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Archive for the ‘06. Espagne’ Category

L’article ci-dessous a été publié le 3 mai 2020 sur le blog de Manuel Aguilera Povedano, qui en est l’auteur.

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Le 10 mai 1937, le juge Josep Vidal fut saisi d’une affaire compliquée. Plusieurs corps non identifiés avaient été retrouvés dans un vignoble de la banlieue de Barcelone et c’est lui, âgé de 30 ans seulement, qui fut désigné pour mener l’enquête. Dans l’après-midi, il arriva à Cerdanyola avec trois agents et un médecin légiste. Cela n’allait pas être facile. Il nota dans son carnet qu’il y avait « douze corps, avec des visages très sales, commençant à se décomposer, montrant apparemment des signes extérieurs de violence ».
L’affaire se présentait mal. En pleine guerre contre le fascisme, les communistes et les anarchistes venaient de s’affronter dans les rues de Barcelone lors des « journées de mai » (1) et, au moment même où les choses semblaient se calmer, voilà ce qui arrivait. Les corps étaient allongés sur le dos le long de la route et plusieurs des victimes avaient été abattues d’un tir à bout portant à la tête. Il était clair qu’ils avaient été exécutés ailleurs et abandonnés là. Aucun habitant des alentours n’avait entendu de coups de feu. « Il y a des traces de pneus. Elles ressemblent à celles d’une camionnette », nota le juge. C’était le seul indice. On pouvait voir clairement qu’un véhicule avait manoeuvré pour faire demi-tour. Il n’y avait rien d’autre de significatif. Juste un paquet de cigarettes et un morceau de corde taché de sang.

La broderie avec le sigle CNT trouvée sur la chemise d’une des victimes.

La grande question était de savoir qui ils étaient. Il n’y avait aucune pièce d’identité dans les poches ou quoi que ce soit qui puisse les identifier. Les paysans de la région n’en avaient aucune idée. Les cinquante curieux qui observaient la scène avec un regard horrifié, non plus. Il régnait alors à Barcelone une grande vague de signalement de disparitions, et communistes et anarchistes libéraient encore des prisonniers. Pendant les combats, il y eut 218 morts, mais là c’était autre chose. Ceux-là n’étaient pas tombés dans un combat de rue : ils avaient été sauvagement torturés et exécutés. « S’ils sont de la CNT, ils vont nous emmerder », déclara l’un des agents. Un autre agent s’approcha d’un des corps et montra aux autres l’inscription sur sa chemise : « CNT ». « Ils vont bien nous emmerder », murmura le juge.
Le juge ordonna que les corps soient photographiés et transférés à l’entrepôt judiciaire de Barcelone. Tôt ou tard, quelqu’un viendrait les réclamer et ils pourraient donc être identifiés. Ce fut le cas, sauf pour deux d’entre eux. Quatre-vingt-trois ans plus tard, leurs noms ne sont toujours pas connus.
Le 12 mai, Solidaridad Obrera publiait un article précisant qu’à Cerdanyola « une mystérieuse ambulance a abandonné les corps, massacrés de façon barbare, de douze militants des Jeunesses libertaires ». L’autopsie détermina qu’ils avaient été « battus, maltraités et torturés avant d’être abattus ». L’instruction de l’affaire mettait le jeune juge dans une position inconfortable. Les tueurs semblaient être très déterminés et avoir beaucoup de pouvoir. Le PSUC (2) et le PCE (3) étaient plus que jamais à la tête des gouvernements catalan et central. Les témoins pouvaient réanimer une histoire risquant de faire tomber l’arrière-garde républicaine.
Une semaine auparavant, le 4 mai 1937, à six heures du soir, cinq jeunes anarchistes s’étaient réunis dans le quartier de Sant Andreu. Ils avaient quelques fusils et voulaient se joindre à la lutte contre le PSUC et l’ERC (4) qui avait commencé la veille. Le plus jeune, Joan, 20 ans, marchait en tête. L’aîné, José, 33 ans, était à ses côtés. Derrière eux se trouvaient Francisco, César et Juan Antonio. « Où allons-nous ? Il y a des barricades partout », demanda l’un d’eux. Circuler dans Barcelone était un suicide. Une rue était anarchiste, l’autre était communiste. « Nous allons à la Maison CNT-FAI, n’est-ce pas ? Il vaut mieux éviter le centre. Ils contrôlent le Paseo de Gracia. »
La destination étant la Via Laietana, ils préférèrent faire un détour par le Parc de la Ciutadella. Ils ne savaient pas que des miliciens de la colonne Karl-Marx y avait été déployés et tous les accès se transformaient en piège. Alors qu’ils marchaient le long de la rue Pujades, ils entendirent des coups de feu et une barricade leur barra le chemin. Ils furent immédiatement entourés par « des individus portant une casquette avec une étoile rouge ». « Cinq putschistes ! » s’écria l’un des communistes. « Emmenez-les à la caserne et faites-les avouer. »
Là, dans plusieurs cellules de la caserne Karl-Marx, ils furent tabassés un par un. Dans les heures qui suivirent, d’autres membres de la CNT furent arrêtés dans les environs. Agustín, un cheminot, Santos, un tanneur père de quatre enfants, et Carles, un lieutenant de la Colonne Durruti qui était en permission. Puis vint Joaquín, âgé de 18 ans seulement, militant actif des Jeunesses libertaires de Gracia. Deux autres détenus, âgés de 18 et 55 ans, vinrent s’ajouter aux autres ce même jour. Le jeune homme avait fait broder les initiales « CNT » sur sa chemise. Au total, ils étaient onze dans les cellules.
À Sant Andreu, on s’inquiétait car on n’avait pas de nouvelles de ces compagnons. Le lendemain, quatre anarchistes partirent à leur recherche. Ils firent le même parcours qu’eux jusqu’à ce que, à Poble Nou, certains habitants les avertissent que continuer en voiture était un suicide. Ils décidèrent de continuer à pied, avec leurs fusils bien en main, mais ils ne purent éviter l’embuscade. Il y eut une fusillade et l’un d’eux fut mortellement blessé : Toni, 20 ans. Un autre fut arrêté : Lluís, 19 ans.

Le corps d’une des douze victimes, abandonné sur un chemin de vignoble.

Les douze détenus de la caserne Karl-Marx furent maltraités pendant trois jours, battus à coups de crosses de fusil, tailladés avec des couteaux… Jusqu’à ce que le cessez-le-feu dans Barcelone soit déclaré le 7 mai. Leurs geôliers durent alors décider s’il fallait les libérer et risquer une accusation de torture ou s’en débarrasser. Ils les abattirent le jour même et les corps furent emmenés à Cerdanyola.
La mère du plus jeune, Joaquín, remuait ciel et terre à la recherche de son fils. Les indices la conduisirent à la caserne où elle se présenta. Là, on lui dit qu’elle se trompait, que son fils n’était pas là. Et c’était vrai. Son corps gisait déjà à Cerdanyola. Le frère aîné, Alfredo, un dirigeant bien connu des Jeunesses libertaires, le recherchait également. Comme il était en mesure de causer beaucoup de problèmes aux communistes, il fut également assassiné et son corps jamais retrouvé.
Le juge Josep Vidal renonça à poursuivre l’enquête. Il n’osa pas envoyer la police au quartier général communiste. Sans preuve concluante, l’Audience a clos l’affaire mais la CNT n’était pas disposée à l’oublier. Elle entreprit sa propre enquête secrète et identifia les assassins présumés. Les Archives de Salamanque possèdent un rapport manuscrit avec les noms des coupables, leurs fonctions et leurs adresses. On ne sait pas s’ils ont subi des représailles…

Voici les noms des douze militants libertaires assassinés de Sant Andreu :
* Joan Calduch Novella. 20 ans. Né à Arenys de Mar. Célibataire.
* José Villena Alberola. 33 ans. Il vivait avec ses parents et son frère dans le quartier de La Sagrera à Barcelone.
* Francisco Viviana Martínez. 27 ans. Né à Valence. Marié à Montserrat Uch Moré, deux enfants : Josefa et Francisco.
* César Fernández Pacheco. Vingt-cinq ans. Né à Barcelone. Célibataire.
* Juan Antonio Romero Martínez. 24 ans. Originaire d’Águilas (Murcie). Célibataire.
* Agustín Lasheras Cosials. 25 ans. Originaire d’El Vendrell. Célibataire. Cheminot.
* Santos Poblet Santos Carré. 30 ans. Marié. Quatre enfants. Tanneur.
* Carles Alzamora Bernad. Vingt-sept ans. Né à Cuba. Célibataire. Cheminot. Lieutenant de la colonne de Durruti.
* Lluís Carreras Orquín. 19 ans. Né à Barcelone. Célibataire.
* Inconnu. Dix-huit ans. Il portait une broderie CNT sur sa chemise.
* Inconnu. Cinquante-cinq ans.
Comme nous l’avons indiqué, deux autres personnes impliquées dans l’histoire furent également assassinées : Antoni Torres Marín (20 ans) et Alfredo Martínez Hungría (24 ans).

Manuel Aguilera Povedano

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(1) Les « journées de mai » désignent la période du 3 au 8 mai 1937, durant laquelle, après la tentative de « coup d’Etat » stalinien au sein du camp dit républicain, des combats opposeront à Barcelone communistes et catalanistes de gauche, d’un côté, et anarchistes, de l’autre.
(2) PSUC : Parti socialiste unifié de Catalogne, branche catalane du Parti communiste espagnol.
(3) PCE : Parti communiste espagnol.
(4) ERC : Esquerra republicana de Catalunya (Gauche républicaine de Catalogne).

Traduction : Floréal Melgar.
Source : « Así asesinaron los comunistas a 12 anarquistas en Barcelona ».

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[A la mémoire de ma mère, à qui je dois mon prénom.]

Dans la vidéo ci-dessous, la jeune femme qui s’exprime évoque la question des prénoms que le franquisme a interdits en Espagne après la défaite républicaine de 1939, mais aussi ceux que l’état-civil des fascistes changea pour leur en substituer d’autres, avec la bénédiction de l’Eglise catholique.
Vous trouverez ci-dessous le texte du propos tenu dans cette vidéo, traduit par mes soins.

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« Pour instaurer le monde nouveau que les anarchistes des années 30 portaient dans leur cœur, il fallait mettre en œuvre une nouvelle temporalité, une organisation du temps qui éliminerait celle du calendrier traditionnel et réordonnerait le monde selon d’autres paramètres. Ce nouveau monde à venir se projetait entre autres à travers les prénoms donnés aux enfants et qui correspondaient précisément aux mois du calendrier républicain français : Germinal, Messidor, Floréal. La portée de ce geste était si efficace qu’une des premières mesures que prit le franquisme fut d’interdire tous les prénoms ayant une telle filiation idéologique pour leur en substituer d’autres qui répondaient à sa doctrine.
Cette chasse aux prénoms ne s’est pas exercée uniquement contre la sphère anarchiste, la filiation nominale dans les années 30 englobait toute la pensée progressiste. C’est ainsi que, si nous étudions les actes de naissance de 1936, on peut observer des prénoms comme Lénine, Durruti ou Trotski donnés à des fils de travailleurs journaliers ou de paysans, ou, dans le cas des femmes, des prénoms comme Aida, Lina ou Libertad. Les deux premiers de ces prénoms féminins font référence à Aida Lafuente et à Lina Odena, deux militantes communistes importantes, assassinées respectivement en 1934 et 1936.
Le 26 février 1939 est publié au Journal officiel un décret, rédigé à Vitoria par celui qui devint ministre de la Justice de Franco, Tomás Dominguez Arévalo, laissant un délai de 60 jours aux parents pour qu’ils changent l’inscription de leurs enfants sur le registre des actes de naissance. Passé ce délai sans que le changement ait été effectué, le responsable de l’état-civil devait imposer aux enfants inscrits le prénom du saint correspondant à leur jour de naissance, rayant d’office [comme on peut le voir sur la vidéo] le prénom d’origine dès lors déclaré illégal. Ces nouvelles appellations comme forme de répression s’étend à toute l’Espagne, en une vague qui transforme en saint tout prénom lié aux partis ou syndicats de gauche. Cette transformation, consistant à rebaptiser étatiquement, faisait partie d’un « nettoyage » plus vaste commencé avec l’assassinat de milliers de personnes et poursuivi avec l’instauration d’une cosmologie national-catholique, qui s’exprime dans ce qu’il y a de plus intime en chacun, son propre prénom.
Où que nous regardions, nous verrons uniquement des prénoms de saints. Tel est le régime de visibilité qui s’instaure. Tels sont les horizons qui délimitent les frontières du nouveau monde.
Libertad disparaît. Elle s’appelle maintenant Máxima. »

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Le « garçon boiteux » de la photo mythique et dramatique, icône de l’exil républicain de 1939, est mort en novembre dernier.

Le « garçon boiteux » de la photo choc et dramatique dans laquelle on voyait un groupe d’exilés républicains entrer sur le territoire français (Prats-de Mollo) après avoir traversé la frontière par la province de Gérone, est mort le 1er novembre dernier.
Le protagoniste de cette image très dure était Amadeo Gracia Bamala et ce cliché est devenu une photo mythique qui montrait la cruauté et la souffrance subies par l’exil républicain, d’abord dans la guerre civile, puis dans son séjour forcé hors de son pays et plus tard à son retour en Espagne.
La force dramatique de l’image réside essentiellement dans ses trois enfants. Au premier plan, on voit Alicia Gracia appuyée sur une béquille. Elle n’avait alors que sept ans et on peut la voir tenir la main de son père. Il lui manque une jambe, perdue dans un bombardement de l’aviation italienne, les troupes fascistes de Mussolini qui ont aidé Franco à gagner la guerre.
Le petit garçon au pied amputé, aidé par un homme qui lui tient la main, est Amadeo Gracia Bamala, le « garçon boiteux », qui vient de mourir et qui est le frère d’Alicia. Il avait alors quatre ans. Il a perdu une partie de sa jambe qui a dû lui être amputeé à cause des blessures causées par les éclats d’une bombe ayant coûté la vie à sa mère et fait perdre sa jambe à sa sœur Alicia. A sa gauche sur la photo, nous voyons aussi un adolescent qui marche. C’est son autre frère, Antonio, qui a alors douze ans. En tête, avec sa sœur Alicia, nous voyons Mariano Gracia, le père des trois enfants.
Cette photo est demeurée comme un fort témoignage de la souffrance des réfugiés fuyant la guerre atroce et cruelle provoquée par le franquisme. Il s’agit sans aucun doute d’une photo-symbole de la Retirada et de l’exil républicain dont on a précisément célébré cette année le 80e anniversaire.

Mais que fut la vie d’Amadeo
après son arrivée en France comme réfugié ?
Amadeo n’a jamais vraiment voulu parler de cette période de sa vie ni de la guerre civile, jusqu’en 1998.
On sait qu’Amadeo a vécu avec ses parents et ses frère et
sœur dans la ville de Monzón, dans la province de Huesca. Son père était ouvrier dans l’entreprise Azucarera Española et sa mère couturière. On sait aussi que Mariano faisait partie des militants qui ont collectivisé cette entreprise. Le 20 novembre 1937, le jour fatidique est arrivé pour eux. L’aviation fasciste italienne a bombardé Monzón.
La mère et les deux petits enfants ont couru vers la périphérie du village en essayant, en vain, d’échapper aux bombes. L’un de ces projectiles meurtriers les a frappés de plein fouet. Voici la description des événements par Amadeo : « Bizarrement, la voie ferrée est restée intacte après le passage des avions, mais deux bombes ont frappé le groupe. Un garçon a été tué et sa mère a été gravement blessée, tout comme ma mère qui s’était rapidement jetée sur moi pour me protéger. La bombe l’a blessée sur le côté et au ventre. La jambe de ma sœur a également été atteinte et elle a dû être amputée (elle avait six ans), et moi, qui n’avais pas encore trois ans, on a dû m’amputer au-dessous du genou. »

La mère mortellement blessée
Le père a été sauvé car la mère, Pilar, avait demandé à son mari de retourner à la maison pour chercher un dé à coudre. Pilar était couturière ; on en déduit donc qu’il s’agissait d’un dé à coudre d’une signification et d’une valeur particulières pour elle.
Un voisin qui avait protégé Alicia avec son corps est également mort. Pilar n’a tenu que deux semaines, mourant des suites de ses blessures au ventre, à l’hôpital de Lleida.
Après le bombardement, les trois enfants seront envoyés à l’hôpital Sant Pau, à Barcelone, en même temps que leur père. Lorsqu’ils furent remis de leurs blessures, ils partirent pour l’exil et passèrent la frontière. Après avoir été interné dans un camp de concentration, leur père commença à travailler à Bergerac, en Dordogne.
Mais le père est mort peu de temps après, et les enfants retournèrent alors à Monzón chez leurs grands-parents. Mais Alicia et Amadeo durent être placés dans un orphelinat. Amadeo a alors un peu plus de six ans et se souvient de son séjour dans ce centre comme d’une période horrible car ils étaient des enfants de « rouges ». Il l’expliquait lui-même en déclarant : « Nous sommes restés là pendant douze ans, subissant toutes sortes d’humiliations et de coups parce que nous étions les enfants des vaincus. » Pour Amadeo, cette période fut pire que la guerre et l’exil. Après avoir quitté l’orphelinat à l’âge de 18 ans, il a commencé à travailler au même endroit que son père, dans la sucrerie, jusqu’à ce qu’il passe un concours et s’installe à Madrid.
Pour en revenir à la photographie, icône des républicains – attribuée à l’agence Safara puis à l’agence Roger-Viollet, mais dont on ignore qui en est l’auteur, bien que certains l’attribuent à Hélène Roger-Viollet –, elle a été publiée le 18 février 1939 dans la revue française L’ Illustration. L’image est devenue célèbre lorsque, deux jours plus tard, le magazine américain Life la publiait également. A partir de là, cette photo a fait le tour du monde. Cependant, Amadeo ne l’a vue pour la première fois, illustrant un article de journal, qu’au moment de Noël 1998.

Lettre à « El País »
Après avoir revu la photo dans une exposition de la Fondation Pablo-Iglesias sur l’exil, en 2003, Amadeo a décidé d’écrire à ce sujet et a envoyé une lettre au quotidien El País. La lettre était intitulée « Ni pardon ni oubli ». Dans une partie de la lettre, il écrivait : « Non. Je ne peux pas, même si je le voulais, pardonner, ni oublier, ni… Pardonner, pourquoi ? Ont-ils jamais demandé le pardon, eux ? Je ne hais pas, bien que j’aie haï ; je ne veux pas me venger, bien que je l’aie voulu autrefois… Je ressens simplement un profond et absolu mépris pour eux… »
Par la suite, en 2009, à l’occasion de la commémoration du 70e anniversaire de la Retirada, il affirmait : « Je me souviens que nous avons eu très froid et très faim. » Et il soulignait que l’un des faits qui lui ont causé le plus de douleur était qu’il n’a jamais su comment son père est mort, ni où il est enterré. « Je n’arrive pas à me sortir ça de la tête », se lamentait-il.
Voilà donc notre petit hommage à Amadeo Gracia, un de plus, juste un de plus parmi les protagonistes du drame de la guerre civile provoquée par les militaires putschistes de l’Espagne franquiste. Un de plus qui meurt sans savoir où son père est enterré.

Juan Luis Valenzuela

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Source : El Plural.
Traduction : Floréal Melgar.

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Deux articles publiés dans le numéro du mois de novembre de la revue Catalunya, organe de la régionale catalane de la Confederación general del trabajo (CGT) d’Espagne, favorables à la participation des anarchistes aux manifestations liées à la question indépendantiste, ont amené l’ami Tomás Ibañez à réagir, à travers un texte* publié ici même. Cette saine réaction m’amène à mon tour à faire deux remarques.

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En premier lieu, même si cela peut paraître anecdotique, je suis surpris que des libertaires ou anarcho-syndicalistes intitulent leur publication du seul nom de la région où ils vivent et militent. Ce n’est certes pas la première fois que le nom d’une région d’Espagne apparaît dans le titre d’un journal ou d’une revue de là-bas, mais les camarades qui donnaient naissance à ces publications ont toujours pris soin d’y ajouter un qualificatif explicite. Il y eut ainsi Castilla libre, Andalucía libertaria, etc. Là, le seul nom de « Catalunya » laisse supposer que les promoteurs du titre sont bien davantage catalans que libertaires, et cet arrière-goût de patriotisme régional a déjà quelque chose d’amer.
J’aimerais bien sûr me tromper, mais cette impression pénible me paraît en second lieu confirmée par l’expression lamentable choisie par nos anarcho-catalanistes pour dénigrer ceux qui exercent leur sens critique vis-à-vis des manifestations actuelles en Catalogne, à savoir : « Anarcho-puristes, go home ! » Comme le rappelle Tomás Ibañez, la seconde partie de cette expression renvoie à celle qui fut employée abondamment par le passé et qui invitait fermement les Américains à quitter un pays qui n’était pas le leur, à leur signifier qu’ils n’étaient pas chez eux au Vietnam.
Soyons indulgents et oublions le coup particulièrement bas et répugnant qui consiste à établir un parallèle entre anarchistes critiques et armée américaine en guerre hors de son territoire. Rapporté au cas de la Catalogne actuelle, on a peur de comprendre ce que signifie cette expression. Laissons de côté l’appellation idiote d’« anarcho-puristes ». Avec l’expression « gardiens du temple », elle est utilisée depuis longtemps et partout par ces libertaires qui, pensant qu’il est des moments où toute réflexion est inutile, aiment à n’agir qu’avec leurs tripes et à servir de petits soldats ou de troupes sans cervelle à des projets qui les dépassent et n’ont rien à voir avec l’anarchisme. Ce qui est plus intéressant ici, c’est ce « go home ! », qui laisse entendre encore une fois que ceux à qui il s’adresse ne seraient pas « chez eux » en Catalogne, pour cause de critiques adressées aux complices, conscients ou non, du nationalisme catalan. Là encore, cette espèce de slogan qui invite les anarchistes critiques à quitter un territoire qui ne serait pas le leur a des relents quelque peu nauséabonds.
Si je vivais en Catalogne, moi qui suis d’accord avec les positions exprimées par Tomás Ibañez, donc « anarcho-puriste » j’imagine, je ne participerais pas aux manifestations actuelles de Barcelone. Mais moi qui suis aussi le fils d’un exilé chassé de son Andalousie natale en 1939 et d’une mère française, donc d’une certaine impureté territoriale, dites-moi, camarades, où est cet « home » où vous m’inviteriez à foutre le camp puisque je ne serais pas digne de votre Catalunya ?

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* Voir « Que se passe-t-il en Catalogne ? “Anarcho-puristes, go home!” ».

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L’ami Tomás Ibañez, dont j’ai déjà traduit et publié plusieurs textes relatifs à la situation en Catalogne, m’a fait parvenir un nouvel article, dont je vous propose ici la lecture dans sa version française. Comme pour ses précédents écrits, j’en partage pleinement le contenu.

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Je viens de lire dans la revue Catalunya de la CGT (1) du mois de novembre deux articles qui cadrent assez bien avec la tendance suivie par cette publication depuis que le « Govern » (2) a décidé d’organiser, en octobre 2017, le référendum sur l’indépendance.
Ces articles célèbrent la réponse spectaculaire et énergique qui a été apportée par la rue à la sentance condamnant une partie du « Govern », la présidente du Parlement catalan et les deux plus hauts dirigeants des deux grandes organisations nationalistes catalanes.
Dans chacun des articles, on salue le courage, l’énergie et la détermination de cette réponse populaire à l’Etat espagnol et aux forces répressives qui dépendent de lui et de la Generalitat (3). La présence anarchiste dans ces mobilisations ne se voit pas seulement justifiée, on célèbre cette participation, on appelle à l’intensifier et l’on disqualifie l’inhibition supposée de celles et ceux des anarchistes qui s’enferment dans leur « tour d’ivoire », qui n’assument pas les contradictions propres à toutes les luttes, et qui se réfugient dans la « pureté anarchiste » : « Anarcho-puristes, go home ! » conclut l’un des deux textes, rappelant le fameux « Yankee go home ! » des temps passés.
Il apparaît cependant que parler de la défense de la « pureté anarchiste » pour expliquer les raisons qui inciteraient à ne pas s’engager dans l’actuelle mobilisation révèle qu’on n’a rien (ou très peu) compris à l’essence même de l’anarchisme. Aucun individu se prétendant anarchiste et possédant un minimum de cohérence fonderait son refus de s’impliquer dans les mobilisations actuelles sur sa préoccupation à préserver la pureté de l’anarchisme, pour la simple raison que l’anarchisme est radicalement contraire à toute prétention de pureté.
La prétention de préserver la pureté de l’anarchisme apparaît totalement absurde à tout anarchiste, car l’anarchisme est constitutivement impur. Il est métis, il est divers, il est multiforme, il est changeant et inévitablement ouvert. L’idée de pureté est propre à tous les énoncés les plus réactionnaires, dans tous les domaines, depuis la religion jusqu’aux supposées races, les idéologies, les cultures, etc. Et donc, penser que la critique d’une mobilisation se fait au nom de la « pureté anarchiste » montre, je le répète, qu’on ne comprend décidément rien à l’anarchisme.
Imputer la critique envers les mobilisations actuelles à la « pureté anarchiste » ou au refuge dans une « tour d’ivoire » est une façon commode, aisée, d’évacuer le débat politique autour de ces mobilisations. Peut-on diverger politiquement sur les mobilisations actuelles sans que cela soit dû à cette absurde préoccupation de préservation d’une inexistante pureté anarchiste ou parce qu’on préfère contempler les choses depuis une supposée tour d’ivoire ? Evidemment, oui, et il est clair que les arguments à opposer à ceux qui défendent, célèbrent ou encouraget cette implication ne manquent pas.
J’écrivais dans un texte (4) récent : « 
Aussi belles que soient les flammes des barricades et aussi scandaleux que soient les tirs de la police, nous ne devons pas laisser ces flammes nous empêcher de voir les chemins trompeurs qu’elles illuminent, ni laisser ces tirs nous empêcher d’entendre les leçons que nous enseigne la longue histoire de nos luttes émancipatrices. » Il ne fait aucun doute que brûler des containers, lancer des objets divers ou des cocktails sur les policiers, bloquer des autoroutes ou des gares sont des formes de lutte qui nous enthousiasment quand elles parviennent à rompre la passivité et la soumission régnantes et réveillent les solidarités. »
Mais ne conviendrait-il pas de nous interroger sur ceux qui élaborent les stratégies et mettent en œuvre les moyens qui rendent possibles ces mobilisations ? De nous demander comment et pourquoi ils le font ? Et à quelle fin ? Ne devrions-nous pas nous interroger, par exemple, sur la prétendue horizontalité des décisions qui articulent les mobilisations du « tsunami démocratique » ?
Suffit-il qu’une mobilisation se produise et adopte des formes d’affrontement pour que nous devions nous y joindre ? Notre place était-elle à Maiden (5), aussi massive et populaire que fut cette révolte et aussi répressives les autorités ukrainiennes ? L’anarchisme ne disposerait-il pas d’outils propres pour décider de façon authentiquement autonome comment, quand et dans quel but nous devons nous engager dans les luttes ?
Face au mantra qui veut que l’important est de lutter et qu’on verra ensuite où cela nous mène et quels effets cela produira, peut-être vaudrait-il la peine de reconnaître l’importance de penser ces questions et d’en débattre sans recourir à des disqualifications qui font obstacle à l’analyse, à la réflexion, à la discussion et à la pleine légitimité qu’il y a à prendre éventuellement une position fortement critique face à la mobilisation anarchiste actuelle.

Tomás Ibañez
(novembre 2019)

(1) CGT : Confederación general del trabajo, organisation anarcho-syndicaliste issue de la scission intervenue dans la CNT (Confederación nacional del trabajo) en 1977.
(2) « Govern » : terme catalan qui désigne
le gouvernement de Catalogne, une institution établie par le statut d’autonomie catalan.
(3) Generalitat : la Generalitat de Catalogne est l’organisation politique de la communauté autonome de Catalogne, en Espagne.
(4) Voir « Catalogne, octobre 2019 : quand nous sommes aveuglés par les flammes des barricades et assourdis par les tirs de la police ».
(5) Maiden : nom de la place centrale de Kiev où eurent lieu, en février 2014, des émeutes très violentes qui firent plus de 80 morts.

Traduction : Floréal Melgar.

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Au sujet des événements récents, et toujours en cours, en Catalogne, je vous propose ci-dessous le point de vue reçu de l’ami Tomás Ibáñez, de Barcelone.

Comment un cœur anarchiste ne pourrait-il se réjouir quand une partie du peuple non seulement défie, mais se lance également contre les forces répressives en assumant tous les risques qui en découlent ?
Comment la fibre anarchiste ne pourrait-elle pas vibrer quand les gens protestent contre les emprisonnements, exigent la libération des prisonniers et demandent la fin de la monarchie ?
Comment ne pas être impliqué dans une révolte tumultueuse et, si notre corps le permet, ne pas faire en sorte d’être en première ligne dans cette confrontation ?
Il est clair que les barricades, les flammes, la lutte au corps à corps contre la police enflamment notre imaginaire libertaire et font bouillir notre sang. De plus, nous savons bien que c’est à partir d’épisodes de lutte de ce type que naissent parfois des événements subversifs imprévisibles qui dépassent de loin les motifs et les circonstances initiales des révoltes.
Il va donc sans dire que je comprends parfaitement qu’un secteur de l’anarchisme ait répondu avec énergie à l’appel lancé par le gouvernement catalan et les organisations national-indépendantistes pour protester contre la condamnation de certains membres du gouvernement précédent et de deux dirigeants d’organisations national-indépendantistes. En outre, je comprends que ces secteurs de l’anarchisme prétendent n’avoir pas répondu à ces appels, mais qu’ils se seraient de toute façon jetés dans la rue de leur propre chef.
Je comprends tout cela, mais j’ai du mal à taire certains des doutes qui m’assaillent.
Ce même cœur anarchiste auquel je faisais allusion ne devrait-il pas faire preuve d’une certaine perplexité à se voir impliqué dans une révolte encouragée par les plus hautes instances du pouvoir politique ?
Cette fibre anarchiste ne devrait-elle pas se sentir un peu mal à l’aise en raison des résonances nationalistes indéniables de la lutte à laquelle elle participe ?
Cette perplexité et cet inconfort devraient peut-être conduire à une petite pause dans l’élan combatif, afin de chercher des réponses à certaines interrogations. Car :
– Est-il vrai (ou non ?) que les institutions catalanes (gouvernement notamment) et les organisations national-indépendantistes ont depuis longtemps et de façon réitérée incité à déclencher une réaction populaire massive dès que la sentence serait connue ?
– Est-il vrai (ou non ?) que cette réponse populaire, en plus de susciter la sympathie naturelle de ceux qui luttent contre le système, fait partie intégralement du long « processus » mis en œuvre pour avancer vers l’indépendance nationale de la Catalogne ?
– Est-il vrai (ou non ?) que sans l’action inlassable des institutions et de leurs moyens de communication, ainsi que la mobilisation permanente des organisations national-indépendantistes, la réplique aurait difficilement atteint la dimension qu’elle a eue ?
– Est-il vrai (ou non ?) que si les manifestations et les rassemblements sont aussi massifs, c’est que les centaines de milliers de personnes qui y accourent sont dans leur immense majorité profondément nationalistes ?
Bien sûr, il ne s’agit pas d’attendre qu’une révolte présente des aspects anarchistes indéniables pour s’en mêler, cela signifierait dans la pratique le renoncement à toute action. Cependant, l’absence de discernement quant aux révoltes auxquelles nous devons participer, et quant à nos compagnons de lutte, annihile également l’éventuelle efficacité émancipatrice de nos actions. Ce qui équivaut à une absence d’action ou, pire encore, à des actions contre-productives. S’engager dans des luttes populaires qui sont loin d’être anarchistes comme celles du Chili ou de l’Equateur a des justifications dont manquent les luttes soutenues par le pouvoir et qui présentent de plus des résonances nationalistes.
Exiger la libération des prisonniers et des prisonnières ? Cela va de soi, évidemment ! Mais sans répondre au coup de sifflet de ceux qui ne nous demandent de ne manifester que lorsqu’il s’agit de prisonniers et de prisonnières national-indépendantistes. Mes doutes quant au bien-fondé de répondre à ce type d’appel disparaîtront dès que je verrai qu’ils sont également lancés pour demander la libération d’autres types de prisonniers et de prisonnières. Sinon, il me sera très difficile de ne pas penser que ma répulsion envers les emprisonnements est instrumentalisée au service de valeurs et d’objectifs qui sont loin d’être ceux que je défends en tant que libertaire.
Aussi belles que soient les flammes des barricades et aussi scandaleux que soient les tirs de la police, nous ne devons pas laisser ces flammes nous empêcher de voir les chemins trompeurs qu’elles illuminent, ni laisser ces tirs nous empêcher d’entendre les leçons que nous enseigne la longue histoire de nos luttes émancipatrices.

Tomás Ibáñez
(Barcelone, octobre 2019)

 

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La sentence du procès, qui a débouché sur des peines d’emprisonnement disproportionnées pour douze personnalités de la politique catalane pour différents délits, signifie un net recul des libertés car elle génère une jurisprudence qui finira par être utilisée contre la protestation sociale sous toutes ses formes. Par conséquent, nous comprenons la réponse sociale dans la rue.
La CNT de Barcelone tient à faire connaître sa position sur la répression qui a suivi : des dizaines de blessés, un jeune homme qui a perdu un œil, un autre qui a perdu un testicule, etc. Face à un tel spectacle, la seule chose à faire est de prendre position contre la répression : la CNT ne sera jamais du côté du bourreau.
Cela dit, nous voulons aussi affirmer qu’en tant qu’organisation de classe nous sommes contre l’État espagnol et contre le projet d’État catalan. Car tout Etat, dans l’exercice du monopole de la violence et en tant qu’instrument de l’oligarchie, a pour objectif le contrôle et l’accaparement des richesses générées par la classe ouvrière au profit d’une minorité. A cette occasion, la bourgeoisie catalane elle-même a été victime des réseaux répressifs d’une démocratie libérale dont elle a été un élément indispensable pendant des décennies. Nous ne pouvons oublier la torture dans les prisons catalanes, la corruption systématique et la répression envers notre organisation et bien d’autres collectifs et personnes qui en ont été victimes. Nous avons vu comment le président Quim Torra, dans un exercice évident d’hypocrisie et de cynisme, a encouragé le peuple catalan à manifester, pour ensuite le réprimer avec sa police. Le ministre de l’Intérieur, Miquel Buch, a défendu les actions des Mossos*, condamnant la « violence des manifestants ». Oriol Junqueras continue d’insister sur le fait que le conflit doit être résolu par les urnes.
Nous nous adressons à la classe ouvrière catalane qui est descendue dans la rue pour leur exprimer avec conviction que ce ne sont pas les dirigeants politiques, ni ceux brandissant des drapeaux rances et ensanglantés, ni ceux présentant des enseignes nouvelles et prometteuses, qui nous conduiront vers une société plus juste et plus libre. Cela ne sera pas car ils ne l’ont jamais voulu, parce qu’au bout du compte ils ont toujours défendu des intérêts très concrets, les leurs. C’est pourquoi ils n’ont pas hésité et n’hésiteront pas à utiliser le peuple pour se protéger, en se servant des illusions et des sentiments de la population, en canalisant la culture, la langue et toutes les différences, pour aller vers la polarisation et le nationalisme. Un nationalisme qui, comme tous les autres, est abstrait, ne définit rien au-delà de ce que chacun construit dans son esprit sur l’avenir qu’il « offre ».
Nous voulons également exprimer notre désaccord profond sur le comportement des syndicats indépendantistes qui, ces dernières années, ont soutenu le projet nationaliste par des grèves politiques, vidant un outil de la lutte ouvrière de son contenu. La grève est un outil de la classe ouvrière pour s’opposer au capital, pas pour couvrir des projets patriotiques.
Nous nous démarquons des partis politiques, de ces organisations « syndicales », du nationalisme. Notre seule lutte est celle qui représente nos intérêts en tant que classe ouvrière : la lutte des classes. C’est la seule voie. En ce sens, nos aspirations sont claires :
– Nous nous positionnons contre la dernière réforme du travail (2012), qui a rendu le licenciement moins coûteux et plus facile, généralisant le licenciement, donnant aux agences de travail temporaire le rang d’agences de placement et, en bref, rendant nos conditions de travail encore plus précaires.
– Contre la loi dite « loi bâillon » (2015) qui était une réponse aux mobilisations sociales, cherchant à réduire au silence par des sanctions – avec des amendes allant jusqu’à 600.000 euros – pouvant concerner des réunions, rassemblements, manifestations…

Le policier est catalan. La matraque aussi.

Toutes ces lois et bien d’autres obéissent à une stratégie répressive et néolibérale contre la classe ouvrière, à laquelle le gouvernement catalan a également participé. Nous sommes également contre des lois purement catalanes comme la Llei Aragonès, perpétrée par le vice-président du gouvernement actuel, Pere Aragonès, qui menace d’étendre la privatisation, en marchandisant encore davantage des services de base comme l’éducation, la santé ou les services sociaux.
Voilà quel est notre horizon proche, et les premières bases d’un véritable changement social, au-delà du rideau de fumée qu’ils nous ont vendu depuis deux ans avec des déclarations propres au cirque électoral dans lequel nous évoluons. A la CNT, nous misons sur une classe ouvrière qui s’organise dans les lieux de travail, dans les quartiers, au moyen d’organisations horizontales. Une stratégie cohérente est également nécessaire, qui peut commencer par la formation de sections syndicales dans les entreprises pour améliorer les conditions de travail, d’associations d’habitants dans les quartiers pour combattre la spéculation urbaine, etc.
Cette année marque le 100e anniversaire de la fameuse grève de la Canadiense, la grande grève qui a permis d’obtenir la journée de huit heures, et qui est maintenant utilisée par les secteurs indépendantistes pour montrer combien le peuple catalan a toujours été combatif. Mais ce n’est pas le peuple catalan, mais la classe ouvrière, également venue d’autres parties de la péninsule, apatride et surtout internationaliste, qui a joué le rôle principal dans cette grève héroïque. Nous sommes profondément offensés de voir comment la lutte de ces camarades est utilisée. Ils se seraient sans doute offusqués avec orgueil qu’on puisse attribuer un caractère « identitaire » à leur lutte. Eux n’avaient aucun doute, ils étaient de la classe ouvrière, ils étaient organisés au sein de la CNT.

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* Les Mossos d’Esquadra sont la force de police de la Catalogne.

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Le journaliste et chercheur Carlos Hernández vient de publier « Los campos de concentración de Franco » (« Les camps de concentration de Franco »), une étude exhaustive du système répressif créé par les putschistes des 17-18 juillet 1936.

Prisonniers du camp de concentration installé dans les écuries du palais de la Magdalena (province de Santander).

Dans l’Espagne franquiste, il n’y eut pas de chambres à gaz. Une « solution finale » n’a pas non plus été conçue pour en finir avec les Juifs ou les gitans. Non. L’Espagne franquiste n’a pas conçu de plan pour envahir les pays voisins et n’a pas vêtu ses prisonniers de tenues rayées. Franco n’était pas Hitler. Mais il y avait des similitudes. Dans l’Espagne franquiste, il y eut un « véritable holocauste idéologique ». « Une solution finale contre ceux qui pensaient différemment. » C’est ainsi que s’exprime le journaliste Carlos Hernández de Miguel, qui vient de publier Los campos de concentración de Franco (Ediciones B), une enquête de trois années dans laquelle l’auteur documente et explique, comme cela n’a jamais été fait auparavant, le système de répression et de concentration créé par les putschistes des 17 et 18 juillet 1936, système qui a survécu, quoique dans une version adoucie par certains aspects, « jusqu’à la mort du tyran en novembre 1975 ».
Pour les putschistes, la guerre civile tenait peu, en bien des aspects, de la guerre classique mais beaucoup plus du nettoyage idéologique. Ainsi, les camps de concentration franquistes sont nés vingt-quatre heures à peine après le coup d’Etat, dans le cadre d’un « plan préconçu par les rebelles » avec pour objectif de « semer la terreur et d’éliminer l’adversaire politique ». Le général Franco lui-même a dit que dans une guerre comme celle que vivait l’Espagne « une occupation systématique du territoire, accompagnée d’un nettoyage nécessaire » était préférable à une victoire militaire rapide « qui laisserait le pays infecté d’adversaires ».
Ainsi, l’idée la plus répétée fut celle du « nettoyage ». « Nettoyez cette terre des hordes sans patrie et sans Dieu », dira José María Pemán, un intellectuel et propagandiste des rebelles. Le général Mola, dans ses directives avant le coup d’Etat, appelait à « l’élimination des éléments de gauche : communistes, anarchistes, syndicalistes, maçons… ». Ce général navarrais avait souligné son objectif : « l’extermination des ennemis de l’Espagne ». L’attaché de presse de Franco, Gonzalo de Aguilera, avait de fait chiffré ce « nettoyage ». Selon ses calculs, il fallait « tuer, tuer et tuer » jusqu’à
« se retrouver avec un tiers de la population masculine de l’Espagne ».
La première étape de ce « nettoyage » fut la création de camps de concentration. Durant les premiers mois de la guerre, chaque commandant militaire de chaque province et chaque général commandant une unité ouvraient des camps sur le territoire relevant de leur responsabilité. Ce n’est qu’à partir de juillet 1937, avec la création par Franco de l’Inspection générale des camps de concentration de prisonniers (ICCP), qu’une « gestion centralisée » commença. Mais l’impact de cet ordre de Franco, cependant, resta limité. Tous les généraux voulaient faire la loi dans leurs camps de concentration respectifs. Et dans ces camps il n’y avait pas de prisonniers de guerre. Non. Il y avait des « hors-la-loi », des « hordes de délinquants » et des « animaux ». Le franquisme niait à ses ennemis jusqu’aux droits de la Convention de Genève.
Mais combien y eut-il de camps de concentration dans l’Espagne de Franco ? Il y a deux réponses à cette question. La première réponse vient de Carlos Hernández, également auteur du livre Los Españoles de Mauthausen : « Il n’y en eut qu’un seul et il s’appelait Espagne. L’ensemble de la nation, à mesure que son territoire était conquis par les troupes rebelles, est devenu un gigantesque camp de concentration. Une enceinte dans laquelle, dans un premier temps, tous ses détenus étaient coupables. » La deuxième réponse est fournie par l’auteur dans son enquête exhaustive : 296 camps de concentration répartis dans tout l’Etat, avec l’Andalousie et la région de Valence en tête de ce classement de l’infamie. Le premier d’entre eux, en effet, s’est ouvert à peine quarante-huit heures après le coup d’État des 17 et 18 juillet à Zeluán, à 25 kilomètres au sud de Melilla, dans l’ancien protectorat du Maroc, d’où fut lancé le coup d’Etat. Le terrain de football du Vieux Chamartín, où jouait le Real Madrid, devint aussi un camp de concentration. Ainsi que le Stadium Metropolitano, où l’Atlético de Madrid a joué ses matches jusqu’en 1966. Les arènes de la plupart des localités du pays, comme Las Ventas (Madrid), Alicante, Manzanera à Logroño ou Baza, à Grenade, furent converties en camps de concentration. De nombreux édifices religieux furent également utilisés à cette fin. Des exemples ? Le monastère de San Salvador à Celorio (Asturies), le monastère de La Merced à Huete (province de Cuenca), le monastère de La Caridad, à Ciudad Rodrigo (province de Salamanque) ou le monastère de San Clodio, à Orense, transformé aujourd’hui en hôtel avec spa.

Prisonniers obligés de faire le salut fasciste dans le camp de concentration d’Irún (province de Guipúzcoa).

Entre 700.000 et un million d’Espagnols sont passés dans ces camps, selon les estimations de l’auteur de l’œuvre. Combien d’entre eux y sont morts ? Hernandez de Miguel répond ainsi : « Le nombre de victimes directes dépasse largement les 10.000 et le nombre de victimes indirectes est incalculable si l’on tient compte du fait que les camps étaient un lieu de transit pour des milliers et des milliers d’hommes et de femmes qui finissaient devant des pelotons d’exécution ou dans des prisons qui, surtout pendant les premières années de la dictature, furent de véritables centres d’extermination. » « Extermination aussi parce que les captifs ne recevaient pratiquement pas de nourriture et ne disposaient pas des conditions minimales d’hygiène ou sanitaires. Dans des endroits comme Albatera (province d’Alicante), les arènes de Teruel ou le terrain de football du Vieux Chamartín, où jouait le Real Madrid, des milliers d’hommes et des centaines de femmes mouraient littéralement de faim. A Orduña (province de Biscaye), Medina de Rioseco (province de Valladolid), Isla Saltés (province de Huelva) ou San Marcos (province de León) des prisonniers ont péri du typhus exanthématique, de la pneumonie et de la tuberculose », nous dit le livre.
Le premier objectif de ces camps, en plus de semer la terreur parmi la population, était de classer les captifs. Pour ce faire, trois catégories furent créées : les « assassins et hors-la-loi ou ennemis de la patrie espagnole », qui devaient être fusillés ou condamnés à de longues peines ; les « vauriens fourvoyés », qui pouvaient être « rééduqués par la soumission, l’humiliation, la peur et les travaux forcés » ; et enfin, les « simples frères », considérés comme favorables au Mouvement national et qui furent libérés ou intégrés dans l’armée franquiste.
Les exécutions, de fait, se déroulèrent sans aucun contrôle au cours des premiers mois. Par la suite, des procès sommaires furent organisés au cours desquels on condamnait à mort vingt ou trente prisonniers à la fois. Mais en plus d’être le théâtre d’une « sélection idéologique » et un « lieu d’extermination », les camps ont aussi servi de lieu de « rééducation ». « Franco avait parié sur l’élimination des irrécupérables et sur la guérison du reste par la soumission, l’humiliation, la propagande et le lavage de cerveau. » Comment cette rééducation a-t-elle fonctionné ? « Les captifs étaient soumis à un processus de déshumanisation. Dépouillés de leurs biens les plus personnels, ils étaient complètement tondus la plupart du temps et incorporés dans une masse impersonnelle qui ne bougeait qu’au son du clairon et des coups de matraque. Les conditions infrahumaines dans les camps les ont dégradés psychologiquement dès les premiers instants », écrit Carlos Hernández. Dans ces conditions, les prisonniers étaient obligés, au moins trois fois par jour, de chanter Cara al sol et autres hymnes franquistes et de rendre les honneurs au drapeau rouge et jaune en faisant le salut fasciste romain. De même, la ICCP ordonna que deux heures de conférences d’endoctrinement soient consacrées quotidiennement dans les camps à des sujets tels que « Les erreurs du marxisme », « Les buts du judaïsme, de la franc-maçonnerie et du marxisme » ou « Le concept d’Espagne impériale ».
« L’Église a joué un rôle fondamental dans cette tâche “rééducative”. Dans les camps de concentration, l’identification absolue des méthodes et des objectifs entre cette institution, les putschistes et la dictature qui a suivi était clairement reflétée. Contrairement à la figure du médecin, celle du prêtre ne manquait jamais dans ces enceintes. Généralement avec la plus grande ardeur, les prêtres lançaient des sermons agressifs et menaçants aux prisonniers et servaient d’enseignants dans les classes patriotiques », dit Carlos Hernandez.

Prisonniers du camp de concentration de San Pedro de Cardeña (province de Burgos).

Le 1er avril 1939, il y a près de quatre-vingts ans aujourd’hui, Franco mettait fin à la guerre civile avec ce message radiophonique : « Avec l’armée rouge captive et désarmée, les troupes nationales ont atteint leurs derniers objectifs militaires. » Cependant, la paix n’est pas revenue. A ce moment précis, le nombre d’Espagnols dans les camps de concentration dépassait « largement » le demi-million, selon les calculs de Hernandez. Beaucoup d’autres restaient emprisonnés, mais désormais dans des bataillons de travailleurs. En novembre 1939, de fait, Franco ordonna la fermeture de la quasi-totalité des camps de concentration. Du jour au lendemain, de nombreux camps passèrent sous la dépendance de la Direction générale des prisons ou d’autres institutions. Dans certains d’entre eux, les prisonniers qui n’avaient pas été jugés furent évacués et seuls restèrent les détenus qui purgeaient leur peine. Dans d’autres établissements, au contraire, seule leur dénomination officielle fut changée. Les citoyens qui purent quitter le camp de concentration n’ont pas pour autant obtenu une liberté définitive et réelle. Des centaines de milliers d’hommes et de femmes sont restés prisonniers pendant des décennies dans les localités où ils vivaient.
« Un fort pourcentage d’entre eux furent de nouveau arrêtés, emprisonnés ou fusillés après avoir été soumis à de nouvelles procédures judiciaires. Les plus jeunes durent accomplir leurs obligations militaires, une nouvelle période de captivité et d’esclavage. Tous, presque sans exception, restèrent à jamais surveillés et marginalisés socialement et économiquement : les emplois nouveaux étaient réservés à ceux qui avaient combattu dans les rangs de l’armée victorieuse », conclut Carlos Hernández. La guerre était finie. Une vie de pauvreté et de misère commençait.

Alejandro Torrús

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Source : « Público ».
Traduction : Floréal Melgar.

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Le parti d’extrême droite espagnol Vox présidera désormais la commission Culture et Patrimoine historique du Parlement andalou. Or, on sait déjà que cette formation dirigée par Santiago Abascal, qui a obtenu 12 sièges au sein du nouveau Parlement d’Andalousie (avec 11% des voix), a signé un accord avec le Parti populaire (PP, droite) pour abroger la loi sur la mémoire historique et lui substituer une loi de concorde, qui dans les faits signifierait, dans le domaine de la recherche des disparus de la guerre civile jetés dans des fosses communes, de les enterrer plus profondément encore et mieux les oublier.

Fosse commune découverte à Teba (province de Malaga), contenant les restes de 125 personnes fusillées.

Le fait que la commission où seront désormais débattues les affaires concernant les victimes de la dictature franquiste soit tombée aux mains de Vox – par désintérêt, semble-t-il, des autres groupes politiques – a fait naître une profonde indignation parmi la population. Quelle carambouille politicienne a donc pu entraîner cette situation dont aucune formation, quarante-huit heures plus tard, ne s’estime responsable ?
Lundi et mardi derniers,
Marta Bosquet, la présidente du Parlement andalou, convoquait les porte-parole des cinq formations qui y sont représentées pour des réunions « extra-officielles » destinées à répartir les présidences des dix-huit commissions parlementaires existantes. Selon plusieurs personnes présentes lors de ces réunions, un accord « unanime » a été trouvé entre ces formations, la commission Culture et Patrimoine historique revenant alors étonnamment à une élue d’extrême droite. Ces mêmes sources précisent que ni le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) ni Adelante Andalucia* n’ont réclamé la présidence de ladite commission. Avant que la polémique naisse sur les réseaux sociaux, des sources du PSOE et d’Adelante Andalucia avaient d’ailleurs confirmé qu’un « accord global » avait été conclu entre les divers groupes. Mais la polémique ayant pris de l’ampleur, ces deux groupes parlementaires ont alors présenté une autre version. Selon eux, la désignation d’une élue de Vox à la présidence de la commission Culture et Patrimoine historique leur a été imposée par la coalition entre les trois groupes de droite (PP, Vox et Ciudadanos). « Ils sont arrivés avec les propositions de répartition ficelées et ont laissé les postes vacants au PSOE et Adelante. »
« Au cours de la négociation, personne ne s’est querellé pour présider la Culture. Le PSOE et Adelante ont réclamé des présidences qu’ils n’ont pas obtenues, mais celle de la Culture et Patrimoine n’en faisait pas partie »,
assurent, de leur côté, des sources de Ciudadanos. Le PSOE présidera finalement quatre commissions et Adelante, deux. L’extrême droite n’en présidera qu’une seule, précisément Culture et Patrimoine. Il est en effet très curieux qu’aucune des formations de gauche n’ait préféré abandonner certaines présidences pour prendre celle qui concerne la mémoire historique.
Tout cela est à vomir.

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* Adelante Andalucia est une coalition entre le parti Podemos et Izquierda Unida, elle-même formée par plusieurs groupes de gauche et d’extrême-gauche autour du Parti communiste espagnol.

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Les immondes

« 15 millions pour que vous déterriez quelques os ! »
Esther Muñoz


Ça a recommencé. Encore une fois. La sénatrice Esther Muñoz, du Parti populaire espagnol (PP, droite), a critiqué ce mardi en séance plénière de la Chambre haute la dotation de 15 millions d’euros allouée dans le budget à la mémoire historique, et cela, selon ses mots, « pour déterrer quelques os ».
Ce n’est pas la première fois que des membres du PP se moquent de la mémoire historique ou plus directement des victimes du franquisme. Des députés, des sénateurs, des maires ou le secrétaire général du Parti populaire lui-même sont coutumiers de ces déclarations dans lesquelles ils montrent leur évident mépris pour les victimes du coup d’Etat franquiste, de la guerre civile et de la répression qui a suivi pendant la dictature. Quelques exemples :

– Esther Muñoz, sénatrice du PP, sur l’argent alloué aux associations pour la mémoire historique : « Quinze millions pour que vous déterriez quelques os ! »
Il s’agit là du dernier en date d’une longue liste de propos du même genre. Les paroles d’Esther Muñoz ont été huées depuis les bancs socialistes, et la ministre de la Justice, Dolores Delgado, a qualifié son propos d’« absolument indigne ». Par la suite, la sénatrice a prétendu qu’elle faisait référence au projet d’exhumation du corps de Franco, et non à « ceux qui sont dans les fossés », bien que dans ses remarques préliminaires il n’y ait absolument rien pour étayer cette explication. Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que cette sénatrice se moque de la mémoire historique.

– Pablo Casado : « Ceux de gauche sont des ringards, toute la journée avec les fosses communes de je ne sais qui. »
Les railleries et moqueries envers les victimes du franquisme ont commencé avec le président du Parti populaire lui-même, Pablo Casado. Lors d’un meeting, alors qu’il était sous-secrétaire à la communication, il déclarait : « On ne peut pas être à la mode en étant de gauche ; ils sont ringards ! Toute la journée avec la guerre du grand-père, avec les fosses communes de je ne sais qui, avec la mémoire historique… »

Manuel González Capón. (maire de Baralla, province de Lugo) : « Les condamnés à mort l’ont été parce qu’ils le méritaient. »
Manuel González Capón a refusé de démissionner après avoir prononcé ces mots, car, a-t-il affirmé, ce n’est pas « le peuple qui me l’a demandé ». Le PP a ensuite obtenu de nouveau la majorité absolue dans la ville.

– Rafael Hernando : « Certains se sont souvenus de leur père quand il y a eu des subventions pour le retrouver. »
Le porte-parole du PP au Congrès a fait l’objet d’une plainte de l’Association républicaine pour la mémoire historique pour cette raillerie honteuse envers les victimes du franquisme, prononcée de plus sur 13TV, la chaîne de télévision des évêques espagnols. Lorsque la justice a classé l’affaire, il assurait que les victimes s’étaient « ridiculisées ».

– José Joaquín Peñarrubia, sénateur PP de Murcie : « Ne nous cassez plus les pieds ! (…) Il n’y a plus de fosses à découvrir. »
L’ancien juge Baltasar Garzón a documenté la disparition de 114226 personnes durant la guerre civile dans son enquête sur les crimes franquistes avant d’être suspendu de la magistrature. Une estimation que certains experts portent à 150000 disparus. Cependant, le sénateur du PP de Murcie, José Joaquín Peñarrubia, a osé dire qu’« il n’y a plus de fosses à découvrir ».
Après avoir commencé son discours par ces mots : « Ils sont fatigants avec leur mémoire historique », il affirmait : « Ne nous cassez plus les pieds avec cette question [….]. Il n’y a plus de fosses à découvrir, à moins qu’ils s’obstinent à chercher Federico Garcia Lorca aux quatre points cardinaux de l’Espagne. »

– Martínez Pujalte : « Emmène promener le grand-père ! »
Le mépris et la moquerie envers les victimes du franquisme viennent de loin. En février 2006, c’est le député du PP Martínez Pujalte qui en donnait déjà un exemple. Pujalte lança alors au président du gouvernement de l’époque, le socialiste José Luis Rodríguez Zapatero : « Parle du grand-père ! Emmène promener le grand-père ! », faisant ainsi référence à l’ancêtre de Zapatero, fusillé pendant la guerre civile pour être resté fidèle à la République.

– Camps : « Le grand-père de Zapatero ne lui a pas transmis d’affection. »
Ce n’est pas l’unique fois où Zapatero fut visé depuis les rangs du Parti populaire par des moqueries sur son grand-père. En 2011, l’ex-président valencien Francisco Camps assurait lors d’un meeting que le grand-père de Zapatero ne lui avait transmis « ni tendresse ni affection ».

– José María Aznar : « Ne remuons pas les tombes et ne nous jetons pas les os au visage. »
Pour l’ancien président espagnol José María Aznar, récupérer la mémoire historique et la réparer, c’est « remuer des tombes » et « se jeter des os au visage ». Aznar fit ces déclarations au quotidien britannique The Guardian.

Tremending

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Précision : Selon Cecilio Gordillo, membre du syndicat CGT et coordinateur du groupe « Récupérer l’histoire sociale de l’Andalousie », qui a établi l’une des meilleures bases de données sur les victimes de la répression franquiste, 96762 noms de disparus ont été recensés. Les restes d’une toute petite partie d’entre eux ont été mis au jour jusqu’à aujourd’hui. Par ailleurs, on estime que l’Espagne est le pays européen comptant le plus grand nombre de fosses communes avec l’ex-Yougoslavie.

Source : Público
Traduction : Floréal Melgar.

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