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J’ai écrit l’article ci-dessous pour le numéro 11 du magazine bimestriel « Rebelle[s] », qui vient de paraître. Chaque numéro de cette revue est consacré à un thème particulier, qui cette fois était « Quelles grandes espérances pour le monde ? ». Comme je n’en ai guère, j’ai préféré parler du passé.

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Récemment, un très intéressant documentaire réalisé par Tancrède Ramonet et plusieurs fois diffusé sur Arte et La Chaîne parlementaire est venu fort heureusement combattre l’ignorance quasi totale du « grand public » pour l’histoire d’un mouvement politique trop souvent passé sous silence ou caricaturé : l’anarchisme. Comme le montre ce documentaire, parmi les pays où ce courant de pensée et la mise en œuvre de ses propositions ont présenté quelque importance, c’est en Espagne que son influence aura été incontestablement la plus forte et la plus évidente. Pour le comprendre, il nous faut remonter dans le temps.

Autoritaires contre antiautoritaires
Si la naissance de l’Association internationale des travailleurs (AIT), plus connue sous le nom de Première Internationale, date bien du 28 septembre 1864, à l’issue d’un congrès ouvrier européen réuni au Saint-Martin’s Hall de Londres, l’idée de créer une telle organisation avait germé lors de précédentes rencontres entre syndicalistes anglais et français, parmi lesquels se distinguait Henri Tolain, un ciseleur sur bronze fortement imprégné, comme le monde de l’artisanat et le mouvement ouvrier français de l’époque, par les écrits de Proudhon.
Très vite, des désaccords sur l’orientation à prendre vont miner la vie de cette jeune Internationale, au sujet notamment de l’attitude à observer vis-à-vis des partis politiques et des candidatures ouvrières aux élections. Les diverses sections de l’Internationale seront en effet partagées entre un courant autoritaire emmené par Karl Marx, prônant la participation au jeu politique, et un courant antiautoritaire hostile à cette participation. Jusque-là très marqué par la pensée de Proudhon, ce second courant le sera surtout, après la mort du « père de l’anarchie », par l’arrivée du révolutionnaire russe Mikhaïl Bakounine, dont l’influence se confondra avec l’apport incontestable du mutuellisme et du fédéralisme proudhoniens.
Comme il l’avait clairement exprimé dans un courrier adressé à son compère Engels en juillet 1869, le très autoritaire Marx, mécontent de l’influence croissante de Bakounine, finira trois ans plus tard par « excommunier » ce dernier, et transférera à New York le siège du conseil général de l’Internationale qu’il dirigeait, signant par là même son arrêt de mort. Mais revenons-en à l’Espagne.

Giuseppe Fanelli

C’est en octobre 1868 que Bakounine confia à son ami Giuseppe Fanelli, ancien participant de la fameuse expédition des Mille au côté de Garibaldi, la mission de se rendre en Espagne afin d’y constituer des groupes de l’Internationale. Fanelli, devenu propagateur des thèses du socialisme libertaire après sa rencontre avec le révolutionnaire russe, se rendra ainsi à Madrid et à Barcelone. Là, durant quatre mois, Fanelli va se montrer d’une grande efficacité. A Madrid d’abord, il amènera les représentants des travailleurs de plusieurs corporations, parmi lesquels se distinguent le typographe Anselmo Lorenzo et le graveur sur métaux Tomás González Morago, à fonder un premier noyau de l’Internationale. A Barcelone, ensuite, il gagnera à sa cause le groupe sous l’impulsion duquel les sociétés ouvrières de la capitale catalane venaient de se fédérer. Ici, c’est un homme de grande valeur, Rafael Farga Pellicer, un typographe, qui jouera un rôle déterminant dans la création et le développement de l’Internationale, épaulé par des jeunes gens d’origine andalouse comme José García Viñas et Gaspar Sentiñon. Il convient de préciser que la très nette orientation antiautoritaire ou libertaire prise par les noyaux espagnols de l’Internationale devait beaucoup à l’immense discrédit de l’idée même d’action politique, dû aux trahisons répétées des dirigeants républicains. Cela facilita par là même la tâche de Fanelli, qui arrivait sur un terrain propice où, par ailleurs, les thèses de Proudhon circulaient déjà abondamment depuis que le républicain fédéraliste Francisco Pi y Margall avait traduit l’un de ses principaux ouvrages, Du principe fédératif.
De son côté, Marx tentera de contrecarrer l’orientation anarchiste des internationalistes d’Espagne en y envoyant son gendre Paul Lafargue pour y être l’anti-Fanelli, mais sans grand succès. Le célèbre auteur du Droit à la paresse s’illustrera surtout très négativement en jouant un rôle de mouchard, livrant publiquement les noms des internationalistes bakouniniens, dès lors livrés à la répression.

Vers la révolution sociale
Ce mouvement ouvrier espagnol sous influence de l’« apolitisme » libertaire sera par la suite amené à plusieurs reprises à changer le nom de ses organisations et à s’habituer à survivre, au gré des interdictions, des procès, de l’exil forcé de ses principaux représentants, et des périodes de clandestinité auxquelles il fut contraint. Il parviendra néanmoins à se maintenir et à se renforcer jusqu’aux dates clés des 30, 31 octobre et 1er novembre 1910 où eut lieu, à Barcelone, le congrès constitutif de la Confédération nationale du travail (CNT), organisation née de la rencontre et d’un long compagnonnage entre anarchisme traditionnel et syndicalisme d’action directe, et appelée dès lors à jouer un rôle capital dans l’histoire de l’Espagne ouvrière. Au travers des alternances de légalité et de persécution, la CNT, dont les pôles principaux se trouvent en Catalogne, en Andalousie, au Levant et en Aragon, va dès lors prendre la tête du combat social, reléguant au second plan l’Union générale des travailleurs (UGT), l’autre grande centrale syndicale liée au Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Comptant un peu plus de 500 000 adhérents représentés lors de son congrès de Madrid en 1919, la CNT passera à plus d’un million de membres à la veille du coup d’Etat franquiste de juillet 1936.
Il faut également insister sur le fait que la CNT était loin de représenter une simple organisation syndicale au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Dans une Espagne peu industrialisée où l’enseignement n’était pas obligatoire, nombre de ses militants de valeur œuvreront en permanence dans le domaine éducatif et ce qui concourt à enrichir l’individu sur les plans éthique et intellectuel. Ils obéissaient ainsi à un précepte hautement libertaire en milieu ouvrier, qui refuse de ne voir dans l’individu qu’un être défini par son emploi et uniquement destiné au travail. C’est ainsi que la CNT et la Fédération anarchiste ibérique (FAI), née en 1927, favorisèrent l’essor d’une presse d’excellente qualité largement répandue, faisant paraître trente-six quotidiens et de multiples hebdomadaires et revues, et mirent sur pied des imprimeries lui ayant permis d’éditer des milliers de livres, des athénées, et une large infrastructure de locaux où trônait l’indispensable bibliothèque.
Lorsque éclate le soulèvement des militaires félons emmenés par le général Franco, ce sont principalement ces milliers de militants aguerris de la CNT et de la FAI qui les mettront en échec dans les zones où ces deux organisations étaient prédominantes. Fidèles à une finalité maintes fois réaffirmée en congrès d’instaurer le communisme libertaire, ces organisations intimement liées vont alors profiter de leur vigoureuse riposte et de leur victoire en certaines régions pour enclencher une vaste révolution sociale d’inspiration libertaire. C’est ainsi qu’en Catalogne comme en Aragon, au Levant et en certaines zones d’Andalousie, une collectivisation réelle des industries et des terres agricoles fut mise en œuvre, réelle car sans tutelle partidaire ou étatiste.

Le grand mensonge stalinien
Si l’on comprend aisément que le franquisme, épaulé par les fascismes allemand et italien, ait voulu en finir avec l’anarchisme espagnol et son influence, les militants de la CNT-FAI auront aussi très vite à combattre, dans le camp dit républicain, cet autre ennemi totalitaire que représentait le Parti communiste espagnol (PCE). La possibilité de voir naître un socialisme authentique va en effet représenter pour les staliniens une menace beaucoup plus redoutable que le triomphe du fascisme. Ils vont s’appliquer dès lors à torpiller une expérience révolutionnaire unique et à massacrer ses protagonistes, comme ce fut le cas auparavant dans la Russie révolutionnaire. Le 17 décembre 1936, cinq mois seulement après le déclenchement du coup d’Etat fasciste,
La Pravda annonçait en termes très clairs le programme des communistes espagnols aidés par d’innombrables « conseillers » soviétiques : « En Catalogne, l’élimination des trotskistes et des anarcho-syndicalistes a déjà commencé ; elle sera conduite avec la même énergie qu’en URSS. » C’est ainsi qu’entre la destruction des collectivités agricoles de Catalogne et d’Aragon, opérée par les troupes du sinistre Enrique Lister spécialement détachées du front de guerre pour cette tâche, les multiples enlèvements et assassinats de militants anarchistes ou membres du Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) coupables de dissidence « trotskiste », qualificatif qui valait en ces temps-là condamnation à mort, la tentative stalinienne de « coup d’Etat » de mai 1937, le permanent chantage à la fourniture d’armements opéré par Moscou et autres infamies, tout sera mis en œuvre par les communistes pour faire échouer une révolution authentique, favorisant par là même la victoire définitive du fascisme espagnol.
Si les erreurs commises par les représentants du mouvement libertaire ne sont bien sûr pas à dissimuler dans cette tragédie, le sabotage en règle mené de 1936 à 1939 par les staliniens et la longue nuit noire qui s’abattit sur l’Espagne après la défaite des « républicains » allaient signifier la fin du seul espoir véritable nourri par les anarchistes du monde entier de voir leur idéal prendre forme. La « grande espérance » des gens humbles et exploités d’en finir avec une société inique s’envolait et devait dès lors laisser place au cauchemar d’un communisme autoritaire prétendument libérateur qui, partout où il s’est imposé, mena systématiquement à l’exil, à l’emprisonnement et à l’élimination physique de ses adversaires ou alliés d’un moment, ainsi qu’à la privation des plus élémentaires libertés.
L’auteur du magnifique Hommage à la Catalogne, George Orwell, acteur de cette guerre civile espagnole, cible des staliniens pendant comme après ce conflit, et surtout témoin incontournable du grand mensonge stalinien, devait par la suite, s’adressant à son ami Arthur Koestler, affirmer que « l’Histoire s’est arrêtée en 1936 ». Tous deux savaient parfaitement de quoi ils parlaient.

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Quelques lectures pour approfondir le sujet :
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Hommage à la Catalogne, de George Orwell.
* La révolution espagnole, de Burnett Bolloten.
* Révolution et contre-révolution en Catalogne, de Carlos Semprun-Maura.
*
Espagne libertaire, de Gaston Leval.
* La CNT dans la révolution espagnole, de José Peirats.
Tous ces titres sont disponibles à la librairie Publico, 145, rue Amelot, 75011 Paris.

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Une pétition circule pour réclamer la libération de Luis Manuel Otero Alcántara, un artiste cubain indépendant victime de harcèlement de la part de la dictature castriste. Je m’en fais ici le relais.

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Déclaration au sujet de l’arrestation
de l’artiste Luis Manuel Otero Alcántara

 

Dans l’après-midi du lundi 6 novembre 2017, les forces de police encadrées par la police politique ont mené une perquisition dans la maison de l’artiste Luis Manuel Otero Alcántara. L’artiste a été arrêté et une série de biens non encore spécifiés ont été retirés de sa maison. Cette action vise à bloquer l’organisation de la Biennale d’art indépendante de 2018 dirigée par Luis Manuel Otero Alcántara. L’initiative a été assumée par l’artiste après que les autorités culturelles et politiques du castrisme ont décidé de suspendre la convocation officielle de la Biennale et de la reporter à 2019 en prétextant les dévastations causées par le passage de l’ouragan Irma. Luis M. Otero Alcántara a développé un travail inspiré par la réalité de son pays et la mise en évidence de ses contradictions. Le Musée de la dissidence, un site internet qui décrit et étudie la dissidence politique au cours de l’histoire de Cuba, figure parmi ses réalisations. L’initiative a été développée par le créateur et chercheur Yanelys Núñez Leyva. Ainsi que la performance « Où est Mella ? » (1), dans laquelle l’artiste critiquait l’absence de valeurs historiques autour de la construction et de la mise en service de l’hôtel Manzana Kempinski promues par les entreprises militaires et les investisseurs étrangers (2). Et encore la loterie « Avec tous et pour le bien de quelques-uns » organisée par Yanelis et l’artiste Nestor Siré pour permettre à un Cubain de séjourner à l’hôtel de luxe Manzana Kempinski et témoigner de son expérience. Toutes ces œuvres ont été conçus avec beaucoup d’ingéniosité.
Ce n’est pas la première fois que le gouvernement cubain suspend des événements culturels en utilisant comme argument les destructions provoquées par un cyclone. En 2004, le magnifique festival de rap de Rotilla, organisé depuis de nombreuses années et qui avait réalisé la plus grande mobilisation de son histoire, a été interdit. La raison en était le passage de l’ouragan Charley. Cette décision signifiait le déclin de l’événement. De nombreux rappeurs dénoncèrent alors le double discours officiel, qui interdisait une initiative du peuple cubain au motif de la souffrance causée par le cyclone, tout en maintenant les boîtes de nuit et les cabarets ouverts pour les touristes étrangers. (…) Dans cette longue période de déclin et de décadence, le gouvernement cubain a montré une abominable cohérence avec sa politique répressive. De la même manière, les institutions culturelles officielles ne sont pas là pour faciliter des actions artistiques, mais des outils de répression. Il y a quelques jours, une déclaration du comité exécutif de l’Association des artistes plasticiens de l’Union nationale des écrivains et artistes de Cuba (UNEAC) reliait l’initiative de Luis M. Otero Alcántara à des actions sans scrupules visant à une division abstraite, argument propre au discours politique officiel. Le procédé est connu, la dénonciation laisse le champ libre à l’intervention de la police politique et permet l’interdiction des initiatives indépendantes. Abel Prieto, ministre de la Culture, Miguel Barnet, président de l’UNEAC, et Lesvia Vent-Dumois, présidente de l’exécutif de l’Association des artistes plasticiens de l’UNEAC, sont coresponsables de ce qui arrive à Luis M. Otero Alcántara. Nous demandons la libération immédiate et sans inculpation de Luis Manuel Otero Alcántara, de même que la restitution de ses biens et la cessation de l’obstruction contre la réalisation de la Biennale indépendante organisée par un artiste dont Cuba devrait se sentir fière.

Des artistes cubains pour la libération
de Luis Manuel Otero Alcántara
(La Havane, le 7 novembre 2017)

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(1) A Cuba, Julio Antonio Mella est toujours célébré aujourd’hui comme un géant du communisme, sans que l’on évoque jamais ses désaccords profonds ni a fortiori son exclusion du Parti communiste et sa mort suspecte. Et les archives des services secrets soviétiques restent désespérément closes sur ce sujet.
(2) Le tourisme, secteur de pointe à Cuba, est aux mains d’entreprises gérées par les militaires et des investisseurs étrangers.

Après « Quelques certitudes » et « A propos d’orages et de boussoles », voici un troisième texte de Tomás Ibañez consacré à la situation actuelle en Catalogne. Je me fais une nouvelle fois un plaisir de le relayer ici, dans la mesure où j’en partage totalement le contenu.

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Je ne connais pas très bien l’histoire du mouvement libertaire en Catalogne, mais j’imagine qu’il devait y avoir une bonne raison pour qu’en 1934 la CNT, qui se trouvait alors dans la plénitude de sa force, refuse de collaborer à la tentative de proclamation d’un État catalan sous la forme d’une République catalane”. Je ne fais que l’imaginer. Par contre, ce que je ne cesse de penser, car j’en suis convaincu, c’est qu’il n’y a aucune bonne raison pour qu’une partie de l’actuel mouvement libertaire catalan collabore, d’une manière ou d’une autre, avec le projet national-indépendantiste” entrepris par le gouvernement catalan, par les partis politiques qui le soutiennent, et par les grandes organisations populaires nationalistes qui l’accompagnent.
Le moins que l’on puisse dire c’est que cette partie du mouvement libertaire se trouve
en pleine dérive puisque, après avoir contribué àprotéger les urnes” lors du référendum que le gouvernement avait convoqué dans le but précis de légitimer la création d’un nouvel État sous forme de République catalane, elle appela en plus à une grève générale dans l’immédiate foulée du référendum, ce qui avait pour conséquence prévisible d’en renforcer les effets.
Cette dérive se réaffirme maintenant à travers l’appel à se joindre à une nouvelle grève générale aujourd’hui 8 novembre pour exiger la libération des
prisonniers politiques”, suite à la répression que l’Etat espagnol, dans sa composante judiciaire, a exercée contre certaines activités destinées à promouvoir l’indépendance de la nation catalane et la création du nouvel Etat.
Il est vrai que cette fois ce n’est pas l’ensemble des syndicats anarcho-syndicalistes qui se joignent à cette grève, mais une partie des syndicats de la CGT et des libertaires intégrés dans les CDR (comités de défense de la République). Si j’avais déjà exprimé ma “perplexité” devant l’appel à la grève générale du 3 octobre, cette perplexité s’est accrue en constatant que ces syndicats de la CGT et ces militants libertaires des CDR vont appuyer l’initiative d’un minuscule syndicat radicalement indépendantiste, l’Intersyndicale-Confédération syndicale catalane, qui a déposé le préavis de grève et qui n’a reçu l’appui que des deux grandes organisations indépendantistes catalanes qui rassemblent de façon transversale des secteurs populaires et des secteurs bourgeois de la population catalane (Omnium culturel et l’ANC-Assemblée nationale catalane).
Il ne fait aucun doute qu’il faut rejeter la répression, mais l’on peut être surpris de voir que ce rejet ne donne lieu à une grève générale que lorsque les inculpés sont membres du gouvernement, accompagnés des deux principaux dirigeants du mouvement civil indépendantiste, mais se réduit à des manifestations de condamnation et de solidarité lorsqu’il s’agit d’autres personnes.
Heureusement qu’au sein de la mouvance libertaire l’on a toujours su évaluer les luttes en raison de leur contenu politique. Et lorsque ces luttes ont été réprimées la solidarité s’est manifestée en fonction de cette évaluation politique. Parce que nous condamnons toute forme de répression, voudrait-on nous enjoindre de mobiliser toutes nos énergies lorsque ce sont des militants d’extrême droite qui sont réprimés ? Il est certain que d’un point de vue libertaire toute répression suscite notre réprobation, mais elle n’implique pas automatiquement notre solidarité. Ce qui est, par ailleurs, inacceptable c’est d’évoquer de récentes victimes anarchistes de la répression pour pouvoir déclarer que “cette liste” s’est amplifiée avec de nouvelles victimes qui ne sont autres que les membres du gouvernement emprisonnés. J’imagine que certains de nos camarades emprisonnés trouveraient scandaleux d’être amalgamés à ces nouveaux “prisonniers politiques” afin de justifier qu’ils méritent eux aussi notre soutien.
La dérive d’une partie du mouvement libertaire devient encore plus manifeste lorsque l’on constate qu’un bon nombre de ses militants s’impliquent actuellement dans les
comités de défense de la République originairement impulsés par la CUP-Candidatures d’unité populaire (indépendantistes d’extrême gauche). J’ai été sensible jusqu’à présent à l’argument selon lequel cette implication représentait un moyen de faire entendre notre voix et de porter nos propositions au sein des mobilisations populaires, avec l’espoir de “déborder” ainsi le cadre étroit de leurs revendications indépendantistes, même si cette perspective de “débordement” m’a toujours semblé illusoire.
Cependant, comme j’ai pu le constater cet après-midi même, lorsque l’on peut lire dans les rues de Barcelone des affiches signées par l’organisation officielle des CDR qui appellent à “
paralyser le pays” le 8 novembre contre “l’emprisonnement du gouvernement légitime de notre pays”, la perplexité devant l’incorporation d’une partie du mouvement libertaire dans ces comités ne cesse de croître et elle pose la question de savoir jusqu’où ira la dérive de cette partie du mouvement libertaire.
La seule consolation que je peux trouver est qu’à travers ces comités la politisation et l’expérience des luttes acquises par certains secteurs de la population, surtout dans ses élément les plus jeunes, impulse de futures mobilisations dans des contextes moins éloignés de l’autonomie et de l’autodétermination des luttes qui sont propres aux pratiques libertaires.

Tomás Ibáñez
(Barcelone, 7 novembre 2017)

Finalement, il n’y a pas que les cons qui osent tout et qu’on reconnaît précisément à ça, comme le laissait entendre Michel Audiard dans une célèbre réplique des non moins célèbres Tontons flingueurs. Les salauds momentanément triomphants ne sont pas mal dans le genre, eux aussi.
Ainsi donc, le fameux dialoguiste fort discret sur le temps de sa jeunesse, et qui s’était décrit comme un « gosse affamé » durant la période de l’Occupation, fut en réalité ce jeune homme adhérant en 1942 au groupe Collaboration (à son insu, dira-t-il cinq ans plus tard) et qui en 1943, à 23 ans, un âge quelque peu avancé pour un « gosse », écrivait pour les journaux de la collaboration, L’Appel et L’Union française notamment.
Dans le vocabulaire de l’époque où il convenait de rivaliser dans l’abjection avec des confrères tout aussi « affamés », Michel Audiard va donc se montrer follement original en trouvant aux Juifs une « étrangeté désagréable », une « veulerie suante » et une « odeur de chacal ». Il saura lui aussi dénoncer « la conjuration des synagogues » et désigner les responsables du mal français, les « petits youpins » partout présents. Le monde artistique en particulier lui permettra de se faire le pourfendeur du « ramassis de faisans, juifs (pardonnez le pléonasme), métèques, margoulins petits et grands, salopards réussis ». Devenu critique cinématographique, une exception toutefois lui permettra de constater que tout n’est pas juif ou métèque dans ce monde de l’art puisqu’il saluera les grandes qualités d’« un authentique chef-d’œuvre », Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl.
On comprend mieux aujourd’hui l’admiration sans réserve aucune que Michel Audiard vouait à son écrivain préféré, Louis-Ferdinand Céline, maître incontesté du vomi antijuif en littérature, à qui il rendra hommage à travers le décor de l’un de ses films* en donnant son nom à une rue. Voici d’ailleurs comment l’élève tentait de justifier l’abjection de son maître** : « Je ne conteste pas que Céline ait été antisémite, mais Céline était tellement antitout, et, pour commencer, tellement anti-Céline qu’il ne pouvait pas ne pas être antisémite. C’était un anarchiste à l’état pur. »
Commencer par ne pas contester l’antisémitisme de Céline n’a rien de particulièrement remarquable. On voit très mal, en effet, comment il serait possible de nous faire avaler le contraire. Quant à expliquer cette haine tenace et criminelle envers les Juifs par une position « antitout », c’est franchement se foutre du monde. D’abord parce qu’on voit mal ce qu’est ce tout, et que dans ce tout Céline n’a choisi que les seuls Juifs comme cible quasi unique, les « métèques » et autres francs-maçons venant quelquefois prendre le relais. Céline « l’antitout » ne fut pas anti-allemand entre 1939 et 1945, c’est le moins qu’on puisse dire, antinazi encore moins. Et pour ce qui est d’être anti-lui-même, quelle sinistre plaisanterie ! L’auteur du Voyage n’a jamais été le dernier à célébrer son propre génie et ne brille guère par une modestie bienvenue. Après-guerre, sans la moindre dignité, il ne cessera jamais de pleurnicher, de gémir et de s’apitoyer sur son sort, sans jamais, à aucun moment, avoir un mot pour les victimes des salopards qu’il côtoya avec plaisir durant toute l’Occupation.
Quant à faire un « anarchiste » d’un individu qui n’aime rien ni personne, qui plus est « un pur » (sic), c’est une façon assez minable de prolonger l’imposture en voulant faire passer celui qu’on défend comme celui qui parle pour ce qu’ils ne sont pas, et mieux cacher ainsi ce qu’ils furent vraiment. Jamais Céline ni Audiard ne furent anarchistes, purs ou non. Mais les salauds, ça ose tout…

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* Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !, 1970.
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Michel Audiard, de Philippe Durant, Le Cherche-Midi, 2005.

 

Les organisations signataires, agissant sur le territoire national, partagent une même inquiétude quant à la situation en Catalogne, la répression opérée par l’État, la perte de droits et de libertés que cela suppose et va supposer, et la montée d’un nationalisme rance qui apparaît à nouveau dans une grande partie de l’État.
Nous défendons l’émancipation, en Catalogne et dans le monde entier, de toutes les personnes qui travaillent. Dans ce contexte, peut-être est-il nécessaire de rappeler que nous ne comprenons pas le droit à l’autodétermination comme l’entendent les partis et les organisations nationalistes, mais comme le droit à l’autogestion, pour notre classe, sur un territoire déterminé.
Comprise de cette manière, l’autodétermination passe davantage par le contrôle de la production et de la consommation par les travailleurs et les travailleuses, et par une démocratie directe de bas en haut, organisée selon les principes fédéralistes, que par l’établissement d’une nouvelle frontière ou la création d’un nouvel État.
En tant qu’internationalistes, nous pensons que la solidarité entre travailleurs ne doit pas être limitée aux frontières d’un État, raison pour laquelle il nous importe peu de savoir où ces frontières se situent. Ce qui nous paraît vraiment préoccupant, c’est la réaction vécue dans le reste de l’État, avec l’exaltation d’un « espagnolisme » rance, qui rappelle des temps passés, encouragé par les médias et en phase avec la dérive autoritaire du gouvernement, patente depuis l’emprisonnement de personnes ayant appelé à des actes de désobéissance ou avec l’application de l’article 155 de la Constitution. Il ne nous échappe pas que cette poussée nationaliste pose les bases pour de prochaines limitations de droits et de libertés, contre lesquelles nous devons nous prémunir. La honteuse unité des prétendues « forces démocratiques » dans la justification de la répression annonce un sombre panorama pour toutes les futures dissidences. Il semblerait que le régime post-franquiste qui nous gouverne depuis quarante ans resserre les rangs pour assurer sa continuité.
Ce régime, qui a existé et qui existe encore, tant en Catalogne que dans le reste de l’État espagnol, sent que sa propre survie est en jeu. Grandement remis en question et soumis à une profonde crise de légitimité, il observe avec inquiétude l’accumulation des fronts de lutte ouverts. La menace sur l’intégrité territoriale de l’État s’ajoute aux scandales de corruption, au discrédit de la monarchie, à la remise en question des restrictions appliquées à la population, au mécontentement dû à l’esclavagisme au travail qu’ont entraîné les dernières réformes, l’allongement de l’âge du départ à la retraite, la baisse du montant des pensions, etc. Les appels constants à défendre la Constitution doivent être compris comme une alerte pour mettre fin à cette véritable crise existentielle qui tenaille cet Etat. Le danger est que dans ce processus les comportements répressifs comme ceux auxquels on a assisté récemment dans plusieurs villes catalanes deviennent la norme. Ou pire.
Nous ne savons évidemment pas quel sens vont prendre les événements. Nos organisations resteront attentives à ce qui se passe, prêtes à défendre les intérêts des travailleurs. Nous nous opposerons de toutes nos forces à la répression et à la normalisation des comportements ultradroitiers, qui déjà se perçoivent. Nous ne nous laisserons évidemment pas non plus manipuler par les stratégies des partis politiques dont les objectifs nous sont étrangers. Dans le même temps, nous ne cesserons d’appuyer les mobilisations de la classe ouvrière quand celle-ci décidera que le moment est enfin venu de se défaire du diktat des élites politiques et économiques qui depuis trop longtemps gèrent le contrôle du territoire pour servir exclusivement leurs propres intérêts. En tant qu’organisations syndicales de classe, libertaires et combatives, nous serons présents dans la rue, dans les mobilisations, comme nous l’avons montré en de nombreuses occasions, contre la répression, les restrictions des droits et des libertés, et contre la corruption.
Il est possible que la crise en Catalogne soit le coup de grâce pour un modèle d’État qui agonise. Que ce changement s’oriente dans un sens ou dans un autre dépendra de notre capacité, en tant que classe, à faire prendre à ce processus la direction opposée à la répression et à l’essor des nationalismes. Ayons confiance en l’obtention d’un résultat final qui aille vers plus de libertés et de droits, et non le contraire. Nous jouons gros.
Pour les droits et les libertés ! Contre la répression des classes laborieuses !

Confederación general del trabajo, Solidaridad obrera,
Confederación nacional del trabajo.
(Traduction : Floréal Melgar)

Deux mafias règlent leurs comptes

Quelle triste peine de constater qu’en ce début de XXIe siècle si mal engagé mais si bien informé, il se trouve encore des personnes pour ne pas accepter de voir que la situation désastreuse en Espagne est le fait de deux bandes rivales, deux féodalités attardées : l’une incarnée par Mariano Rajoy, parrain d’un parti corrompu basé à Madrid, et l’autre par Carles Puigdemont, politicard basé à Barcelone ! Grâce au thème de l’indépendance, voulue ou combattue, d’un territoire catalan habité à 60% par des « non-autochtones » (c’est-à-dire les descendants de l’émigration intérieure andalouse, galicienne, castillane…), les turpitudes, les magouilles, des uns et des autres sont reléguées au dernier banc.
Pourquoi donc s’aveugler, s’habiller de naïveté, au point de vouloir s’interposer entre un
govern catalan héritier d’un Jordi Pujol corrompu qui a soutenu (contre rémunération, bien sûr) tous les représentants successifs de l’Etat espagnol (Suarez, Gonzalez, Aznar, Zapatero…) et un gobierno espagnol tout autant corrompu, héritier d’un franquisme new look, qui s’est largement servi de la Catalogne pour maintenir la cohésion du pays ?
Sous peine d’en être les complices et les dindons,  de corrompre notre jugement, qu’on les laisse donc continuer la farce et régler leurs comptes, mais qu’on ne blanchisse pas l’un au détriment de l’autre. Tous deux sentent mauvais, tous deux ne servent que leurs intérêts contre leurs peuples auxquels ils doivent tout. Ils sont à combattre également.
Je n’aime pas les nations, fruits de nos guerres et nos xénophobies. J’aime les langues et les habitudes, la culture de ceux qui les parlent. Mais celles-ci n’ont jamais dessiné des frontières qui ont toujours servi à asseoir les pouvoirs, les dominations, et à nous diviser.

Nilda Fernandez

Source : le blog de Nilda Fernandez.

Pour qui s’intéresse à l’anarchisme espagnol, il existe une œuvre majeure, absolument incontournable, « La CNT dans la révolution espagnole », que l’on doit à José Peirats, qui fut lui-même militant de cette organisation et qui en raconte l’histoire et le rôle depuis sa création en 1910 jusqu’à l’issue de la guerre civile et la défaite en 1939. Ce livre, paru une première fois en 1951, réédité en 1969, n’était jusque-là malheureusement disponible qu’en langue espagnole, celle de l’auteur. Le premier tome de ce monumental et passionnant ouvrage vient de paraître en langue française – j’y reviendrai prochainement –, le deuxième tome devrait sortir dans les mois qui viennent, et le troisième est en cours de traduction.
Je voudrais vous proposer ici un extrait de l’introduction à la première édition de 1951, écrite par José Peirats lui-même, en espérant, actualité oblige, qu’il tombe sous les yeux de certains partisans non obtus des militants catalanistes actuels.

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« La crise espagnole est une des plus profondes qui aient pu secouer un peuple. Elle se mesure en siècles, qui ont vu des luttes constantes entre l’Etat et l’esprit populaire. L’Etat est doublement centraliste en Espagne. Le centralisme – inhérent à l’Etat – trouve son terrain d’expansion dans le centre géographique péninsulaire : la vaste Castille, terre de l’absolutisme féodal et militaire.
Au contraire de l’esprit unitaire, reflet d’une géographie unitaire – celle de la Meseta castillane –, les bords de la péninsule, avec leurs systèmes montagneux, leurs plaines fertiles, leurs vallées, forment un ensemble de compartiments auxquels correspondent des variétés infinies de types humains, de langues et de traditions. Chaque zone ou recoin de ce paysage brisé représente une entité souveraine, jalouse de ses institutions, fière de sa liberté.
C’est là le berceau du fédéralisme ibérique. Cette configuration géographique a toujours été un vivier d’autonomies frôlant, parfois, le séparatisme, comme en réponse à l’absolutisme. Les prétentions démesurées du pouvoir central sur des peuples ayant une personnalité et une culture propres ont poussé fréquemment ces derniers vers des solutions de type cantonal [1]. De fait, dès ses premiers balbutiements historiques, le séparatisme n’a été que la déviation de l’esprit de liberté, un fait parallèle à celui de nos individualistes enragés.
Entre l’absolutisme et le séparatisme – comme entre le caudillisme [2] et l’individualisme – se dresse le fédéralisme. Il se fonde sur la liaison libre et volontaire de toutes les autonomies, depuis celle des régions naturelles ou de celles qui lui sont proches, en passant par la municipalité libre.
Le chaleureux accueil que reçurent en Espagne certaines influences idéologiques venant de l’extérieur, loin de le démentir, affirme l’existence – à peine entamée par des siècles de préjudices – d’un fédéralisme autochtone. Le fédéralisme a poussé en Espagne sur un terrain fertile. Ses manifestations les plus catégoriques, mis à part les mouvements régionalistes, celles des corporations valenciennes (« germanías ») [3] et la guerre des « comunidades » de Castille [4], font partie du monde sociétaire des travailleurs.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le monde connut l’avènement de la Première Internationale des travailleurs. Ce sont les ouvriers français, belges et suisses, influencés par Proudhon, qui lui donnèrent son impulsion. Le fédéralisme politique avait été introduit en Espagne par la plume de Pi y Margall [5]. Les émissaires bakouninistes semèrent leur fédéralisme, le libertaire, dans la classe ouvrière espagnole. Le fédéralisme de Pi y Margall servit plus les buts de la classe ouvrière que les intérêts de parti républicain. Politiquement, le fédéralisme s’est borné à végéter, pour finir par perdre tout son crédit une fois au pouvoir en 1873. La classe ouvrière a recueilli le fruit de cette désillusion : une moisson foisonnante qui fut un cauchemar pour les gouvernants de la Restauration [6].
Pour la première fois dans l’histoire de l’Espagne, nous assistions à une renaissance de l’action populaire indépendante de mentors politiques et de leurs partis, débarrassée des cantonalismes et des absolutismes, arborant le refus des frontières, des préjugés de race et de la supercherie religieuse.

Francisco Pi y Margall

Démocratiquement parlant, l’Espagne continuait à contempler son siècle et demi de retard par rapport aux principaux pays européens et d’Amérique. Pour se distinguer en quelque sorte, les fractions politiques se qualifiaent entre elles de « conservatrices » et de « libérales », ce qui n’évitait pas au peuple le spectacle des « pronunciamientos » [7]. Seule la classe travailleuse sut se hisser au niveau de son époque. La section espagnole de l’Internationale participa, presque depuis le début, aux congrès mondiaux, en représentant de nombreuses fédérations – de Catalogne, du Levant, d’Aragon, du Centre , d’Andalousie, etc. – et en intervenant dans ces fameux débats où on parlait des insurmontables contradictions du capitalisme, de la grève générale expropriatrice et de la socialisation des moyens de production.
La lutte avait commencé. Un nouveau facteur, le prolétariat, entrait en lice, prêt à la poussée suprême contre tout ce qui allait mal en Espagne. Ce que les partis progressistes n’avaient même pas cherché à faire : tirer le pays de son retard culturel et de sa misère, l’émanciper du « caciquisme » [8] religieux, seigneurial et militaire, c’est la classe apparemment la plus retardée qui s’en chargea. Les manifestes des internationalistes [9] espagnols sont d’une richesse idéologique inestimable. Pour l’évaluer, il est vain de se situer dans le cadre de l’époque. Ces textes sont un défi au temps. Ils sont fièrement signés par des tanneurs, des tourneurs, des typographes, des tisseurs, etc. On y procède à la dissection de la société étatique, on y énumère ses injustices et ses contradictions de principe, on y stigmatise l’exploitation de l’homme par l’homme et la loi de la « libre concurrence », qui font du monde une mer infestée de corsaires adoubés par les Etats. Et cette critique radicale n’est que l’introduction à de brillantes pages de vraie théorie socialiste fondée sur le fédéralisme à la mode ibérique. »

José Peirats

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[1] Allusion à l’insurrection qui eut lieu en 1873, avec l’appui d’une partie des républicains et des partisans de l’Internationale antiautoritaire.
[2] « Caudillisme » : forme de gouvernement personnel et autoritaire, fondé sur la figure d’un « caudillo » (un chef, principalement militaire), variante hispanique du césarisme.
[3] « Germanías » (du mot « germanía », « fraternité » en catalan). On désigne sous ce nom des « fraternités » formées en Espagne par les corporations des régions catalanophones de Valence et des Baléares à la fin du XVe siècle. Durant le règne de Charles Ier d’Espagne (Charles Quint), ces fraternités se révoltèrent contre le pouvoir des nobles.
[4] « Comunidades » de Castille, insurrection des couches bourgeoises urbaines et de la noblesse contre la centralisation et les conseillers flamands de Charles Quint.
[5] Francisco Pi y Margall (1824-1901), juriste et dirigeant politique républicain, traducteur de Proudhon en langue espagnole.
[6] Restauration (1875-1923) : régime caractérisé par un système parlementaire fondé sur l’alternance entre deux partis aux programmes presque identiques appliquant la répression contre le mouvement des travailleurs urbains et agricoles.
[7] « Pronunciamiento » : coup d’Etat mené par une partie des officiers de l’armée, souvent de gauche, au XIXe siècle.
[8] « Caciquisme » : pouvoir fort, local, régional, etc., d’un individu ou d’une tendance, au mépris des lois officielles.
[9] Internationalistes : ici, les partisans de l’Internationale antiautoritaire.