une semaine je veux te voir dans l’unité militaire, sans excuses ni prétextes. » Je ne suis jamais retourné à l’unité militaire. J’ai passé les mois suivants, jusqu’à ce que je sois libéré de l’armée en 1976, à me cacher des bérets rouges. Mais je ne veux pas vous accabler davantage avec de vieilles histoires personnelles.
Si le régime ne veut pas que nous continuions à avoir des soupçons quant au traitement que reçoit Otero Alcántara, et à nous méfier des vidéos qui le montrent incohérent, transformé en épave, il devrait le libérer maintenant et mettre fin à cette sinistre séquestration.

Luis Cino

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Cuba

Chroniques d’un cauchemar sans fin

La seconde édition de mon livre « Cuba : chroniques d’un cauchemar sans fin », aux éditions L’Esprit frappeur, est enfin disponible.
L’illustration de couverture a été changée, et une belle postface
que l’écrivain cubain Jacobo Machover m’a fait l’amitié de rédiger est venue s’ajouter au contenu d’origine.
Les Parisiens et banlieusards peuvent trouver le livre à la librairie de l’éditeur, Lady Long Solo, 38, rue Keller, Paris-11e, ainsi qu’à la librairie Publico, 145, rue Amelot, Paris-11e. Si vous vivez au-delà de la région parisienne, vous pouvez le commander auprès de l’éditeur, sur son site*, ou par le biais de votre librairie préférée
.

* https://livrelibre.fr/

http://ladylongsolo.free.fr/w/spip.php?article2
https://www.librairie-publico.com/

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Aujourd’hui : Fred Parker (Cirque des Mirages), Laurent Malot, Mouron (Terry Truck au piano) et Jean-Michel Piton.
(Photos prises au Forum Léo-Ferré par Antonio Pedraza.

Cliquer sur chacune d’elles pour agrandir.)

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Jack Lang et la chanson

La mémoire essentielle

J’ai rédigé le texte ci-dessous pour le site « Crapauds et Rossignols » consacré à la chanson. Je le publie ici, car il est un peu politique. D’ailleurs, ne dit-on pas que tout est politique ?

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La culture Lang :
mon cul sur la colonne.

Au lendemain même où la chanson en marge célébrait le vingtième anniversaire du Forum Léo-Ferré, l’hebdomadaire culturel de la bourgeoisie de gauche branchée, Télérama, consacrait un dossier au temps où « la culture était essentielle ». Si vous pensez qu’il pouvait s’agir là d’un hommage rendu à ces structures associatives que furent les Maisons de jeunes et de la culture d’antan, et plus globalement au formidable travail effectué par ce qu’on a appelé l’éducation populaire, la une du magazine vous détrompait aussitôt. On y voit en effet Sa Majesté François Mitterrand et le Cuistre majuscule que fut Jack Lang, son ministre de la Culture, parmi colonnes de Buren et Pyramide du Louvre.
Les huit pages qui composent le dossier sont tout entières un étalage de flagornerie, vis-à-vis de ce dernier surtout. L’hebdomadaire a répertorié les domaines culturels placés sous la tutelle du Pédant vaniteux – danse, théâtre, arts plastiques, architecture, cinéma, chanson et littérature – et demandé à deux représentants de chacune de ces disciplines, l’un ayant vécu ces années-là et l’autre de la génération suivante, ce qu’ils pensent de l’action et de l’héritage Lang.

Pour ce qui nous intéresse ici, la chanson, Télérama s’est tourné vers Bernard Lavilliers et le désormais inévitable Gauvain Sers. Tous deux, situés politiquement à gauche et amenés à évoquer le bilan d’un homme de gauche, ont-ils craint de « faire le jeu de la droite », suivant la formule imbécile bien connue, en se contentant de manier la brosse à reluire et en abdiquant tout sens critique ? On est en droit de se le demander tant il y avait de choses à dire, que ni l’un ni l’autre n’esquissent ici.
Rappelons donc brièvement mais fermement qu’en matière de chanson que nous apprécions Jack Lang en fut l’ardent fossoyeur. Comme il le fut également de cette éducation populaire et des petits lieux, sous les coups de boutoir d’une politique résolument tournée vers le massif, l’imposant, le clinquant. Vint le temps des Zénith, des grasses subventions pour les copains de la danse et du théâtre, le coup de pouce permanent aux escrocs de l’art contemporain, la place nette pour la grande gueule du showbiz, rebaptisée du beau nom poétique d’industrie culturelle. Ce fut l’ère triomphante de la démagogie moderniste et jeuniste, qui poussa ce que nous aimions vers une marge étroite, avec le mépris en prime. Et lorsque Bernard Lavilliers prétend qu’avec Jack Lang « la culture regardait vers l’avenir, pas seulement vers le patrimoine », la vérité commande de dire que c’est précisément sur l’oubli volontaire et la liquidation programmée de ce patrimoine que s’est vu sacralisé cet avenir frimeur et languien, dont le plus triste symbole reste la destruction du mythique Bobino, à Paris, quand il eût suffi d’une signature de la part du M’as-tu-vu pour éviter cette mise à mort.

Voilà ce qu’on pouvait attendre de deux artistes « engagés » provenant précisément du réseau chanson en marge avant qu’ils n’abordent les rives du showbiz, plutôt que ces sempiternels propos convenus et neuneus sur la très discutable Fête de la musique. Dans leur grande bonté, les Crapauds et les Rossignols mettront cela sur le compte d’une amnésie passagère pour l’un et de l’ignorance pour l’autre, en leur rappelant toutefois que si la culture est essentielle, cultiver la mémoire l’est tout autant.

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Anniversaire

Il y a vingt ans… le Forum Léo-Ferré


Il y a vingt ans jour pour jour avait lieu l’inauguration du Forum Léo-Ferré, à Ivry-sur-Seine. Le premier spectacle proposé réunissait Annick Cisaruk, Allain Leprest et Alain Aurenche. La veille encore, et jusqu’à une heure avancée de la nuit, une poignée de bénévoles mettait un terme provisoire aux travaux qui avaient permis de transformer un local brut de béton en salle de spectacle, à deux pas de la capitale.
Pour les dix ans du Forum, en 2011, Antonio Pedraza*, spectateur fidèle du Forum, m’avait demandé d’écrire un texte à inclure dans une brochure qu’il concoctait et où figure un certain nombre de photos dont il était l’auteur. J’en reproduis ci-dessous des extraits, car aujourd’hui, pour les vingt ans du Forum, son histoire reste la même. Une seule modification doit y être apportée : là où est écrit « dix ans », dans le dernier paragraphe, il faut lire aujourd’hui « vingt ans ».

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Le 14 juillet 1993, Léo Ferré meurt. Alain Aurenche, qui fut son ami, et lui-même auteur-compositeur-interprète, décide alors de lui rendre hommage, à l’occasion du premier anniversaire de sa disparition, en invitant des artistes à venir interpréter bénévolement, sur la scène du Trianon, à Paris, des chansons du poète disparu. Louis Capart, Fabienne Elkoubi, Jean-Louis Blaire, Catherine Ribeiro, Jean-Luc Debattice et Paco Ibañez répondront à cet appel en ce 14 juillet 1994.
Le succès remporté par cette initiative décida Alain Aurenche à récidiver l’année suivante. Toutefois, devant les difficultés à faire face à l’organisation d’une telle manifestation artistique, il fit alors appel à une poignée d’amis. C’est l’un d’eux, Jacky-Joël Julien, qui aura l’idée de créer une association, chargée précisément de mettre sur pied cette rencontre annuelle. C’est ainsi que l’association Thank you Ferré vit le jour. Ses membres, tous liés par un amour commun pour la chanson de parole, à cette époque déjà largement ignorée des médias officiels, furent pour la plupart recrutés parmi l’équipe de militants et de sympathisants anarchistes qui eut en charge, quelques années plus tôt, la gestion du théâtre Déjazet, rebaptisé alors Théâtre libertaire de Paris, de février 1986 à juillet 1992, ainsi que par des amis proches ayant, en septembre 1981, participé à la création, en région parisienne, de Radio-Libertaire. On y trouvait Joël-Jacky Julien, Geneviève Métivet, dite Dame Guenièvre, Hervé Trinquier, Nicolas Choquet, Patrick Kipper, Paulette Piedbois, Antoine Monnet, Claude Attienz, Corinne Rousseau, Serge Livrozet, Laurent Fouillard et moi-même… auxquels d’autres viendront se joindre par la suite.

Forts des liens tissés au fil du temps auprès des artistes, au cours des premières années d’existence de Radio-Libertaire d’abord, de l’expérience vécue au T.L.P.-Déjazet ensuite, de la tenue du gala annuel du 14 juillet enfin, des membres de l’association Thank you Ferré souhaitèrent alors œuvrer davantage dans ce domaine particulier de la chanson vivante, et ne pas se contenter d’une unique rencontre artistique annuelle. Ils se fixèrent alors pour but d’ouvrir une salle de spectacle, dont Thank you Ferré serait propriétaire afin de pouvoir œuvrer librement en matière de programmation et de gestion. Quelques expériences précédentes, en des lieux pas toujours confortables pour les artistes ou le public, avaient en effet montré leurs limites, les gestionnaires se heurtant parfois aux caprices ou volontés fluctuantes des propriétaires desdits lieux. Joël-Jacky Julien, principal porteur de ce projet, mit la même obstination à le voir réaliser qu’il en avait mis en 1981, avec quelques amis tenaces, à créer Radio-Libertaire.
La cherté des locaux parisiens obligea les porteurs du projet à se rabattre sur la proche banlieue. C’est ainsi que fut découvert l’espace tout de béton qui, après travaux, allait devenir cet incontournable lieu de résistance à la crétinisation orchestrée par les médias et le show-biz réunis. Et la ténacité de son principal fondateur aura permis que le Forum Léo-Ferré ouvre ses portes le 7 mai 2001. Les semaines précédentes avaient vu s’affairer autour d’Alain Aurenche, maître d’œuvre, des bricoleurs authentiques ou improvisés qui réussirent à transformer un local nu et froid en une salle de spectacle chaleureuse, accueillante et opérationnelle.
Les débuts d’existence furent néanmoins difficiles, car son « inventeur », Joël-Jacky Julien, très malade, décédait cinq mois après son ouverture. Cette disparition devait lui porter un coup très dur, mais très vite, fort heureusement, l’arrivée de nouveaux bénévoles (autour de l’équipe de base, une bonne quarantaine se seront succédé au fil du temps) allait permettre de sauvegarder ce lieu indispensable à la chanson de parole.
Aujourd’hui, dix ans après sa création, le Forum Léo-Ferré, qui peut s’enorgueillir d’une belle et riche histoire, est incontestablement, dans son domaine, un lieu reconnu et apprécié, dont la réputation s’étend désormais bien au-delà des limites de la région parisienne.
Que vive le Forum !

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* Photographe discret et homme d’une gentillesse exceptionnelle, Antonio Pedraza fut, avec Chantal Bou-Hanna, parmi les nombreux photographes professionnels ou amateurs venus au Forum – et pas toujours aussi discrets –, le seul à nous offrir très régulièrement, sur CD ou sur papier, de nombreuses photos d’artistes programmés chez nous. Antonio Pedraza nous a quittés le 17 septembre 2018, à 61 ans, emporté par une saloperie de maladie.

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Cuba

L’économie change,

l’Etat autoritaire continue…


Ci-dessous, un texte de l’ami Octavio Alberola sur la situation à Cuba.

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En réponse aux dernières manifestations pacifiques de dissidents, fin 2020 et début 2021, le régime a annoncé l’extension de la réglementation des mesures de sécurité, interdisant les rassemblements dans les quartiers de La Havane où la puissante élite de Cuba vit et travaille habituellement : les zones des ministères et des bâtiments gouvernementaux, ainsi que les magasins pour touristes.

File d’attente à La Havane.

Bien que l’histoire officielle fixe le début de la révolution cubaine avec l’entrée triomphale des Barbudos à La Havane le 1er janvier 1959, ce n’est que le 16 avril 1961 que Fidel Castro a déclaré le caractère socialiste de cette révolution. Mais la réalité de la vie quotidienne des travailleurs cubains a depuis lors démenti le prétendu objectif émancipateur de cette révolution. Non seulement parce que le socialisme castriste est une simple expression caribéenne du socialisme soviétique – en réalité, un capitalisme d’État – mais aussi parce qu’il a été un argument dialectique de Fidel Castro et de la bureaucratie castriste pour s’emparer du pouvoir et s’y maintenir.

Au-delà des discours et des proclamations, la réalité est que cette révolution n’a jamais essayé de remplir la promesse d’éradiquer l’exploitation capitaliste ou de supprimer les différences de classe. C’est pourquoi, à Cuba, les touristes et les Cubains qui ont des dollars ont pu profiter de tout, alors que la majorité a vécu dans la pénurie et certains même dans la misère depuis les premiers jours de la révolution jusqu’à aujourd’hui, comme ont pu le vérifier tous ceux qui ont voyagé à Cuba (1) tout au long de ces soixante-deux années de révolution.
Une réalité aggravée pendant la « période spéciale » – provoquée par l’effondrement de l’Union soviétique – au cours de laquelle les Cubains ne pouvaient pas entrer, et encore moins acheter, dans les Diplotiendas, les magasins pour les diplomates. Une pratique d’apartheid qui en est venue à englober les marchés, les hôtels, les hôpitaux et les centres de loisirs, en plus de l’apartheid politique. Une pratique autoritaire constante de la révolution qui a empêché tous les changements impulsés – de l’intérieur et de l’extérieur de la Révolution – pour la démocratiser et rendre possible un socialisme réellement émancipateur. Par conséquent, les seuls changements produits n’ont été que ceux nécessaires pour que tout reste inchangé et sans modifier la relation traditionnelle entre l’élite et la société.


Limites et direction des changements

Il n’est donc pas surprenant que les changements – qui ont commencé à se produire dans les années 90 avec la chute du camp socialiste et encore plus depuis que Fidel a laissé la direction de l’État à son frère Raúl en 2006 – se soient concentrés dans la sphère économique afin d’ouvrir davantage d’espace au marché dans l’allocation des ressources. Mais seulement pour éliminer les interdictions excessives qui saturent la vie quotidienne et l’administration de Cuba « socialiste », obligeant la majorité de la population à se réfugier dans d’innombrables pratiques sociales de survie et de débrouille. Surtout pendant les années de la Période spéciale, bien que le triomphe de Chavez au Venezuela ait incité les autorités cubaines à revenir au modèle centralisé et étatisé.
Un retour au centralisme et à la litanie du socialisme étatiste qui entre à nouveau en crise en juillet 2006 avec la quasi-disparition de Fidel – en raison de graves problèmes de santé – et son remplacement provisoire par son frère Raúl, conscient de la situation économique critique et de l’apathie sociale qui règne à Cuba malgré les allègres subventions vénézuéliennes. Une situation difficile à maintenir, qui l’oblige à appeler au changement et à convoquer en 2007 un « débat populaire » pour fixer les orientations de la politique économique et sociale de Cuba. Un débat sans importance, mais nécessaire pour justifier l’ampleur et le rythme des nouveaux changements que Raúl a annoncés dans son discours inaugural : « En décembre, j’ai parlé de l’excès d’interdictions et de réglementations, et dans les semaines à venir nous commencerons à éliminer les plus simples. »


En effet, en mars, les interdictions les plus « simples » et les plus absurdes sont éliminées, de sorte que les Cubains peuvent séjourner dans n’importe quel hôtel de leur pays, louer une voiture ou une moto de tourisme et passer leurs vacances dans un établissement touristique de l’île, y compris Varadero (en fonction de leurs ressources), ainsi que vendre un bien immobilier sans autorisation préalable. Mais ce n’est qu’en 2011 que les autorités ont décidé de donner un nouvel élan au travail indépendant en approuvant 181 activités, et deux ans plus tard 201 autres métiers, en plus d’autoriser les Cubains à quitter légalement le pays pendant deux ans sans perdre le droit de résidence. Un réformisme progressif qui franchit une nouvelle étape avec les nouvelles mesures migratoires, de 2016 et 2018, facilitant les visites temporaires des Cubains ayant quitté illégalement le pays avant 2013.
Des étapes réformistes et ouvertes auxquelles il faut ajouter le nouveau plan de mesures économiques annoncé par l’actuel président de la République, Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez, endossé par Raúl comme président du PCC depuis qu’il lui a transmis la présidence de l’État le 10 octobre 2019.
Un plan qui, outre « l’unification monétaire et des échanges », la suppression de la liste des activités autorisées dans le secteur privé, et le maintien de l’interdiction de seulement 124 professions, sera appliqué « sur la base de la garantie pour tous les Cubains d’une plus grande égalité des chances, des droits et de la justice sociale, ce qui ne sera pas possible par l’égalitarisme, mais en favorisant l’intérêt et la motivation pour le travail ».


La dérive de la révolution vers le capitalisme privé

Autre file d’attente.

Face à une telle évaluation des limites et de la direction prise par les changements à Cuba, comment ne pas conclure que la révolution socialiste cubaine est de moins en moins socialiste (capitalisme d’État) et de plus en plus capitaliste privée ?
Une dérive décidée par cette direction face aux propositions et tentatives – de l’intérieur et de l’extérieur du mouvement révolutionnaire – de démocratiser et d’orienter le socialisme proclamé de cette révolution vers des objectifs réellement émancipateurs. Ces propositions et tentatives ont été rejetées et réprimées avec un zèle égal ou supérieur à celui de l’aile droite en exil à Miami pour réinstaller la démocratie bourgeoise à Cuba.
Une dérive que le nouveau plan Diaz-Canel tente de justifier en invoquant l’ « efficacité économique » et l’ « élimination des subventions excessives et des gratifications indues » pour justifier cyniquement la « transformation des revenus » et fêter la nouvelle année et le 62e anniversaire de la révolution « en famille », selon le potentiel de chaque poche : certains dans des palais et d’autres dans des cabanes, comme dans n’importe quel pays capitaliste.


Les perspectives

Malgré les fréquents revers de l’histoire et le fait que rien ne nous permet d’être sûrs qu’elle ait un sens, l’avenir de l’histoire semble se diriger vers des horizons de plus en plus démocratiques et émancipateurs ; mais, à Cuba, rien n’indique que les perspectives immédiates soient ainsi.
Que ce soit à cause de l’effet des changements produits pendant les soixante-deux années de révolution ou à cause de la répression (dans certains cas extrême) de la dissidence et de l’exode massif provoqué par l’impérieuse nécessité pour la majorité du peuple cubain de trouver un moyen de survivre dans un pays où tout dépend de l’Etat, il n’a pas été possible à Cuba d’articuler une opposition capable d’être une véritable alternative au régime. Et encore plus en ces temps où le spectre politique est si fragmenté et polarisé.
Pour cette raison, bien que, dans un tel contexte, il y ait des explosions sociales et qu’’il y ait beaucoup de frustration et de mécontentement, chacun à sa façon empêche les oppositions qui se manifestent d’être des perspectives réellement émancipatrices pour la société cubaine. C’est le cas du Mouvement de San Isidro et des mobilisations pour exiger un dialogue avec les autorités, ainsi que de la dernière mobilisation menée par trois cents Cubains – de différentes couches professionnelles et idéologiques résidant à Cuba ou à l’étranger – qui ont envoyé une Lettre ouverte au président Joseph R. Bilden Jr. pour lui demander de mettre fin au blocus de Cuba. Une lettre, publiée par La Joven Cuba, dans laquelle bien que l’on reconnaisse que « les États-Unis ne sont pas les seuls responsables des problèmes auxquels le pays est confronté » et que l’on est encore loin d’un « Cuba totalement démocratique », il n’est pas clairement indiqué (bien que certains des signataires le reconnaissent en privé) que c’est le blocus interne qui empêche la solution de ces problèmes et la réalisation de cet objectif. En outre, aucune de ces initiatives ne remet en question la dérive du capitalisme d’État prévalant à Cuba vers le capitalisme privé. Une dérive qui, en plus d’être promue par le secteur des affaires de la révolution, est la principale revendication de l’opposition de droite à Miami.
Ainsi, quel que soit le bruit médiatique fait autour de ces initiatives, ce n’est pas à partir d’elles que des perspectives émancipatrices ou même démocratisantes s’ouvriront pour le peuple cubain. Non seulement parce que la dérive vers le capitalisme privé ne l’est pas, mais aussi parce que cette dérive est compatible avec le maintien de la dictature. Car, si l’on dit souvent que capitalisme rime avec démocratie, la vérité est qu’il existe de nombreux exemples montrant qu’il rime très bien avec des dictatures de toutes sortes.
Face à cette évidence, la seule perspective est celle du statu quo révolutionnaire autoritaire, du gouvernement à parti unique, avec l’extension de l’économie d’entreprise à tous les secteurs d’activité économique (sauf les 124 interdits), dans un processus graduel contrôlé par l’élite qui n’a pas cessé de contrôler le gouvernement et le parti pendant les soixante-deux années de la prétendue « révolution cubaine ».
Bien sûr, être conscient de cela ne nous empêche pas de continuer à souhaiter une « société où toutes les affaires publiques sont résolues par l’auto-organisation de ceux d’entre nous qui vivent, travaillent, créent et aiment, à Cuba et sur la planète », comme le souhaitent les libertaires cubains (2). Une société « où il n’y aura pas de travail salarié, pas d’imposition de l’autorité, pas de culte de la personnalité, pas de violence directe, structurelle ou symbolique, pas d’hyper-compétitivité, pas de bureaucratie, pas de décisions aux mains d’une élite, pas de concentration des richesses et pas d’appropriation inégale des connaissances », comme celle que nous souhaitons et pour laquelle se battent tous les libertaires de la planète. Car, malgré le fait que « la détérioration organisationnelle actuelle de la classe ouvrière et des segments les plus précaires de la société cubaine » et du monde rendent un tel désir irréaliste dans l’immédiat, l’histoire des peuples n’a cessé de démontrer que rien n’est définitivement écrit pour toujours et que, par conséquent, il n’est pas utopique de le souhaiter. En plus d’être de plus en plus nécessaire d’avancer vers elle – pour des raisons de justice sociale et de survie de l’humanité face aux menaces sanitaires et environnementales actuelles – dans tous les pays de la planète face au fiasco catastrophique du capitalisme privé et étatique.

Octavio Alberola
(mars 2021)

1. https://www.fifthestate.org/archive/383-summer-2010/cuba-state-private-capitalism/
2. https://www.portaloaca.com/opinion/15348-sobre-el-comunicado-del-taller-libertario-alfredo-lopez-de-la-habana.html

Traduction : Daniel Pinós.

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En respuesta a las últimas manifestaciones pacíficas de disidencia de finales de 2020 y de comienzos de 2021, el régimen ha anunciado la ampliación de la normativa sobre medidas de seguridad, prohibiendo las concentraciones en los barrios habaneros donde habitualmente vive y trabaja la poderosa élite cubana : las zonas de ministerios de Estado y edificios gubernamentales, así como de tiendas para turistas.

Aunque la historia oficial fija el inicio de la Revolución Cubana con la entrada triunfal de los Barbudos en La Habana el 1 de enero de 1959, no es hasta el 16 de abril de 1961 que Fidel Castro declara el carácter socialista de esa Revolución. Pero la realidad de la vida cotidiana de los trabajadores cubanos ha desmentido desde entonces el pretendido objetivo emancipador de esa revolución. No solo por ser el socialismo castrista una simple expresión caribeña del socialismo soviético – en realidad capitalismo de Estado – sino también por ser una excusa dialéctica de Fidel Castro y la burocracia castrista para apoderarse y mantenerse en el Poder.

Más allá de los discursos y proclamas, la realidad es que esa Revolución no ha intentado cumplir en ningún momento la promesa de erradicar la explotación capitalista ni suprimir las diferencias de clase. Por eso en Cuba los turistas y los cubanos con dólares han podido disfrutar de todo, mientras la mayoría ha vivido en la escasez y algunos hasta en la miseria desde los primeros tiempos de la Revolución hasta ahora, como lo han podido comprobar todos los que han viajado a Cuba (1) a lo largo de estos 62 años de Revolución.

Una realidad agravada durante el “Periodo Especial” – provocado por el derrumbe de la Unión Soviética – en el que los cubanos no podían entrar, y aún menos comprar, en las Diplotiendas. Esa práctica de apartheid, que llegó a abarcar mercados, hoteles, hospitales y centros de recreación, además del apartheid político. Una práctica autoritaria constante de la Revolución que ha impedido todos los cambios propiciados – desde el interior como del exterior de ella – para democratizarla y hacer posible un socialismo verdaderamente emancipador. De ahí que los únicos cambios producidos hayan sido solo los necesarios para que todo siga siendo lo mismo y sin alterar la tradicional relación entre la élite y la sociedad.

Límites y dirección de los cambios

No es pues de sorprender que los cambios – que comienzan a producirse en la década de los noventa por la caída del campo socialista y más desde que Fidel deja en 2006 la dirección del Estado a su hermano Raúl – se hayan concentrado en la esfera económica para abrir mayores espacios al mercado en la asignación de recursos. Pero solo para eliminar las excesivas prohibiciones que saturan la vida cotidiana y la administración en la Cuba “socialista”, obligando a la mayor parte de la población a refugiarse en un sinnúmero de practicas sociales de supervivencia y simulación. Sobre todo durante los años del Periodo Especial ; aunque el triunfo de Chávez en Venezuela incita a las autoridades cubanas a volver a privilegiar el modelo centralizado y estatizado.

Cola en La Habana.

Una vuelta al centralismo y a la letanía del socialismo estatista que entra de nuevo en crisis en julio de 2006 con la virtual desaparición de escena de Fidel – por graves problemas de salud – y su reemplazo provisional por su hermano Raúl, consciente de la critica situación económica y de apatía social reinantes en Cuba pese a los alegres subsidios venezolanos. Una situación, difícil de mantener, que le obliga a apelar al cambio y convocar en 2007 un “debate popular” de para fijar los Lineamientos de la Política Económica y Social de Cuba. Un debate intrascendente, pero necesario, para justificar el alcance y ritmo de los nuevos cambios que Raúl anuncia en su discurso de investidura : “En diciembre hablé del exceso de prohibiciones y regulaciones, y en las próximas semanas comenzaremos a eliminar las más sencillas.

Efectivamente, en marzo se eliminan las prohibiciones más “sencillas” y absurdas para que los cubanos puedan alojarse en cualquier hotel de su país, alquilar un vehículo o una moto de turismo y pasar sus vacaciones en un establecimiento turístico de la isla, incluido Varadero (en función de sus recursos), así como vender una propiedad sin autorización previa. Pero no es hasta 2011 que las autoridades deciden dar un nuevo impulso a la actividad por cuenta propia aprobando 181 actividades, y dos años después 201 oficios más, además de autorizar a los cubanos a salir legalmente del país por dos años sin perder el derecho de residencia. Un reformismo gradual que alcanza un nuevo hito con las nuevas medidas migratorias, de 2016 y 2018, facilitando las visitas temporales de los cubanos que salieron ilegalmente del país antes de 2013.

Hitos reformistas y aperturistas a los que hay que agregar el nuevo plan de medidas económicas anunciado por el actual Presidente de la República, Miguel Mario Díaz-Canel Bermúdez, avalado por Raúl en tanto que presidente del PCC desde que le cedió la Presidencia del Estado el 10 de octubre de 2019.

Un Plan que, además de la « unificación monetaria y cambiaria”, y de eliminar la lista de actividades permitidas en el sector privado, dejándolas vedadas a solo 124 ocupaciones, se aplicará “sobre la base de garantizar a todos los cubanos mayor igualdad de oportunidades, derechos y justicia social, la cual no será posible mediante el igualitarismo, sino promoviendo el interés y la motivación por el trabajo”.

La deriva de la Revolución hacia el capitalismo privado

Ante un tal balance, de los límites y la dirección en que han ido los cambios en Cuba, ¿cómo no concluir que la Revolución socialista cubana es cada vez menos socialista (capitalismo de Estado) y de más en más capitalismo privado?

Una deriva decidida por esa dirigencia frente a las propuestas y tentativas – del interior como del exterior del movimiento revolucionario – para democratizar y orientar el proclamado socialismo de esa Revolución hacia objetivos realmente emancipadores. Propuestas y tentativas rechazadas y reprimidas con igual o mayor celo que el puesto en rechazar y reprimir las de la derecha exiliada en Miami para volver a instalar en Cuba la democracia burguesa.

Una deriva que el nuevo Plan de Diaz-Canel pretende justificar con la invocación de la “eficiencia económica” y la “eliminación de subsidios excesivos y gratuidades indebidas” para poder justificar cínicamente la “transformación de los ingresos” y celebrar en “familia” el nuevo año y el 62 aniversario de la Revolución en función de las potencialidades de cada bolsillo : unos en palacetes y otros en chozas, como en cualquier país capitalista.

Las perspectivas

A pesar de los frecuentes retrocesos en la historia y de que nada permite asegurar si ella tiene un sentido, el devenir de ella parece ir hacia horizontes cada vez más democráticos y emancipadores ; pero, en Cuba, nada indica que las perspectivas inmediatas sean ésas.

Sea por el efecto de los cambios producidos durante los 62 años de la Revolución o por la represión (en algunos casos extrema) de la disidencia y el éxodo masivo provocado por la imperiosa necesidad para la mayor parte del pueblo cubano de buscar cómo sobrevivir en un país en donde todo depende del Estado, en Cuba no se ha podido articular una oposición capaz de ser una alternativa real al régimen. Y aún más en estos momentos con un espectro político tan fragmentado y polarizado.

Por ello, aunque en un tal contexto se produzcan explosiones sociales y haya mucha frustración y descontento, el cada uno a lo suyo impide a las oposiciones que se manifiestan ser perspectivas realmente emancipadoras para la sociedad cubana. Tal es el caso del Movimiento de San Isidro y las movilizaciones para exigir diálogo a las autoridades, como también el de la última protagonizada por 300 cubanos – de diferentes estratos profesionales e ideológicos residentes en Cuba o en el extranjero – enviando una “Carta abierta al Presidente Joseph R. Biden, Jr.” para pedirle poner fin al bloqueo de Cuba. Una Carta, publicada por La Joven Cuba, en la que, a pesar de reconocer que “EE UU no es el único responsable de los problemas que enfrenta el país” y que aún se está lejos de “una Cuba totalmente democrática”, no se dice claramente (aunque algunos de los firmantes lo reconozcan en lo privado) que es el bloqueo interno el que impide solucionar esos problemas y conseguir ese objetivo. Además de que ninguna de estas iniciativas cuestiona la deriva del capitalismo de Estado imperante en Cuba hacia el capitalismo privado. Deriva que, además de ser promovida por el sector empresarial de la Revolución, es el principal reclamo de la Oposición derechista de Miami.

De ahí que, por mucho ruido mediático que se haga en torno de tales iniciativas, no sea a partir de ellas que se abrirán perspectivas emancipadoras o siquiera democratizadoras para el pueblo cubano. No solo por no serlo la deriva hacia el capitalismo privado sino también por ser esta deriva compatible con el mantenimiento de la dictadura. Pues, aunque se dice frecuentemente que capitalismo rima con democracia, la verdad es que hay muchos ejemplos de que rima muy bien con dictaduras de todo tipo.

Ante tal evidencia, la única perspectiva es la del statu quo revolucionario autoritario, del gobierno de Partido único, con extensión de la economía empresarial a todos los sectores de la actividad económica (salvo los 124 prohibidos), en un proceso gradual controlado por la élite que no ha cesado de controlar el gobierno y el partido durante los 62 años de la pretendida “Revolución cubana”.

Claro que ser consciente de ello no impide seguir deseando una “sociedad donde todos los asuntos públicos sean resueltos mediante la auto-organización de quienes convivimos, trabajamos, creamos y amamos, en Cuba y el planeta”, como lo desean los libertarios cubanos (2). Una sociedad “donde no exista el trabajo asalariado, la imposición de la autoridad, el culto de la personalidad, las diversas violencias directas, estructurales ni simbólicas, la hiper-competitividad, el burocratismo, las decisiones en manos de una élite, la concentración de la riqueza y la apropiación desigual del conocimiento”, como la que deseamos y por la que luchamos todos los libertarios del planeta. Pues, a pesar de que “el actual deterioro organizativo de la clase trabajadora y los segmentos más precarizados de la sociedad cubana” y del mundo vuelven irrealista un tal deseo en un futuro inmediato, la historia de los pueblos no ha cesado de demostrar que nada está escrito definitivamente para siempre y que, por consiguiente, no es utópico desearlo. Además de ser cada vez más necesario avanzar hacia ella – por razones de justicia social y de supervivencia de la humanidad frente a las actuales amenazas sanitarias y medioambientales – en todos los países del planeta ante el catastrófico fiasco del capitalismo privado y de Estado.

Octavio Alberola
(Marzo de 2021)

(1) https://www.fifthestate.org/archive/383-summer-2010/cuba-state-private-capitalism/

(2) https://www.portaloaca.com/opinion/15348-sobre-el-comunicado-del-taller-libertario-alfredo-lopez-de-la-habana.html

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« Le Monde libertaire », le mensuel de la Fédération anarchiste, s’est intéressé par deux fois à mon livre sur Cuba. Le premier article, que l’on doit à Ramón Pino, a paru dans le numéro de janvier et figure ci-dessous. Le second*, signé Daniel Pinos et publié dans le numéro de mars de cette publication, est une reprise intégrale du texte paru sur le site « Polémica cubana », indispensable à qui s’intéresse autrement qu’en touriste ou en fanatique guévariste à la réalité cubaine.

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Les agents à La Havane

Floréal Melgar nous propose une succession de chroniques consacrées aux diverses méthodes répressives utilisées par la police politique castriste. Un travail d’investigation, en quelque sorte.
Les « grands » médias évitent de vous informer sur la réalité cubaine et – comme certains partis – détournent pudiquement le regard sur ce qui se passe rellement dans cette île. C’est que depuis une trentaine d’années l’avenir « radieux » des régimes marxistes-léninistes s’est quelque peu assombri. Les pays « socialistes soviétiques » et autres « démocraties populaires » se sont effondrés les uns après les autres. Tous ? Non pas.
Quelques-uns subsistent : Chine, Corée du Nord, Cuba… Ah Cuba ! Ce n’était plus les soviets plus l’électricité, plutôt le communisme plus le soleil et les cocotiers ; que d’illusions pour certains dont… nous n’étions pas. La dictature du prolétariat (autrement dit, la dictature sur le prolétariat) n’a jamais été la tasse de thé des anarchistes. Des les années 60-61, notre camarade Gaston Leval dénonçait dans la presse libertaire les dérives du régime castriste qui systématiquement, méthodiquement, éliminait toute forme de contestation de son autorité, éliminant, emprisonnant, les révolutionnaires qui n’acceptaient pas l’hégémonie de ce qui allait devenir le Parti communiste cubain.
Depuis soixante ans, toute voix dissidente est étouffée, toute critique passible d’emprisonnement ou de « disparition ». On peut suivre pratiquement au jour le jour le développement de cette répression sur le blog de Floréal Melgar, et ces différentes chroniques, il a eu l’excellente idée de les rassembler et publier dans ce livre, remettant ainsi les pendules à l’heure à propos de ce « paradis socialiste ». C’est qu’à l’ancienne dictature de Batista a succédé une autre dictature dite communiste celle-là, usant des mêmes ressorts : l’Etat, son armée, sa police et sa justice prompts à réprimer tout ce qui pourrait attenter à l’autorité du pouvoir en place.
Au fil des pages de ce livre s’égrènent les témoignages des opposants persécutés dont la liste n’en finit pas de s’allonger chaque jour.
La dictature sur le prolétariat en URSS a mis plus de soixante-dix ans à s’effondrer. Combien faudra-t-il encore d’années pour que le peuple cubain connaisse la fin de son cauchemar ? Et crier Cuba libre !

Ramón Pino
(groupe anarchiste Salvador-Seguí

* http://www.polemicacubana.fr/?p=15396


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Le site d’opposition au régime castriste « Diario de Cuba » m’a demandé un entretien, par l’intermédiaire d’une de ses journalistes indépendantes, Rafaela Cruz, à l’occasion de la parution de mon livre « Cuba : chroniques d’un cauchemar sans fin* », aux éditions L’Esprit frappeur. Je publie ici la traduction française de cet entretien, ainsi que le lien** vers le texte d’origine pour les lecteurs de langue espagnole.

A qui s’adresse ton livre ?
Avant tout, ce livre est destiné aux lecteurs de langue française qui ignorent tout de ce qui se passe à Cuba. Ici en France, mais je pense qu’il en va de même dans toute l’Europe, sauf peut-être en Espagne, les médias n’évoquent pratiquement jamais, à travers des cas concrets, la répression permanente qui règne sur l’île. Les noms de Wilman Villar Mendoza, Oswaldo Payá Sardiñas ou Silverio Portal sont totalement inconnus ici. Et ce n’est que très récemment, il y a quelques jours, que le nom de Luis Manuel Otero Alcántara a été cité par plusieurs quotidiens français à la suite du rassemblement d’artistes et d’intellectuels cubains devant le ministère de la culture, suite à la grève de la faim des membres du MSI. On se demande à quoi servent les correspondants des grands quotidiens français à La Havane. Sans doute sont-ils bien nourris et bien logés, mais on aimerait qu’ils nous informent davantage.
Des décennies de propagande mensongère et un anti-américanisme assez répandu en France ont eu pour conséquence de rendre la « révolution » cubaine sympathique pour beaucoup de gens, et pas seulement les militants et sympathisants communistes, mais dans toute la gauche, l’extrême gauche et jusqu’à des secteurs modérés de la droite française. Tous ces gens-là répètent comme des perroquets le catéchisme castriste sur les bienfaits de la médecine et de l’enseignement à Cuba d’un côté, l’horreur du blocus américain de l’autre. Tu ajoutes à cela tous les clichés sur les plages paradisiaques, la musique cubaine et les vieilles voitures américaines dans la vieille ville de La Havane, et cela te donne une idée de la façon dont le Français moyen s’imagine Cuba. Mais la réalité de la vie quotidienne du peuple cubain, ils ne la connaissent pas, et quand quelqu’un la révèle, ils nient ou ils regardent ailleurs parce que cela met à mal leur fanatisme pour les uns et leurs croyances pour les autres.

Pourquoi Cuba?
Je me suis depuis longtemps intéressé aux pays à régime communiste et à la répression qui a systématiquement sévi dans ces pays, et notamment la répression vis-à-vis des mouvements anarchistes russe, chinois et cubain, puisque j’ai longtemps été militant, à Paris, du mouvement libertaire. Si je parlais la langue chinoise, je ferai le même travail de dénonciation de la répression en Chine, mais il se trouve qu’à part le français je ne comprends que la langue espagnole, étant fils d’un réfugié politique andalou arrivé en France à la fin de la guerre civile d’Espagne. Ce qui m’a donc amené à m’intéresser de plus près à Cuba. Dans le prologue de mon livre, je raconte quel a été l’élément déclencheur. La découverte d’un article datant de juin 1961, dans le journal « Le Monde libertaire », écrit par Gaston Leval, un militant anarchiste qui a bien connu les principaux représentants du mouvement libertaire cubain avant la révolution de 1959. Dès cette époque, il dénonçait la répression qui visait tous ceux qui avaient pris part à cette révolution mais qui se dressaient contre sa prise en main par les communistes. Par la suite, j’ai lu « Histoire de l’anarchisme à Cuba » de Frank Fernandez, et une série d’articles du début des années 60 écrits par ce même Gaston Leval ainsi que par un libertaire cubain exilé, Abelardo Iglesias, dans des revues argentines, « Reconstruir » et « La Protesta », où ils expliquaient déjà ce qu’était l’instauration d’une dictature et d’un pouvoir totalitaire à Cuba. Puis ces dernières années, j’ai consulté régulièrement et assidûment les sites internet cubains créés par des opposants au régime. C’est là que j’ai glané la matière de mon livre.

Qu’as-tu trouvé, humainement, chez les dissidents cubains ?
Beaucoup de courage, en premier lieu. Ce qu’ils font, ce qu’ils écrivent, avec une grande ténacité malgré la répression et le harcèlement permanent de la police politique, provoque mon admiration pour eux. Et puis aussi, envers moi, une tolérance qui m’a un peu surpris. Car j’ai bien conscience que mon engagement libertaire n’est pas partagé par tous les dissidents cubains, mais cela ne les a pas empêché de me témoigner une grande sympathie et un certain intérêt pour mes chroniques.

Tu es un homme de gauche. Cela ne devrait-il pas te situer du côté du gouvernement cubain ?
Non, je ne suis pas un homme de gauche. Je me suis toujours battu pour que le mouvement libertaire auquel j’ai adhéré en France durant plusieurs décennies ne soit pas considéré comme une branche de la gauche ou même plus souvent de l’extrême gauche. L’anarchisme n’est pas un maximalisme. C’est autre chose. A la base, il y a deux grands courants du socialisme, deux troncs différents qui ont chacun fourni des branches diverses : le courant autoritaire, personnifié par Marx, Engels et leurs disciples, qui donnera naissance à plusieurs tendances, de la gauche modérée jusqu’aux marxistes-léninistes fanatiques ; et le courant anti-autoritaire ou libertaire, personnifié d’abord par Proudhon, puis Bakounine, Kropotkine et bien d’autres. Les libertaires ne sont ni de gauche ni de droite, mais ailleurs. Et surtout pas proches des communistes, qui les ont toujours réprimés, jusqu’à la liquidation physique dans les pays où ils ont pris le pouvoir, sans exception. D’une manière générale, je ne peux donc pas éprouver de sympathie pour les militants politiques qui font de la prise du pouvoir leur credo, le pouvoir étant fondamentalement à l’origine de tous les maux. Et je ne peux encore moins me ranger, en particulier, du côté de ceux qui font de ce pouvoir, quand ils l’ont conquis, une forteresse imprenable, répressive et policière, et exercent sur la population une dictature féroce annihilant les droits les plus élémentaires de l’être humain. Je ne suis donc pas du tout du côté du gouvernement cubain, mais du côté de ceux qui subissent sa répression et qui luttent en particulier pour les droits les plus élémentaires, comme la liberté d’expression.

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* Une seconde édition du livre doit paraître dans le courant de ce mois de mars, avec une nouvelle couverture et, de plus, une postface de l’écrivain cubain exilé à Paris Jacobo Machover.
** https://diariodecuba.com/derechos-humanos/1614603262_29175.html

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