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Archive for the ‘07. Cuba’ Category

Cuba : répression (106)

Aujourd’hui : Yoel Acosta Games.

Dans un article précédent publié sur ce blog et consacré à l’exode massif cubain, j’écrivais ceci : « Un autre aspect lié au départ de certains Cubains vise essentiellement le milieu artistique et intellectuel, notamment les journalistes indépendants s’exprimant sur les sites internet d’opposition à la dictature castriste. Il consiste à harceler ces opposants au régime, jusqu’à rendre leur vie quotidienne infernale et à les pousser vers un exil forcé. »
Une nouvelle illustration est venue cette semaine confirmer ce propos. La police politique cubaine, la Sécurité d’Etat, vient en effet de lancer un ultimatum à Yoel Acosta Games, de Baracoa, dans la province de Guantanamo, lui signifiant qu’il doit quitter le pays avant le 1er avril prochain. Sa présence à Cuba après cette date lui vaudra, sinon, de passer en procès et ainsi d’encourir une sévère peine de prison pour atteinte à la sécurité de l’Etat.
Yoel Acosta Games est un journaliste indépendant, collaborateur du site « Diario de Cuba ». Dans une déclaration à ce média d’opposition au régime castriste, il précise qu’il a été convoqué vendredi 27 janvier dans une unité de police de Baracoa. Là, les officiers ont été très clairs, l’accusant d’atteinte à la sécurité d’Etat et d’incitation à la désobéissance civile.
Yoel Acosta Games s’est surtout spécialisé dans le domaine de la vidéo, moyen par lequel il témoigne de la situation de pénurie, d’abus de toute sorte et de privation vécue par les habitants de la zone où il réside. En octobre dernier, il avait déjà été arrêté, sévèrement frappé et puni d’une forte amende.
L’expatriation forcée s’est convertie ces derniers temps en l’un des instruments favoris du régime pour se débarrasser des activistes, des journalistes indépendants ou des citoyens critiques. Au mois de décembre dernier, douze d’entre eux ont ainsi été contraints de quitter leur pays.

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Un an et demi après les manifestations massives du 11 juillet 2021 à Cuba, les lourdes peines de prison pleuvent encore.
Jeudi 26 janvier, neuf personnes âgées de 25 à 39 ans, qui avaient pris part aux protestations ce jour-là, ont été condamnées par le tribunal provincial de La Havane à des peines allant jusqu’à 15 ans de prison. Ces condamnés sont : Lázaro Yurisan Sarduy (14 ans de prison), Lázaro Osmel Salinas (15 ans), Yoslien Rosa et Yunier Sánchez (11 ans chacun), Deyvis Javier Torres, Carlos Pérez Cosme et Reinier Borrell (10 ans), Alcides Peró Candó et Manuel Bermúdez (5 ans de travail correctionnel sans enfermement).
Ils étaient accusés, dans le vocabulaire immuable des pays staliniens, de « sédition » et d’avoir « perturbé bruyamment l’ordre et la discipline sociale », ainsi que d’avoir agressé les autorités et contribué à « saper le système socialiste ».
Les faits qui leur étaient reprochés ont eu lieu dans le quartier très populaire Esquina de Toyo, situé dans la municipalité Diez de Octubre, l’une de celles qui composent la capitale, La Havane. C’est là qu’eut lieu l’une des scènes les plus marquantes de cette journée du 11 juillet, qu’illustre une photo ayant été relayée par des milliers de Cubains sur les réseaux sociaux. On y voit un jeune homme grimpé sur une voiture de police renversée, brandissant un drapeau cubain. Ce jeune homme, Elías Rizo, identifié, a eu la bonne idée de fuir son pays après les faits, compte tenu de la très lourde peine qui l’attendait, et a pu trouver refuge en Espagne.
Encore une fois, les seuls témoins autorisés à s’exprimer lors du procès ont été des policiers et fonctionnaires de l’Etat, tous témoins à charge. Circonstance aggravante pour les accusés, il leur était reproché d’avoir crié « Liberté ! » et d’avoir entonné la chanson Patria y Vida (« La patrie et la vie »), chanson emblématique devenue la réponse des opposants cubains au slogan castriste « Patria o Muerte » (« La patrie ou la mort »).
Ce procès avait été précédé, le lundi 23 janvier, par d’autres sentences émanant du même tribunal contre quinze autres manifestants. On sait que le total des peines prononcées s’élève à 75 années de prison. Parmi les condamnés figure Jonathan Torres, mineur au moment des faits puisque alors âgé de 17 ans. Dix autres personnes étaient jugées elles aussi le lendemain, mais on ignore encore quelles ont été les peines prononcées

(D’après informations du site 14yMedio.)

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Selon l’agence russe Interfax, la Russie va se lancer dans la création d’un programme de réformes de l’économie cubaine, confié à un think tank, l’Institut de l’économie de croissance Stolypin. Ce programme « préparera les transformations économiques à Cuba, fondées sur le développement de l’entreprise privée ».
Le lancement de cette initiative a été annoncé durant la réunion (photo ci-dessus) célébrée la semaine passée entre Miguel Díaz-Canel, président de la République cubaine, et une délégation d’entrepreneurs russes menée par Boris Titov, homme politique et entrepreneur ainsi que l’un des principaux conseillers économiques de Vladimir Poutine. Boris Titov est par ailleurs un multimillionnaire qui se présente lui-même comme « un libéral de droite », qui s’est présenté à l’élection présidentielle de Russie de 2018 sous l’étiquette du Parti de la Croissance.
Le think tank Stolypin, créé en 2016 et intégré par des économistes conservateurs, est quant à lui ainsi dénommé en hommage à Piotr Stolypin, premier ministre du tsar Nicolas II, qui tenta de rénover l’économie au tout début du XXe siècle, avant que la révolution n’éclate.
Les tares du communisme cubain plus celles du capitalisme, aujourd’hui appelé libéralisme, ça va faire beaucoup pour une population cubaine toujours muselée et se débattant dans des problèmes de survie permanents.
Les porteurs de T-shirts Guevara ont de plus en plus l’air con !

(D’après informations du site « Diario de Cuba »)

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Plus de mille migrants cubains
ont été ramenés dans leur pays du 1er au 13 janvier
Vendredi 13 janvier, les Bahamas ont ramené par avion 38 migrants cubains irréguliers dans l’île, en vertu des accords bilatéraux établis entre les gouvernements de ces deux pays. Avec ce renvoi au point de départ, ce sont 1115 Cubains qui ont ainsi été rapatriés au cours des treize premiers jours de l’année 2023. Les Etats-Unis en ont renvoyés 970 ; les Bahamas, 129 ; les îles Caïman, 16.
Pour la seule journée du 8 janvier, ce sont 273 Cubains ayant quitté leur pays illégalement qui ont été ramenés au pays par les gardes-côtes américains.
Le gouverneur de Floride a décrété l’état d’urgence, fait appel à la Garde nationale et à tous les corps de police pour répondre à l’arrivée massive de migrants cubains, d’un niveau sans précédent jusque-là. Au cours des derniers jours, plus de 300 embarcations de fortune ont été interceptées par la garde côtière.

Record de demandes d’asile au Brésil
4241 migrants cubains ont demandé l’asile au Brésil de janvier à novembre 2022, selon les données fournies par l’Observatoire des migrations internationales du Brésil (OBMigra). Le rapport de cet organisme souligne deux causes principales à cet afflux de Cubains, présenté comme un record : la très grave crise économique, d’abord, et les permanentes répression politique et violation des droits humains, par ailleurs. Le gouvernement brésilien n’a accordé refuge qu’à 1043 de ces migrants.

Décembre 2022, mois de tous les records
Le mois de décembre 2022 a enregistré officiellement le nombre record de citoyens cubains arrivés aux diverses frontières des Etats-Unis pour y demander l’asile. Le Bureau des douanes et de la protection des frontières a enregistré ce mois-là 44064 migrants cubains, contre 35881 en novembre et 28878 en octobre.
Il est par ailleurs précisé que parmi ce flot de migrants se trouvaient 1052 enfants non accompagnés de leurs parents.
L’exode cubain, qui jusque-là se faisait quasi uniquement par voie maritime, sur des embarcations de fortune tentant de gagner les côtes de Floride, a explosé après que le gouvernement du Nicaragua a dispensé de visa les citoyens cubains désirant se rendre dans ce pays. Des dizaines de milliers ont alors pu prendre l’avion pour le Nicaragua, afin de rejoindre ensuite les Etats-Unis, via le Mexique. Pour l’année 2022, ce sont finalement 313488 Cubains qui sont arrivés aux Etats-Unis par la frontière mexicaine.
Ce nombre record ne devrait toutefois pas être dépassé, car les Etats-Unis ont réagi à cette vague croissante de migrants cubains. Une nouvelle politique migratoire est en effet entrée en vigueur, qui durcit très nettement les conditions d’entrée sur le territoire des Etats-Unis et impose le retour forcé à Cuba à bord d’embarcations de la marine américaine. L’une des conséquences attendues est l’augmentation du nombre de départs de l’île au moyen d’embarcations de fortune, comme à la fin des années 90 avec la crise des balseros*.

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*  Le terme balseros désigne les citoyens cubains tentant de parvenir jusqu’aux côtes américaines par tous les moyens navigables, presque toujours des embarcations faites de bric et de broc, qui rendent souvent dangereuse la traversée du détroit de Floride.

Dessin : Omar Santana.

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Il y a aussi des prisonniers de droit commun à Cuba. Plus de 11000 personnes se trouvent dans des prisons de ce pays pour « dangerosité prédélictive », une trouvaille ! Il s’agit de personnes n’ayant commis aucun délit ou crime, pas même une tentative, mais supposées pouvoir en commettre. Cette information est fournie par le dernier rapport de l’organisation Prisoners Defenders, rendu public jeudi 12 janvier et qui, une fois de plus, confirme l’état déplorable des droits humains sur l’île.
Ces milliers de condamnés – « dont la grande majorité sont jeunes et noirs », souligne l’ONG madrilène – l’ont été sur la base de l’article 72 du Code pénal, en vigueur jusqu’en novembre dernier et qui prévoyait des peines « pour des comportements manifestement contraires aux normes de la morale socialiste ». Cet article, précise l’ONG, survit dans le nouveau Code pénal, en vigueur depuis le 1er décembre 2022, à l’article 434 : « L’autorité compétente du ministère de l’Intérieur peut poursuivre officiellement toute personne qui, de manière répétée, présente des comportements qui la rendent encline à la délinquance ou à la rupture avec l’ordre social et constitutionnel. » Cela ne surprendra personne si l’on précise que la quasi-totalité des personnes victimes de cette loi inique proviennent des quartiers où règne la misère.
Chaque année, selon le rapport de Prisoners Defenders, 3850 personnes en moyenne sont condamnées à une peine d’un à quatre ans de prison pour ce motif. « Le simple rapport des autorités policières indiquant une ‘conduite inappropriée’ permet, sans qu’aucun délit n’ait été commis, d’emprisonner ainsi sommairement, et cela sans aucune défense possible. »

(D’après infos recueillies sur le site 14yMedio)

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Selon le dernier rapport de l’ONG Prisoners Defenders, basée à Madrid, le mois de décembre 2022 a compté 29 nouveaux prisonniers politiques. Leur nombre total s’élève à 1057, dont 123 femmes.
On estime à 30 le nombre de personnes incarcérées chaque mois pour raisons politiques. A tous ceux qui furent arrêtées lors des manifestations du 11 juillet 2021 sur tout le territoire cubain, s’ajoutent régulièrement  tous ceux qui d’une manière ou d’une autre dénoncent la situation économique, sociale et politique de l’île, de plus en plus insoutenable et cause d’un exode massif (voir articles précédents dans cette même rubrique « Cuba »)..
Prisoners Defenders précise que 36 de ces prisonniers politiques sont mineurs, dont 5 jeunes femmes. Seize d’entre eux sont poursuivis ou ont été jugés pour sédition et ont été condamnés à une peine moyenne de cinq ans d’emprisonnement. Parmi les prisonniers d’âge majeur arrêtés lors des événements du 11 juillet, 175 ont été jugés pour crime de sédition et condamnés à une moyenne de 10 ans de prison.
Selon le rapport, la « responsabilité parentale » serait utilisée par le régime pour menacer les parents emprisonnés d’une éventuelle perte de la garde de leurs enfants s’ils persistent à exercer leur liberté d’expression et à maintenir une position irrévérencieuse et critique à l’égard du système.
Le rapport note également que le mécontentement populaire de plus en plus important, lié aux très graves difficultés économiques et au manque de libertés, ainsi que l’exercice d’une expression non muselée via les réseaux sociaux et les sites d’opposition établis à l’étranger, ont amené le régime à intensifier sa répression et à accentuer sa dépendance à l’égard du bloc totalitaire mondial. Le régime castriste est en effet un allié déclaré de la Russie et de l’Iran, entre autres, deux pays qui se distinguent particulièrement eux aussi dans le domaine de la violence, sur la population d’un pays voisin pour l’un, et sa propre population pour l’autre. 

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Afin de mieux mesurer et comprendre l’ampleur de la crise migratoire cubaine, que les médias occidentaux ignorent superbement, il convient de fournir quelques explications et quelques chiffres supplémentaires.
Ces jours derniers, un bateau de la garde côtière des Etats-Unis a ramené jusqu’au port de Matanzas, à Cuba, 273 citoyens de l’île, interceptés en mer en tentant de fuir leur pays entre le 31 décembre dernier et le 3 janvier.
Entre le 1er octobre 2022 et le 3 janvier de l’année qui vient de commencer, ce sont 4795 Cubains qui ont ainsi été interceptés par les gardes-côtes américains, soit une moyenne de 50 par jour. Si la tendance actuelle des interceptions se poursuit, ce seront quelque 13500 Cubains qui seront arrêtés d’ici au 30 septembre 2023. S’ajoutent à tous ces Cubains ceux qui sont parvenus à atteindre les côtes américaines sans être interceptés.
La tentative de gagner les Etats-Unis ne se fait pas uniquement par voie maritime. Elle se fait surtout par voie terrestre, via le Mexique. Mais le récent changement de la politique d’immigration américaine à l’égard des migrants venus de Cuba limite jusqu’à un cinquième le flux de Cubains arrivant aux États-Unis par leur frontière avec le pays voisin. En conséquence, le détroit de Floride connaîtra très certainement une présence encore plus importante d’embarcations de fortune, compte tenu de l’exode sans cesse croissant que connaît l’île où sévit depuis plus de soixante ans la dictature castriste.

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L’exil forcé

Dans le texte « 2022, année de l’exode record à Cuba* », je faisais allusion à la méthode utilisée par le régime castriste qui consiste à obliger ses opposants à quitter leur pays, sous peine de harcèlement permanent de la part des sbires de la police politique, la Sécurité d’Etat.

Pour être plus précis sur ce point, je relaie ici les informations fournies par l’Observatoire cubain des droits humains (OCDH), qui signale qu’une dizaine de ces activistes, journalistes indépendants, opposants déclarés au régime ou simples citoyens critiques ont été tenus de quitter Cuba pour le seul mois de décembre 2022.
L’OCDH cite les noms de Camila Cabrera Rodríguez, membre de l’initiative citoyenne Justicia 11J, qui a répertorié les noms des milliers de Cubains arrêtés après les manifestations massives du 11 juillet 2021 dans l’île, Karlienys Calzadilla, Katheryn Felipe et Max Barbosa, tous trois journalistes indépendants, José Daniel Ferrer Cantillo, fils de José Daniel Ferrer emprisonné depuis juillet 2021, José Díaz Silva, animateur du Mouvement des opposants pour une nouvelle république (MONR) et qui a été conduit directement de la prison à l’aéroport José-Marti de La Havane, en compagnie de son épouse, Lourdes Esquivel Vieyto, elle aussi opposante au régime dictatorial et membre du mouvement des Dames en blanc. Ont également été obligés de quitter leur pays l’activiste Keililly de la Mora Valle et le youtubeur Yander Serra Palomares.

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* https://florealanar.wordpress.com/2023/01/02/2022-annee-de-lexode-record-a-cuba/

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« Comment pouvons-nous dire : « c’est notre patrie », si nous n’avons rien de notre patrie ? « Ma patrie », mais ma patrie ne me donne rien, ma patrie ne me soutient pas, dans ma patrie je meurs de faim.  Ce n’est pas une patrie !  C’est une patrie pour quelques-uns, mais ce n’est pas une patrie pour le peuple. La patrie ne signifie pas seulement un endroit où l’on peut crier, parler et marcher sans se faire tuer. La patrie est un endroit où l’on peut vivre, la patrie est un endroit où l’on peut travailler et gagner honnêtement sa vie et, de plus, gagner ce qu’il est juste de gagner pour son travail. La patrie est le lieu où le citoyen n’est pas exploité, parce que si le citoyen est exploité, si ce qui lui appartient lui est enlevé, si ce qu’il a est volé, ce n’est pas la patrie. La tragédie de notre peuple est précisément de n’avoir pas de patrie.  Et la meilleure preuve, la meilleure preuve que nous n’avons pas de patrie est que des dizaines de milliers de fils de cette terre quittent Cuba pour un autre pays, pour pouvoir vivre, mais ils n’ont pas de patrie.  Et ne s’en vont pas tous ceux qui le veulent, mais le peu qui le peuvent.  Et ceci est la vérité et vous le savez. »
(Fidel Castro, discours du 4 janvier 1959 à Camagüey)

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Jamais jusque-là autant de Cubains n’avaient gagné les Etats-Unis comme en cette année 2022. De janvier à novembre, ce sont quelque 270.000 Cubains qui sont entrés sur le territoire américain, par voie terrestre ou maritime. Pour avoir une idée de ce que ce nombre représente, il suffit de préciser qu’en onze mois ce sont 2,4% des 11,1 millions d’habitants de l’île qui ont quitté leur pays. C’est évidemment considérable.
Cette vague migratoire dépasse en importance toutes celles qui l’ont précédée. A commencer par l’exode qu’entraîna la prise de pouvoir des barbudos. On estime que 250.000 Cubains ont fui la dictature entre 1959 et 1962. Entre 1965 et 1973 eurent lieu les « vols de la liberté ». A raison de deux vols par jour, cinq jours par semaine, ce sont 300.000 Cubains qui partirent aux Etats-Unis. Plus tard, en 1980, eut lieu l’événement connu sous le nom d’exode de Mariel, du nom de la ville située à une quarantaine de kilomètres de La Havane, dont le port servit de point de départ pour environ 125.000 Cubains. Enfin, en 1994, l’île des Caraïbes connaîtra la crise des balseros, qui vit plus de 30.000 Cubains tenter de gagner les côtes américaines sur des embarcations de fortune.

Pour en revenir à l’année qui vient de se terminer, l’immense majorité des candidats à l’exil usent de moyens totalement illégaux et particulièrement dangereux pour leur vie même. L’un des moyens utilisés consiste à prendre un billet d’avion pour le Nicaragua, qui n’exige pas de visa, puis, guidé par des mafias locales – chaque expédition coûte de 8.000 à 15.000 dollars –, à parcourir clandestinement des centaines de kilomètres en passant par le Honduras, le Guatemala et le Mexique avant de poser le pied sur le sol américain. Une autre option, moins coûteuse mais beaucoup plus risquée, consiste encore et toujours à partir dans des embarcations de fortune pour atteindre les côtes de Floride. Dans un cas comme dans l’autre, l’arrivée aux Etats-Unis n’a évidemment rien de sûr, et nombreux sont les Cubains qui y laissent leur vie.

Pénurie et absence d’opportunités
Pourquoi tant de Cubains vont-ils jusqu’à risquer ainsi leur vie pour gagner les Etats-Unis ? Les emplois à Cuba sont en général mal payés et de piètre qualité. 80% des Cubains qui émigrent aux Etats-Unis ont entre 15 et 59 ans, c’est-à-dire en âge de travailler. Mais ils ne souhaitent pas ou plus le faire dans leur pays où le salaire d’Etat moyen est d’environ 22 dollars/mois et où le secteur privé demeure très restreint.
Pour la sociologue Elaine Acosta, de l’Université internationale de Floride, la vague migratoire est le résultat de « la crise structurelle et de l’épuisement d’un modèle politique et socio-économique qui n’offre aucune alternative viable pour vivre dans l’île. La pauvreté et les inégalités sociales et territoriales ont augmenté significativement, en même temps que la détérioration de la protection et de l’assistance sociales ». Cuba est en crise depuis des décennies, mais la pandémie (qui a provoqué une chute du tourisme, secteur clé), le durcissement de l’embargo* américain et l’échec d’une réforme monétaire et salariale, entre autres facteurs, ont fini par faire couler l’économie.
Le gouvernement est aujourd’hui incapable de payer ses créanciers, de sorte que les approvisionnements en provenance de l’étranger sont limités, ce qui est particulièrement grave dans un pays qui importe près de 70% de la nourriture qu’il consomme. Pour tenter d’obtenir des devises étrangères, l’État, qui monopolise le commerce légal dans le pays, vend la nourriture et les produits de base en dollars, une monnaie à laquelle seule une partie de la population a accès. Cela a donné naissance à un important marché noir dans la rue, mais cela n’a pas résolu le problème des pénuries. Pour obtenir du poulet, du pain, du riz, du shampoing ou du dentifrice, il faut faire la queue pendant plusieurs heures, dès les premières heures du matin.
Ainsi, pour les jeunes d’aujourd’hui, les perspectives de changement de situation à l’avenir sont pratiquement nulles, de sorte que leurs rêves de réussite professionnelle et de vie normale passent par l’émigration. « Comme le disait Joan Manuel Serrat à propos de l’Espagne rurale de l’époque franquiste, les jeunes Cubains d’aujourd’hui ne s’attendent pas à ce que cette terre leur donne demain ce qu’elle ne leur a pas donné hier** », déclare à BBC Mundo Juan Carlos Albizu-Campos, professeur au Centre d’étude de l’économie cubaine de l’Université de La Havane.

Manque de liberté
Le 11 juillet 2021, des dizaines de milliers de Cubains sont descendus dans la rue pour réclamer la liberté et de meilleures conditions de vie, dans une vague de protestation d’une importance jamais vue auparavant. Les autorités ont répondu dans les mois suivants par des arrestations massives et des procès sommaires. Plus de 1.500 personnes, principalement des jeunes, ont été arrêtées et au moins 670 sont toujours en prison aujourd’hui.

Il est également devenu courant de convoquer et d’interroger les citoyens qui critiquent ouvertement le système de parti unique en place depuis plus de six décennies. La journaliste indépendante Mónica Baró affirme que le manque de liberté est un facteur important – et souvent sous-estimé dans les médias – qui pousse les Cubains à s’exiler. « Après le 11 juillet, de nombreuses personnes qui avaient participé aux manifestations ont émigré, effrayées par le niveau de répression », dit-elle. Elle explique que, bien que de nombreux manifestants et partisans des marches de protestation n’aient pas été arrêtés au cours des mois qui ont suivi, « beaucoup avaient peur et craignaient d’être identifiés dans une vidéo et emprisonnés ».
Un autre aspect lié au départ de certains Cubains vise essentiellement le milieu artistique et intellectuel, notamment les journalistes indépendants s’exprimant sur les sites internet d’opposition à la dictature castriste. Il consiste à harceler ces opposants au régime, jusqu’à rendre leur vie quotidienne infernale et à les pousser vers un exil forcé. Nombre d’entre eux finissent par céder, souvent parce que ce harcèlement mené par les agents de la Sécurité d’Etat (la police politique) pourrit également la vie des familles de ces dissidents, y compris les enfants. Ce fut le cas récemment d’Abraham Jiménez Enoa, fondateur du site « El Estornudo », ou de Luz Escobar***, rédactrice pour le site historique d’opposition « 14yMedio ». A cela il faut ajouter encore les dizaines de sportifs de haut niveau qui, ces derniers temps, ont profité des compétitions internationales, aux Etats-Unis ou dans divers pays d’Amérique latine, pour ne pas rentrer au pays.

Dispense de visa pour le Nicaragua
Le passeport cubain est l’un des plus restrictifs au monde et ne donne accès qu’à un petit nombre de pays de manière libre, c’est-à-dire sans devoir passer par des procédures de visa longues et complexes. L’un d’eux est le Nicaragua, depuis qu’en novembre 2021 les gouvernements de Daniel Ortega et de Miguel Díaz-Canel ont signé un accord permettant aux Cubains d’entrer librement dans ce pays d’Amérique centrale en tant que touristes.
Le Nicaragua est ainsi devenu la principale porte d’entrée sur le continent pour ceux qui tentent de rejoindre les États-Unis depuis l’île. Certains experts estiment que l’accord avec le Nicaragua était une manœuvre intentionnelle du gouvernement cubain visant à offrir une soupape de sécurité à la population et à soulager les pressions internes à une époque de fort mécontentement social lié aux pénuries et à la répression. « Le gouvernement cubain continue à faire un usage politique de la migration, en en faisant un outil pour désamorcer la pression interne et le mécontentement, ainsi qu’un mécanisme de négociation avec les gouvernements de la région », explique la sociologue Elaine Acosta.
Albizu-Campos, pour sa part, minimise l’importance de l’accord d’exemption de visa. « C’est juste un facteur de facilitation : il rend possible la mobilité à travers un corridor, mais l’exode aurait eu lieu avec ou sans l’accord entre Cuba et le Nicaragua », conclut-il. Quoi qu’il en soit, il est significatif que le nombre de migrants cubains arrivant à la frontière américaine ait augmenté depuis l’ouverture de cette nouvelle voie d’évasion.

Aux Etats-Unis
Bien qu’en 2022 de nombreux Cubains aient également émigré en Europe – notamment dans le cercle des artistes et des intellectuels de La Havane – et dans d’autres régions d’Amérique latine et du monde, la grande majorité est allée aux États-Unis, pour diverses raisons. La première, fondamentale, est l’aide que les familles cubaines vivant déjà aux États-Unis – une communauté de plus de 1,3 million de personnes – offrent à leurs proches qui décident de quitter l’île.


En outre, ce sont généralement les parents installés aux États-Unis qui financent la traversée illégale depuis Cuba,  inabordable au porte-monnaie de tout habitant de l’île. D’autre part, il y a les opportunités d’emploi que les États-Unis offrent aux migrants, en particulier aux Cubains. Ce n’est un secret pour personne qu’il est relativement facile, à Miami et dans d’autres villes américaines, de travailler illégalement dans un restaurant, un magasin ou toute autre entreprise.
Tout cela, ainsi que l’aide publique à l’alimentation et à la santé, permet aux nouveaux arrivants de garantir leur subsistance. En outre, la loi d’ajustement accorde aux migrants de Cuba un traitement préférentiel par rapport à ceux d’autres pays : s’ils passent un an et un jour dans le pays, ils peuvent commencer à demander à y résider légalement et, en quelques années, ils deviennent citoyens.

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(Article rédigé à partir d’un texte paru sur le site « Cubaencuentro » auquel j’ai ajouté quelques lignes personnelles. Le graphique en fin d’article indique le nombre de Cubains arrivés à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis entre 2014 et 2022.)

*  Il conviendrait d’expliquer un jour ce que signifie très exactement ce fameux embargo américain qui n’a jamais empêché, par exemple, la construction ininterrompue d’hôtels de luxe inaccessibles aux Cubains et qui, à en croire les staliniens de toujours, les crétins gauchistes, les gobeurs de bobards et les imbéciles, expliquerait tous les maux dont souffre Cuba.
** Cela fait ici allusion à la chanson Pueblo blanco de Joan Manuel Serrat dont on trouvera les paroles en français sur ce lien :

***  Cette journaliste indépendante racontait le quotidien des personnes soumises à la répression de la police politique dans ce texte publié ici même il y deux ans :

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2023, Cuba libre ?…

Aux amis cubains, dans l’île ou en exil, opposés au régime dictatorial de leur pays.
Pour une année 2023 sans prisonniers politiques !

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