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Archive for the ‘04. Autres écrits’ Category

Durant près de trente ans, il aura promené sa mince silhouette et son éternel chapeau « cordobès » dans les divers studios de Radio-Libertaire, pour animer, avec une passion et une compétence formidables, l’émission « Jazz en liberté ». Malade depuis plusieurs années, Gérard Terronès s’en est allé à son tour.
Tous ceux qui l’ont connu garderont le souvenir d’un type charmant, fraternel, particulièrement rigoureux dans la préparation et la tenue de ses émissions. On se souviendra aussi de ses saines colères quand quelques gougnafiers ou « responsables » incompétents lui imposaient de travailler dans des conditions techniques lamentables.
Merci pour tout ça, et salut l’ami !

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Fête au village

Toute haute conscience dans leur temps,
Ils la blasphémeront
Qui viendra détruire leur prison,
Ils le mettront en prison
Qui viendra vers eux avec un don,
Ils le fusilleront
Les maires organiseront de grandes fêtes
Pour la mise à mort des poètes
Avec des récompenses de deux cent mille francs
Pour les lettrés obéissants
Puis on donnera bal : des éluards, des aragons
Sur les cadavres des poètes sonneront de l’accordéon
Ils ne peuvent pas ne pas le faire ;
Ils ne peuvent, tels qu’ils sont, éviter cette affaire
Je ne prédis rien
C’est en train
Armand Robin (1945)

 

« En chantre de l’épuration littéraire, Aragon présidait aux destinées du Comité national des écrivains, sans l’aval duquel les portes des rédactions et des éditeurs demeuraient hermétiquement closes », écrit Gilles Fortin, évoquant l’époque de la Libération, dans un numéro de la revue A contretemps* consacré au poète libertaire Armand Robin, ami de Georges Brassens et cible du très stalinien commissaire politique des lettres françaises.

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Armand Robin

C’est, semble-t-il, à la demande expresse d’Aragon et, semble-t-il encore, vivement encouragé par Elsa Triolet qui vouait à Armand Robin une haine tenace depuis ses traductions de Maïakovski, que son nom fut annexé – deux mois après tous les autres et sur un addenda où il figurait seul – à la liste noire établie par le Comité national des écrivains (CNE), pour jeter l’opprobre sur les écrivains collaborateurs. En ces temps de construction du mythe « résistancialiste », ce geste valait excommunication. Pourtant, l’acharnement d’Aragon à l’égard de Robin suscita quelques critiques au sein même du CNE, particulièrement de la part d’Eluard, qui lui fit personnellement connaître son opposition à cette inscription. Refusant d’entrer dans une stratégie de défense, que lui conseillèrent certains de ses amis, sûrs qu’ils étaient en mesure d’apporter suffisamment de témoignages pour laver l’affront, Robin s’efforça d’aggraver son cas en réitérant, à diverses reprises, son désir de demeurer couché sur cette liste d’infamie, et sur toutes les listes du même type à venir**.

Messieurs les officiels commis à la poésie,
Ayant appris par Le Littéraire l’existence surprenante de votre Comité d’Epuration pour les Lettres, je viens vous demander de prendre une sanction contre moi.
Je vous la demande au nom de l’antifascisme absolu et des idées réellement d’extrême gauche ; vous n’êtes pas sans savoir que telle fut, telle est, telle restera mon attitude ; or une telle attitude, Messieurs, est indésirable et doit être honnie de quiconque tient à l’honneur et surtout au calme de nos Lettres françaises.
Les poétereaux bourgeois autorisés par l’Etat vous ont montré la voie. Ils m’ont banni de leur compagnie, que je fuyais ; ils m’ont exclu du monde de la vanité et des intérêts, ce que justement je cherchais ; ils m’ont désigné au mépris et aux railleries de ceux qui se mettent du côté des puissants, ce que justement je désirais. Ils ont eu raison : venant des travailleurs et m’obstinant, malgré les réactionnaires « communistes », à vivre parmi les travailleurs, refusant de faire le beau dans les salons, les cafés littéraires, les antichambres où il est de bon ton qu’un écrivain soit lâche, j’ai osé, scandale des scandales, être poète ! Où irions-nous, proclament par toute la ville les littérateurs à gages dits « poètes engagés », si paraissait en ces temps de famine, de massacres et de terreurs absurdes, un poète qui tient à parler pour toutes les victimes ?
J’espère, Messieurs, que je n’aurai pas besoin d’insister longuement auprès de vous pour m’assurer l’honneur de vos foudres. Vos foudres manquent encore à ma collection de foudres. J’ai lu la liste de vos premières victimes, reproduite par la presse docile dite « presse de la Résistance ». Il s’agit de littérateurs pour qui mon cœur n’avait jamais battu et qui certainement me détestaient ; vous avouerai-je que maintenant je me sens du penchant pour eux ? J’ai l’esprit si malencontreusement formé que je préfère les persécutés à leurs persécuteurs ; même vous, si un jour vous étiez persécutés, avec quelle joie je vous estimerais !
Oserai-je ajouter que j’ai longuement cherché en quoi, moralement et intellectuellement, vous différiez de ceux que vous frappiez ; je n’ai trouvé que ceci : vous avez moins de talent qu’eux, mais vous avez l’avantage d’oser leur faire ce que jamais ils ne vous auraient fait. La littérature française, grâce à vous et à vos semblables, prend un chemin fort étrange qui ne passe guère par le Paris de ces indésirables que furent, par exemple, Rimbaud et Verlaine.
Il est à prévoir que d’autres variétés de méchants poètes, s’appuyant sur les tyrans du jour, établiront d’autres listes de proscription ; tout en maudissant ce curieux siècle, je prends pour toute ma vie la seule décision qui soit en harmonie avec lui : je me porte candidat d’avance pour toutes les listes noires.
Une liste noire où je ne serais pas m’offenserait.

Armand Robin, Le Libertaire, 29 novembre 1946

* A contretemps, « Armand Robin, 1912-1961 », n°30, avril 2008.
** Cette présentation du texte d’Armand Robin est elle-même empruntée à ce numéro d’A contretemps.

 

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Après la Normandie, les Hauts-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, l’Ile-de-France impose désormais l’usage de la langue française sur les chantiers. On appréciera en particulier le fait que l’adoption de cette clause qui ordonne aux ouvriers de parler la langue de Molière porte le nom très officiel, dans la novlangue des cuistres décideurs, de « small business act ».
Fort heureusement, Jacques Réda avait répondu par avance à cette bêtise profonde par un poème simple et beau, que voici.

Dans le jardin tout encombré de briques et d’échelles
Deux ouvriers sénégalais coupent au chalumeau
Des tiges de ferraille, et de gros bouquets d’étincelles
Montent s’épanouir jusqu’à hauteur de mon carreau

Mais à midi, repos ; ils s’installent sur la terrasse
Pour déjeuner à l’aise avec un maçon algérien
Moustachu comme un paysan du Cantal ou d’Alsace
Et le chef de chantier rieur à l’accent faubourien

Comment peut-il mener et comprendre ses camarades ?
Chacun parle un français volubile de sa façon
Sans attendre son tour : c’est un contrepoint de tirades
Dont le sens se dissout dans le ruissellement du son

Mais, comme des oiseaux, à la longue je m’en arrange
Et je crois deviner que ces débats exubérants
Ont pour inépuisable fond la différence étrange
Entre les noms que chacun donne à des objets courants

La table, l’eau, le sel, le couteau, le pain et sa mie
La pomme ; tout y passe, et, glosant à n’en plus finir
Ils font sous ma fenêtre une petite académie
Où s’ébauche peut-être une langue de l’avenir.

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Jacques Réda, L’incorrigible, poésies itinérantes et familières (1988-1992), Gallimard.

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Teresa Claramunt

Dès les premiers temps de la Seconde République espagnole, quelques mouvements anarcho-féministes virent le jour, principalement dans la région de Catalogne, et plus particulièrement encore dans sa capitale, Barcelone, noyau résistant de l’anarchisme espagnol où de nouvelles générations de jeunes femmes suivirent la voie tracée par Teresa Claramunt (1862-1931) et Soledad Gustavo (1865-1939), deux des figures les plus représentatives de ce que nous connaissons de cet anarchisme espagnol.
Au mois d’avril 1936 naissait une des premières organisations féministes les plus caractéristiques de l’anarcho-syndicalisme, Mujeres Libres (« Femmes libres »), créée par trois penseuses de l’époque, Lucía Sánchez Saornil, Amparo Poch y Gascón, et Mercedes Comaposada Guillén. Une foule d’activistes engagées dans la lutte féministe s’unirent à cette organisation tout au long de son existence.
En 1934, déjà, à Barcelone, s’était créé le Groupe culturel féminin qui, au côté de l’équipe rédactionnelle de la revue Mujeres libres de Madrid, va devenir l’embryon de la nouvelle organisation. On doit l’idée d’éditer une revue à Lucía Sánchez Saornil, à laquelle vinrent se joindre Mercedes Comaposada et Amparo Poch y Gascón. Lucía et Mercedes avaient donné des cours d’instruction élémentaire pour des ouvriers et des ouvrières, cours promus par la CNT madrilène dans les années 30. Elles virent la nécessité d’en donner spécifiquement aux femmes, compte tenu de la misogynie et des préjugés existant à cette époque.
Au sein du Groupe culturel féminin, formé en grande partie par des militantes de la CNT et d’autres organismes libertaires comme les athénées et les Jeunesses libertaires, on connaissait la revue qui se faisait à Madrid. Mercedes Comaposada se rendit alors dans la capitale catalane avec les statuts d’une Fédération nationale de femmes libres et proposa à la Catalogne de l’intégrer. Les femmes catalanes acceptèrent cette proposition avec enthousiasme.

Lucía Sánchez Saornil

Mujeres Libres développa une combative et infatigable activité en faveur d’un monde plus juste durant trois années intenses, commencées peu de temps après la victoire du Front populaire jusqu’à la chute de Barcelone (février 1939). De 1937 à 1938, elle parvint à compter dans ses rangs jusqu’à 20 000 femmes. Elles firent face au soulèvement militaire fasciste, luttèrent en tant que miliciennes sur différents fronts ainsi qu’à l’arrière, montrèrent au monde leur vaillance et leur esprit libertaire, et finalement la défaite finale les conduisit vers un exil irrémédiable.
Durant les décennies qui suivirent la fin de la guerre civile, des femmes exilées en France et en Grande-Bretagne se regroupèrent et organisèrent une certaine activité dans la continuité de Mujures Libres, sans retrouver pour autant l’influence de l’âge d’or de l’organisation.
Après la mort de Franco, l’organisation Mujeres Libres réapparut à Barcelone (1976) où de nouvelles générations vinrent se joindre aux figures historiques Sara Berenguer et Suceso Portales, ce qui ne fut pas sans provoquer des tensions dues à la façon d’envisager l’anarchisme et le féminisme et d’affronter les nouvelles réalités des années 70.

Jean Pierre Quiroz Rivera

Source : « La voz de la República ». Texte traduit de l’espagnol par mes soins.

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2017-03-06_132301Rafa Maestre, de la Fondation Salvador-Seguí, a annoncé la triste nouvelle : Gracia Ventura est décédée le 4 mars dernier. Celle qui fut la compagne de José Peirats était née à Borriana (province de Castellón) le 27 mars 1918. Elle n’aimait pas l’école où l’enseignement se faisait en castillan, car elle s’exprimait en valencien. Ce fut donc son père, bien qu’à demi analphabète, qui lui apprit à lire à partir des lettres figurant sur un paquet de tabac.
Elle commence à travailler à l’âge de dix ans chez un tailleur, et adhère rapidement aux Jeunesses libertaires. Quand les fascistes entrent dans Borriana, en 1938, elle et toute sa famille sont arrêtées. Elle est condamnée à vingt ans de prison  et est transférée, avec sa mère âgée de soixante ans et ses sœurs, à la prison pour femmes de Saturrarán (province de Guipúzcoa). Elle sera finalement libérée en 1944. Elle part alors à Valence où elle trouve un emploi de domestique, puis à Barcelone où elle travaille comme couturière.
Elle finit par fuir l’Espagne en s’exilant en France et travaille comme modiste à Paris. En 1954 elle rencontre à Toulouse José Peirats avec qui restera unie jusqu’à la mort de celui-ci en 1989. Dans les années 60 elle rejoint le groupement Mujeres libres (Femmes libres) en exil, et participe à la revue du même nom éditée à Montady (Hérault) dans la maison de Sara Berenguer.
En 1977, elle retourne en Espagne en s’installant à Vall d’Uxió (ville natale de José Peirats). À la mort de ce dernier elle part vivre à Barxeta (province de Valence). Autodidacte et grande lectrice, elle collabore à diverses publications comme la revue d’Alcoy (province d’Alicante) Siembra  (« Semence ») de l’association culturelle Anselmo-Lorenzo.
Sa maison fut toujours ouverte pour accueillir tant les compagnes et compagnons que les personnes faisant des recherches concernant José Peirats. Selon la formule espagnole : « Que la terre lui soit légère. »

Traduction : Ramón Pino (groupe anarchiste Salvador-Seguí).

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10212093-couper-un-gant-de-toilette-pour-en-faire-une-trousse-a-savonC’est l’histoire d’un jeune gars, un ouvrier, qui adhère au Parti communiste. Dans la cellule où il milite, des camarades aguerris, voyant qu’il n’est pas très au fait de la théorie, lui indiquent qu’au sein du Parti il y a une école de formation. Le gars est un peu réticent, c’est un manuel, il n’a pas fait beaucoup d’études, il a peur de ne pas être à la hauteur. Ses camarades insistent, lui disent qu’il n’a rien à craindre, qu’ils vont l’adresser à un vieux communiste pas du tout hermétique, que ça ne sera pas un cours magistral, que tout se passera bien.
Le gars finit par accepter et on lui présente son « professeur ». Malgré tout il tient à répéter qu’il n’a pas beaucoup de bagage, qu’il n’est pas un intellectuel. Le militant formateur le rassure : « Ne t’inquiète pas, ici tu n’es pas à l’Université, je ne suis pas le professeur à la science infuse, tu vas voir, ça va bien se passer. Aujourd’hui, pour ton premier cours, je vais t’enseigner ce qu’est la dialectique, qui est une notion très importante dans la théorie marxiste. »
« Dialectique ». Rien que le mot, ça effraie déjà le jeune gars. Le formateur s’en aperçoit et le rassure à nouveau : « T’inquiète pas, je te dis ! Je ne vais pas te prendre la tête avec des mots savants. Je vais te faire comprendre ce qu’est la dialectique à l’aide d’une devinette. C’est tout simple. Alors voilà : deux types marchent le long d’une route, l’un est sale, l’autre est propre. Sur leur chemin, ils tombent sur un seau d’eau, un gant de toilette et un savon. Qui va se laver  ? Réfléchis, prends ton temps avant de me répondre. » Le jeune gars est surpris, il sourit, et répond illico : « Celui qui est sale ! »
Je t’ai dit de prendre ton temps avant de me répondre, rétorque le vieux militant. Réfléchis ! Celui qui est propre, s’il est propre c’est parce qu’il a pris l’habitude de se laver. Celui qui est sale, s’il est sale c’est parce qu’il ne se lave pas. C’est donc celui qui est propre qui va se laver ! »
Le jeune gars est un peu surpris. « Ah bon ! » fait-il. Le militant formateur lui dit alors qu’il ne doit pas s’inquiéter, que ça n’est pas grave. « On va recommencer, tu vas voir, tu vas comprendre. Alors voilà, deux types marchent le long d’une route, l’un est sale, l’autre est propre. Sur leur chemin, ils tombent sur un seau d’eau, un gant de toilette et un savon. Qui va se laver ? » Le jeune gars hésite trois secondes et répond : « Ben, celui qui est propre. »
sof-310103Bon sang, mais prends ton temps avant de répondre, combien de fois je dois te le dire ?! Réfléchis ! Celui qui est propre, s’il est propre il n’a aucun besoin de se laver, tandis que celui qui est sale, s’il est sale il a de bonnes raisons de se laver. C’est donc celui qui est sale qui va se laver ! »
– Mais, tu disais…
– Tss tss tss ! T’occupe pas ! C’est pas dramatique. Tu vas finir par comprendre. On recommence, mais surtout, je le répète, réfléchis bien avant de répondre. Deux types marchent le long d’une route, l’un est sale, l’autre est propre. Sur leur chemin, ils tombent sur un seau d’eau, un gant de toilette et un savon. Qui va se laver ? »
Là, le jeune gars hésite un bon moment et finit par lâcher : « Celui qui est… sale… »
Ah ! c’est pas possible, mais tu le fais exprès ! Je t’ai dit de réfléchir, bon sang ! Celui qui est propre s’il est propre c’est qu’il est l’habitude de se laver, qu’il en ressent la nécessité ; celui qui est sale s’il est sale il a forcément besoin de se laver. Ils vont donc se laver tous les deux ! »
– Ah ! là là ! je comprends rien ! J’en ai marre, dit le jeune gars.
Calme-toi ! C’est pas grave. Je suis certain que tu vas comprendre. Allez, une dernière fois : deux types marchent le long d’une route, l’un est sale, l’autre est propre. Sur leur chemin, ils tombent sur un seau d’eau, un gant de toilette et un savon. Qui va se laver ? »
Le jeune gars pousse un grand soupir et, un peu las, décide de répondre : « Ben, les deux. »
Mais non, voyons ! Celui qui est propre, s’il est propre il n’a pas besoin de se laver ; celui qui est sale s’il est sale c’est qu’il n’a pas l’habitude de se laver. Aucun des deux ne va donc se laver !
– Ah ! merde ! j’en ai ras-le-bol, dit le jeune gars. C’est toujours le même problème, la même question qui est posée, et tu ne réponds jamais deux fois la même chose !
– Ah ! enfin ! Ça y est, t’as compris ce que c’est que la dialectique ! »

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femmes-rasees-2Ces quatre femmes sur la photo avaient un nom. Prudencia Acosta, María Antonia de la Purificación (connue sous le nom de « Pureza »), Antonia Juntas Hernández (« Antonia la repasseuse ») y Antonia Gutiérrez Hernández. Ne les oublions pas. Elles furent agressées, tondues et exhibées comme de vulgaires trophées brandis par la meute du franquisme. Cela s’est passé à Oropesa (province de Tolède).
Oubliées, maltraitées et violées, les femmes restées à l’arrière, lorsque les fascistes s’emparèrent de l’Espagne, subirent une répression extrême dont le but était de les déposséder de leur propre féminité. Elles ont été et demeurent les grandes oubliées de cette histoire. Il fut peu question d’elles durant la guerre civile, et moins encore par la suite, alors que leurs maris ne revinrent jamais (morts au front, fusillés ou envoyés en prison). Elles durent souffrir dans leur corps une vengeance et un acharnement qui dépassent l’imagination.
On les tondait pour que personne n’oublie leur « délit ». Nombre d’entre elles furent forcées à boire de grandes quantités d’huile de ricin, dont les effets immédiats furent des douleurs de ventre, des brûlures, diarrhées et vomissements. Elles étaient ensuite traînées et exhibées de villes en villages. Certaines, comme les femmes de Montilla (province de Cordoue), furent tondues mais on leur laissait sur le dessus de la tête une sorte de crête autour de laquelle était noué un ruban rouge destiné à rappeler leur appartenance à des partis ou groupements de gauche.
Cela fut justifié par les idéologues et assassins du fascisme, comme le sinistre général Queipo de Llano, l’un des militaires félons les plus sauvages, qui, sur Radio Séville, exhortait à la violence contre les femmes : « Nos vaillants légionnaires et soldats réguliers ont démontré aux lâches rouges ce qu’est être réellement un homme. Et par là même également à leurs femmes. Cela est totalement justifié, puisque ces communistes et anarchistes prêchent l’amour libre. Ils savent désormais ce que sont des hommes et non des miliciens pédérastes. »
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La propagande fusait de tout lieu. Les milieux fascistes impulsaient le féminicide, comme le journal Amba qui, le 16 mai 1939, publiait cet article intitulé « La rancœur des femmes laides », rédigé par José Vicente Puente.

« Madrid, comme tout ce que fut l’Espagne rouge – négation de la patrie –, nous a montré une faune qui évoluait parmi nous, la côtoyant quotidiennement sans que sa pestilence nous atteigne quant à sa malignité. L’une des pires tortures dans cette Madrid chaude et soule fut de voir la milicienne à la salopette ouverte, aux cheveux raides, à la voix aigre, le fusil prêt à faucher des vies par caprice malsain d’assouvir son sadisme. Il y avait dans le geste primitif et sauvage de la milicienne sale et échevelée quelque chose d’un atavisme mental et éducatif. Elles haïssent celles qu’elles appelaient des « demoiselles ». La vie de ces « demoiselles » les ennuyait. Elles préféraient les sandwiches aux sardines et piments au chocolat accompagné de biscuits. Elles étaient laides, basses, cagneuses, dépourvue du grand trésor d’une vie intérieure, sans le refuge de la religion, la féminité éteinte. Le 18 juillet, un désir de vengeance s’est allumé en elles, et dans l’odeur d’oignon et le foyer de l’assassinat sauvage elles souhaitèrent passer leur colère sur celles qui étaient belles. »
En 2013, un groupe de femmes est venu fouler aux pieds la dalle recouvrant la tombe de Queipo de Llano, à Séville, pour qu’ainsi le bruit n’étouffe pas la mémoire sur ces femmes tondues. Pour ne pas oublier.

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(Source : blog « La Voz de la Republica ». Traduit par mes soins.)

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