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El movimiento anarquista en Cuba fue importante y hegemónico durante varias décadas; a pesar de lo que sostiene la historiografía oficial, encontramos otro lugar donde las ideas libertarias tuvieron un papel predominante frente a los que insisten en que solo en España se produjo y como hecho excepcional.
A finales de la década de 1870, existía ya en Cuba un movimiento obrero bien organizado de carácter anarquista influido por España; se trata de una fuerza precursora en la isla de la lucha de clases, la organización sindical, el antirracismo y los derechos de la mujer, según el historiador Frank Fernández. En la década de los 80, del siglo XIX, se habían creado ya varias publicaciones ácratas como El Obrero (1883) o El Productor (1887). En ese momento, el proletariado en Cuba estaba dividido en dos: los llamados unionistas, controlados por los patronos, y los anarquistas, una poderosa escuela socialista; insistimos en que el anarquismo era la principal fuerza revolucionaria, tal y como está documentado.

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* Frank Fernández (La Habana, 1930) es un historiador anarquista exiliado. Miembro del Movimiento libertario cubano en el exilio (MLCE) y fundador del colectivo editorial de su órgano informativo Guángara Libertaria.
Autor de El anarquismo en Cuba, escrita originalmente en español, y traducida al inglés,​ francés e italiano y La sangre de Santa Agueda.

EL ANARQUISMO EN CUBA

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Sous le choc

Une dame est assassinée chez elle, à Paris, dans des conditions particulièrement sordides. Comme la dame est juive, journaux, télés et radios, tous en chœur, y vont de la phrase rituelle : « La communauté juive est sous le choc. »
Il est vrai que si on n’est pas juif, on ne voit pas ce qui pourrait émouvoir dans l’assassinat d’une personne seule de 85 ans recevant onze coups de couteau et dont les meurtriers tentent ensuite de brûler le corps. Et tout cela, peut-être, uniquement parce qu’elle est juive.
C’est comme ça désormais. L’émotion est à son tour un territoire aux frontières ethniques ou religieuses. Si on assassine un prêtre, c’est le monde chrétien qui est « sous le choc ». Si c’est l’habitué d’une mosquée, c’est le monde musulman qui est « sous le choc », et ainsi de suite.
En toute logique journalistique et communautaire, moi qui n’ai pas de religion je ne devrais être « sous le choc » que lorsqu’on assassine des mécréants. Mais comme il n’est jamais précisé que tel ou tel trucidé était non-croyant, toute émotion m’est donc épargnée. Je ne suis jamais « sous le choc ».

Notre ami et camarade Eduardo Colombo nous a quittés après une vie bien remplie. On pourra s’en rendre compte en parcourant ci-dessous un résumé de sa riche biographie.

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Né en septembre 1929 à Quilmes, en Argentine, il était le descendant d’émigrants italiens, côté paternel, et de Catalans français côté maternel.
En 1956, après des études de médecine, il exerça à Buenos Aires comme médecin des hôpitaux. De 1958 à 1962, il fut chargé de cours en psychiatrie et en psychologie clinique dans les facultés de médecine et de philosophie et, de 1962 à 1963, il occupa le poste de secrétaire de rédaction de la revue
Acta psiquiátrica y psicológica de América Latina. En 1961, il commença sa formation auprès de l’Association psychanalytique argentine. De 1962 à 1966, Eduardo Colombo exerça comme professeur de psychologie sociale dans les universités de La Plata et de Buenos Aires, postes dont il démissionna en 1966 après que le coup d’État militaire du général Ongania fit occuper par la police (« Nuit des longs bâtons ») toutes les universités du pays. Il fut ensuite membre fondateur de l’Association argentine de psychiatrie sociale et directeur de la revue Psiquiatria social (1968-1970). En 1970, il s’exila en France avec sa compagne et leurs enfants.
Le parcours militant d’Eduardo Colombo débuta en Argentine dès 1945 où il fut actif dans les centres d’étudiants du secondaire et de l’université. Sa participation au mouvement anarchiste commença en 1947. Il rejoignit la FORA (Fédération ouvrière de la région argentine) à partir de 1948. En 1949, il fut emprisonné, avec d’autres militants, pour la publication d’une feuille anarchiste.

En 1952, il fut membre du conseil fédéral de la FORA. Entre 1956 et 1969, il fit partie de la rédaction du journal anarchiste La Protesta dont il fut « éditeur responsable » dans les quelques périodes où le journal ne fut pas clandestin. Entre 1954 et 1955, il intégra la junte représentative de la Fédération universitaire argentine (FUA) regroupant tous les syndicats étudiants, hormis quelques petits syndicats nationalistes ou fascistes. À nouveau emprisonné à cause de la grève universitaire de 1954, il fut à sa sortie exclu de l’université. Il reprit ses études en 1956. Pendant toutes ces années, il donna de nombreuses conférences à la Biblioteca Popular José Ingenieros et dans d’autres locaux du mouvement anarchiste de Buenos Aires et de l’intérieur du pays.
Durant sa période militante argentine, Eduardo Colombo participa à la vie et aux luttes du mouvement ouvrier et universitaire. Il prit part activement à la grève du port de Buenos Aires en 1952, durant laquelle six ouvriers de la FORA furent torturés. Il collabora, lors de ce conflit et avec d’autres compagnons, à la publication d’une feuille clandestine de quatre pages,
Agitación. Il soutint la grève totale des constructions navales qui dura treize mois en 1956-1957 et, la même année, il se solidarisa activement, au sein de l’Agrupación anarquista de Quilmes, à une grève du textile qui lui valut une perquisition musclée à son domicile. Il fut par ailleurs délégué de La Protesta au 1er Congrès ordinaire de la FAU (Fédération anarchiste d’Uruguay) en 1957 à Montevideo, et à Santiago du Chili en 1962 lors d’une conférence régionale du mouvement anarchiste du Chili. Il représenta la FORA au 14e Congrès de l’AIT à Montpellier en octobre 1971 et fut le délégué « indirect » pour l’Uruguay au Congrès international des fédérations anarchistes (CIFA) à Paris, en août 1971. Dès son arrivée en France en 1970, il prit contact avec le mouvement anarchiste avec lequel des liens avaient déjà été établis.
Soucieux d’une vraie production intellectuelle anarchiste, il participa à la création et à la publication de plusieurs revues théoriques. De 1974 à 1978, il fut membre du comité de rédaction de
La Lanterne noire (Paris), puis de 1983 à 1996 de Volontà (Milan) et, enfin, de Réfractions (France) depuis 1997. Il a aussi été adhérent à la CNT française et membre des Editions CNT-RP.

ŒUVRE : De nombreux articles en espagnol et en français dans des journaux et revues, certains ayant été traduits en italien, portugais (Brésil), grec, anglais.

Ouvrages : El imaginario social, Ed. Nordan, Montevideo (Uruguay), 1989 (première édition), trad. en italien : L’immaginario capovolto, Eleuthera, Milan, 1987 ; Los desconocidos y los olvidados, Ed. Nordan, Montevideo, 1999 ; El espacio político de la anarquía, Ed. Nordan, 2000, trad. en français : L’Espace politique de l’anarchie, ACL, 2008, trad. en italien : Lo spazio politico dell’anarchia, Eleuthera, Milan, 2009 ; La Volonté du peuple. Démocratie et anarchie. Ed CNT-RP / Les Éditions libertaires, Paris, 2007, trad en espagnol : La voluntad del pueblo. Democracia y anarquía, Ed. Utopia libertaria, Buenos Aires, 2006.

Source : Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (Ed. de l’Atelier, 2014).

La censure a toujours existé à Cuba depuis la victoire, en 1959, de la révolution impulsée par Fidel Castro. La mort du dictateur en 2016 et l’installation de son frère Raúl à la tête de l’Etat ont pu faire croire un moment aux naïfs qu’une certaine ouverture allait s’opérer sur l’île. Il n’en fut rien, et la censure a continué de plus belle. Mais le secteur artistique demeure néanmoins, avec celui du journalisme indépendant, l’un des foyers majeurs de contestation du régime totalitaire communiste.
L’un de ces artistes censurés est le cinéaste Miguel Coyula, dont les films sont interdits à Cuba et ne peuvent être vus que lors de rencontres privées, chez l’habitant, du moins quand la police politique ne s’en mêle pas.
Dans un article publié sur le blog « Havana Times », Miguel Coyula évoque le désir de liberté de création, la peur qui tenaille nombre de Cubains devant la répression qui menace toute manifestation d’indépendance par rapport au régime castriste, et la « folie » dont on accuse ceux qui, malgré cette répression, osent défier le pouvoir et sa flicaille.  (F. M.)

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Miguel Coyula

Je ne peux me souvenir du moment où je me suis rendu compte que j’étais libre. Ce ne fut pas une révélation soudaine, ni grandiose. Quand je pense à la prison, ou même à la mort, comme conséquence de mon travail, sans en éprouver de préoccupation, je sais qu’il ne s’agit pas de courage. C’est simplement le fait que ma vie ne vaut rien si je ne peux faire ce qui me plaît et dire ce que je pense. L’erreur chez une majorité de personnes est de penser que leur vie est très importante.
A l’issue du récent festival de cinéma, je déambulais dans l’hôtel National et quelques collègues évitaient mon regard, d’autres saluaient de façon fuyante. C’est la norme. Ce pays est un pays de lâches. On a beaucoup parlé de la façon dont le gouvernement a installé la peur chez le Cubain. Mais les plus grands coupables ont été le peuple, les artistes et la presse.
En ce qui me concerne, les ennuis, qui avaient commencé avec Memorias del desarollo* (« Mémoire du développement »), se sont accentués avec, en 2017, la censure gouvernementale de Nadie et de la pièce de théâtre Les ennemis du peuple (1). Ce fait m’a permis de distinguer les personnes qui m’intéressent. Elles sont peu nombreuses, mais la qualité m’a toujours intéressé davantage que la quantité. D’autres collègues disent que je suis un fou, un cinéaste qui a franchi les limites et qui est désormais un dissident. Il s’agit d’une justification de la lâcheté. Les intellectuels du pays s’affirment publiquement contre la censure quand un organisme artistique l’exerce envers un artiste auquel ils sont liés d’une certaine manière. Mais lorsqu’ils voient la Sécurité d’Etat (2) et la police réprimer un artiste qui travaille de façon totalement indépendante, ils se réfugient dans un commode « il est devenu fou ».
Au début, ils me donnaient des conseils : « Pourquoi t’exposer autant ? » ou « Il ne faut pas trop tirer sur la ficelle ». Ensuite, plusieurs acteurs ont quitté le tournage de mon nouveau film, Corazón azul (« Cœur bleu ») et j’ai été obligé de les tuer (les personnages qu’ils interprétaient). J’ai été répudié par certains collègues. D’autres ont honte ; il y a peu de temps, un critique m’a approché pour me dire qu’il avait écrit un article sur un de mes films, mais il n’a pas osé le publier, pas même sous pseudonyme, car ils le jetteraient de son travail.
La peur ne s’étend pas seulement dans l’île, mais aussi chez des Cubains qui vivent à l’extérieur et qui craignent de ne plus pouvoir rentrer à Cuba, comme c’est le cas d’un autre critique cubain résidant à Miami, qui souhaitait d’abord écrire un article pour le Herald sur le film Nadie, mais qui, informé de la censure opérée par la police et la Sécurité d’Etat, s’est ensuite rétracté car il voyageait fréquemment à Cuba et ne voulait pas avoir de problèmes.
On peut donc dire que pour les Cubains il n’existe de liberté d’expression ni à Cuba ni à l’extérieur, au moins publiquement, sauf pour quelques-uns, le « petit groupe », comme dit le poète Rafael Alcides. Les autres manœuvrent et ont appris à naviguer « intelligemment » ou « à travers les canaux appropriés ». Je ne fais pas de différence, mon discours serait le même pour Granma (3) que pour Diario de Cuba (4). Je présenterais aussi bien Nadie dans la maison-galerie El Círculo que pour un groupe de généraux du comité central.
« Il est douloureux de vivre dans la peur… C’est ce qui rend esclave », dit Rutger Hauer dans Blade Runner. En extrapolant sur Cuba, je me demande parfois si cette majorité de gens parvient à dormir tranquille ; les plus intelligents savent qu’ils ne sont pas totalement libres. Mais non, les cuirasses se forgent, c’est une attitude défensive pour survivre, et il est évident que nombre d’entre eux se croient libres et que cela ne les empêche pas de dormir.
Par ailleurs, j’ai pu constater, au travers d’institutions et de festivals internationaux, que ce que je croyais être seulement une question de censure de mon œuvre à Cuba est en fait un problème qui s’étend au-delà du pays, dû aux intérêts politiques et économiques en lien avec le gouvernement cubain. En 2011, l’ambassade cubaine a demandé instamment au directeur du Festival de cinéma latino-américain du Liban de retirer de la programmation Memorias del desarollo, quelques jours seulement avant sa projection, et ainsi fut fait. Ensuite, l’Icaic (5) a exigé que le film soit déprogrammé d’un festival de cinéma cubain en Corée du Sud. Par ailleurs, aucun de mes longs-métrages n’a bénéficié d’une diffusion en exclusivité à Cuba, mais seulement de projections privées.
Cette année, mon documentaire le plus récent,
Nadie,
avait été accepté par le Festival de Mar del Plata puis refusé un peu plus tard, avec un étrange argument : la copie destinée à la projection n’avait pas été envoyée dans le format requis. Bien qu’il restait encore plusieurs mois avant le début du festival, ils ont refusé de recevoir une nouvelle copie, conforme à ce qu’ils demandaient, et ont mis fin de manière tranchante à toute discussion. Cela se passait très peu de temps après l’opération policière (5) déployée pour éviter la projection de mon film dans la maison-galerie El Círculo, à La Havane, incident qui fut commenté par la presse de langue espagnole.
Le gouvernement de Raul Castro et de ses proches doit se terminer prochainement. Mais je pense que ce pays ne changera pas, même si son gouvernement change. Il faudra un processus très long pour éliminer les dommages causés à plusieurs générations. C’est une vision pessimiste, mais la majorité des Cubains, tant la classe ouvrière que les intellectuels, ont une idée assez claire de leurs limites et des alliances possibles. Et cela est vrai pour les milieux officiels comme chez ceux qui se prétendent neutres. Je ne sais si une société où l’on ne peut mentionner publiquement les noms des dirigeants politiques, de manière directe et critique, leur semble normal. Le problème fondamental est qu’ils ne souhaitent pas rompre le rachitique cordon ombilical qui les lient aux institutions cubaines.
Je n’aspirerai jamais à un poste dans un nouveau gouvernement, car j’ai toujours détesté le jeu politique. C’est un terme confisqué par Fidel Castro qui l’a converti en quelque chose de péjoratif. Et le peuple l’a intégré ainsi. Ceux qui disent : « La politique ne m’intéresse pas » disent en réalité « Ça ne m’intéresse pas de dire du mal du gouvernement ». Je ne suis pas un politique, mais un art qui critique les politiques m’intéresse. C’est pour cela qu’il est important de dire que mes films sont politiques. Il y a beaucoup d’autres artistes cubains qui sont dans le même cas, mais ils persistent à dire que leur œuvre n’est pas politique. Il y a là une relation directe avec la question économique. Il ne s’agit pas d’idéologie, mais de plus en plus d’une société de consommation au sein d’un capitalisme à faible budget que nous vivons déjà dans l’île.
Il y a quelque temps, je discutais avec un ami qui me disait : « Moi aussi je veux faire du cinéma indépendant, mais je veux également avoir la possibilité d’aller au restaurant, dans une boîte, c’est-à-dire vivre, être heureux. » Ce à quoi je lui répondis : « Tu ne peux pas faire les deux à Cuba, et si tu crois pouvoir le faire, alors tu feras des compromis d’une manière ou d’une autre. Et donc, quelle est ta priorité ? »
Pour moi cette indépendance est la seule façon de créer en toute véritable liberté. Et au cas où je serais fou, je suis heureux de ne pas assumer ce que la majorité considère comme étant la « normalité ».

Miguel Coyula
(18 décembre 2017)
Traduction : Floréal Melgar
Source : « Havana Times ».

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(1) Voir ci-dessous la vidéo sur l’intervention policière pour empêcher des invités de pénétrer dans le lieu où devait être présentée la pièce Les ennemis du peuple. En bonus, une autre vidéo, pour les lecteurs hispanisants, où Miguel Coyula parle de la censure dans son pays.
(2) La Seguridad de Estado (Sécurité d’Etat) : police politique cubaine.
(3)
Granma : quotidien du Parti communiste cubain.
(4)
Diario de Cuba : blog d’opposants au régime cubain.
(5) Icaic :
Institut cubain des arts et de l’industrie cinématographiques.

 

Adonis Milán

Samedi 10 mars après-midi, le metteur en scène de théâtre Adonis Milán a été arrêté en pleine rue, à La Havane, et emmené pour une destination jusque-là inconnue de ses proches et de ses amis. Cela fait plusieurs mois que cet activiste cubain fait l’objet de brimades diverses de la part de la Sécurité d’Etat (police politique). Son travail s’est vu censuré à plusieurs reprises et on l’a expulsé de l’association Hermanos Saiz dont il était membre en tant qu’artiste indépendant.
C’est en sortant de la maison de la comédienne Lynn Cruz, avec qui il travaillait sur une œuvre à venir, qu’Adonis Milán a été interpellé, malgré les protestations des gens du quartier, et sans qu’on lui laisse la possibilité de prévenir qui que ce soit.
La répression s’est accrue ces derniers temps à Cuba, touchant essentiellement deux secteurs, le milieu artistique et le milieu journalistique indépendant. C’est ainsi que nombre d’artistes et de collaborateurs de blogs non officiels* se voient régulièrement arrêtés, emmenés dans des locaux de la police politique sans possibilité de prévenir leur famille ou leurs amis, détenus durant deux, trois jours ou plus, puis relâchés après interrogatoire au cours duquel leur est le plus souvent proposé de devenir mouchards, parfois sous la menace de faire perdre leur emploi à leurs proches parents.
Dans un article publié par le blog « Havana Times », la comédienne Lynn Cruz précise que
« ce n’est pas là un cas isolé. Ces jours derniers, on a empêché de travailler des activistes qui tentent de faire naître une prise de conscience en cette période de fin de règne qui agonise et qui a connu son point culminant avec la mort de Fidel Castro. Face à la farce électorale** qui aura lieu demain, Cuba vit aujourd’hui son post-fidélisme en entonnant le mantra “Je suis Fidel”. Moi, au nom des artistes qui défendent le droit d’exercer un art de nature politique, et comme citoyenne cubaine, je condamne cet acte brutal de répression de la part d’un gouvernement qui refuse de légitimer l’existence d’une opposition interne. Adonis Milán n’est pas la cause de la désintégration de l’actuel gouvernement cubain (…), conséquence d’une politique qui s’est maintenue jusque-là par inertie et non par sympathie populaire ».

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* Les seuls blogs autorisés à Cuba sont ceux du Parti communiste et de ses organisations satellites.
** Des élections ont lieu dimanche 11 mars pour désigner les députés de l’Assemblée nationale. Les Cubains ont le « choix » parmi 605 candidats pour 605 postes à pourvoir.

« Il y a des jeunes filles qui avortent, mais ça n’est pas parce qu’on a abusé d’elles, c’est parce que ces jeunes femmes s’exposent comme dans une vitrine, en provoquant. »
Juan Luis Cipriani, archevêque de Lima.
Ces propos furent prononcés au cours du programme radio animé par ce monsieur. Pour information, le Pérou occupe le troisième rang des pays mondiaux en matière de violences sexuelles.

« Il y a des mineurs qui souhaitent être abusés sexuellement et qui provoquent. »
Bernando Álvarez, évêque de Tenerife.
Propos tenu lors d’un entretien paru dans le journal La Opinión.

« Tout au plus je verrais cette épidémie [le sida] comme une sorte de justice immanente, pas du tout une punition, un peu comme, sur le plan écologique, quand on malmène l’environnement, il finit par nous malmener à son tour.  »
André-Joseph Leonard, archevêque de Bruxelles-Malines et président de la Conférence épiscopale de Belgique.

« Si une femme avorte, elle donne ainsi à l’homme l’autorisation absolue, sans limites, d’abuser de son corps. »
Javier Martínez, archevêque de Grenade.
Propos tenu lors d’une homélie en 2011. En comparant l’avortement à l’Holocauste, il en vint à déclarer que « les nazis n’avaient pas été aussi répugnants ».

« L’avortement est comme les trains pour Auschwitz. »
Juan Antonio Reig Plá, archevêque d’Alcalá de Henares.

« Le jour le plus triste, pire que pour l’accident d’avion de Spanair. »
Francisco Cases, évêque des Canaries.
L’évêque faisait ici allusion au concours du carnaval de Las Palmas remporté par une drag queen et au crash d’un avion, le 20 août 2008 à Madrid, qui fit 154 morts. L’association des familles de victimes de l’accident, sans doute composée de mauvais chrétiens, avait alors exprimé son indignation.

« Il y a des maux plus importants que celui que vient de connaître Haïti, comme notre état spirituel. »
José Ignacio
Munilla Aguirre, évêque de Saint-Sébastien.
Au lendemain du terrible tremblement de terre de 2010 en Haïti (223000 morts), l’évêque estimait publiquement que « nous souffrons d’un mal plus grand que celui dont souffrent ces innocents ».

« L’avalanche de féminicides est en lien avec la disparition du mariage. »
Héctor Aguer, archevêque de La Plata (Argentine).
Très inspiré, il devait ajouter que les abus sexuels sur enfants sont dus à l’apparition du divorce.

Pour juger le vol de bébés, « il faut le faire avec les critères de l’époque ».
Lluís Martínez Sistach, cardinal-archevêque de Barcelone.
Le cardinal-archevêque s’exprimait ici sur la question des rapts de tout jeunes enfants de républicains espagnols, durant le franquisme, pour être remis à des familles favorables au régime.

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Source :  Público

L’article ci-dessous a paru sur le blog cubain d’opposition au régime castriste « 14yMedio », créé à l’origine par l’opposante Yoani Sánchez. Elle est d’ailleurs l’auteur de ce texte qui, au travers du cas précis de l’ex-directeur du « Monde diplomatique », nous rappelle que la servilité et l’indécence de nombre d’intellectuels occidentaux, qui connurent leur apogée au temps du stalinisme triomphant, n’ont toujours pas pris fin.

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Yoani Sánchez

Lorsqu’en 2006 fut publié l’entretien* entre Ignacio Ramonet et Fidel Castro, de nombreux citoyens ne manquèrent pas l’occasion de se moquer du titre. « Pourquoi lirions-nous Cent heures avec Fidel alors que nous avons passé toute notre vie avec lui ? », pouvait-on entendre dans la rue. Mais le journaliste, lui, n’entendait rien.
Cet ouvrage, d’une telle mansuétude journalistique qu’on en vint à le qualifier d’autobiographie du Líder Máximo, ne provoqua pas seulement des moqueries. De nombreuses accusations sur une utilisation importante du « copié-collé » pour faire passer le contenu de vieux discours comme des réponses furent avancées.
Sans avoir fourni d’explications convaincantes sur ces questions, Ramonet est revenu à la charge avec un nouveau livre** dont il assure la promotion cette semaine dans plusieurs universités cubaines. Cet ouvrage porte lui aussi un de ces titres qui provoquent les sourires moqueurs : L’empire de la surveillance.
Mardi dernier, le diplômé en théorie de la communication s’exprimait à l’université centrale Marta-Abreu de Las Villas pour la présentation de son livre publié aux éditions José Martí. Il s’y est livré à une violente diatribe contre le réseau de surveillance globale que les Etats-Unis ont tissé afin de rassembler des informations sur les citoyens, les groupements et les gouvernements.
Le livre souligne en particulier la complicité des entreprises qui gèrent les données des usagers pour les intégrer à cette toile d’araignée d’espionnage, d’intérêts commerciaux, de contrôle et de subordination, dont la société moderne est prisonnière et dont il est urgent de se libérer, selon l’analyste.
Jusque-là, rien ne diffère de ce que tant de cyber-activistes dénoncent à travers la planète, mais Ramonet souffre d’hémiplégie éthique quand il s’agit d’en répartir les responsabilités et de désigner ces pays qui envahissent chaque jour davantage l’espace privé de leurs citoyens.
Le fait d’être venu dans un pays aussi orwellien que Cuba pour pointer Washington du doigt met en évidence sa position délicate dès lors qu’il s’agit d’analyser des sujets tels que le Big Data, la légalisation de la surveillance d’internet et l’accumulation de données personnelles des usagers afin de prévenir certains comportements ou vendre des produits.
L’île où la Sécurité d’Etat (Big Brother, en l’occurrence) surveille chaque détail de la vie des individus n’est pas le meilleur endroit pour évoquer les yeux indiscrets qui lisent les courriels des autres, les policiers qui supervisent chaque information circulant sur la Toile, et les données interceptées par des pouvoirs qui en usent pour soumettre des êtres humains.
Cette nation, où la « Place de la Révolution » maintient un contrôle absolu sur l’information et n’autorise que la seule diffusion publique des discours conformes, devrait faire partie des régimes que Ramonet dénonce dans son livre, mais, chose curieuse, il y a pour ce journaliste de « mauvaises » et de « bonnes » surveillances, et il apparaît qu’il inclut parmi ces dernières celles auxquelles se livre le gouvernement cubain.
Dans cette université où Ramonet a présenté son livre ce mardi, une étudiante en journalisme a été expulsée il y a quelques mois en raison de ses liens avec un groupe d’opposants indépendant. L’« empire de la surveillance » n’a pas fait les choses à moitié et l’a virée avec la complicité de quelques étudiants soumis et de dirigeants estudiantins. Quelques jours plus tard, les cyberpoliciers qui composent cette armée du contrôle lancèrent une campagne de diffamation envers cette étudiante sur les réseaux sociaux. Afin de la dénigrer, ils se servirent d’informations recueillies dans ses courriels, ses appels téléphoniques et jusqu’à des conversations privées. Notre Big Brother agit là sans ménagements.
Il y a quelques années, la télévision nationale diffusa le contenu de courriels privés dérobés sur le compte personnel d’une opposante. Et tout cela sans qu’un juge l’ait ordonné, sans que cette femme ait fait l’objet d’une poursuite judiciaire pour un quelconque délit ni, bien sûr, sans qu’une demande ait été adressée à Google pour que cet organisme transmette le contenu desdits courriels à fin de publication.

Ignacio Ramonet ou la Voix de son maître

Ramonet ne peut ignorer que l’Entreprise de télécommunications de Cuba (Etecsa) exerce un strict filtrage des messages qu’envoient ses clients. Le monopole étatique censure des mots tels que « dictature » ainsi que les noms des leaders de l’opposition. Bien que ces messages soient payants, ils ne parviennent jamais à destination.
L’ex-directeur du Monde diplomatique ne s’est jamais rendu non plus dans l’une de ces zones d’accès à internet par la wi-fi, l’une de celles que le gouvernement a créées après des années de pression citoyenne. S’il s’était rendu dans l’une d’elles, il saurait que sur cette île le modèle de « coupe-feu » chinois a été reproduit pour censurer d’innombrables pages du web.
Ramonet sait-il qu’une grande partie des internautes cubains utilisent des proxys anonymes non seulement pour entrer dans ces pages filtrées et censurées mais aussi pour protéger leur information privée du regard indiscret de l’Etat ? A-t-il remarqué que les gens baissent la voix pour parler politique, cachent la couverture des livres interdits ou masquent l’écran de leur ordinateur quand il navigue sur un site bloqué comme par exemple « 14yMedio » ?
S’est-il posé des questions sur l’accord entre La Havane et Moscou pour l’ouverture à Cuba d’un centre, du nom de InvGuard, destiné à mettre en place un système de protection contre les attaques informatiques ? Et cela au moment où le Kremlin est accusé d’être intervenu, à travers la Toile, dans le Brexit et jusqu’à la crise catalane en passant par les élections aux Etats-Unis.
Le lecteur ne trouvera aucune réponse à ces questions dans le nouveau livre d’Ignacio Ramonet. Comme pour cette autobiographie qu’il tenta de faire passer pour un entretien, une seule question se pose pour les Cubains à partir de son titre : « Pourquoi lire L’empire de la surveillance alors que nous passons toute notre vie sous sa domination ? »

Yoani Sánchez (23 novembre 2017)
Traduction : Floréal Melgar

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* Fidel Castro. Biographie à deux voix ou Cent heures avec Fidel, d’Ignacio Ramonet, Ed. Fayard, 2007.
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L’empire de la surveillance, d’Ignacio Ramonet, Galilée, 2015.