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Archive for the ‘07. Cuba’ Category

Aujourd’hui : Yanelis Deuz Durán.
Mercredi 8 juillet, la Police nationale révolutionnaire (PNR)
(sic) est venue arrêter chez elle Yanelis Deuz Durán, sans mandat d’arrêt ni aucun document officiel, et l’ont emmenée jusqu’au poste de police de Morón, dans la province de Ciego de Ávila.

Yanelis Deuz Durán.

Elle est accusée de « résistance à la détention ». Les fonctionnaires de la PNR ont saisi à son domicile plusieurs documents sur les violations des droits de l’homme. Au moment de son arrestation, cette femme de 28 ans, membre de l’Union patriotique de Cuba, a averti sa famille qu’elle cesserait de manger et de boire le temps de sa détention. Et cela fait six jours, en effet, que Yanelis Deuz Durán a entamé une grève de la faim et de la soif. La police a refusé jusqu’à aujourd’hui de fournir la moindre information la concernant, notamment sur son état de santé.
Depuis le début du mois de juillet, les opérations policières contre des membres de l’Union patriotique de Cuba se sont multipliées, ce qui a valu à chaque fois aux personnes arrêtées de passer une journée ou plusieurs dans des locaux de police. C’est le cas, entre autres, de Otoniel Cruz Suárez et de Juana María Santos. Alexander Roll Gilbert, pour sa part, après avoir passé dix mois en prison pour raisons politiques, a été placé en détention domiciliaire.

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Le tragique naufrage dans la baie de La Havane
qui fit des dizaines de morts

« Tic, tic, tic, tiiiic. Radio-Reloj donne l’heure. 8 h 16. Une embarcation a coulé, volée par des éléments antisociaux. Dans la matinée d’aujourd’hui, des éléments antisociaux ont soustrait par la force une embarcation du port de La Havane dans le but de quitter illégalement le pays. » C’est ainsi que la radio cubaine a rapporté pour la première fois le naufrage du remorqueur 13 de Marzo et la mort de 41 de ses occupants alors qu’ils tentaient de quitter le pays illégalement.

Les victimes du naufrage provoqué.

Vingt ans après l’événement*, BBC Mundo a recueilli les témoignages d’un survivant, Sergio Perodin, qui a vu sa femme et son fils mourir ce jour-là, et de Jorge Garcia, qui a perdu un fils et treize autres membres de sa famille, qui livrent leurs souvenirs d’un des épisodes les plus sombres de la migration illégale de Cubains vers les États-Unis.
Jorge Garcia n’avait pas pu dormir de la nuit. Les fugitifs se préparaient à partir depuis plus de trois mois et le jour tant attendu arrivait : le 13 juillet 1994. Le départ avait été reporté trois fois pour diverses raisons, si bien que dans la nuit du 12 au 13 juillet, tous vivaient un mélange d’anxiété et d’attente. Ils allaient enfin entreprendre le voyage pour les eaux de la Floride, aux États-Unis.
Le beau-frère de Jorge García, Fidencio Ramel Prieto Hernández, était l’organisateur de l’expédition. Il avait 51 ans, était d’origine paysanne, de taille moyenne, le visage rond avec des lunettes carrées. En plus d’être chef des opérations du port de La Havane, Prieto était secrétaire du Parti communiste. Ces deux fonctions lui donnaient suffisamment d’autorité pour se déplacer en toute liberté dans le port sans être questionné, et lui donnaient un accès privilégié à l’information sur les opérations portuaires.

Fidencio Ramel Prieto Hernández.

C’était le jour parfait pour le départ. La mer serait calme dans tout le détroit de Floride, selon le bulletin météo qu’ils étudiaient depuis des semaines. Avec peu de vent et un moteur de 1500 chevaux, ils seraient dans les îlots de Floride à l’heure du dîner. Au total, 72 personnes voyageraient. Afin d’éviter les fuites, ils avaient divisé les voyageurs en groupes. Seuls les quatre chefs de groupe connaissaient le jour du départ et le lieu. Les mères avaient dit aux enfants qu’ils allaient pique-niquer.
« Ce soir-là, un groupe s’est réuni chez moi et, de là, ils sont sortis pour rejoindre les autres au terminal portuaire de La Havane, où se trouvait le bateau 13 de Marzo, un remorqueur industriel de 25 mètres de longueur, se souvient Jorge García. Prieto s’était chargé de le réviser minutieusement, de le tester lors de voyages de travail, de lui mettre une coque et un moteur neufs. Il avait toutes les clés nécessaires, y compris celles du gouvernail et du moteur du remorqueur, de sorte qu’il ne fut pas nécessaire d’employer la force sur aucune installation ni sur aucune personne. Les sept membres d’équipage qui travaillaient habituellement sur l’embarcation s’étaient jointes au projet d’évasion. »
À 1 h 30 du matin, il n’y avait plus personne chez Jorge Garcia. Bien qu’ils n’aient pas voulu faire la traversée, ni lui ni sa femme n’ont pu trouver le sommeil. Ils savaient que les risques pouvaient advenir sans préavis et devenir mortels. Mais presque tous les adultes étaient confiants. L’embarcation, contrairement aux radeaux faits maison souvent utilisés par les Cubains pour s’échapper à Miami, était sûre.

Le départ
Sergio Perodin, l’un des chefs de groupe et survivant de la tragédie, raconte à BBC Mundo qu’aux alentours de 3 heures du matin les 72 voyageurs étaient déjà à bord du remorqueur 13 de Marzo. « Le départ a eu lieu à environ 300 mètres de la capitainerie du port de La Havane. Avec le moteur tournant à très bas régime, ils ont décidé de s’éloigner le plus possible de la capitainerie et de longer la baie. »
Ils se sont vite rendu compte qu’ils étaient suivis par deux bateaux de modèle Polargo, des remorqueurs de fabrication néerlandaise à coque d’acier, conçus pour éteindre les incendies avec des canons à eau à forte pression. Selon les récits, les Polargo ont lancé des signaux au 13 de Marzo, mais le remorqueur a accélèré et est parvenu à s’éloigner un peu des bateaux qui tentaient de l’empêcher de poursuivre sa route vers les eaux internationales.

Le « 13 de Marzo » était un remorqueur semblable à celui-ci.

Perodín raconte qu’à la hauteur du château du Morro – l’entrée de la baie de La Havane – les bateaux qui les poursuivaient ont commencé à tirer leurs puissantes rafales d’eau à haute pression, dévastant tout ce qu’il y avait sur le pont. Les survivants racontent que certaines femmes décidèrent de sortir avec leurs enfants dans les bras pour alerter les Polargo des conséquences de leurs actes, mais les jets s’accélérèrent et la pression de l’eau en a jeté plusieurs à la mer. « Peu de temps après, un autre Polargo nous a rejoints et a commencé à éperonner le 13 de Marzo, provoquant une rupture de la coque du remorqueur, qui était en bois, se souvient M. Perodin. L’attaque par l’arrière a laissé une fissure et le bateau a commencé à prendre l’eau. Certains des enfants et des adultes qui se trouvaient dans la salle des machines sont morts à ce moment-là, coincés par l’eau de mer et les machines du remorqueur. »
« Une fois le
13 de Marzo totalement coulé, des fragments du navire ont commencé à remonter, comme des morceaux de bois et un grand réfrigérateur industriel avec de l’air à l’intérieur. Un groupe de survivants s’est accroché au réfrigérateur, précise Perodin dans une conversation avec BBC Mundo. Les trois Polargo, avec leurs moteurs à puissance maximale, ont fait cercle autour des survivants, créant ainsi des tourbillons d’eau », ajoute-t-il. A un moment, ils ont coupé les moteurs et ont laissé passer un bateau militaire des troupes de gardes-frontières pour recueillir les naufragés, tandis qu’un navire battant pavillon grec entrait dans le port de La Havane et passait à moins d’un mille de l’incident.

Mauvais signal
Le 13 juillet, vers 6 heures du matin, Jorge Garcia, ne pouvant fermer l’oeil de la nuit, se lève pour se faire un café et, comme il le fait tous les matins de façon machinale, allume Radio-Reloj. À ce moment-là, il entend que, « dans la matinée d’aujourd’hui, des éléments antisociaux ont soustrait par la force un bateau du port de La Havane afin de quitter le pays illégalement ». Toutes les alarmes se sont alors déclenchées, sa tête a tourné et sa femme, debout dans la cuisine à côté de lui, a dû s’asseoir car ses jambes ne pouvaient plus la soutenir. « Calme-toi, dans le port on vole constamment des bateaux pour s’échapper du pays », dit-il en essayant de se rassurer lui-même. « Tu n’as pas entendu qu’ils ont dit que le bateau avait été volé par la force ? Cela ne peut pas être le nôtre. » Quelques semaines auparavant, le Polargo 5 avait été volé et détourné vers les États-Unis, où l’équipage était arrivé sans problème. Peu de temps après, le bateau avait été rendu au gouvernement cubain par son capitaine, qui affirma qu’il avait été détourné de force vers la Floride.

Jorge García.

Jorge se souvient qu’à midi deux voitures de la Sécurité d’État sont arrivées chez lui avec des militaires de haut rang. Par une porte arrière de l’une d’elles est sortie sa fille aînée, Maria Victoria Garcia Suarez. Maria Victoria brillait comme si un moteur l’avait avalée et recrachée, dit Jorge. « Ses cheveux étaient imprégnés de graisse industrielle noire, ses vêtements étaient déchirés et elle avait des bleus sur tout le corps. » Le militaire lui a alors communiqué qu’« un nombre indéterminé de membres de ta famille ont péri dans un accident tragique ».
« J’ai pensé que c’était la fin du monde pour moi », se souvient Jorge lors d’une conversation avec BBC Mundo à Miami, où il vit maintenant. Les militaires ont immédiatement quitté la maison. « Et c’est là que le grand calvaire a commencé », se souvient-il.
Jorge, encore sous le choc et sans avoir pris connaissance des faits, a demandé à Maria Victoria :
« Où est Joël ? » Maria Victoria a répondu : « Non, papa, non. »
« Où est Juan Mario ? – « Non, papa, non. »
« Où est Eddy ? – « Non, papa, non. »
« Où se trouve Estrella ? – « Non, papa, non. »
« Ils sont tous morts, papa, ils nous ont coulés. Ce sont des assassins »,
a répondu Maria Victoria en pleurant.
Sur les dix-sept membres de la famille de Jorge García qui ont tenté de quitter Cuba ce jour-là, seuls trois ont survécu : sa fille et deux neveux, les enfants de Ramel.
Au total, 41 Cubains sont morts ce jour-là, dont 10 enfants. 31 personnes ont survécu.

« Piraterie irresponsable »
Les événements qui se sont produits ce matin-là dans la baie de La Havane n’ont jamais été clarifiés par le gouvernement cubain. Le lendemain, le journal officiel Granma rapportait qu’« un remorqueur volé par des éléments antisociaux avait coulé et que 31 personnes avaient survécu : 20 hommes, 5 femmes et 6 enfants, un nombre indéterminé de personnes étant disparues ». La presse officielle a qualifié ce qui s’est passé d’« acte de piraterie irresponsable promu par les éléments les plus réactionnaires de Miami » et a promis une enquête. Quelques jours plus tard, le journal Tribuna de La Habana rapportait que le naufrage était le résultat d’un malheureux accident dû à une collision. Il était dit également que le remorqueur volé présentait un défaut à l’endroit où l’eau avait pénétré.
Des années plus tard, le président cubain de l’époque, Fidel Castro, a évoqué ces événements avec le journaliste Ignacio Ramonet dans son livre Biographie à deux voix. Castro raconta que les remorqueurs qui avaient poursuivi le 13 de Marzo étaient pilotés par des travailleurs du port et qu’ils l’avaient fait « de leur propre initiative, sans communiquer avec qui que ce soit. C’était une nuit noire avec des vagues. Qu’ont fait ces hommes d’équipage ? Ils ont commencé à manœuvrer pour faire revenir le bateau. L’un est devant et l’autre derrière et, dans cette situation, un accident se produit : celui qui est derrière, un remorqueur en métal, est très proche et, à un moment donné, les vagues provoquent une collision accidentelle avec le vieux remorqueur en bois. La collision ouvre une brèche dans le bateau détourné – il y avait plus de 60 personnes –, il commence à prendre l’eau et les gens commencent à tomber à la mer », raconte Castro.
En 1995, la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) de l’OEA a ouvert un dossier à la suite de plaintes reçues de la part des survivants de la tragédie et de groupes de défense des droits humains. Le gouvernement de Cuba a remis à la CIDH une copie de l’intervention de Castro devant les médias cubains le 5 août 1994, dans laquelle il fait référence à l’affaire.
A ce jour, les proches des victimes affirment que les corps des noyés ne leur ont jamais été remis. Aucune enquête indépendante sur le naufrage du remorqueur 13 de Marzo n’a jamais été publiée à Cuba, et bien que Fidel Castro ait publiquement admis que les auteurs de la tragédie n’avaient ni ordre ni compétence légale pour leur action, ils n’ont jamais été traduits en justice.

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* L’article date du 13 juillet 2014.

Source : BBC Mundo.
Traduction : Floréal Melgar.

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A travers les nombreux articles consacrés ici à Cuba, le lecteur aura eu l’occasion de prendre connaissance de la manière d’opérer du régime castriste vis-à-vis de ses opposants. Le harcèlement permanent auquel ils sont soumis les amène à être régulièrement arrêtés et détenus pour des durées pouvant varier de plusieurs heures à plusieurs jours. L’angoisse que ces disparitions momentanées – pouvant survenir à tout moment – entraîne chez leurs proches est l’un des effets les plus marquants de cette politique répressive.
Il m’a semblé utile de traduire le très intéressant article ci-dessous, publié sur le site « Diario de Cuba », qui évoque précisément ce qu’est la vie des proches de ces hommes et femmes qui ont choisi de se dresser contre l’oppression. On le doit à Juliette Isabel Fernández Estrada, l’épouse d’un de ces opposants à la dictature cubaine, Boris González Arenas, arrêté à plusieurs reprises. Ce type de témoignage me semble aussi utile que bien des analyses plus « politiques ».

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Cinq conseils pour les proches des opposants détenus

Ceux d’entre nous qui vivent avec des opposants sont contraints de vivre des situations et des routines qui normalement ne devraient pas faire partie de notre vie quotidienne. Nous gardons nos emplois, souvent dans une institution d’État ; nous pouvons même apparaître aux réunions du CDR* ; nous avons des amis qui ignorent la situation politique de notre famille ; mais nous avons le sentiment qu’une partie de la réalité nous a été révélée, sans que nous puissions en parler aux quatre vents. Nous avons le sentiment d’alterner entre deux mondes. (Je ne veux pas suggérer que les opposants sont des êtres extraordinaires, puisque je m’efforce de soutenir le contraire, que ce sont des personnes tout aussi normales que les autres. Seule m’intéresse la revendication des sensations de secret et de stigmatisation que nous, les proches, devons démanteler au quotidien.)
La vérité est que si vous êtes la mère, le mari ou la fille d’un opposant, vous apprenez de petites astuces, comme prendre garde à la teneur des conversations téléphoniques ; vous entraîner à identifier les éventuels agents de la Sécurité d’État, leurs motos, leurs casques ; ou paniquer lorsque le téléphone portable de votre proche reste éteint trop longtemps ou hors de la zone de couverture.
Les heures ou les jours qui passent lorsqu’un membre de la famille est victime d’une détention arbitraire nous défient par leur mélange d’invraisemblance et d’anxiété, pour ceux d’entre nous qui attendent à la maison. Pendant ces heures, la collision entre ces « deux mondes » se manifeste par une angoisse sans limite.

Boris González Arenas, époux de l’auteur de l’article, lors d’une de ses arrestations.

Le chemin à suivre après la confirmation de l’arrestation varie en fonction de ce que l’on sait de l’événement. Nous ne sommes pas toujours témoins de l’arrestation, nous en prenons parfois connaissance par un ami ou un témoin anonyme ; il n’est presque jamais possible de savoir dans quelle unité de police (ou dans quel bureau non identifié, ou sur quel terrain vague) ils ont emmené la personne arrêtée. Le pire scénario est celui où nous ne sommes même pas sûr de l’arrestation, ni de l’heure à laquelle elle a eu lieu. À partir de ce moment-là, une machine faite de routines et d’expériences propres à chaque épisode commence à fonctionner, qui dans un certain sens devient plus fluide grâce à l’expérience.
I. Dénoncer ce qui s’est passé est, logiquement, la première étape. C’est ainsi que s’active le réseau des premiers contacts – journalistes indépendants et amis solidaires – qui seront un soutien inestimable. La bonne chose, c’est que de plus en plus de pieds viennent s’ajouter à la table. Les réseaux sociaux numériques sont l’endroit où vous pouvez joindre votre propre voix à celle des autres qui s’en font l’écho.
II. Une grande partie de l’énergie devra être consacrée à essayer de découvrir où notre parent est détenu. Le téléphone devient pratiquement le seul champ de bataille, vous devrez passer des heures collées à l’appareil. Comme pour les premiers contacts, il est nécessaire de disposer des numéros de tous les commissariats de la ville, des autres centres de détention tels que le Vivac, des services d’information de la Police nationale révolutionnaire, du Service d’attention à la population du ministère de l’Intérieur et du bureau du procureur général de la République. Les tournées d’appels téléphoniques vers toutes les unités de police, entre les lignes occupées, les redirections et les réponses de type « négatif » ou « le détenu n’est pas là, car il n’apparaît pas dans le système », sont mises en correspondance les unes avec les autres.
Il est pratiquement improbable que dans l’un de ces endroits on vous réponde que oui, le membre de votre famille se trouve dans une cellule de cette unité. Cependant, il est certain que l’un des numéros que vous avez appelés correspond à l’endroit où votre proche se trouve derrière les barreaux. En prendre connaissance a posteriori, c’est comme « le truc que vous n’avez pas vu » dans les films, mais cette fois, au lieu d’en rire, cela provoque de la colère et de la frustration. Une astuce consiste à appeler au moment de la relève des officiers en charge du téléphone, bien qu’on ne soit pas toujours sûr de l’heure où elle a lieu. C’est de cette façon que cela s’est passé la seule fois où j’ai su où se trouvait mon mari avant sa libération. Apparemment, l’officier entrant n’avait pas encore été averti que le détenu était un « CR » (contre-révolutionnaire) et donc dépendant de la Sécurité d’État.
J’aime tenir le registre de chaque appel de ces tournées téléphoniques. Je le note dans un carnet que j’ai pris au hasard une des premières fois, et que je garde dans un tiroir que je connais bien. C’est un carnet qu’une de mes nièces a fabriqué il y a des années avec des feuilles de papier blanc qui ont été pressées. Sur la première page, on trouve son nom avec une écriture d’enfant et un autocollant « Hello Kitty ». (Ma nièce est maintenant une jeune femme vivant dans un autre pays.) Là, en plus des nouveaux numéros de téléphone que j’ajoute à chaque arrestation, je note les réponses que je reçois et les heures exactes des appels. Au risque de paraître obsessionnelle, je trouve que c’est une bonne méthode. Vous seriez surpris de la variété des incohérences et du cynisme qu’il est possible de recevoir en réponse.

Carnet sur lequel l’auteur de l’article note chacune de ses démarches auprès de la police.

Se présenter en personne à l’une des unités de police est une bonne stratégie, mais elle n’est malheureusement pas très réalisable : il faudrait connaître l’endroit où se trouve le détenu. Si le lieu et l’heure de l’arrestation sont connus, une option est de se rendre à l’unité principale la plus proche, car ils sont souvent conduits là dans un premier temps avant d’être dirigés vers d’autres unités de police, le plus souvent très éloignées de leur domicile.
Entre les tentatives de s’informer auprès de la police s’intercalent les appels vers le téléphone portable de la victime. Tant qu’il reste éteint ou hors de la zone de couverture, cela confirme l’arrestation. J’appelle toutes les heures. C’est une façon de raviver l’espoir, c’est le moment de plus grande proximité et d’intimité avec la personne qui nous manque le plus, même si les appels n’aboutissent jamais.
III. Ceux d’entre nous qui attendent à la maison se réaffirment comme le soutien inconditionnel de ceux qui se trouvent quelque part, et mal, dans une cellule et, avec le courage qu’ils nous délèguent, nous nous protégeons de la moindre réticence parmi nos connaissances. Le soutien de personnes de confiance et d’alliés est une consolation salvatrice pour ceux d’entre nous qui souffrent de l’attente. Dans mon carnet, je note également le nom de tous ceux qui m’appellent ou m’écrivent sur internet. Leur aide n’est jamais superflue. C’est, sans aucun doute, le bilan positif de l’événement ; et le plus beau témoignage d’un Cuba parfois caché, mais vivant.
Ce soutien vient avant tout des personnes qui vivent à la maison. Toutes doivent accepter, au moindre coût émotionnel, que la famille est passée dans un mode de vie particulier où chacun sert les autres du mieux qu’il peut, avec tolérance et patience. Les enfants sont inclus dans cette alliance, même s’ils sont petits et ne peuvent pas saisir tout ce qui se passe, mais ils sont toujours capables de comprendre que leur mère, leurs grands-parents, leurs oncles, ont aussi besoin d’eux.
IV. En un peu plus de cinq ans, nous avons traversé différentes phases pour communiquer avec nos enfants au sujet d’une arrestation de leur père. D’abord, en commençant par leur dire qu’il était absent pour des raisons professionnelles, quand ils étaient petits ; en impliquant ensuite notre fille aînée mais en présentant une autre version au plus petit ; jusqu’à désormais les informer clairement tous les deux. Cela n’a plus de sens de camoufler la réalité après que notre plus jeune fils a été témoin d’une irruption d’agents de la Sécurité d’Etat, prélude à une arrestation, alors qu’il se rendait dans un parc avec son père. Le message aux enfants est, en définitive, clair comme du cristal et ne nécessite pas beaucoup de variation avec l’âge : ton père est un homme bon, tel que tu le connais ; quoi qu’on te dise, tu ne dois pas cesser de penser cela ; quand il rentrera à la maison, nous l’aimerons plus que jamais.
Les enfants savent mieux que quiconque apporter le calme et la fraîcheur dans ces moments-là, simplement par leur présence. Il est alors préférable de limiter au maximum les obligations. Cet après-midi-là, chez moi, ils ne font pas leurs devoirs s’ils ne le veulent pas, ils ne vont pas en cours d’anglais après l’école, ils mangent des repas simples qui ne demandent pas beaucoup de temps pour être préparés. La famille fait bloc à son poste de commandement.
V. En ces journées où un être cher est détenu, l’anxiété est la force qui ronge et affaiblit, le trou noir dont il faut se protéger. Marcher, respirer, essayer de prier ou de méditer, prendre une infusion ou un anxiolytique, les stratégies se fondent sur notre nature, l’expérience et les possibilités. L’anxiété peut également revenir sous d’autres formes dans les jours qui suivent la libération. Soyez patient, revenez à la vie à votre propre rythme, recevez de tout votre cœur celui qui était en cellule jusqu’à hier. Respirez, et rappelez-vous qu’un chapitre supplémentaire sur le chemin vers un pays heureux vient de se clore.

Juliette Isabel Fernández Estrada
(La Havane, 10 juillet 2020)

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* CDR (comités de défense de la Révolution) : organisation de quartier liée au Parti communiste, théoriquement chargée de défendre les intérêts de la Révolution cubaine et de promouvoir les acquis de celles-ci, mais qui dans les faits sert plus souvent de « police parallèle » de surveillance et de mouchardage.

Source : « Diario de Cuba ».
Traduction : Floréal Melgar.

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Le 28 mai 1987, Rafael Del Pino Diaz, pilote dans l’armée de l’air cubaine, fuyait son pays, avec femme et enfants, pour se réfugier aux Etats-Unis à bord d’un Cessna 402.
Rafael Del Pino Diaz avait rejoint, à 17 ans, en décembre 1955, le mouvement du 26-Juillet, fer de lance de la révolution cubaine dirigé par Fidel Castro. Il fut arrêté et emprisonné en 1957 pour appartenance à ce mouvement et contraint ensuite à l’exil au Venezuela. Au début de l’année 1958, il revint à Cuba et rejoignit les révolutionnaires dans les montagnes de la Sierra Maestra. Après la victoire de la révolution, il devint pilote de combat dans l’armée de l’air cubaine et joua d’ailleurs un rôle décisif lors de l’épisode de la baie des Cochons, en avril 1961, en abattant deux Douglas B-26 américains et en coulant plusieurs navires. Ses désaccords avec Fidel Castro et son désir de voir le pays se démocratiser l’amenèrent finalement à rompre avec le « Lider Maximo » et à fuir Cuba. Le régime castriste, suivant en cela les bonnes vieilles traditions staliniennes, fit alors venir sa mère, très âgée, devant les caméras de la télévision d’Etat pour lui faire réciter la leçon qui lui fut dictée et dire ainsi tout le mal qu’elle pensait de son fils.
Le 13 juillet 1994, 72 citoyens cubains tentèrent de fuir leur pays à bord du remorqueur « 13-Mars ». Pris d’assaut par quatre bâtiments de la marine d’Etat équipés de lances à haute pression, le remorqueur fit naufrage, entraînant la mort de 41 personnes, dont 10 enfants. Là encore, le scénario fut le même, le régime obligeant certains des survivants à s’autodénigrer publiquement.
L
e 24 juin dernier, Hansel Hernández Galiano, un jeune homme noir de 27 ans, était abattu à coups de pistolet par un membre de la Police nationale révolutionnaire (sic) à Guanabacoa (voir « Vaste opération répressive à Cuba »). Pour contrer la vague d’indignation que cette mort violente a suscitée dans l’île*, le régime vient encore une fois d’avoir recours aux mêmes méthodes immondes. Le journal Tribuna de La Havana, daté du jeudi 9 juillet, a fait paraître un texte, intitulé « La dignité d’une famille cubaine face au mensonge et à la manipulation », signé par une journaliste-carpette officielle, assurant que la propre mère et la belle-mère du jeune homme décédé réaffirment leur soutien à la Révolution et font confiance à la gestion de l’affaire par le gouvernement, tout en condamnant ceux que cette mort a scandalisés et qui ont critiqué les violences policières. Les photos de ces deux femmes, prises à l’intérieur d’un bâtiment officiel, illustrent l’article. Rappelons que ladite « gestion » a consisté jusque-là, à la télévision comme dans la presse, à salir copieusement la mémoire du jeune homme en question. A vomir !

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* Un autre Cubain de 38 ans a, depuis, trouvé la mort dans les mêmes circonstances, à San Cristobál, dans la province d’Artemisa.

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Aujourd’hui : Armando Abascal Serrano.
La Sécurité d’État cubaine a arrêté, mercredi 8 juillet, l’activiste et opposant Armando Abascal Serrano alors qu’il se livrait à une protestation pacifique en s’étant enchaîné dans un parc de Jovellanos, dans la province de Matanzas, pour la confiscation de son matériel de pêche et l’imposition d’une amende pour pêche illégale présumée.

Armando Abascal Serrano.

Le samedi précédent, une patrouille de police avait arrêté le camion dans lequel Abascal Serrano circulait avec d’autres personnes, en provenance de Playa Giron, où ils étaient allés pêcher. « Un officier de police et un inspecteur ivre, sans masque, ont arrêté le camion et confisqué son matériel de pêche, a déclaré Annia Zamora Carmenate, son épouse et militante du mouvement des Dames en blanc, au site Diario de Cuba. Lorsqu’ils sont arrivés au poste de police de Playa Larga pour dénoncer ce qui s’était passé, les policiers n’avaient pas connaissance que cette patrouille avait procédé à cette saisie, ils ont donc été priés de revenir le lundi, a-t-elle ajouté. Le lundi, on nous a dit qu’il fallait faire une réclamation au Bureau provincial de la pêche. Nous avons déposé plainte le mardi pour les violations subies, comme le fait que les policiers et les inspecteurs ne portaient pas de masque, ce qui est considéré comme une propagation d’épidémies. Nous n’avons pas été écoutés. Mercredi, Abascal s’est rendu au Bureau provincial de la pêche à Matanzas pour remettre tous les procès-verbaux, mais ils n’ont pas été acceptés. En signe de protestation, il s’est enchaîné dans ce parc », a déclaré Annia Zamora Carmenate.
Cinq pêcheurs sont touchés par cette saisie de matériel, effectuée une fois encore sans mandat légal. Les amendes infligées aux pêcheurs sont de 200 pesos, plus une de 50 pesos pour le conducteur du camion dans lequel ils circulaient. Selon Iván Hernández Carrillo, secrétaire général de l’Association syndicale indépendante de Cuba (ASIC), Armando Abascal Serrano a été emmené par la police politique de la ville de Jovellanos, où il est toujours détenu.

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Aujourd’hui : Ramón Rodríguez Gamboa.
Le Mouvement d’opposition pour une nouvelle république (MONR) a confirmé au site CubaNet qu’un de ses militants, Ramon Rodriguez Gamboa, 58 ans, est en prison, devenant ainsi le 135e prisonnier politique cubain. Il se trouve incarcéré dans la prison de Valle Grande après avoir été condamné à un an d’emprisonnement pour le délit présumé de « propagation d’épidémies ».

Ramon Rodriguez Gamboa.

Selon José Diaz Silva, leader du MONR, Ramon Rodriguez n’est pas autorisé à recevoir des appels. Selon le leader du MONR, il y a deux mois Ramon Rodriguez a été arrêté pour avoir écrit des messages de protestation sur les murs de la municipalité de Santiago de las Vegas. Il avait été libéré sous caution de 1000 pesos pour « agression ».
« Ils s’attaquent aux militants les plus discrets, ceux qui sont à peine connus mais qui sont efficaces sur le terrain », affirme José Diaz Silva.
Actuellement, le MONR compte neuf membres en prison pour des raisons politiques, dont Silverio Portal, qui est dans un état de santé très délicat, et Adrian Curuneaux, qui attend également d’être jugé dans la prison de Valle Grande.

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Le déshonneur des laquais

Le simple fait que le biologiste et opposant au régime castriste Ariel Ruiz Urquiola ait réussi à se faire entendre du Conseil des droits humains de l’ONU (voir « Ariel Ruiz Urquiola devant le Conseil des droits humains de l’ONU »), et bien que cette audience ait été en partie sabotée par la délégation cubaine assistée des dictatures chinoise, nord-coréenne et érythréenne, a mis le régime de La Havane en fureur. C’est en effet la première fois qu’un activiste cubain parvient à se faire entendre en personne, et officiellement, par l’une des instances de l’ONU.

Irma la dure.

Compte tenu de l’importance que l’événement a prise sur les réseaux sociaux et des milliers de messages de reconnaissance saluant le courage et la ténacité du biologiste, la télévision cubaine – télévision d’Etat – s’est donc crue obligée d’évoquer cet événement, mais évidemment à sa manière. Le régime a pour cela délégué l’un de ses toutous apprivoisés des plus serviles, la journaliste (sic) Irma Shelton, pour user du vocabulaire habituel et peu original réservé aux opposants politiques. C’est ainsi qu’Ariel Ruiz Urquiola a été présenté à son tour comme « un mercenaire au service de l’Empire», un « personnage fabriqué de toutes pièces par la machinerie anticubaine établie aux Etats-Unis », tenant un discours « rémunéré » (devinez par qui) destiné « à discréditer son propre pays ».
L’intervention télévisée de cette domestique particulièrement bien dressée du régime dictatorial cubain a bien sûr entraîné des tas de commentaires moqueurs sur les sites et blogs d’opposition cubains. Ce sera pour moi l’occasion de vous proposer la lecture, ci-dessous, d’une réflexion qu’a publiée sur les réseaux sociaux l’un de mes amis cubains, David Orret Cisneros.

« Dans un système totalitaire qui se maintient par un contrôle idéologique violent, les véritables répresseurs se trouvent parmi les journalistes, ceux qui défendent leur accès exclusif aux médias, se réveillant chaque jour prêts à mentir, à déformer, à cacher, à manipuler la vérité et à manipuler nos esprits et si possible, comme le font les pires d’entre eux, nos émotions.
Ils savent, ils savaient avant même de commencer, combien leur mission serait abjecte, ils savaient ce qu’ils pourraient dire, ce qu’ils ne pourraient pas dire, ils savaient que les limites de leurs reportages ne servent qu’au maintien d’un pouvoir dont la démonstration immédiate de son illégitimité réside précisément dans ces limites violemment imposées et servilement acceptées par eux.
Travailler comme journaliste dans un média conçu pour contrôler l’opinion, et non pour exprimer des opinions, c’est exactement le contraire du métier de journaliste, c’est plutôt être le cerbère de la liberté que l’on réprime d’abord en soi-même pour ensuite la réprimer chez les autres.
Si à Cuba existait la liberté d’expression, de la presse, d’association, de pensée, quoi que vous défendiez, et même si vous défendiez ce qu’ils défendent maintenant, le journalisme serait un journalisme digne, mais aujourd’hui ce que vous défendez c’est précisément le manque de liberté, l’absence d’options ou de nuances, et donc en plus d’être indigne, vous n’êtes pas journaliste, vous êtes un répresseur, un chien qui sourit de façon tragique et souvent affectée. »

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Ce vendredi 3 juin en fin de matinée, le biologiste Ariel Ruiz Urquiola était reçu par le Conseil des droits humains de l’ONU, à Genève. Pour cela, il aura fallu auparavant que cet opposant cubain fasse une grève de la faim et de la soif de cinq jours devant le siège genevois de cet organisme (voir « Ariel Ruiz Urquiola en grève de la faim »). Le texte ci-dessous est la traduction de l’article paru sur le site « Diario de Cuba », qui relate le déroulement de cette rencontre, sabotée par les représentants des dictatures cubaine, chinoise et nord-coréenne.

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L’intervention du scientifique cubain Ariel Ruiz Urquiola lors de la 44e session ordinaire du Conseil des droits humains des Nations unies a été interrompue à cinq reprises par le représentant du gouvernement cubain.
Ruiz Urquiola, qui occupait pour l’occasion le poste que lui avait cédé l’ONG Ingénieurs du monde, a commencé par s’adresser au haut rapporteur pour les droits de l’homme : « Merci beaucoup pour votre importante déclaration à Cuba le 6 novembre 2019, où vous avez parlé des violations des droits de l’homme dont souffre… », mais a été interrompu à cet instant par le représentant du régime cubain, qui a demandé que l’intervention soit suspendue.

Ariel Ruiz Urquiola à Genève.

Peu après, Ariel Ruiz Urquiola a ajouté que les médecins cubains « sont envoyés par le gouvernement pour travailler à l’étranger dans des conditions défavorables, en violation du pacte international relatif aux droits civils et politiques. L’impact de cette exploitation sur le système de santé publique… ». Il est alors interrompu une deuxième fois. Le représentant du régime fait valoir que « la personne qui prend la parole fait référence à des questions non prévues dans l’ordre du jour en discussion », puisque, selon lui, l’exposé du scientifique devrait être fondé sur une « approche des droits de l’homme plutôt qu’une approche exclusivement pénaliste ». Le fonctionnaire a également allégué qu’Urquiola « essaie de créer un lien entre la coopération médicale internationale de Cuba et le trafic d’êtres humains, ce qui est inacceptable et étranger à ce débat (…) ». Les représentants du Venezuela, de l’Erythrée et de la Chine ont à leur tour soutenu le fonctionnaire cubain.
La représentante de l’Australie, pour sa part, a défendu le droit de Ruiz Urquiola à poursuivre son propos, qui a de nouveau été interrompu après qu’il a déclaré que « l’argent collecté ne bénéficie pas à la santé, ni aux traitements oncologiques de première nécessité, aux tests de diagnostic à haute résolution, comme cela s’est produit avec le patient 322597, ma sœur, qui a cessé de suivre une immunothérapie, par manque… ». Le représentant cubain est alors intervenu de nouveau pour accuser M. Urquiola de « manipuler cet espace avec des questions totalement étrangères à l’ordre du jour en cours de discussion ». Le délégué nord-coréen a ensuite manifesté son soutien à la délégation cubaine. « … par manque de médicaments et par l’utilisation d’un placebo au lieu du principe actif comme méthode de torture pour la briser, jusqu’à son expulsion en tant que professeur à l’université de La Havane… », a poursuivi Ruiz Urquiola, alors interrompu pour la quatrième fois par le diplomate cubain.
Reprenant la parole, Ariel Ruiz Urquiola a déclaré que ces mécanismes sont utilisés « pour réprimer le citoyen cubain ordinaire, vivant sous un régime d’esclavage moderne, qui peuvent passer par l’inoculation du VIH à celui qui est en désaccord… ». Il a alors été interrompu pour la cinquième fois par le représentant du régime. « … comme c’est le cas du patient 2321, c’est-à-dire moi, à l’hôpital provincial de Pinar del Río », a-t-il poursuivi, jusqu’à ce qu’il soit finalement interrompu par le vice-président du Conseil des droits humains des Nations unies, qui présidait la session.
L’intervention de M. Urquiola, qui avait droit à 90 secondes de parole, selon les règles de ce type de session, a finalement duré 13 minutes en raison des interruptions constantes du diplomate cubain et des pays alliés, qui ne lui ont pas permis de s’exprimer avec tranquillité.

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Commentaire personnel : on peut bien sûr se demander si cela vaut la peine de se lancer dans une grève de la faim et de la soif pour qu’ait lieu finalement cette mascarade. Le fait de n’attribuer qu’une minute et demie de parole à une personne venue dénoncer la négation des droits humains les plus élémentaires dans son pays serait déjà assez comique si le sujet n’était aussi grave. Ensuite, que des représentants de dictatures avérées comme le sont Cuba, la Chine et la Corée du Nord puissent faire partie d’une commission chargée de veiller au respect des droits de l’homme dans le monde relève d’une imposture flagrante, propre à disqualifier totalement cet organisme.
Les opposants et activistes cubains les plus en vue, tel Ariel Ruiz Urquiola, ont toujours fait savoir qu’ils opteraient pour des actions pacifiques et des démarches auprès des ONG et des organismes internationaux œuvrant dans le domaine des droits humains. Cette option est respectable, et on ne peut que saluer leur courage et leur détermination, même si on est en droit de penser que cela ne sert pas à grand-chose. Mais, comme disait l’autre, que faire ?

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Dans plusieurs villes des Etats-Unis comme à Paris, à l’occasion des affaires George Floyd et Adama Traoré, on a pu voir quelques manifestants, communistes, gauchistes, ignorants ou imbéciles, ou le tout mêlé, arborer sur leur T-shirt l’inévitable et célèbre portrait d’Ernesto Guevara, dit le Che.
Ces manifestations d’idolâtrie guévariste sont ici d’autant plus lamentables que la détestation dont Guevara fit preuve à l’égard des Noirs est amplement avérée. A Cuba, entre autres endroits, quiconque n’est pas adorateur servile du régime vous dira que les déclarations ouvertement racistes du révolutionnaire professionnel, après sa lamentable tentative d’exportation de la révolution dans l’ex-Congo belge, sont bien connues. Mais son racisme venait de plus loin. Avant d’être le fusilleur en chef et épurateur de la révolution cubaine avec son compère Raúl Castro, Guevara avait écrit ceci, dans son journal de voyage en Amérique du Sud (
Diarios de Motocicleta), lors de son passage à Caracas : « Les Noirs, ces magnifiques spécimens de la race africaine qui ont conservé leur pureté raciale grâce à leur peu de goût pour le bain, ont vu leur territoire envahi par un nouveau spécimen d’esclave : le Portugais. Le mépris et la pauvreté les unissent dans leur lutte quotidienne, mais la manière différente d’affronter la vie les sépare complètement ; le Noir indolent et rêveur dépense ses sous en frivolités ou en coups à boire, l’Européen a une tradition de travail et d’épargne qui le suit jusque dans ce coin de l’Amérique et le pousse à progresser, indépendamment même de ses aspirations individuelles. »

Une violence maladive
Les historiens sérieux, donc non hagiographiques, ont par ailleurs souligné sa fascination morbide pour les armes à feu et son fort penchant pathologique pour la violence. Cet homme fut en effet un bourreau sans pitié. Voici comment Guevara a décrit son premier assassinat à l’époque de la guérilla : « Comme je saisissais ses affaires, je n’arrivais pas à lui arracher sa montre qu’il avait attachée à sa ceinture avec une chaîne, alors il m’a dit d’une voix qui ne tremblait pas, sans peur : « Arrache-la, mon garçon, totalement… » C’est ce que j’ai fait, et ses affaires sont entrées en ma possession. J’ai mis fin au problème en lui tirant un coup de pistolet de calibre 32 dans la tempe droite. Il a haleté pendant un petit moment et il est mort. » Se référant à cet assassinat, le Che écrivit à son père, dans une lettre : « Je dois te confesser, papa, qu’à ce moment-là j’ai découvert que j’aime vraiment tuer. »
Quiconque veut aller au-delà de la célèbre photo de Korda sait que la première fonction que Guevara a occupée après avoir pris le pouvoir à Cuba a été de diriger une prison. Lors d’une apparition à la télévision, en février 1959, le Che déclarait que, « à La Cabaña*, toutes les exécutions se font sur mes ordres express ». Il y eut plusieurs centaines d’exécutions suite à des procès sommaires qui ont bien sûr été menés sans aucune garantie d’aucune sorte pour les condamnés. On sait en outre que ces exécutions visèrent non seulement d’anciens partisans du dictateur précédent, Batista, mais aussi des révolutionnaires qui n’acceptèrent pas l’instauration d’une nouvelle dictature par le Parti communiste. À l’époque, il déclarait à José Pardo Llada**,
révolutionnaire et ami personnel de Fidel Castro, qui choisira l’exil en 1961, que « pour envoyer des hommes au peloton d’exécution, les preuves judiciaires sont inutiles. Ces procédures sont un détail bourgeois archaïque. Ici, c’est une révolution ! Et un révolutionnaire doit devenir une froide machine à tuer motivée par la haine pure ».

Cour de la prison de La Cabaña où furent exécutés des centaines de prisonniers.

Guevara n’a d’ailleurs jamais hésité à revendiquer publiquement ses crimes. Par exemple, le 11 décembre 1964, lors de son deuxième discours à l’Assemblée générale des Nations unies, il déclarait : « Nous devons dire ici ce qui est une vérité connue, que nous avons toujours exprimée au monde : exécutions, oui, nous avons exécuté, nous exécutons, et nous continuerons à exécuter aussi longtemps qu’il le faudra. Notre combat est une lutte à mort. »

Homophobe et psychopathe
Mais le Che ne fut pas seulement le « boucher de La Cabaña », comme on le surnomma alors. C’est lui qui organisa la construction du camp de travail forcé de Guanahacabibes, destiné à l’origine aux homosexuels et dont la devise, qui rappelle quelque chose d’assez nauséabond, était « Le travail en fera des hommes », comme le raconte le documentaire Conducta impropia (« Mauvaise conduite » en français).
La révolution cubaine, on le sait, s’empare officiellement du pouvoir le 1er jancier 1959. Dès l’année 1960, c’en est fini de la liberté d’expression dans le pays, et bien vite les médias autorisés (journaux, radio et télévision) seront tous placés sous la coupe du Parti communiste. Dans le livre évoqué plus haut, Fidel y el Che, Guevara déclare : « Nous devons mettre fin à tous les journaux, car une révolution ne peut se faire avec la liberté de la presse. Les journaux sont les instruments de l’oligarchie. » Ce degré de fanatisme du Che se reflète d’ailleurs dans sa vie personnelle. Dans une lettre de juillet 1959 adressée à sa mère, il écrit : « Je n’ai pas de maison, pas de femme, pas d’enfants, pas de parents, pas de frères et sœurs, mes amis sont mes amis tant qu’ils pensent politiquement comme moi. »
Ses thuriféraires les moins stupides admettront que c’était sans doute un criminel, révolution oblige,
mais continueront à prétendre naïvement ou mensongèrement, selon les cas, qu’au moins il s’est battu pour les droits des travailleurs et qu’il mérite pour cela la reconnaissance de ces derniers. Il est alors nécessaire de rappeler que les syndicats furent « purgés » de tous leurs représentants non communistes dans la ligne, ce qui faisait beaucoup de monde, et que la Centrale des travailleurs de Cuba (CTC) devint dès lors non plus la voix du monde du travail auprès des entreprises et de l’Etat, mais la représentation de l’Etat et du Parti auprès des travailleurs. Dans un discours télévisé, le 26 juin 1961, alors qu’il est ministre de l’Industrie, Guevara déclarait : « Les travailleurs cubains doivent s’habituer à vivre dans un régime de collectivisme et ils ne peuvent en aucun cas faire la grève. » Près de soixante ans plus tard, c’est toujours le cas. En matière de lutte pour le droit des travailleurs, on a fait mieux…
Si le Che n’était manifestement pas très porté sur le syndicalisme, il est en outre assez cocasse de lire ou d’entendre ici ou là que son effigie est devenue un symbole de paix. Le moins qu’on puisse dire c’est que ça n’est certes pas en raison de ce qu’il a fait et dit dans sa vie. Après la crise des missiles, le numéro du 21 décembre 1962 du
Time publiait ses déclarations faites à Sam Russell, du journal socialiste londonien Daily Worker, dans lesquelles il regrettait de ne pas avoir eu l’occasion de lancer une guerre nucléaire : « Si les missiles étaient restés, nous les aurions utilisés contre le cœur même des États-Unis, y compris New York. Nous ne devons jamais établir une coexistence pacifique. Dans cette lutte à mort entre deux systèmes, nous devons remporter la victoire finale. Nous devons suivre le chemin de la libération, même si cela coûte des millions de victimes atomiques. »
Durant toute la période où Guevara est resté à Cuba, il eut le temps de démontrer sa totale incompétence dans les affaires de l’Etat, laissant l’économie cubaine exsangue avant d’aller jouer au superman en quelques endroits de la planète. Castro l’envoya donc faire la guérilla en Afrique et en Bolivie, où là encore il se révéla piètre stratège. Guevara a été exécuté en Bolivie le 9 octobre 1967. Cette même année, il a laissé une sorte de testament politique dans un message à la Tricontinentale. C’est là qu’il écrivit sa célèbre phrase sur la nécessité de créer « deux, trois, plusieurs Vietnam » – une tâche dans laquelle il a personnellement échoué, comme dans toutes les autres : « La haine comme facteur de combat, une haine intransigeante envers l’ennemi, qui pousse au-delà des limites naturelles de l’être humain et le transforme en une froide machine à tuer efficace, violente et sélective. Nos soldats doivent être comme ça ; un peuple sans haine ne peut pas triompher d’un ennemi brutal. »
Lors du premier anniversaire de sa mort, le magazine Verde Olivo, qu’il avait contribué à créer, a publié ces paroles édifiantes : « La voie pacifique est éliminée et la violence est inévitable. Pour parvenir à des régimes socialistes, des rivières de sang devront couler et la voie de la libération devra être poursuivie, même si c’est au prix de millions de victimes. » Comme symbole de paix, là encore on doit pouvoir trouver mieux…
Voilà donc le personnage que la gauche a idéalisé depuis des décennies. Voilà aussi toutes les saloperies que communistes, gauchistes, ignorants et imbéciles justifient en revêtant ou arborant des T-shirts et drapeaux sur lesquels trône la « belle gueule » de cet assassin psychopathe.

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* La Cabaña: nom de la prison de La Havane où Guevara installa son quartier général le 2 janvier 1959 et où il se plut à assister ou même à participer aux centaines d’exécutions qui y eurent lieu.
** Fidel y el Che, de José Pardo Llada, 1988.

 

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Le 24 juin dernier, un jeune homme noir de 27 ans, Hansel Hernández Galiano, a été abattu par la police à Guanabacoa, à l’est de La Havane. La nouvelle s’est très vite répandue dans l’île, grâce aux réseaux sociaux, provoquant une intense émotion. Dans un premier temps, la famille du jeune homme et nombre de Cubains ont exigé de savoir dans quelles circonstances il avait été abattu par deux membres de la Police nationale révolutionnaire (sic). Le régime mettra trois jours avant de reconnaître les faits et, comme à son habitude, de salir à outrance la mémoire du défunt en le qualifiant, entre autres, de « délinquant » et en l’accusant d’avoir jeté des pierres en direction des policiers, comme pour mieux justifier cette exécution brutale.

Hansel Hernández Galiano.

Des témoins ont laissé entendre que le jeune homme avait été atteint dans le dos par les tirs, mais ni sa famille ni personne d’autre ne pourra désormais le vérifier car les autorités se sont empressées d’envoyer le corps à la crémation, sans avoir pratiqué d’autopsie, mettant en avant, pour justifier cet empressement, les mesures sanitaires nécessaires en temps de pandémie.
Face à cette scandaleuse attitude du gouvernement cubain, nombre d’activistes et de membres de la société civile avaient décidé d’appeler à des manifestations dans plusieurs villes de l’île, mardi 30 juin, pour protester contre les violences policières, exiger des éclaircissements quant à la mort de Hansel Hernández Galiano, et soutenir la famille du jeune homme, qui s’est réfugiée dans le silence depuis que la police politique l’a clairement menacée si elle continuait de s’adresser à des médias indépendants, comme elle l’a fait dans un premier temps.
Dès le lundi soir, un déploiement militaire et policier hors du commun a pu être observé à La Havane dans le quartier où était prévu le rassemblement du lendemain. Les manifestations, en dehors des défilés officiels organisés par le régime, sont interdites à Cuba. Cette présence militaro-policière n’étant apparemment pas suffisante, le ministère de l’Intérieur s’est livré dans le même temps à des arrestations préventives et à ce qu’on pourrait appeler des détentions domiciliaires, nombre d’opposants connus étant empêchés de sortir de chez eux par la police.
Parmi les dizaines de personnes arrêtées ou empêchées de quitter leur domicile* dès le lundi soir ou le mardi matin figurent les artistes Tania Bruguera, Maykel Osorbo et Luis Manuel Otero Alcantara, Jany Corrales, Alexeis Mora et Yenifer Castañeda, Yeilis Torres Cruz, le coordinateur national du Comité des citoyens pour l’intégration raciale Juan Antonio Madrazo Luna, José Daniel Ferrer García et son fils José Daniel Ferrer Cantillo, Ebert Hidalgo Cruz et son fils Evert Luis Hidalgo Cruz, Aníbal Riveaux, Yordanys Labrada, Ruhama Fernández, María Matienzo, Kirenia Yalit Nuñez Pérezse, Leticia Ramos Herrera, le photographe Ariel Maceo Tellez, Michel Matos, Abu Duyanah Tamayo, membre du groupe littéraire Demongeles, Abraham Jiménez Enoa, responsable du site
El Estornudo, Yanisbel Valido, Félix Pérez Salazar, José Díaz Silva, membre du Mouvement des opposants pour une nouvelle république, et le réalisateur Carlos Lechuga.
Par ailleurs, nombre de journalistes indépendants ont vu leur connexion internet interrompue depuis lundi. C’est le cas de Monica Baró, Darío Alejandro Alemán Cañizares, Jancel Moreno, Omara Ruiz Urquiola, Iliana Hernández, Hector Luis Valdés Cocho, Anamelys Ramos Rodríguez, Camila Acosta et Marta María Ramírez, parmi d’autres.
Comme d’habitude, inutile de chercher la moindre information sur cette affaire du côté des médias, de gauche comme de droite, ni dans la presse militante gauchiste, trop occupée ces derniers temps avec le cas de George Floyd.

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* Mercredi 1er juillet, plusieurs organismes comme Reporters sans frontières et l’Observatoire cubain des droits humains estimaient que les arrestations préventives et les détentions domiciliaires concernaient près de 140 personnes.

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