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2017-03-06_132301Rafa Maestre, de la Fondation Salvador-Seguí, a annoncé la triste nouvelle : Gracia Ventura est décédée le 4 mars dernier. Celle qui fut la compagne de José Peirats était née à Borriana (province de Castellón) le 27 mars 1918. Elle n’aimait pas l’école où l’enseignement se faisait en castillan, car elle s’exprimait en valencien. Ce fut donc son père, bien qu’à demi analphabète, qui lui apprit à lire à partir des lettres figurant sur un paquet de tabac.
Elle commence à travailler à l’âge de dix ans chez un tailleur, et adhère rapidement aux Jeunesses libertaires. Quand les fascistes entrent dans Borriana, en 1938, elle et toute sa famille sont arrêtées. Elle est condamnée à vingt ans de prison  et est transférée, avec sa mère âgée de soixante ans et ses sœurs, à la prison pour femmes de Saturrarán (province de Guipúzcoa). Elle sera finalement libérée en 1944. Elle part alors à Valence où elle trouve un emploi de domestique, puis à Barcelone où elle travaille comme couturière.
Elle finit par fuir l’Espagne en s’exilant en France et travaille comme modiste à Paris. En 1954 elle rencontre à Toulouse José Peirats avec qui restera unie jusqu’à la mort de celui-ci en 1989. Dans les années 60 elle rejoint le groupement Mujeres libres (Femmes libres) en exil, et participe à la revue du même nom éditée à Montady (Hérault) dans la maison de Sara Berenguer.
En 1977, elle retourne en Espagne en s’installant à Vall d’Uxió (ville natale de José Peirats). À la mort de ce dernier elle part vivre à Barxeta (province de Valence). Autodidacte et grande lectrice, elle collabore à diverses publications comme la revue d’Alcoy (province d’Alicante) Siembra  (« Semence ») de l’association culturelle Anselmo-Lorenzo.
Sa maison fut toujours ouverte pour accueillir tant les compagnes et compagnons que les personnes faisant des recherches concernant José Peirats. Selon la formule espagnole : « Que la terre lui soit légère. »

Traduction : Ramón Pino (groupe anarchiste Salvador-Seguí).

10212093-couper-un-gant-de-toilette-pour-en-faire-une-trousse-a-savonC’est l’histoire d’un jeune gars, un ouvrier, qui adhère au Parti communiste. Dans la cellule où il milite, des camarades aguerris, voyant qu’il n’est pas très au fait de la théorie, lui indiquent qu’au sein du Parti il y a une école de formation. Le gars est un peu réticent, c’est un manuel, il n’a pas fait beaucoup d’études, il a peur de ne pas être à la hauteur. Ses camarades insistent, lui disent qu’il n’a rien à craindre, qu’ils vont l’adresser à un vieux communiste pas du tout hermétique, que ça ne sera pas un cours magistral, que tout se passera bien.
Le gars finit par accepter et on lui présente son « professeur ». Malgré tout il tient à répéter qu’il n’a pas beaucoup de bagage, qu’il n’est pas un intellectuel. Le militant formateur le rassure : « Ne t’inquiète pas, ici tu n’es pas à l’Université, je ne suis pas le professeur à la science infuse, tu vas voir, ça va bien se passer. Aujourd’hui, pour ton premier cours, je vais t’enseigner ce qu’est la dialectique, qui est une notion très importante dans la théorie marxiste. »
« Dialectique ». Rien que le mot, ça effraie déjà le jeune gars. Le formateur s’en aperçoit et le rassure à nouveau : « T’inquiète pas, je te dis ! Je ne vais pas te prendre la tête avec des mots savants. Je vais te faire comprendre ce qu’est la dialectique à l’aide d’une devinette. C’est tout simple. Alors voilà : deux types marchent le long d’une route, l’un est sale, l’autre est propre. Sur leur chemin, ils tombent sur un seau d’eau, un gant de toilette et un savon. Qui va se laver  ? Réfléchis, prends ton temps avant de me répondre. » Le jeune gars est surpris, il sourit, et répond illico : « Celui qui est sale ! »
Je t’ai dit de prendre ton temps avant de me répondre, rétorque le vieux militant. Réfléchis ! Celui qui est propre, s’il est propre c’est parce qu’il a pris l’habitude de se laver. Celui qui est sale, s’il est sale c’est parce qu’il ne se lave pas. C’est donc celui qui est propre qui va se laver ! »
Le jeune gars est un peu surpris. « Ah bon ! » fait-il. Le militant formateur lui dit alors qu’il ne doit pas s’inquiéter, que ça n’est pas grave. « On va recommencer, tu vas voir, tu vas comprendre. Alors voilà, deux types marchent le long d’une route, l’un est sale, l’autre est propre. Sur leur chemin, ils tombent sur un seau d’eau, un gant de toilette et un savon. Qui va se laver ? » Le jeune gars hésite trois secondes et répond : « Ben, celui qui est propre. »
sof-310103Bon sang, mais prends ton temps avant de répondre, combien de fois je dois te le dire ?! Réfléchis ! Celui qui est propre, s’il est propre il n’a aucun besoin de se laver, tandis que celui qui est sale, s’il est sale il a de bonnes raisons de se laver. C’est donc celui qui est sale qui va se laver ! »
– Mais, tu disais…
– Tss tss tss ! T’occupe pas ! C’est pas dramatique. Tu vas finir par comprendre. On recommence, mais surtout, je le répète, réfléchis bien avant de répondre. Deux types marchent le long d’une route, l’un est sale, l’autre est propre. Sur leur chemin, ils tombent sur un seau d’eau, un gant de toilette et un savon. Qui va se laver ? »
Là, le jeune gars hésite un bon moment et finit par lâcher : « Celui qui est… sale… »
Ah ! c’est pas possible, mais tu le fais exprès ! Je t’ai dit de réfléchir, bon sang ! Celui qui est propre s’il est propre c’est qu’il est l’habitude de se laver, qu’il en ressent la nécessité ; celui qui est sale s’il est sale il a forcément besoin de se laver. Ils vont donc se laver tous les deux ! »
– Ah ! là là ! je comprends rien ! J’en ai marre, dit le jeune gars.
Calme-toi ! C’est pas grave. Je suis certain que tu vas comprendre. Allez, une dernière fois : deux types marchent le long d’une route, l’un est sale, l’autre est propre. Sur leur chemin, ils tombent sur un seau d’eau, un gant de toilette et un savon. Qui va se laver ? »
Le jeune gars pousse un grand soupir et, un peu las, décide de répondre : « Ben, les deux. »
Mais non, voyons ! Celui qui est propre, s’il est propre il n’a pas besoin de se laver ; celui qui est sale s’il est sale c’est qu’il n’a pas l’habitude de se laver. Aucun des deux ne va donc se laver !
– Ah ! merde ! j’en ai ras-le-bol, dit le jeune gars. C’est toujours le même problème, la même question qui est posée, et tu ne réponds jamais deux fois la même chose !
– Ah ! enfin ! Ça y est, t’as compris ce que c’est que la dialectique ! »

femmes-rasees-2Ces quatre femmes sur la photo avaient un nom. Prudencia Acosta, María Antonia de la Purificación (connue sous le nom de « Pureza »), Antonia Juntas Hernández (« Antonia la repasseuse ») y Antonia Gutiérrez Hernández. Ne les oublions pas. Elles furent agressées, tondues et exhibées comme de vulgaires trophées brandis par la meute du franquisme. Cela s’est passé à Oropesa (province de Tolède).
Oubliées, maltraitées et violées, les femmes restées à l’arrière, lorsque les fascistes s’emparèrent de l’Espagne, subirent une répression extrême dont le but était de les déposséder de leur propre féminité. Elles ont été et demeurent les grandes oubliées de cette histoire. Il fut peu question d’elles durant la guerre civile, et moins encore par la suite, alors que leurs maris ne revinrent jamais (morts au front, fusillés ou envoyés en prison). Elles durent souffrir dans leur corps une vengeance et un acharnement qui dépassent l’imagination.
On les tondait pour que personne n’oublie leur « délit ». Nombre d’entre elles furent forcées à boire de grandes quantités d’huile de ricin, dont les effets immédiats furent des douleurs de ventre, des brûlures, diarrhées et vomissements. Elles étaient ensuite traînées et exhibées de villes en villages. Certaines, comme les femmes de Montilla (province de Cordoue), furent tondues mais on leur laissait sur le dessus de la tête une sorte de crête autour de laquelle était noué un ruban rouge destiné à rappeler leur appartenance à des partis ou groupements de gauche.
Cela fut justifié par les idéologues et assassins du fascisme, comme le sinistre général Queipo de Llano, l’un des militaires félons les plus sauvages, qui, sur Radio Séville, exhortait à la violence contre les femmes : « Nos vaillants légionnaires et soldats réguliers ont démontré aux lâches rouges ce qu’est être réellement un homme. Et par là même également à leurs femmes. Cela est totalement justifié, puisque ces communistes et anarchistes prêchent l’amour libre. Ils savent désormais ce que sont des hommes et non des miliciens pédérastes. »
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La propagande fusait de tout lieu. Les milieux fascistes impulsaient le féminicide, comme le journal Amba qui, le 16 mai 1939, publiait cet article intitulé « La rancœur des femmes laides », rédigé par José Vicente Puente.

« Madrid, comme tout ce que fut l’Espagne rouge – négation de la patrie –, nous a montré une faune qui évoluait parmi nous, la côtoyant quotidiennement sans que sa pestilence nous atteigne quant à sa malignité. L’une des pires tortures dans cette Madrid chaude et soule fut de voir la milicienne à la salopette ouverte, aux cheveux raides, à la voix aigre, le fusil prêt à faucher des vies par caprice malsain d’assouvir son sadisme. Il y avait dans le geste primitif et sauvage de la milicienne sale et échevelée quelque chose d’un atavisme mental et éducatif. Elles haïssent celles qu’elles appelaient des « demoiselles ». La vie de ces « demoiselles » les ennuyait. Elles préféraient les sandwiches aux sardines et piments au chocolat accompagné de biscuits. Elles étaient laides, basses, cagneuses, dépourvue du grand trésor d’une vie intérieure, sans le refuge de la religion, la féminité éteinte. Le 18 juillet, un désir de vengeance s’est allumé en elles, et dans l’odeur d’oignon et le foyer de l’assassinat sauvage elles souhaitèrent passer leur colère sur celles qui étaient belles. »
En 2013, un groupe de femmes est venu fouler aux pieds la dalle recouvrant la tombe de Queipo de Llano, à Séville, pour qu’ainsi le bruit n’étouffe pas la mémoire sur ces femmes tondues. Pour ne pas oublier.

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(Source : blog « La Voz de la Republica ». Traduit par mes soins.)

José Luis García Rúa

José Luis García Rúa

José Luis García Rúa, militant anarchiste et membre de la CNT, est mort vendredi 6 janvier, à Grenade, à l’âge de 93 ans. Il était né en 1923 dans les Asturies. Son père, membre de la CNT, mourut sur le front d’Oviedo pendant la guerre civile. En 1939, José Luis García Rúa connut l’exil en France, passa par les camps d’Argelès et de Barcarès, mais put malgré tout, de par son jeune âge, revenir en Espagne cette année-là.
Avant d’entreprendre une carrière universitaire, il travailla dans les domaines de la construction, de la métallurgie et de la mine. Engagé dans le militantisme antifranquiste, il fut victime de la répression et perdit son travail pour le rôle qu’il joua lors d’une grève de mineurs. Il suivit alors des études qui l’amenèrent à devenir professeur de philosophie à l’université de Grenade au milieu des années 70. Affilié à la CNT depuis la fin des années 60, il fut élu secrétaire de la région Andalousie en 1977, poste qu’il occupera à nouveau de 1981 à 1983 et, plus tard encore, en 1992. En 1988, il fut élu secrétaire général de la CNT et réélu jusqu’en 1992. En 1992, il occupa également le poste de directeur du journal CNT, et de 1997 à 2000 celui de secrétaire général de l’Association internationale des travailleurs (AIT).
José Luis García Rúa restera par ailleurs l’auteur d’innombrables articles parus dans la presse confédérale espagnole ainsi que dans plusieurs publications libertaires. Orateur de talent, il aura participé à de très nombreuses conférences, débats, rencontres militantes et meetings sur tout le territoire espagnol.
Je garde pour ma part le souvenir d’un homme extrêmement sympathique et cultivé, que j’ai toujours pris plaisir à rencontrer lors de mes déplacements en Espagne pour les divers congrès de la CNT, en tant que délégué observateur pour la Fédération anarchiste.
José Luis García Rúa a été enterré samedi 7 janvier à Grenade.
Comme le disent nos camarades espagnols : « Que la tierra te sea leve, compañero » (« Que la terre te soit légère, compagnon »).

Meilleurs vœux !

Recalé à l’oracle !

2016-12-04_142514Le 27 novembre dernier, soit quatre jours seulement avant le « séisme », l’ineffable Michel Onfray, interrogé sur une chaîne de télévision pour livrer son analyse des événements politiques en cours, ne peut à nouveau s’empêcher, cette fois au sujet de François Hollande, de jouer les Elizabeth Teissier de la politicaillerie ordinaire en assénant sur ce ton péremptoire qu’on lui connaît : « Mais bien sûr qu’il va se représenter ! »

L’anarchisme à Cuba

Observez bien les barreaux : ils sont socialistes !

Observez bien les barreaux : ils sont socialistes.

« Les anarchistes ont participé activement à la lutte contre la dictature de Batista, les uns au sein des guérillas orientales ou de celles de l’Escambray, au centre de l’île ; d’autres ont pris part à des conspirations ou à la lutte urbaine. Leurs désirs étaient ceux, majoritaires, du peuple cubain : liquider la dictature militaire et la corruption politique, travailler à l’instauration des libertés nécessaires aux activités politiques et sociales. Personne n’attendait vraiment un changement des structures économiques et sociales du pays. Dans Proyecciones libertarias, la brochure parue en 1956 citée plus haut, on attaquait Batista, mais on y mentionnait aussi Castro, auquel on n’accordait « aucune confiance », parce qu’il « ne respectait pas ses engagements et qu’il ne luttait que pour le pouvoir ». Ce fut pour cette raison que les libertaires avaient établi des contacts clandestins réguliers avec d’autres groupes que le M. 26-7, tout particulièrement avec le Directoire révolutionnaire. Ceci étant, quand les guérilleros remportèrent la victoire, Castro était devenu le leader indiscutable de tout le mouvement, à cause d’une appréciation incorrecte des événements de la part de l’opposition, qui le tenait, avec son modeste programme social-démocrate, pour un mal « contrôlable », nécessaire et provisoire.
Si les libertaires n’appréciaient que modérément la personnalité de Castro, les politiciens, la bourgeoisie, l’ambassade nord-américaine, pour leur part, croyaient pouvoir manipuler le chef guérillero. Quant aux Cubains, une majorité d’entre eux appuyait Castro sans réserves, en un moment de liesse générale, comme si le pays se trouvait aux portes mêmes du paradis. On n’allait pas tarder à se rendre compte qu’il était plutôt dans l’antichambre de l’enfer. A cause du refus apparent de Castro de diriger le gouvernement, on créa, avec son appui, un « gouvernement révolutionnaire », qui s’occupa de « régler leur compte » aux criminels du gouvernement antérieur. On créa les tribunaux révolutionnaires, qui menait des procès très sommaires à la « demande du peuple », qui prononçaient des arrêts de mort ou infligeaient de longues peines de prison. »

Il s’agit là d’un court extrait du livre de Frank Fernández, L’anarchisme à Cuba, paru aux éditions de la CNT-région parisienne en 2004 et dont on peut lire l’intégralité sur le lien ci-dessous. A l’heure où une pénible castro-idolâtrie se répand à l’occasion de la mort du dictateur des Caraïbes, il est bon de mettre à la disposition de tous la lecture de cet ouvrage, auquel les éditeurs ont ajouté l’important témoignage que l’anarcho-syndicaliste allemand Augustin Souchy consacra aux premières expériences sociales du régime instauré à Cuba après 1959. Merci à Claude Guillon pour avoir pu récupérer ces textes.

https://lignesdeforce.files.wordpress.com/2016/12/cuba-libertaria.pdf