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Archive for the ‘07. Cuba’ Category

Le site d’opposition au régime castriste « Diario de Cuba » m’a demandé un entretien, par l’intermédiaire d’une de ses journalistes indépendantes, Rafaela Cruz, à l’occasion de la parution de mon livre « Cuba : chroniques d’un cauchemar sans fin* », aux éditions L’Esprit frappeur. Je publie ici la traduction française de cet entretien, ainsi que le lien** vers le texte d’origine pour les lecteurs de langue espagnole.

A qui s’adresse ton livre ?
Avant tout, ce livre est destiné aux lecteurs de langue française qui ignorent tout de ce qui se passe à Cuba. Ici en France, mais je pense qu’il en va de même dans toute l’Europe, sauf peut-être en Espagne, les médias n’évoquent pratiquement jamais, à travers des cas concrets, la répression permanente qui règne sur l’île. Les noms de Wilman Villar Mendoza, Oswaldo Payá Sardiñas ou Silverio Portal sont totalement inconnus ici. Et ce n’est que très récemment, il y a quelques jours, que le nom de Luis Manuel Otero Alcántara a été cité par plusieurs quotidiens français à la suite du rassemblement d’artistes et d’intellectuels cubains devant le ministère de la culture, suite à la grève de la faim des membres du MSI. On se demande à quoi servent les correspondants des grands quotidiens français à La Havane. Sans doute sont-ils bien nourris et bien logés, mais on aimerait qu’ils nous informent davantage.
Des décennies de propagande mensongère et un anti-américanisme assez répandu en France ont eu pour conséquence de rendre la « révolution » cubaine sympathique pour beaucoup de gens, et pas seulement les militants et sympathisants communistes, mais dans toute la gauche, l’extrême gauche et jusqu’à des secteurs modérés de la droite française. Tous ces gens-là répètent comme des perroquets le catéchisme castriste sur les bienfaits de la médecine et de l’enseignement à Cuba d’un côté, l’horreur du blocus américain de l’autre. Tu ajoutes à cela tous les clichés sur les plages paradisiaques, la musique cubaine et les vieilles voitures américaines dans la vieille ville de La Havane, et cela te donne une idée de la façon dont le Français moyen s’imagine Cuba. Mais la réalité de la vie quotidienne du peuple cubain, ils ne la connaissent pas, et quand quelqu’un la révèle, ils nient ou ils regardent ailleurs parce que cela met à mal leur fanatisme pour les uns et leurs croyances pour les autres.

Pourquoi Cuba?
Je me suis depuis longtemps intéressé aux pays à régime communiste et à la répression qui a systématiquement sévi dans ces pays, et notamment la répression vis-à-vis des mouvements anarchistes russe, chinois et cubain, puisque j’ai longtemps été militant, à Paris, du mouvement libertaire. Si je parlais la langue chinoise, je ferai le même travail de dénonciation de la répression en Chine, mais il se trouve qu’à part le français je ne comprends que la langue espagnole, étant fils d’un réfugié politique andalou arrivé en France à la fin de la guerre civile d’Espagne. Ce qui m’a donc amené à m’intéresser de plus près à Cuba. Dans le prologue de mon livre, je raconte quel a été l’élément déclencheur. La découverte d’un article datant de juin 1961, dans le journal « Le Monde libertaire », écrit par Gaston Leval, un militant anarchiste qui a bien connu les principaux représentants du mouvement libertaire cubain avant la révolution de 1959. Dès cette époque, il dénonçait la répression qui visait tous ceux qui avaient pris part à cette révolution mais qui se dressaient contre sa prise en main par les communistes. Par la suite, j’ai lu « Histoire de l’anarchisme à Cuba » de Frank Fernandez, et une série d’articles du début des années 60 écrits par ce même Gaston Leval ainsi que par un libertaire cubain exilé, Abelardo Iglesias, dans des revues argentines, « Reconstruir » et « La Protesta », où ils expliquaient déjà ce qu’était l’instauration d’une dictature et d’un pouvoir totalitaire à Cuba. Puis ces dernières années, j’ai consulté régulièrement et assidûment les sites internet cubains créés par des opposants au régime. C’est là que j’ai glané la matière de mon livre.

Qu’as-tu trouvé, humainement, chez les dissidents cubains ?
Beaucoup de courage, en premier lieu. Ce qu’ils font, ce qu’ils écrivent, avec une grande ténacité malgré la répression et le harcèlement permanent de la police politique, provoque mon admiration pour eux. Et puis aussi, envers moi, une tolérance qui m’a un peu surpris. Car j’ai bien conscience que mon engagement libertaire n’est pas partagé par tous les dissidents cubains, mais cela ne les a pas empêché de me témoigner une grande sympathie et un certain intérêt pour mes chroniques.

Tu es un homme de gauche. Cela ne devrait-il pas te situer du côté du gouvernement cubain ?
Non, je ne suis pas un homme de gauche. Je me suis toujours battu pour que le mouvement libertaire auquel j’ai adhéré en France durant plusieurs décennies ne soit pas considéré comme une branche de la gauche ou même plus souvent de l’extrême gauche. L’anarchisme n’est pas un maximalisme. C’est autre chose. A la base, il y a deux grands courants du socialisme, deux troncs différents qui ont chacun fourni des branches diverses : le courant autoritaire, personnifié par Marx, Engels et leurs disciples, qui donnera naissance à plusieurs tendances, de la gauche modérée jusqu’aux marxistes-léninistes fanatiques ; et le courant anti-autoritaire ou libertaire, personnifié d’abord par Proudhon, puis Bakounine, Kropotkine et bien d’autres. Les libertaires ne sont ni de gauche ni de droite, mais ailleurs. Et surtout pas proches des communistes, qui les ont toujours réprimés, jusqu’à la liquidation physique dans les pays où ils ont pris le pouvoir, sans exception. D’une manière générale, je ne peux donc pas éprouver de sympathie pour les militants politiques qui font de la prise du pouvoir leur credo, le pouvoir étant fondamentalement à l’origine de tous les maux. Et je ne peux encore moins me ranger, en particulier, du côté de ceux qui font de ce pouvoir, quand ils l’ont conquis, une forteresse imprenable, répressive et policière, et exercent sur la population une dictature féroce annihilant les droits les plus élémentaires de l’être humain. Je ne suis donc pas du tout du côté du gouvernement cubain, mais du côté de ceux qui subissent sa répression et qui luttent en particulier pour les droits les plus élémentaires, comme la liberté d’expression.

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* Une seconde édition du livre doit paraître dans le courant de ce mois de mars, avec une nouvelle couverture et, de plus, une postface de l’écrivain cubain exilé à Paris Jacobo Machover.
** https://diariodecuba.com/derechos-humanos/1614603262_29175.html

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Une partie des amis cubains présents au rassemblement.

Hier, de 10 heures à midi, à Paris, à l’angle des rues de la Fédération et de Presles, a eu lieu un rassemblement de Cubains vivant en France, pour dénoncer la dictature castriste et en faveur des droits humains les plus élémentaires, bafoués depuis plus de soixante ans sur l’île, ainsi que pour la liberté des prisonniers politiques.
J’y étais, et c’était joyeux et fraternel. Derrière les grilles de l’ambassade, protégés par la police d’un pays dont ils exècrent le régime, les sbires de la dictature ont sorti leurs images pieuses, la photo de Fidel Castro et le drapeau arborant la figure de Guevara, deux assassins, deux cadavres.
Suite à ce rassemblement, l’ambassade cubaine à Paris a fait paraître un communiqué officiel, grand moment de littérature stalinienne de toujours.
Ce qui est peinard pour eux, c’est que les rédacteurs n’ont pas à se fatiguer, c’est le même communiqué depuis des décennies. Il n’y a qu’à changer la date et le lieu. Le voici, dans tout son aspect grotesque :

« Face aux provocations mercenaires qui cherchent un changement de régime à Cuba, le collectif de l’ambassade à Paris a répondu fermement, démontrant que le peuple cubain défendra jusqu’aux ultimes conséquences la révolution, l’indépendance et la souveraineté.
Tandis qu’un groupuscule de mercenaires payés par l’Empire tentaient de manifester aux abords du siège diplomatique cubain à Paris, le collectif de la Mission d’Etat a fait flotter le drapeau de la patrie, au rythme des chansons et des consignes de réaffirmation révolutionnaire et en défense de notre société socialiste, prospère et durable.
Les slogans « Je suis Fidel », « Cuba libre et souveraine », « La patrie ou la mort, nous vaincrons », par la voix des diplomates cubains, ont résonné avec beaucoup de force dans le 15e arrondissement de la capitale française, où se trouve l’ambassade de Cuba.
Vive Cuba libre !
Vive Fidel ! Vive Raúl ! »

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Hommage à Reinaldo Arenas

Le 7 décembre 1990, l’écrivain et poète cubain Reinaldo Arenas mettait fin à ses jours, à New York, où il s’était exilé depuis 1980, fuyant son pays natal où le régime castriste ne cessait de le persécuter pour ses écrits et son homosexualité. Il s’en était expliqué en ces termes : « Mais quel avenir a un écrivain dans un pays où chaque mot qu’il écrit est contrôlé une fois, deux fois par un fonctionnaire du système qui considère la littérature comme un moyen d’augmenter la production ou de chanter les louanges du Parti ? Vous voyez que (bien malgré moi) je suis devenu un écrivain politique. Dans le cas contraire, dites-vous bien, mes amis, que j’aurais tout simplement dû renoncer à être écrivain : il m’aurait fallu me trahir et cesser d’être moi-même. »
Ses écrits critiques envers le régime lui avaient en effet valu de connaître la prison et d’être envoyé, comme des milliers de Cubains dits « marginaux », dans les fameuses Unités militaires d’aide à la production (UMAP), appellation ronflante pour ce qui était en réalité de véritables camps de travail.
Le jour de sa mort, il rédigea cette lettre :
« Chers amis, en raison de l’état précaire de ma santé et de la terrible dépression sentimentale que je ressens à l’idée de ne pouvoir continuer à écrire et à lutter pour la liberté de Cuba, je mets fin à ma vie. Ces dernières années, bien que je me sois senti très mal, j’ai pu terminer mon œuvre littéraire, sur laquelle j’ai travaillé pendant près de trente ans.
Je vous laisse donc en héritage toutes mes terreurs, mais aussi l’espoir que Cuba sera bientôt libre. Je suis satisfait d’avoir pu contribuer, bien que modestement, au triomphe de cette liberté. Je mets volontairement fin à ma vie parce que je ne peux pas continuer à travailler.
Aucune des personnes qui m’entourent n’est impliquée dans cette décision. Il n’y a qu’un seul responsable : Fidel Castro. Les souffrances de l’exil, les douleurs de l’exil, la solitude et les maladies que j’ai pu contracter en exil, je n’en aurais sûrement pas souffert si j’avais vécu libre dans mon pays.
J’exhorte le peuple cubain, en exil comme sur l’île, de continuer à lutter pour la liberté. Mon message n’est pas un message de défaite, mais de lutte et d’espoir.
Cuba sera libre. Je le suis déjà. »

Reinaldo Arenas
(New York, 7 décembre 1990)

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« Il est difficile d’entrevoir dans ces conditions comment pourraient avoir lieu des rencontres entre un ministre du gouvernement communiste de l’île et des gens que ce même gouvernement s’applique à insulter et à calomnier. » C’est par ces mots que se terminait le dernier article* consacré à Cuba et publié ici même le 29 novembre dernier.
La rencontre prévue entre le ministre de la Culture cubain, Alpidio Alonso, et la délégation d’artistes s’étant rassemblés devant le ministère durant la journée du 27 novembre (27N) n’aura donc pas lieu, malgré la promesse faite à cette délégation par le vice-ministre, Fernando Rojas. Au lendemain du rassemblement protestataire inédit à Cuba depuis des décennies, le régime dictatorial employait les grands moyens pour disqualifier et calomnier les participants audit rassemblement, en entonnant le refrain habituel des « mercenaires payés par l’Empire [les Etats-Unis] pour abattre la révolution ». Dans les jours qui ont suivi, cette campagne d’insultes et de diffamation visant nombre d’artistes ayant participé à l’événement n’a fait que croître. Dans le même temps, les opposants au régime les plus en vue, notamment les rédacteurs réguliers des sites d’opposition au régime castriste, se voyaient une énième fois interdits de sortie de leur domicile, et leur accès à internet coupé. Tout cela n’augurait évidemment rien de bon.

La délégation d’artistes à sa sortie du ministère de la Culture le 27 novembre dernier (photo 14yMedio).

Dans un article de la journaliste indépendante Luz Escobar publié ce jour sur le site 14yMedio, on apprend que le ministère de la Culture a publié une note officielle affirmant que la réunion promise ne se tiendra pas, car les artistes qui devaient être reçus, prétend cette note, « ont des contacts directs et reçoivent des fonds, un soutien logistique et de propagande du gouvernement des États-Unis et de ses fonctionnaires » (air connu). Le ministère ne reconnaît aucune des raisons (censure, harcèlement, absence de liberté d’expression, répression) qui ont motivé le rassemblement ayant eu lieu le 27 novembre devant ses locaux, et affirme sans rire que les manifestants comme les trente artistes choisis pour être membres de la délégation reçue alors par le vice-ministre « manquent de légitimité et d’éthique » (sic).
Auparavant, les artistes en question avait adressé au ministre, par courriel, un texte affirmant que leurs représentants avaient été choisis démocratiquement par les manifestants et que leur présence n’était donc pas négociable. Ils demandaient par ailleurs à être accompagnés par le juriste Julio A. Fernández Estrada en tant qu’assesseur légal. Considérant, en outre, que les thèmes à aborder allaient au-delà des attributions du ministre de la Culture, les artistes demandaient que soient également présents le président de la République, Miguel Díaz-Canel, ainsi que des représentants des ministères de l’Intérieur et de la Justice.
Compte tenu des calomnies que les médias officiels ont déversées sur eux dès le lendemain du rassemblement du 27 novembre, sans qu’il leur soit évidemment possible d’y répondre, aucun média d’opposition ne pouvant exister à Cuba, les artistes demandaient que la presse indépendante (c’est-à-dire des Cubains collaborant aux sites internet d’opposition) puisse assister à la réunion. Comme dernière condition, la délégation demandait qu’à la fin de la réunion soit faite une déclaration publique commune exposant les accords obtenus.
Dans sa note officielle d’aujourd’hui, le ministère de la Culture cubain répond que « ceux qui ont instrumentalisé cette manœuvre » ont brisé la possibilité de dialogue en « prétendant inclure » dans leur délégation des personnes « qui se sont exclues elles-mêmes » en raison de « leurs agressions contre les symboles patriotiques, crimes de droit commun et attaques frontales contre la direction de la révolution cubaine, sous couvert d’art », sans préciser à qui ni à quoi ils se réfèrent.
Cette fin de non-recevoir n’a rien de surprenant. Il fallait être d’une naïveté profonde pour penser que la dictature cubaine allait engager un processus de dialogue avec qui que ce soit, surtout après un rassemblement contestataire qu’elle n’a pu réprimer comme à son habitude à cause de sa spontanéité. Il n’en reste pas moins que pour la première fois depuis des décennies des Cubains ont osé défié la dictature, ce qui laisse entrevoir un certain espoir de changement pour l’avenir. Souhaitons-le.

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* Voir https://florealanar.wordpress.com/2020/11/29/cuba-contestation-et-desaccords/

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Le rassemblement en début d’après-midi…

L’intervention brutale de la police au siège du Mouvement San Isidro* (MSI), dans la nuit de jeudi à vendredi, a connu des répercussions jusque-là inédites depuis l’instauration de la dictature castriste à Cuba.
L’information ayant abondamment circulé grâce aux réseaux sociaux, quelques artistes, une vingtaine, se sont regroupés devant le siège du ministère de la Culture, à La Havane, vendredi en fin de matinée. Au fil de la journée, ce rassemblement n’a fait que prendre de l’ampleur, au point qu’en fin de soirée on dénombrait près de trois cents personnes devant le ministère. Bien d’autres Cubains ont d’ailleurs tenté de rejoindre les manifestants, mais bien vite la police a encadré le secteur, coupé l’électricité dans le quartier alentour et empêché les plus déterminés à parvenir à leur fin en leur envoyant des gaz lacrymogènes.
Sans être toutes parfaitement en phase avec le Mouvement San Isidro, les personnes présentes tenaient ainsi à lui manifester leur soutien pour la façon dont le régime et sa police sont intervenus pour mettre fin à une grève de la faim dont l’issue inquiétait de plus en plus de monde, à Cuba même comme à l’étranger. Mais ils tenaient également à faire part de quelques revendications et demandaient pour cela à être reçues par le ministre.
Après des heures d’attente, une trentaine d’entre eux, alors que les représentants du ministère ne souhaitaient en recevoir que deux, ont pu être entendues par le vice-ministre de la Culture, Fernando Rojas. Auparavant, un texte avait été lu à la foule présente par l’une des personnes déléguées, la poétesse Katerine Bisquet. Voici ce que dit ce texte :

« Les artistes et les intellectuels présents ici font partie de la citoyenneté cubaine. Nous revendiquons le droit d’avoir des droits. Nous exigeons le respect et l’exercice des garanties de ces droits :
– Le droit à la liberté d’expression.
– Le droit à la libre création.
– Le droit au désaccord.
Parmi nos requêtes :
– Révision et application des procédures légales à l’encontre de Denis Solis.
– Que l’artiste Luis Manuel Otero soit autorisé à rentrer chez lui.
– La fin du harcèlement, de la répression, de la censure, du discrédit et de la diffamation par les autorités et les médias officiels envers la communauté artistique et intellectuelle cubaine et envers tout citoyen en désaccord avec les politiques de l’État.
– Reconnaissance et respect du positionnement indépendant.
Plus de violence policière !
Plus de haine politique !
Que l’amour et la poésie soient ce qui unit ce peuple. »

Le même en fin de soirée. (Photo Reuters.)

Les personnes reçues par le vice-ministre sont ressorties avec la promesse de l’être à nouveau dans la semaine par le ministre lui-même, ainsi qu’avec l’assurance de pouvoir rentrer chez elles sans être inquiétées par la police politique.
Depuis cette rencontre, l’événement est abondamment commenté par les Cubains sur les réseaux sociaux. Beaucoup voient un encouragement dans le fait que ce rassemblement ait pu avoir lieu sans être aussitôt sévèrement réprimé, ce qui est une première à Cuba. La jeunesse de la grande majorité des personnes présentes est également mise en avant, ainsi que le fait qu’il peut permettre à beaucoup de Cubains d’ouvrir enfin les yeux.
Mais tous ne partagent pas ce point de vue. Nombreux sont ceux, également, qui ont fortement critiqué la demande exprimée d’être reçu par le ministre. Ainsi le musicien Gorki Aguila, membre du groupe rock Porno para Ricardo, constamment réprimé par le régime cubain et par deux fois emprisonné, affirme qu’on ne dialogue pas avec des assassins. D’autres, comme Omara Ruiz Urquiola, qui faisait partie des quatorze membres du Mouvement San Isidro délogés violemment par la police, ont condamné cette rencontre, allant jusqu’à qualifier de « traîtres » et de « déloyaux » les personnes ayant participé à la rencontre. Ces derniers estiment qu’avant de dialoguer avec qui que ce soit, devraient être satisfaites certaines conditions, comme la libération de Denis Solis, dont la condamnation à huit mois de prison fut à l’origine de la grève de la faim des membres du MSI, et le retour chez lui de Luis Manuel Otero Alcántara. Ce dernier a en effet été hospitalisé contre son gré et poursuit sa grève de la faim, tout comme Maykel Castillo « Osorbo » qui, lui, a pu regagner sa demeure.
Le commentaire le plus répandu, et plein de bon sens, veut qu’il serait illusoire de croire en la volonté réelle du gouvernement castriste de vouloir dialoguer, lui qui ne connaît que la répression envers toute voix dissidente. Les faits n’ont d’ailleurs pas tardé à donner raison à ceux qui s’expriment ainsi. Dès le lendemain, en effet, les médias officiels ont évoqué les événements survenus ces derniers jours et entonné pour la énième fois le refrain sur le complot de l’étranger, sur les « mercenaires » ennemis de la révolution payés par les Etats-Unis, etc. Dans le même temps, les liaisons internet et de téléphonie mobile des opposants les plus en vue à La Havane ont été coupées.
Il est difficile d’entrevoir dans ces conditions comment pourraient avoir lieu des rencontres entre un ministre du gouvernement communiste de l’île et des gens que ce même gouvernement s’applique à insulter et à calomnier.
A suivre…

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* Voir https://florealanar.wordpress.com/2020/11/27/cuba-intrusion-policiere-violente-au-siege-du-mouvement-san-isidro/ et aussi https://florealanar.wordpress.com/2020/11/25/greve-de-la-faim-a-la-havane/

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L’écho grandissant que l’action entreprise par des membres du Mouvement San Isidro* (MSI) à La Havane a connu ces derniers jours, aussi bien à Cuba qu’au niveau international, ainsi que les nombreux témoignages de soutien adressés aux grévistes de la faim ont amené le régime castriste a réagir, de la seule façon dont il sait le faire, comme cela était à prévoir.
Dans la nuit de jeudi à vendredi, la police est entrée de force dans les locaux où étaient regroupés, depuis le 16 novembre, les quatorze membres du MSI. Une demi-heure avant l’assaut, la police politique avait pris soin de faire couper le réseau internet et celui de la téléphonie mobile. Une fois de plus, cette intervention a été effectuée sans qu’aucune décision de justice ne l’ait ordonnée. Dans un premier temps, plusieurs policiers, arrivés en ambulance et vêtus d’une blouse blanche, ont tenté de pénétrer dans le siège du MSI en se faisant passer pour des médecins venus surveiller l’état de santé des grévistes de la faim. Dans l’impossibilité où ces faux médecins étaient de prouver leur qualité de soignants, les membres du MSI ont refusé de les laisser entrer. La police est aussitôt intervenue en force, défonçant la porte d’entrée et embarquant toutes les personnes présentes. Les hommes, emmenés dans un fourgon à part, ont été copieusement tabassés, au dire de nombreux témoins ayant assisté à la scène.
Retenus plusieurs heures dans les locaux de la police, la plupart ont été relâchés, mais on reste pour l’instant sans nouvelles de Luis Manuel Otero Alcántara, Osmani Pardo, Jorge Luis Capote et Niober Alexander.

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* Voir https://florealanar.wordpress.com/2020/11/25/greve-de-la-faim-a-la-havane/

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Denis Solis Gonzalez

Le 9 novembre dernier, Denis Solís González, un jeune musicien cubain, était arrêté violemment par des membres de la police politique, la Sécurité d’Etat. Le 11 novembre, il passait en jugement et se voyait condamné à huit mois de prison ferme pour « outrage » envers les autorités, et aussitôt incarcéré à Valle Grande, une prison de haute sécurité située dans la banlieue havanaise. Cette histoire d’outrage est communément avancée par le régime dictatorial pour sanctionner les dissidents qui usent d’une liberté d’expression, interdite à Cuba, sur les sites d’opposition et les réseaux sociaux. Et l’on sait qu’il ne faut pas grand-chose aux représentants du régime pour se sentir « outragés ».
Dans le cas de Denis Solis, la police politique a fait irruption dans sa demeure sans aucune justification. Denis Solis a demandé des explications et un document officiel justifiant cette intrusion, mais les policiers ne lui ont rien fourni. L’un d’eux a simplement enregistré sur son téléphone les protestations et les quelques injures lancées par Denis Solis, ce qui s’explique lorsqu’on pénètre de force dans votre domicile. Deux jours plus tard, ce dernier était accusé d’outrage.
Le 16 novembre, quatorze membres du Mouvement artistique San Isidro* (MSI) se regroupaient au siège de cette association, à La Havane, et certains d’entre eux entamaient une grève de la faim, en soutien à Denis Solís González, pour exiger sa libération. Deux des protestataires, Luis Manuel Otero Alcántara et Maykel Castillo « Osorbo », se lançaient même dans une périlleuse grève de la faim et de la soif. Ces opposants à la dictature en profitaient également pour avancer d’autres revendications, comme évidemment le droit à la liberté d’expression mais aussi la fermeture des boutiques de paiement en dollars, fréquentées par les privilégiés du régime et bien mieux achalandées en produits de toute sorte que celles destinées au petit peuple, où l’on paie en pesos cubains.
Dans un premier temps, la police politique a empêché toute visite et tout soutien sur place aux membres du MSI, bouclant le quartier où ils se trouvent. Le 19 novembre, l’endroit où sont regroupés les grévistes de la faim et protestataires a fait l’objet d’une attaque avec jet d’acide à l’intérieur des locaux. Un rassemblement de soutien dans un parc proche a été empêché par la Sécurité d’Etat, omniprésente. Des correspondants de la presse étrangère ont été agressés, dont, semble-t-il, la représentante de l’AFP.
En Amérique latine, des soutiens se sont manifestés. Deux cent trente artistes et intellectuels de Cuba, du Mexique, d’Argentine, du Venezuela, de Colombie, du Chili, d’Espagne, du Brésil et des Etats-Unis ont signé une lettre ouverte demandant que soit libéré le jeune Denis Solís González afin de mettre fin au danger qui guette les grévistes de la faim et de la soif. Ici, en France, seul le journal Ouest France, dans son édition du 21 novembre, a rendu compte de ce qui se passe actuellement dans la capitale cubaine. Et Olivier Dabène, invité ce matin sur France Culture pour parler de la situation à Cuba, y a fait allusion. A part cela, c’est comme d’habitude le silence total. De son côté, Amnesty International avait publié un communiqué, le 20 novembre, dénonçant une fois de plus les « assauts persistants » du régime contre la liberté d’expression sur l’île.
Au moment où j’écris ces lignes, l’état de santé de Luis Manuel Otero Alcántara et Maykel Castillo « Osorbo » a bien sûr commencé à se détériorer. Ce dernier a cessé sa grève de la soif, mais après cinq jours de grève de la faim tous deux connaissent de sérieux problèmes rénaux. La Croix-Rouge internationale a été sollicitée par les amis des grévistes, mais jusque-là aucun contact n’a été pris avec eux par cet organisme.
Il convient de faire savoir ce qui se passe à La Havane si l’on veut que soit évitée une nouvelle tragédie dans la lutte que mènent des individus courageux contre une dictature criminelle.


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Les membres du MSI juste avant d’entamer
la grève de la faim.

* Il s’agit de Luis Manuel Otero Alcántara, Maykel Castillo « Osorbo », Esteban Rodríguez López, Omara Ruiz Urquiola, Yasser Castellanos, Adrián Rubio, Osmani Pardo Guerra, Iliana Hernández, Oscar Casanella, Jorge Luis Capote, Anyell Valdés Cruz, Niovel Abu Alexander Tamayo, Anamely Ramos et Katherine Bisquet.

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Merveilleux pays

A Cuba, les personnes atteintes du Covid, ou soupçonnées de l’être, ou ayant été en contact avec des personnes infectées sont interdites de sortie de leur domicile. Les autorités ont décidé de faire apposer des affichettes sur les murs extérieurs des domiciles desdites personnes, leur enjoignant de ne pas sortir. Cela a commencé à La Havane.
Ces affichettes, visibles par tous, ont évidemment pour but de faire des habitants du voisinage des délateurs potentiels au cas où l’une des personnes ainsi assignées à résidence aurait la mauvaise idée de prendre l’air. En premier lieu, ce sont évidemment les membres des Comités de défense de la révolution (CDR), citoyens-flics et mouchards par excellence, quadrillant les quartiers des villes, qui se voient chargés de cette besogne.
Merveilleux pays !


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Voici la liste des prisonniers politiques à Cuba. La plupart le sont précisément pour avoir voulu s’exprimer librement, ce qui est un délit pour le régime castro-communiste de l’île.

Maikel Herrera Bones
Silverio Portal Contreras
Keilylli Mora (de la) Valle
Yasser Rivero Boni
Iván Amaro Hidalgo
Elio Juan Arencibia Dreque
Raudel Arias Valerino
Carlos Manuel Arocha del Risco
Edilberto Ronal Arzuaga Alcalá
Noslén Ayala García
Eliecer Bandera Barreras
Luis Bello González
Yampiel Bernal Ampudia
Reinerio Rafael Briñones Rosabal
Misael Canet Velázquez
José Rolando Casares Soto
Wenceslao Chirino Pérez
William Esmérido Cruz Delgado
Benigno Cruz Reina
Adrián Curuneaux Stevens
Mitzael Díaz Paseiro
Abdel Kader Diop Santo-Suárez
Luis Andrés Domínguez Sardiñas
Emeregildo Duvergel Delis
Melkis Faure Hechevarría
Yulio Ferrer Bravo
Carlos Manuel Figueroa Álvarez
Eider Frómeta Allen
Eliober Fusté Zamora
Juan Galbán Hernández
Aurelio Andrés González Blanco
José David González Fumero
Yasiel González Quijano
Augusto Guerra Márquez
Josiel Guía Piloto
Eliécer Hernández González
Maité Hernández Guerra
Adriel Hernández Reyes
Ubaldo Herrera Hernández
Yanier Joubert Cisneros
Lázaro Rolando Kessell Barrueto
Luis Angel Leyva Domínguez
Isaín López Luna
Héctor López Pérez
Yoendri Luna Caballero
Felipe Martín Campanioni
Maikel Mediaceja Ramos
Alien Muchulí Montoya
Aymara Nieto Muñoz
Yasmani Ovalle León
Alexander Palacio Reyes
Humberto Paz Gutiérrez
Yoelvis Pérez Hernández
Ernesto Pérez Pérez
Jesús Alfredo Pérez Rivas
Juan Miguel Pupo Área
Wilson Quintero Cabrera
George Ramírez Rodríguez
Osvaldo Rodríguez Acosta
Lázaro Leonardo odríguez Betancourt
Ramón Rodríguez Gamboa
Manuel de Jesús Rodríguez García
Alexey Rodríguez Martínez
Laudelino Rodríguez Mendoza
Walfrido Rodríguez Piloto
Kessel Rodríguez Rodríguez
Lázaro Romero Hurtado
Martha Sánchez González
Yosvany Sánchez Valenciano
Armando Trujillo González
Alberto Valle Pérez
Bianko Vargas Martín
Fernando Vázquez Guerra
Harold Alcalá Aramburo
Claro Fernando Alonso Hernández
Miguel Álvarez Sánchez
Mercedes Arce Rodríguez
Lewis Arce Romero
Lázaro Ávila Sierra
Ernesto Borges Pérez
Alieski Calderín Acosta
Leandro Cerezo Sirut
Karel De Miranda Rubio
Maikel Delgado Aramburo
Miguel Díaz Bouza
José Ángel Díaz Ortiz
Alain Forbes Lamorú
Ramón Henry Grillo
José David Hernán Aguilera
Alina López Miyares
Félix Martín Milanés Fajardo
Félix Palermo Monzón Álvarez
José Ortega Amador
Raibel Segundo Pacheco Santos
Jorge Luis Pérez Puentes
Humberto Eladio Real Suárez
Francisco Reyes Rodríguez
Rubén Sintes Rodríguez
Ihosvany Surís de la Torre
Yoanny Thomas González
Yoan Torres Martínez
Xiomelys Padilla Bello
Manuel Santana Vega
Onelvis Flores Hechavarría
Roilán Álvarez Rensoler
Panter Rodríguez Baró
Yoel Prieto Tamayo
Yasiel González Quijano

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