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Archive for the ‘03. Autres écrits’ Category

Salut Julos

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Le numéro d’été 2021 du « Monde libertaire » consacrait un dossier au thème « Chanson et anarchie ». Son comité de rédaction avait sollicité ma collaboration. Voici le texte que j’ai rédigé pour l’occasion.

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Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les rescapés des anciennes Fédération anarchiste et Union anarchiste, qui s’étaient auparavant rencontrés clandestinement, sous l’Occupation, se retrouvaient pour mettre sur pied la nouvelle Fédération anarchiste.

Loin d’avoir la masse militante dont disposaient les organisations politiques classiques, et ne pouvant compter sur les bienfaits d’un grand pays frère pour assurer sa trésorerie, ce mouvement libertaire, comme toujours et comme partout, ne pouvait compter que sur ses adhérents et sur le soutien de ses sympathisants pour faire vivre ses œuvres. Très vite, néanmoins, des liens très forts se nouèrent entre ce mouvement libertaire et le monde artistique et littéraire de l’époque. Nombre d’écrivains, de chansonniers et d’artistes divers se montrèrent très proches des anarchistes, qui purent se tourner vers eux et entamer dès lors une longue période de rencontres et de galas de soutien où chacun dans son domaine apporta son aide désintéressée à une organisation peu argentée. En témoignent les innombrables articles, le plus souvent signés par Suzy Chevet ou Jean-Ferdinand Stas, publiés dans Le Libertaire puis Le Monde libertaire, dont les colonnes étaient alors très ouvertes à une vie culturelle retrouvée.
Mais c’est incontestablement vers la chanson et ses auteurs, compositeurs et interprètes, que la Fédération anarchiste se tournera pour assurer le gros des programmations des soirées de soutien à son journal. Celles-ci connaîtront très vite un succès immense, favorisé par ce qui allait devenir très vite l’âge d’or des cabarets rive gauche et la notoriété grandissante de deux artistes majeurs, Georges Brassens, lui-même ancien adhérent de la Fédération anarchiste et rédacteur du Libertaire sous divers pseudonymes, et bien sûr Léo Ferré. Tous deux demeureront longtemps fidèles à ces soirées de gala, organisées le plus souvent dans la célébrissime salle de la Mutualité, au cœur de Paris, ainsi qu’au Moulin de la Galette, à Montmartre.
Mais ces deux piliers de la chanson ne furent pas les seuls à mettre bénévolement leur talent au service d’un mouvement auquel ils restèrent attachés leur vie durant. Il n’est que de consulter les archives du Monde libertaire pour se rendre compte de l’extrême richesse des programmations offertes en ces temps-là, dont Suzy Chevet, une militante du groupe montmartrois Louise-Michel, fut la grande organisatrice. On lit avec ravissement les noms de tous ces artistes dont la venue sur scène était annoncée au public, suivant un rite qui paraîtrait aujourd’hui quelque peu désuet, par des présentatrices telles Simone Chobillon, Simone Bartel ou Francine Dartois. En voici une liste non exhaustive, certains bien oubliés mais qui devraient réveiller des souvenirs agréables chez les lecteurs d’un certain âge : Robert Rocca, Marc et André (1953), Suzanne Gabriello, Jean Carmet, Pierre Dac (1954), Boris Vian, Pierre Louki, Pia Colombo, Marianne Oswald (1955), Raymond Devos, Catherine Sauvage, Yves Deniaud (1957), Jean Yanne, René-Louis Lafforgue, Ginette Garcin, Barbara (1958), Colette Renard, Les Garçons de la rue, les Machucambos (1959), Monique Morelli (1960), Boby Lapointe, Léo Campion, Francesca Solleville (1961), Cora Vaucaire, Pierre Destailles, Avron et Evrard, Ricet Barrier (1962), Maurice Fanon, Francis Lemarque, Raymond Bussières, Pierre Richard et Victor Lanoux, Monique Tarbès (1963), Maurice Baquet, Frida Boccara, Marie-Thérèse Orain, Serge Lama, Bernard Haller, Hélène Martin, les 3 Ménestrels (1964), Brigitte Fontaine, Graeme Allwright (1965), Henri Gougaud, Jacques Brel, Gribouille, Jehan Jonas (1966), Serge Reggiani, Bernard Dimey (1967), Anne Vanderlove, Marcel Azzola, Romain Bouteille (1968), Marc Ogeret, Jean-Marc Tennberg, Vicky Messica, Claude Nougaro (1969), Dadzu, Evariste, Jacques Debronckart (1970), les Frères ennemis, Marianne Mille et Maurice Dulac, Jean-Roger Caussimon, Henri Tachan (1971), Marie-Paule Belle, François Rabbath, Paco Ibañez (1972)…

Après la mort accidentelle de Suzy Chevet, en 1972, les galas de soutien se feront un peu moins réguliers, même si Léo Ferré, toujours présent, et avec lui de nouveaux venus sur la scène française, comme François Béranger ou Jacques Debronckart, vinrent soutenir le journal, alors mensuel, jusqu’à lui permettre de changer sa périodicité pour devenir hebdomadaire en octobre 1977.
Conséquence heureuse des fameux événements de Mai 68, une nouvelle génération de militants vint grossir les rangs du mouvement libertaire au début des années 70. Parmi eux, il convient ici de retenir les noms d’Hervé Trinquier et de Jacky-Joël Julien, ce dernier étant appelé à jouer un rôle de premier plan dans la reprise des galas anarchistes puis, quelques années plus tard, dans la création de Radio-Libertaire et, bien sûr, celle du Forum Léo-Ferré.
Jacky-Joël Julien, qui s’était lui-même essayé à la guitare dans l’Auvergne de sa jeunesse, était, comme tout le monde ou presque, « monté » à Paris. C’est là qu’il connut Bernard Lavilliers, rencontré au Petit Conservatoire de la chanson de Mireille. Leur amitié permettra plus tard d’obtenir le soutien de l’artiste stéphanois à la Fédération anarchiste, à trois reprises, en 1979, 1980 et 1982. Le dernier de ces galas, mémorable, eut lieu à l’Olympia de Paris, pour soutenir Radio-Libertaire, alors en butte à un gouvernement – de gauche ! – bien décidé à faire taire « la Voix sans maître ».
L’année 1981 connut, entre autres événements, l’explosion des radios dites libres avec l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République. Les libertaires que nous étions, très sensibles aux promesses électorales, comme chacun sait, s’appliquèrent alors à faire en sorte, avec d’autres, que le nouveau locataire de l’Elysée respecte celle qu’il avait faite de « libérer » la bande FM. Je ne vais pas raconter ici l’histoire de la création de Radio-Libertaire (1) et de la bataille qu’il fallut mener pour qu’elle survive à l’opération de transformation des radios libres en radios privées. Mais il est bon toutefois de rappeler que Jacky-Joël Julien, Gérard Caramaro et moi-même, à l’origine de cette station, avions dès les premiers instants de son existence placé la chanson d’expression française au cœur de sa programmation musicale. Si le propos « politique » tenu à l’antenne permettait à l’auditeur de reconnaître la station, on peut affirmer que sa programmation musicale participait tout autant de son « identité ». Ce qui permit d’ailleurs à un historien, Pascal Ory, d’affirmer, alors qu’il présidait un jury lors d’une soutenance de thèse, que si la chanson avait une place importante dans l’histoire de Radio-Libertaire, on pouvait tout aussi bien prétendre que Radio-Libertaire devrait avoir elle aussi une place non négligeable dans l’histoire de la chanson d’expression française.
Au début des années 80, il était déjà devenu difficile d’entendre, sur les radios officielles ou à la télévision, des Nougaro ou Caussimon, des Fanon ou Escudero, des Pia Colombo ou Colette Magny. Le déclin culturel radio-télévisé avait commencé, et la puissance dévastatrice du rouleau-compresseur du showbiz, devenu Industrie culturelle, ajoutée à une politique jack-languienne clinquante et complice, n’allait pas arranger la situation. Dès sa mise en œuvre jusqu’en 2019, la grille de programmation de Radio-Libertaire compta trois émissions hebdomadaires consacrées à la chanson (2). Et ajoutons que dès les premières semaines d’existence de la radio, la venue dans le « studio » d’invités tels que Louis Capart, Alain Aurenche, Serge Utgé-Royo, Jean-Roger Caussimon, Yvan Dautin, Gilbert Laffaille, Jean Guidoni et bien d’autres ne devait évidemment rien au hasard, mais s’inscrivait résolument dans cet attachement de longue date du mouvement libertaire à la chanson de parole.

Les artistes ne s’y tromperont d’ailleurs pas. Car ils furent toujours, dans les moments les plus difficiles où l’existence même de la station fut menacée, des soutiens indispensables et efficaces. Avant comme après la saisie de Radio-Libertaire, le 28 août 1983, nous ferons appel à eux, d’abord pour un nécessaire soutien financier, en organisant de nombreux galas, de la petite salle de la Confédération nationale du travail (CNT), rue des Vignoles, jusqu’à Bobino, l’Olympia ou l’immense Espace Balard aujourd’hui disparu, où ils vinrent chanter tour à tour, permettant à Radio-Libertaire de pouvoir s’offrir des studios dignes de ce nom. On me permettra de rappeler ici l’exceptionnel gala organisé autour de l’ œuvre poétique du Beauceron libertaire Gaston Couté, à Bobino, où s’illustrèrent Marc Robine, Jacques Florencie, Gérard Pierron et Bernard Meulien. Aussi les deux jours de gala non stop de l’Espace Balard, où trente-quatre artistes furent programmés. Mais leur aide fut également précieuse à l’heure où il fallut protester avec force auprès du gouvernement après la saisie-saccage du studio sur ordre gouvernemental. Pour ce soutien multiforme jamais démenti, me reviennent en mémoire les noms de Rachid Bahri, Guy Bontempelli, Michel Bühler, Mama Béa, Jean Bourbon, Paul Castanier, Christian Camerlynck, Louis Capart, Jacques Canetti, Jean-Roger Caussimon, Gilles Cerisay, Yvan Dautin, Rosalie Dubois, Jacques Debronckart, Christian Dente, Jean-Luc Debattice, Leny Escudero, Eglin et Robin, Gilles Elbaz, Léo Ferré, Nino Ferrer, Maurice Fanon, Melaine Favennec, Jacques Florencie, Patrick Font, Olga Forest, Henri Gougaud, Jean Guidoni, Eve Griliquez, Bernard Haillant, Pierre Haralambon, Paco Ibañez, Xavier Lacouture, Gilbert Laffaille, Pierre Louki, Hedris Londo, Francis Lemarque, Bernard Lavilliers, Gilles Langoureau, Higinio Mena, Colette Magny, Monique Morelli, Michel Murty, Gilles Méchin, Danielle Messia, Francisco Montaner, Mouloudji, Marc Ogeret, Marie-Thérèse Orain, Gérard Pierron, Pierre Perret, Marc Robine, Renaud, Luc Romann, Jean-Pierre Réginal, Serge Reggiani, Gilles Servat, Francesca Solleville, Jean Sommer, Anne Sylvestre, Alain Souchon, Henri Tachan, Serge Utgé-Royo, Jean Vasca, Joan Pau Verdier, Cora Vaucaire, Anne Vanderlove, Philippe Val, Daniel Vachée, Pierre Vassiliu, Jean Vallée, Marie-Josée Vilar, Elisabeth Wiener. Pas mal, non ?
Le succès de cette Radio-Libertaire des premiers temps et les liens étroits tissés avec le monde de la chanson eurent bien sûr des conséquences heureuses. Parmi elles, pour rester dans le domaine qui nous occupe, rappelons la création, en 1982, du Trou Noir, rue Nationale, à Paris, dans un ancien bistrot-dépôt de charbon que Jean Touzot, propriétaire du lieu, et son ami René Pic transformèrent en cabaret où vinrent se produire France Léa, Gilles Servat, Pierre Delorme, Pierre Haralambon, Jean Moiziard et beaucoup d’autres. Sans doute ce lieu, indépendant de la Fédération anarchiste, eût-il existé sans elle, mais il est incontestable que le succès de Radio-Libertaire en région parisienne offrit un sérieux coup de pouce à ses créateurs. Mais l’événement le plus marquant interviendra lorsque la petite équipe qui, quinze ans plus tard, sera à l’origine du Forum Léo-Ferré, prit en main, en 1986, sous forme de location-gérance, le théâtre Déjazet, proche de la place de la République, à Paris, sur la recommandation de Bernard Lavilliers. Un petit groupe d’anars, regroupés autour d’Hervé Trinquier, Alain Aurenche, Jacky-Joël Julien, avait remis en état ce magnifique théâtre à l’italienne, rebaptisé Théâtre libertaire de Paris (TLP), et en assura la belle programmation (3). Inauguré les 1er et 2 février 1986 par Léo Ferré, qui y reviendra à plusieurs reprises, le TLP verra se produire, entre autres, Graeme Allwright, Julos Beaucarne, François Béranger, Michèle Bernard, Dee Dee Bridgewater, Leny Escudero, Font et Val, Juliette, Xavier Lacouture, Gilbert Laffaille, Francis Lemarque, Colette Magny, Mouloudji, Mouron, Georges Moustaki, Marc Ogeret, Pauline Julien, Anne Sylvestre, Henri Tachan, Cora Vaucaire, Gilles Vigneault, Steve Waring… L’aventure durera jusqu’en 1992.

L’année suivante, Léo Ferré meurt, le jour du 14 juillet. Alain Aurenche, qui fut son ami et lui-même auteur compositeur interprète, eut alors l’idée de lui rendre un hommage, le 14 juillet suivant, pour le premier anniversaire de sa disparition. Il invita pour cela des artistes à venir interpréter, sur la scène du Trianon, à Paris, au pied de la Butte-Montmartre, des chansons du poète disparu. Louis Capart, Fabienne Elkoubi, Jean-Louis Blaire, Catherine Ribeiro, Jean-Luc Debattice, Jean-Pierre Chabrol et Paco Ibañez répondront à cet appel et seront donc les premiers d’une longue liste d’artistes à venir rendre l’hommage annuel à Léo Ferré.
Le succès remporté par cette initiative décida Alain Aurenche à récidiver l’année suivante. Toutefois, devant le travail énorme qu’impliquait l’organisation d’une telle manifestation artistique, le Trianon pouvant accueillir un millier de spectateurs, il fit appel à une poignée d’amis. Et il se tourna naturellement vers ceux qui, quelque temps auparavant, avaient été de l’aventure TLP. Et c’est l’un d’eux, l’incontournable Jacky-Joël Julien, qui eut l’idée de créer une association, chargée précisément de mettre sur pied cette rencontre annuelle. C’est ainsi que l’association Thank you Ferré, clin d’œil au Thank you Satan de Léo, vit le jour. Outre les « anciens » de la période TLP, les membres de l’association naissante furent recrutés parmi d’autres amoureux de la chanson et du spectacle vivant ayant participé, en 1981, à la création de Radio-Libertaire. A partir de juillet 1995, l’association Thank You Ferré fut donc l’organisatrice officielle de ces 14 juillet « jour Ferré », selon la belle trouvaille de Louis Capart.
Pendant dix années, ce rendez-vous estival du Trianon connaîtra un beau succès, jusqu’à ce que ses organisateurs, impliqués à partir de 2001 dans la gestion chronophage du Forum Léo-Ferré, décident de jeter l’éponge au lendemain du 14 juillet 2003.
Si la réussite de ces soirées du Trianon avait de quoi réjouir leurs organisateurs, on comprendra toutefois que des amoureux du spectacle vivant aient été frustrés, surtout après avoir vécu la période du TLP, de n’avoir à organiser qu’une unique rencontre annuelle. Aussi certains d’entre eux tentèrent-ils de faire davantage. Et une fois de plus Jacky-Joël Julien mit la même obstination à voir réaliser ce projet qu’il en avait mis, près de vingt ans auparavant, en 1981, avec quelques amis tenaces, pour que Radio-Libertaire voie le jour.
Après avoir trouvé un local brut de béton et obtenu, non sans mal, l’argent nécessaire à sa transformation en salle de spectacle, la petite équipe put ouvrir les portes du Forum Léo-Ferré, en mai 2001, consacrant principalement sa programmation à ce que nous appelions la « chanson d’expression française non crétinisante ». L’aventure durera jusqu’en 2013, avec une équipe renouvelée au fil du temps au gré des départs et des décès de certains de ses membres.
Comme on le voit à travers cette histoire dont les militants des générations suivantes auront à écrire la suite, la chanson a grandement occupé nombre de militants libertaires, et nul doute qu’elle fut, au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, son meilleur compagnon de route.

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(1) Pour cela, voir Radio-Libertaire, la Voix sans maître, d’Yves Peyraut, éditions du Monde libertaire, Paris, 1991.
(2) « Ça urge au bout de la scène », « Deux sous de scène » et « Le présent têtu », devenue « De rimes et de notes » puis « Juste une chanson ».
(3) L’histoire du TLP a été racontée, fort bien, par Daniel Pantchenko dans son livre Léo Ferré sur le boulevard du Crime, Cherche Midi éditeur, Paris, 2016.

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D’abord une bonne nouvelle : le site internet du « Monde libertaire », administré par des militants sympas et travailleurs que je remercie vivement, vient de reprendre quatre de mes articles* récemment écrits pour ce blog à l’occasion des 40 ans de Radio-Libertaire (RL).
Le 1er septembre, c’était l’émission « Femmes libres » qui proposait un « spécial anniversaire » auquel j’ai participé, invité par son animatrice, Hélène Hernandez.
Tout lecteur ou auditeur extérieur à la Fédération anarchiste pourra se demander pourquoi rien n’a été fait de la part du secrétariat de RL. Quarante ans d’existence d’un tel moyen d’expression – phénomène unique dans l’histoire du mouvement anarchiste international –, ce n’est quand même pas rien. Et si l’on peut comprendre qu’aucun événement public n’ait été organisé compte tenu des circonstances actuelles dues à la pandémie, cet anniversaire méritait tout de même mieux que ce lourd silence officiel. Ces articles rappelant la création de RL et certains épisodes marquants de son histoire, n’est-ce pas le secrétariat radio qui aurait dû en prendre l’initiative, afin de marquer le coup en attendant mieux ?
Plusieurs articles, une émission… Hé ! Ho ! messieurs les rois fainéants du secrétariat, je ne vais pas faire votre boulot éternellement !!!

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* Voir https://www.monde-libertaire.fr/

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Une papeterie-mercerie à Paris, vers 1910.

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La scène décrite ci-dessous, absolument authentique, s’est déroulée il y a un an jour pour jour. Je l’avais publiée sur un réseau social, ce qui eut pour conséquence heureuse de me débarrasser d’une poignée de frapadingues et de farouches « résistants » ayant rejoint le maquis du délire complotiste et pris ce texte comme un affront.

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Paris, dans l’autobus, ligne 26. Une dame d’un certain âge, comme on dit, est assise en face de moi. Un jeune homme, qui vient de monter, s’installe à côté d’elle, debout. Appelons-le Max. Remarquant que le jeune homme ne porte pas de masque (car il est libre, Max !), la dame lui fait très gentiment, très poliment remarquer que c’est en principe obligatoire dans les transports en commun, ne serait-ce que pour porter attention aux personnes âgées, cibles favorites du virus.
– Je t’emmerde ! répond Max illico, car l’homme libre n’est pas de nature à se laisser importuner au sujet de règles de vie commune tout juste bonnes, selon lui, pour le troupeau dont il n’est pas.
J’interviens alors à mon tour et lui fais remarquer qu’en faisant un petit effort il est possible de s’adresser aux autres de façon correcte.
– Ta gueule ! me lance-t-il, car l’homme libre aime aussi montrer qu’il a du vocabulaire.
Puis Max se lance dans la foulée dans une diatribe sur les « esclaves », les « moutons », les « soumis », etc. Bref, le discours neuneu et fort en gueule des résistants de notre temps, à qui le bistrot du coin ou une page Facebook servent de Vercors.
Max est en plein meeting quand soudain monte dans l’autobus une petite armada d’agents de la RATP. Le tribun les aperçoit et l’intensité de sa rébellion connaît aussitôt une chute vertigineuse. Car il s’interrompt et fouille alors dans son sac, en sort un masque et le plaque sur son visage, comme tout le monde, intégrant soudainement le troupeau tant vilipendé quelques secondes auparavant. Avec la dame, on se marre. Il nous fusille du regard en grommelant quelque chose d’incompréhensible mais qu’on suppose peu aimable. A l’arrêt suivant, il se faufile pour descendre du bus.
– Au revoir, Zorro ! lui dit la dame.
– Salut Jean Moulin, lui dis-je.

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Le 28 août 1927, au cimetière Forest Hills de Charleston, aux Etats-Unis, se déroulent les funérailles et l’incinération des corps de Nicola Sacco et de Bartolomeo Vanzetti, qui avaient été exécutés cinq jours auparavant. Une foule considérable s’était rassemblée sur le parcours, comme en témoigne cette photo.

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Le fondateur du Centre international de recherches sur l’anarchisme (CIRA) est mort le 28 juillet 2021 à Portland, Oregon, États-Unis.
Il était né à Sanremo le 18 septembre 1930, d’une mère à la maison et d’un père croupier au casino. Tout jeune, il servit d’estafette à la Résistance. À la Libération, il forma à Sanremo, avec deux compagnons, le groupe anarchiste Alba dei Liberi. Tous trois refusèrent de faire leur service militaire. Emprisonné en 1950 pour objection de conscience, Ferrua vécut ensuite dans une semi-clandestinité, co-organisant des campings libertaires internationaux, rédigeant la revue Senza limiti (1952-1954, cinq numéros), travaillant sur des chantiers du Service civil international.
Il est arrivé en Suisse en 1954 pour échapper à la prison, et a d’abord été hébergé chez Lise Ceresole, veuve du fondateur du Service civil international, au Daley-sur-Lutry, puis il s’est installé à Genève pour y faire des études d’interprète-traducteur. Il y a retrouvé des compagnons anarchistes qu’il a engagés à poursuivre le travail de Louis Bertoni ; c’est ainsi qu’en 1957 reparut une série du Réveil anarchiste/Risveglio anarchico, mensuel pendant une année puis irrégulier. Y collaboraient notamment Alfred Amiguet et André Bösiger pour la partie française, Claudio Cantini, Carlo Frigerio, Carlo Vanza et Ferrua (sous la signature de Vico) pour la page en italien.
La même année, il lança le projet d’une exposition sur la presse anarchiste du monde entier ; il envoya quantité de lettres avec des succès variés. C’est de là qu’est née l’idée de création du CIRA, pour conserver les périodiques qui arrivaient. Les ouvrages récupérés de la bibliothèque de Louis Bertoni et du groupe Germinal de Genève sont venus s’y ajouter, puis un grand nombre de livres ayant appartenu à Jacques Gross et à d’autres militants qui adhérèrent tôt au projet, Hem Day, E. Armand, André Prudhommeaux, la SAC suédoise, etc. Par la suite, le CIRA reçut les archives du SPRI et de la CRIA (Secrétariat provisoire aux relations internationales et Commission de relations internationales anarchistes, 1947-1958) qui restèrent longtemps empaquetées et n’ont été inventoriées que quarante ans plus tard.
Pietro Ferrua a toujours cherché à obtenir la reconnaissance du courant anarchiste dans les milieux intellectuels et universitaires. À cette fin, il tâcha de réunir un comité d’honneur international du CIRA, réunissant des chercheurs et des militants ; cela eut un certain écho, mais il essuya aussi plusieurs refus. Il développa les contacts avec la Bibliothèque universitaire et celle des Nations unies à Genève, alors que le CIRA était encore constitué de caisses de journaux et de piles de livres sur les étagères branlantes d’une chambre.
Il avait aussi réuni des étudiants et jeunes chercheurs pour aider au catalogage, organiser des conférences, publier (et polycopier) le Bulletin du CIRA. En 1955, au camping anarchiste de Salernes (Var, France), s’étaient organisées des filières pour réfractaires français, algériens ou italiens. Plusieurs résidaient à Genève, où la frontière n’était pas difficile à passer. Dans un élan de solidarité internationale, quatre jeunes gens lancèrent quelques bouteilles incendiaires contre le consulat d’Espagne, en février 1961, ce qui suscita un important mouvement d’opinion favorable, mais aussi des arrestations et des expulsions. Pietro Ferrua dut quitter la Suisse en janvier 1963, laissant le CIRA à Marie-Christine Mikhaïlo et Marianne Enckell qui l’ont repris au pied levé ; avec sa femme brésilienne et leurs deux enfants, il partit vivre à Rio de Janeiro. Il y reprit rapidement ses activités intellectuelles et militantes, fondant notamment la section brésilienne du CIRA, jusqu’à une nouvelle expulsion en octobre 1969 ; grâce à des liens familiaux, il trouva un nouveau havre aux États-Unis, à Portland, Oregon.
Il put y enseigner de 1970 à 1987 au Lewis and Clark College ; il était chargé des langues étrangères, de la littérature comparée et de l’histoire du cinéma. Il s’intéressait depuis toujours aux formes artistiques et littéraires d’avant-garde : il organisa en 1976 le premier symposium international sur le lettrisme et publia plusieurs travaux et œuvres dans ce domaine ; il était aussi membre de l’Internationale novatrice infinitésimale (INI). Il fallut de longues annnées pour qu’il puisse revenir en Europe, quand ses interdictions de séjour en Italie, en France et en Suisse furent enfin levées ; il résida alors quelque temps à Nice et à Sanremo, où il prenait soin de sa mère.
L’intérêt pour l’anarchisme ne le quittait pas. En 1980, il parvint à organiser dans son université une semaine internationale de débats, de films, de concerts et d’événements sur l’anarchisme, malgré des craintes irrationnelles de la hiérarchie. Il publia des études sur « Surréalisme et anarchie », « Anarchisme et cinéma », « Les anarchistes vus par les peintres », ainsi que deux livres importants sur les anarchistes dans la révolution mexicaine et un bilan des sources à ce sujet, et poursuivit ses recherches sur les origines de l’objection de conscience en Italie.
Il donna aussi des articles à A rivista anarchica, ApArte et à la Rivista storica dell’anarchismo, à la revue Art et anarchie, aux Bulletins du CIRA de Genève/Lausanne et de Marseille, à des publications brésiliennes et à nombre d’autres revues et ouvrages collectifs.
À sa retraite, il obtint encore quelques mandats d’interprète, mais vécut chichement, ce qui le contraignit à vendre une partie de ses archives. Il organisa toutefois des festivals de cinéma, participa à divers colloques internationaux, poursuivit plusieurs recherches.
Ces dernières années, sa santé s’était détériorée. Il avait eu la douleur de perdre prématurément sa fille Anna et son fils Franco ; sa femme Diana Lobo Filho est aussi décédée avant lui. Quelques ancien(ne)s élèves qui étaient restés proches de lui ont pu l’accompagner fidèlement jusqu’à ses derniers jours, alors qu’il résidait dans un établissement hospitalier et ne parlait plus.
Certaines des archives de Pietro Ferrua ont été dispersées ou saisies lors de ses exils successifs, mais il en avait conservé et reconstitué une grande partie. Elles ont été versées (ou le seront prochainement) à l’Archivio Famiglia Berneri à Reggio Emilia (Italie), à la Labadie Collection de l’université d’Ann Arbor (Michigan, États-Unis) et au CIRA de Lausanne.
L’initiative de Ferrua a donné naissance à d’autres CIRA, à la vie longue ou éphémère, mais regroupés depuis 1974 sous divers noms dans le réseau FICEDL (Fédération internationale des centres d’études et de documentation libertaire, ficedl.info).

ME, CIRA Lausanne

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Le numéro d’été du « Monde libertaire », organe de la Fédération anarchiste, consacre un dossier au thème « Chanson et anarchie ». J’y ai participé avec une contribution à caractère mémoriel intitulée « Chanson et anarchie : une longue histoire », dans laquelle j’évoque l’histoire des galas libertaires depuis la Libération, puis l’aventure du Théâtre libertaire de Paris-Déjazet, les soirées en hommage à Léo Ferré au Trianon, chaque 14 juillet, la chanson sur Radio-Libertaire, le cabaret « Le Trou Noir » et enfin le Forum Léo-Ferré.
Au sommaire, on trouve également des textes consacrés à Charles d’Avray, à la Commune, à Gaston Couté, à Brassens, à Utgé-Royo, à Woody Guthrie, à la chanson anarchiste italienne, au groupe Bérurier Noir, à la chanson des Gilets jaunes, et d’autres articles encore, de Jean-Pierre Levaray, Louis Arti, Pierre Sommermeyer, Philippe Paraire, Hervé Trinquier, Hélène Hernandez. Un numéro très riche !

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Le 23 août 1939 était signé à Moscou le traité de non-agression entre l’Allemagne et l’Union soviétique, plus connu sous le nom de pacte germano-soviétique, entre Ribbentrop pour l’Allemagne et Molotov pour l’URSS, en présence de Joseph Staline.
En France, l’entière subordination de la direction thorézienne du Parti communiste aux directives du Kremlin l’amènera à demander à l’occupant nazi l’autorisation de faire paraître légalement le journal L’Humanité.
Après guerre, et durant de longues années, le Parti communiste, confronté à cet épisode peu glorieux de son histoire, tentera de faire croire qu’il s’était agi d’une initiative personnelle de la part des deux envoyés chargés de faire cette demande auprès des autorités allemandes, mensonge énorme que des historiens ont depuis mis en évidence.
Mais avant cela, Pierre Teruel-Mania, ancien militant communiste, résistant, arrêté par la Gestapo en 1943, déporté à Buchenwald, puis exclu du Parti en 1952, proposait sa version de l’affaire dans son livre De Lénine au panzer-communisme.
Je vous propose, en ce jour anniversaire de la signature du pacte germano-soviétique, de lire ci-dessous le chapitre qu’il consacre au sujet.

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Si vous évoquez devant quelque membre du PC la démarche effectuée par la fraction dirigeante auprès des autorités nazies pour obtenir la parution légale de L’Humanité, vous passerez pour blasphémateur.

Ribbentrop, Staline et Molotov.

(…) Pourtant, avec le temps, l’hagiographie recule devant l’histoire et çà et là la vérité parvient à percer les couches successives de mensonges. Trente ans après le crime, Duclos reconnaît l’assassinat de Déziré (1). Mais il le fait à sa manière, qui est prudente : une erreur ! Avec la même prudence matoise et parce que la vérité, la scandaleuse vérité, risque d’être révélée malgré lui, il se résigne à la reconnaître. Il le fait donc, non pas dans L’Humanité, mais dans des textes que la grande masse des adhérents du Parti ne lit pas. Cette vérité, Duclos la reconnaît donc auprès de ceux, très rares dans le Parti, qui déjà la connaissent. Et c’est ainsi qu’on peut lire dans le livre préfacé par Duclos, Le PCF dans la Résistance, page 73 : « Ce souci primordial de reprendre alors le contact direct avec la population [!?], en utilisant toutes les possibilités de l’heure, explique aussi la démarche tentée, dans la région parisienne, auprès des autorités allemandes afin d’obtenir une reparution légale de L’Humanité. Le seul énoncé des conditions allemandes fit comprendre la gravité de cette erreur qui fut blâmée et sanctionnée par la direction du Parti. »
C’est l’aveu ! L’aveu officiel ! Mais admirons la manœuvre ! Il s’agirait, selon la thèse officielle, d’une démarche d’irresponsables, de la seule région parisienne, et désavoués ensuite par la direction, non pas d’ailleurs pour la démarche elle-même, mais parce que les conditions allemandes se sont révélées inacceptables ! De bonnes conditions auraient donc été acceptées ! Des irresponsables ? Comme s’il avait été possible, en pleine occupation, que des communistes puissent engager, sans l’accord de la direction, des pourparlers à propos de l’organe central du Parti !
Ainsi la fraction dirigeante avoue, mais aussitôt s’efforce de dégager ses propres responsabilités. Hypocrisie et lâcheté. L’aveu lui permettra, le cas échéant, de se justifier, en rappelant ce texte. Mais cet aveu demeure jusqu’ici inconnu de la masse des adhérents, qui continueront, en toute bonne foi, parce qu’ils ignorent la vérité, de considérer comme calomniateur quiconque se référera cependant à un texte signé Duclos.
La vérité, la vérité totale sur cette affaire, la voici, telle que l’a révélée il y a bien des années, L’Histoire du PCF, rédigée par des témoins communistes et diffusée par « Unir » (2). Au flic Gitton (3) avait succédé Maurice Tréand (4). Désigné par la fraction, comme Gitton, au contrôle des cadres, il ne pouvait être question pour lui de prendre une initiative qui s’opposât aux directives de Duclos-Frachon. C’est donc sur leur ordre qu’il engagea des démarches auprès des autorités d’occupation en vue de la reparution de L’Humanité.
Le 19 juin 1940, sollicité par téléphone, le lieutenant Weber, de la Propagandastaffel, accepta de recevoir une délégation officielle du PCF. Cette délégation était composée de Maurice Tréand et de Denise Génolin, laquelle avait accepté cette mission la mort dans l’âme, par esprit de discipline. Un interprète, Schrodt, du service de presse de la Kommandantur, 12, boulevard de la Madeleine, accompagnait ces deux représentants de la direction du PC.
Auparavant, le lieutenant Weber, couvert par ses maîtres, avait rassuré nos « délégués » quant à leur sécurité.
Au cours d’une discussion courtoise, Maurice Tréand fit observer qu’en Belgique et aux Pays-Bas (5) des démarches identiques des directions des PC avaient abouti à la parution légale des journaux communistes Waarheid et La Voix du Peuple. Notons en passant que cette concordance des démarches de plusieurs journaux communistes prouve à elle seule que ces démarches répondaient à un mot d’ordre, d’ailleurs tout naturel pour ceux qui admettaient la loyauté des accords germano-soviétiques d’alors.
Maurice Tréand fit état de ces accords et rappela la lutte du PC contre le traité de Versailles et contre la guerre, reprenant les thèmes quotidiens de L’Humanité clandestine, c’est-à-dire de la direction.
Au nom de la Kommandantur, le lieutenant Weber, qui avait lui-même, comme ses interlocuteurs, reçu des ordres, déclara que l’autorisation sollicitée serait vraisemblablement accordée. Et, de fait, le lendemain 20 juin, l’autorisation fut adressée par lettre officielle remise en main propre, si l’on ose dire, à Maurice Tréand.

Si, comme elle le prétend aujourd’hui, la fraction dirigeante n’avait pas été d’accord, et si les autorités nazies n’avaient pas eu la certitude qu’il s’agissait bien d’une demande officielle du PCF, il est bien évident que Tréand et Génolin, ne représentant alors qu’eux-mêmes, n’auraient pas risqué une arrestation certaine. D’autre part, si la direction du PC n’avait pas été dans le coup, la Kommandantur n’aurait pu monter une telle affaire qu’en utilisant des aventuriers à son service, des comparses, ce qui n’était pas le cas, tout au moins pour Denise Génolin, morte en déportation. Ni d’ailleurs pour Maurice Tréand, responsable national aux cadres.
Enfin, un accord entre la direction du PCF et la Kommandantur ne pouvait aboutir que s’il avait l’agrément de l’ambassade soviétique à Paris. C’était évidemment le cas puisque maître Foissin, membre du Parti et avocat attitré de l’ambassade soviétique, intervint sur les sollicitations de Jacques Duclos.
Maurice Tréand rendit compte de sa mission à la direction et une somme de 50.000 francs lui fut alors confiée. Tréand remit cette somme à Denise Génolin avec mission de la verser à Monsieur Dangon, 123, rue Montmartre, imprimeur habituel de L’Humanité. Denise Génolin se rendit donc personnellement chez Monsieur Dangon, le 20 juin, dans l’après-midi.
Dès le lendemain, le 21 juin, elle fut appréhendée par la police française, ainsi que Tréand, alors que tous deux se dirigeaient vers l’imprimerie. Tréand portait sur lui les premiers articles, dont un que Duclos lui-même venait de rédiger dans sa « planque », rue de la Verrerie. Denise Génolin fut immédiatement conduite à la prison de la Petite Roquette et Tréand à la Santé.
Tous deux étaient inculpés d’infraction aux décrets du 26 septembre 1939 portant dissolution du PCF et du 24 août 1939 portant interdiction des journaux communistes.
La direction du Parti – Duclos-Frachon – chargea alors maître Robert Foissin et Jean Catelas d’intervenir auprès des autorités allemandes. Maître Foissin intervint au nom de l’ambassade soviétique qui entretenait alors les meilleures relations avec les autorités nazies, comme l’exigeait d’ailleurs le pacte d’amitié germano-soviétique.
La Kommandantur ordonna alors la libération de ses protégés. Denise Génolin fut libérée le 25 juin et, le lendemain, Maurice Tréand sortit de la Santé. Les registres d’écrou, toujours vérifiables, indiquent que cette double libération a été ordonnée par le docteur Fritz, conseiller supérieur près du chef de l’administration allemande.
On imagine le drame de conscience de Denise Génolin et de Jean Catelas, obligés, par discipline, d’obéir à de pareilles directives ! L’une et l’autre, on le sait, devaient se conduire héroïquement et finir tragiquement.
Avant son exécution, Jean Catelas a rédigé une analyse de ces faits, afin qu’à la Libération les coupables soient mis en accusation. Ce témoignage n’a pas été détruit. Il servira, dès qu’existera la possibilité d’un véritable débat à l’intérieur du Parti.
Maître Foissin, par arrêté du 20 mars 1945, a été, pour avoir lui-même obéi à un mot d’ordre de collaboration avec l’ennemi, exclu du barreau de Paris.
Il ne s’agit donc pas d’une erreur blâmée par la direction, comme l’affirme Duclos, mais très exactement du contraire :
d’une démarche de la direction, qui s’explique par sa soumission aux directives du Komintern et par son adhésion à la politique du pacte germano-soviétique.

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(1) Georges Déziré, militant communiste et résistant, suspecté faussement d’avoir dénoncé ses camarades, sera assassiné par les hommes de main du Parti regroupés au sein du « détachement Valmy ».
(2) « Unir » regroupait au début des années 50 des membres du PC souhaitant une ouverture démocratique au sein du Parti.
(3) Marcel Gitton : numéro trois du Parti communiste au début de la Seconde Guerre mondiale, il rejoindra la collaboration. On apprendra qu’il avait été avant cela agent de renseignement de la police française entre 1936 et 1939. Il fut assassiné par le « détachement Valmy ».
(4) Sur cette affaire et plus précisément sur Maurice Tréand, l’homme des affaires occultes et véritable « ministre de l’intérieur » du PC, lire L’Affaire de L’Humanité, de Sylvain Boulouque (Larousse, Paris, 2010), Juin 1940, la négociation secrète de Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier (Editions de l’Atelier, Paris, 2006) et Les Listes noires du PCF de Sylvain Boulouque et Franck Liaigre (Calmann-Lévy, Paris, 2008).
(5) La direction du PC du Danemark effectua la même démarche. En Belgique, des journaux du PC belge parurent à Anvers. Et, à Bruxelles, une maison d’édition appartenant au Parti fonctionna avec l’accord des autorités nazies jusqu’en juin 1941.

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Le texte ci-dessous est extrait de l’ouvrage Les Dossiers noirs d’une certaine Résistance. Trajectoires du fascisme rouge, paru aux éditions du CES, Perpignan, 1984.

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En avril 1917, Voline et Trotski, tous deux à New York, se rencontrent dans une imprimerie. Voline prophétise la conquête du pouvoir par les marxistes de gauche et conclut : « … et alors, gare à nous autres, anarchistes ! Vous commencerez à nous persécuter dès que votre pouvoir sera consolidé. Et vous finirez par nous fusiller comme des perdrix… » Et Trotski réplique : « Allons, allons, camarade, vous êtes des fantaisistes têtus et incorrigibles. Voyons, qu’est-ce qui nous sépare actuellement ? Une petite question de méthode tout à fait secondaire. Comme nous, vous êtes révolutionnaires. Comme vous, nous sommes anarchistes en fin de compte. Seulement, vous, vous voulez instaurer votre anarchisme tout de suite, sans transition ni préparation. Tandis que nous, les marxistes, nous ne croyons pas possible de sauter d’un bond dans le royaume libertaire. Nous prévoyons une période transitoire au cours de laquelle le terrain pour la société anarchiste sera déblayé et défriché à l’aide d’un pouvoir politique anti-bourgeois : la dictature du prolétariat exercée par le parti prolétarien au pouvoir. En somme, il ne s’agit que d’une différence de nuance, sans plus… »
En décembre 1918, Voline est arrêté en Ukraine et les autorités en avisent Trotski par télégramme. La réponse est immédiate et peu nuancée : « Fusiller immédiatement. Trotski. » Mais grâce à la « sentimentalité déplacée des autorités locales » (dixit Trotski), Voline échappe à son sort. Il est comme cela des nuances fâcheuses.
Cette anecdote, rapportée par Voline*, illustre très fidèlement les relations des anarchistes et des communistes et, d’une manière plus générale, les relations des bolcheviks avec les composantes révolutionnaires non ralliées. Des naïfs ont pu croire un temps qu’il s’agissait de bavures, de dérapages, mais la similitude des pseudo-révolutions marxistes « réussies » ici et là dans le monde réduit cette hypothèse à sa quintessence : un acte de foi pour marxiste illuminé. Comme dit l’humoriste : une fois c’est un accident, deux fois une coïncidence, dix fois une habitude. Le pourquoi de cette fatalité était déjà analysé par Bakounine, il tient lieu de formule : c’est le pouvoir qui transforme les hommes et non les hommes qui transforment le pouvoir. Et avant même d’atteindre ce pouvoir corrosif, les hommes sont transformés par les moyens qu’ils utilisent pour le conquérir. Surtout, comme dans le cas des bolcheviks, quand la seule éthique est l’efficacité, quand on ne recule ni devant le mensonge, ni devant l’intimidation, ni devant le meurtre. A ce point qu’entre communistes et fascistes, ce n’est plus qu’une question de nuance.

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* La Révolution inconnue, de Voline.

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