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Archive for the ‘04. Autres écrits’ Category

Depuis le 20 avril dernier, des artistes cubains non serviles luttent pour que ne soit pas pas appliqué le décret n°349 concocté par le gouvernement de Miguel Díaz-Canel, successeur de Raúl Castro à la tête de la dictature cubaine. Ce décret relatif à la politique culturelle devrait entrer en vigueur en décembre prochain et, s’il est maintenu, signer l’arrêt de mort de toute activité artistique indépendante sur l’île. Ceux qui pensaient honnêtement mais naïvement qu’après la mort de Fidel Castro puis le prétendu effacement de son frère à la tête de l’Etat allait s’instaurer une petite ouverture et naître à Cuba certaines libertés fondamentales, comme celle de s’exprimer librement, pourront une fois de plus verser de chaudes larmes sur leurs illusions perdues.
Vous trouverez ci-dessous un résumé en sept points du projet de décret, ainsi que des extraits dudit décret dont la traduction est due à l’organisation Amnesty International.

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Les artistes cubains, qu’ils soient diplômés de l’enseignement artistique, de l’enseignement général ou amateurs, doivent être reconnus et enregistrés par l’Etat pour exercer professionnellement.
Seuls les artistes qualifiés et inscrits au Registre des créateurs des arts plastiques et arts appliqués sont autorisés à faire des présentations ou des prestations publiques, ou tenir des espaces de commercialisation dans le domaine des arts plastiques.
Les artistes seront tenus d’être en lien avec une institution de l’Etat pour obtenir une rémunération pour leur travail. Ceux qui ne respectent pas les normes de la politique culturelle pourront faire l’objet de mesures disciplinaires de la part de cette institution, y compris sur le plan économique.
Seules les institutions autorisées par le ministère de la Culture ou l’Institut cubain de radio-télévision peuvent établir des relations de travail avec les artistes, les représenter pour commercialiser leur production et œuvres artistiques auprès du public.
Les artistes ne pourront profiter de leurs productions et spectacles artistiques ou développer ou exposer en public leur art et leur talent sans autorisation de l’Etat. Ils ne sont pas autorisés non plus à s’exprimer en utilisant des symboles nationaux. Les personnes qui ne sont pas enregistrées comme artistes sont exclues de l’accès aux pratiques artistiques.
Les fonctionnaires de l’Etat décident par exemple, sans qu’aucun obstacle ne puisse leur être opposé, si un livre respecte ou non les valeurs éthiques et culturelles ; il leur appartient d’estimer si les productions audiovisuelles, la musique ou les représentations artistiques promeuvent la discrimination, la violence, ou emploient un langage sexiste, vulgaire et obscène.
Des superviseurs et inspecteurs de l’Etat décideront s’il est nécessaire de dresser des amendes allant de 1000 à 4000 pesos, ou d’opérer la saisie des biens culturels. Ces deux formes de sanction pourront être appliquées simultanément, dans tout lieu public dépendant de l’Etat ou pas, à une personne, un groupe, un organisme qui ne respecte pas la politique établie par le ministère de la Culture. Superviseurs et inspecteurs pourront également suspendre de manière immédiate tout spectacle ou projection, ou demander l’annulation de leur autorisation.

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Extraits du décret n°349

Dans la mesure où il est nécessaire d’actualiser le décret n° 226 (…) INFRACTIONS À LA RÉGLEMENTATION EN MATIÈRE DE POLITIQUE CULTURELLE ET SUR LA PRESTATION DE SERVICES ARTISTIQUES

Constituent des infractions à ce décret, les comportements qui enfreignent les normes et dispositions en vigueur en matière de politique culturelle et de prestation de services artistiques établies par le ministère de la Culture, dans toute manifestation artistique perpétrée par des personnes physiques ou morales, en des lieux ou installations publics, appartenant à l’État ou non.

DES INFRACTIONS
Dans la prestation de services artistiques, les comportements suivants constituent une infraction (…)
e) Celui qui effectue une prestation de services artistiques sans être autorisé à exercer un travail ou une activité artistique.
On considère qu’il y a infraction lorsqu’une personne physique ou morale utilisant des médias audiovisuels y montre des contenus comprenant : a) utilisation des symboles nationaux contrevenant à la législation b) pornographie c) violence d) langage sexiste, vulgaire ou obscène (…).
Il y a également infraction lorsqu’une personne physique ou morale s’engage dans l’un des comportements suivants : (…).
b) crée des espaces de commercialisation des arts plastiques sans posséder d’autorisation ni être inscrit au Registre du créateur des arts plastiques (…)
f) commercialise des livres dont le contenu est préjudiciable aux valeurs éthiques et culturelles (…)

DES MESURES
Contre les violations mentionnées dans le présent décret peuvent s’appliquer indistinctement une ou plusieurs des mesures suivantes :
a) avertissement b) amende c) confiscation des instruments, appareils, accessoires et autres biens.
2. Conjointement aux mesures qui s’imposent, l’autorité compétente peut :
a) suspendre immédiatement le spectacle ou la projection et
b) proposer l’annulation de l’autorisation à exercer une activité professionnelle en tant que travailleur indépendant (…)

AUTORITÉS COMPÉTENTES POUR APPLIQUER LES MESURES ET TRAITER LES RECOURS
Les autorités compétentes pour inspecter (…) et appliquer les mesures adéquates sont les superviseurs-inspecteurs désignés par le ministère de la Culture (…).

Fait au Palais de la Révolution, La Havane, le 20 avril 2018.

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En Espagne, le gouvernement a décidé de lancer le processus d’exhumation des restes du dictateur Franco du Valle de los Caídos (la « vallée de ceux qui sont tombés ») où sont enterrés nombre de fascistes ainsi que des combattants du camp dit « républicain ». La famille de Franco s’oppose à ce projet.
Voici, sur le sujet, le communiqué de nos amis de l’organisation anarcho-syndicaliste CNT d’Espagne.

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La CNT salue l’initiative qui devrait amener à l’exhumation des restes du dictateur Francisco Franco du Valle de los Caídos, même si l’on peut être surpris par la « rapidité » des politiciens de gauche de ce pays, qui ont attendu seulement un peu plus de quarante années pour prendre une décision qui, par ailleurs, s’en tient au minimum. Mais puisque cela devrait être mené à bien, nous leur adressons une première demande : que cela soit fait un 18 juillet, pour que le monstre sorte enfin des vies de tant de victimes qui l’entourent un même jour où il est entré dans les leurs pour les dévaster.
Et dans le même ordre de choses, si la famille ne veut pas prendre en charge les restes du dictateur, en mettant en branle une armée d’avocats pour éviter son exhumation, ce qui aura pour conséquence que le geste du gouvernement coûte encore davantage d’argent public, nous proposons des solutions similaires à celles qui furent trouvées pour Hess ou Goering, incinérés et dont les cendres furent jetées à l’eau – ce qui évitera le vandalisme que semble craindre la famille affligée –, mais dans une version plus adaptée au personnage : un fossé pour lui seul dans quelque coin perdu. Le plus difficile sera de trouver l’endroit adéquat, car lui-même s’est amplement chargé de ne laisser que peu de surface disponible sans que, sous terre, les restes de ses victimes attendent.
Nous suggérons également que ce projet soit complété, et cela un peu mieux que lors de la fameuse « transition* » : supprimer toutes les subventions de l’Etat à la communauté des moines ; leur ôter le contrôle d’un lieu qui, curieusement, est considéré comme patrimoine national, mais qui est contrôlé par l’Eglise ; suggérer à cette communauté de moines qu’elle se trouve un autre lieu de résidence après un audit sur son – notre – financement et l’utilisation de l’argent.
Ensuite, supprimer le statut de patrimoine national à un lieu de sang, de terreur, de misère et de souvenir d’une dictature féroce et assassine. Nous préférerions que les patrimoines nationaux soient consacrés à l’art et à l’architecture, qu’ils puissent nous enrichir culturellement. Et, enfin, faire sauter les éléments les plus visibles de l’ensemble. Qu’il ne reste plus debout une seule pierre de ce symbole fasciste bâti avec le sang et la sueur des vaincus, lieu de démagogie sans-gêne alors qu’ils ont osé parler de lieu de réconciliation. Et, parmi les ruines laissées en l’état, créer un lieu contre l’oubli de la barbarie franquiste.
Ne croyez pas que nous ayons oublié ceux qui sont enterrés. Nous prenons pour acquis que, si les politiques ont un peu de dignité et de mémoire, ils mèneront à terme l’indispensable processus d’exhumation des restes de ceux qui, même après leur mort, furent traités comme des vaincus et obligés de reposer au côté de leur bourreau.
Nous leur souhaitons bonne chance et réussite.

(Traduction : Floréal Melgar)

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Note du traducteur : la « transition » désigne la période qui a suivi la mort de Franco, au cours de laquelle partis de gauche et franquistes notoires « relookés » se sont entendus pour établir une « démocratie » à leur goût, quelque peu amnésique, entre autres.

Source : site CNT d’Espagne.

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Il était pratiquement inconnu ici en France. Le poète cubain Rafael Alcides vient de mourir. Agé de 26 ans au moment de la prise de pouvoir de Fidel Castro, il avait d’abord cru, comme alors nombre de ses compatriotes, à la révolution. Puis comme beaucoup, il est passé de l’enthousiasme à l’immense déception en ouvrant les yeux sur ce qui s’est mué en vaste imposture.
N’ayant pas choisi de se taire, son nom a disparu de tous les ouvrages officiels cubains, et ses oeuvres ont été interdites de publication dans son pays.
Le réalisateur Miguel Coyula, dissident lui aussi, lui a consacré récemment un superbe documentaire, hélas disponible seulement en langue espagnole sous-titrée en anglais. J’en poste ici, pour ceux qui possèdent l’une de ces deux langues, l’un des sept épisodes, ainsi que le dernier volet de ce documentaire, où apparaît la comédienne Lynn Cruz disant l’un de ses poèmes, L’étranger. Ci-dessous, un autre poème de Rafael Alcides, en guise d’hommage à cet homme éminemment respectable qui vient de nous quitter, Agradecido como un perro (« Reconnaissant comme un chien »).

Toda mi vida ha sido un desastre
del que no me arrepiento.
La falta de niñez me hizo hombre
y el amor me sostiene.
La cárcel, el hambre, todo ;
todo eso me ha estado muy bien :
las puñaladas en la noche,
y el padre desconocido.
Y así de lo que no tuve
nace esto que soy :
bien poca cosa, es verdad,
pero enorme, agradecido como un perro

Traduction

Toute ma vie a été un désastre
Dont je ne me repens point
Le manque d’enfance m’a fait homme
Et l’amour me soutient
La prison, la faim, tout ;
Tout cela m’est allé très bien :
Les tourments dans la nuit
Et le père inconnu
Et de ce que je n’ai pas eu
Est né ce que je suis :
Bien de peu de chose, il est vrai,
Mais énorme aussi, reconnaissant comme un chien

 

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Notre ami et camarade Eduardo Colombo nous a quittés après une vie bien remplie. On pourra s’en rendre compte en parcourant ci-dessous un résumé de sa riche biographie.

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Né en septembre 1929 à Quilmes, en Argentine, il était le descendant d’émigrants italiens, côté paternel, et de Catalans français côté maternel.
En 1956, après des études de médecine, il exerça à Buenos Aires comme médecin des hôpitaux. De 1958 à 1962, il fut chargé de cours en psychiatrie et en psychologie clinique dans les facultés de médecine et de philosophie et, de 1962 à 1963, il occupa le poste de secrétaire de rédaction de la revue
Acta psiquiátrica y psicológica de América Latina. En 1961, il commença sa formation auprès de l’Association psychanalytique argentine. De 1962 à 1966, Eduardo Colombo exerça comme professeur de psychologie sociale dans les universités de La Plata et de Buenos Aires, postes dont il démissionna en 1966 après que le coup d’État militaire du général Ongania fit occuper par la police (« Nuit des longs bâtons ») toutes les universités du pays. Il fut ensuite membre fondateur de l’Association argentine de psychiatrie sociale et directeur de la revue Psiquiatria social (1968-1970). En 1970, il s’exila en France avec sa compagne et leurs enfants.
Le parcours militant d’Eduardo Colombo débuta en Argentine dès 1945 où il fut actif dans les centres d’étudiants du secondaire et de l’université. Sa participation au mouvement anarchiste commença en 1947. Il rejoignit la FORA (Fédération ouvrière de la région argentine) à partir de 1948. En 1949, il fut emprisonné, avec d’autres militants, pour la publication d’une feuille anarchiste.

En 1952, il fut membre du conseil fédéral de la FORA. Entre 1956 et 1969, il fit partie de la rédaction du journal anarchiste La Protesta dont il fut « éditeur responsable » dans les quelques périodes où le journal ne fut pas clandestin. Entre 1954 et 1955, il intégra la junte représentative de la Fédération universitaire argentine (FUA) regroupant tous les syndicats étudiants, hormis quelques petits syndicats nationalistes ou fascistes. À nouveau emprisonné à cause de la grève universitaire de 1954, il fut à sa sortie exclu de l’université. Il reprit ses études en 1956. Pendant toutes ces années, il donna de nombreuses conférences à la Biblioteca Popular José Ingenieros et dans d’autres locaux du mouvement anarchiste de Buenos Aires et de l’intérieur du pays.
Durant sa période militante argentine, Eduardo Colombo participa à la vie et aux luttes du mouvement ouvrier et universitaire. Il prit part activement à la grève du port de Buenos Aires en 1952, durant laquelle six ouvriers de la FORA furent torturés. Il collabora, lors de ce conflit et avec d’autres compagnons, à la publication d’une feuille clandestine de quatre pages,
Agitación. Il soutint la grève totale des constructions navales qui dura treize mois en 1956-1957 et, la même année, il se solidarisa activement, au sein de l’Agrupación anarquista de Quilmes, à une grève du textile qui lui valut une perquisition musclée à son domicile. Il fut par ailleurs délégué de La Protesta au 1er Congrès ordinaire de la FAU (Fédération anarchiste d’Uruguay) en 1957 à Montevideo, et à Santiago du Chili en 1962 lors d’une conférence régionale du mouvement anarchiste du Chili. Il représenta la FORA au 14e Congrès de l’AIT à Montpellier en octobre 1971 et fut le délégué « indirect » pour l’Uruguay au Congrès international des fédérations anarchistes (CIFA) à Paris, en août 1971. Dès son arrivée en France en 1970, il prit contact avec le mouvement anarchiste avec lequel des liens avaient déjà été établis.
Soucieux d’une vraie production intellectuelle anarchiste, il participa à la création et à la publication de plusieurs revues théoriques. De 1974 à 1978, il fut membre du comité de rédaction de
La Lanterne noire (Paris), puis de 1983 à 1996 de Volontà (Milan) et, enfin, de Réfractions (France) depuis 1997. Il a aussi été adhérent à la CNT française et membre des Editions CNT-RP.

ŒUVRE : De nombreux articles en espagnol et en français dans des journaux et revues, certains ayant été traduits en italien, portugais (Brésil), grec, anglais.

Ouvrages : El imaginario social, Ed. Nordan, Montevideo (Uruguay), 1989 (première édition), trad. en italien : L’immaginario capovolto, Eleuthera, Milan, 1987 ; Los desconocidos y los olvidados, Ed. Nordan, Montevideo, 1999 ; El espacio político de la anarquía, Ed. Nordan, 2000, trad. en français : L’Espace politique de l’anarchie, ACL, 2008, trad. en italien : Lo spazio politico dell’anarchia, Eleuthera, Milan, 2009 ; La Volonté du peuple. Démocratie et anarchie. Ed CNT-RP / Les Éditions libertaires, Paris, 2007, trad en espagnol : La voluntad del pueblo. Democracia y anarquía, Ed. Utopia libertaria, Buenos Aires, 2006.

Source : Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (Ed. de l’Atelier, 2014).

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La censure a toujours existé à Cuba depuis la victoire, en 1959, de la révolution impulsée par Fidel Castro. La mort du dictateur en 2016 et l’installation de son frère Raúl à la tête de l’Etat ont pu faire croire un moment aux naïfs qu’une certaine ouverture allait s’opérer sur l’île. Il n’en fut rien, et la censure a continué de plus belle. Mais le secteur artistique demeure néanmoins, avec celui du journalisme indépendant, l’un des foyers majeurs de contestation du régime totalitaire communiste.
L’un de ces artistes censurés est le cinéaste Miguel Coyula, dont les films sont interdits à Cuba et ne peuvent être vus que lors de rencontres privées, chez l’habitant, du moins quand la police politique ne s’en mêle pas.
Dans un article publié sur le blog « Havana Times », Miguel Coyula évoque le désir de liberté de création, la peur qui tenaille nombre de Cubains devant la répression qui menace toute manifestation d’indépendance par rapport au régime castriste, et la « folie » dont on accuse ceux qui, malgré cette répression, osent défier le pouvoir et sa flicaille.  (F. M.)

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Miguel Coyula

Je ne peux me souvenir du moment où je me suis rendu compte que j’étais libre. Ce ne fut pas une révélation soudaine, ni grandiose. Quand je pense à la prison, ou même à la mort, comme conséquence de mon travail, sans en éprouver de préoccupation, je sais qu’il ne s’agit pas de courage. C’est simplement le fait que ma vie ne vaut rien si je ne peux faire ce qui me plaît et dire ce que je pense. L’erreur chez une majorité de personnes est de penser que leur vie est très importante.
A l’issue du récent festival de cinéma, je déambulais dans l’hôtel National et quelques collègues évitaient mon regard, d’autres saluaient de façon fuyante. C’est la norme. Ce pays est un pays de lâches. On a beaucoup parlé de la façon dont le gouvernement a installé la peur chez le Cubain. Mais les plus grands coupables ont été le peuple, les artistes et la presse.
En ce qui me concerne, les ennuis, qui avaient commencé avec Memorias del desarollo* (« Mémoire du développement »), se sont accentués avec, en 2017, la censure gouvernementale de Nadie et de la pièce de théâtre Les ennemis du peuple (1). Ce fait m’a permis de distinguer les personnes qui m’intéressent. Elles sont peu nombreuses, mais la qualité m’a toujours intéressé davantage que la quantité. D’autres collègues disent que je suis un fou, un cinéaste qui a franchi les limites et qui est désormais un dissident. Il s’agit d’une justification de la lâcheté. Les intellectuels du pays s’affirment publiquement contre la censure quand un organisme artistique l’exerce envers un artiste auquel ils sont liés d’une certaine manière. Mais lorsqu’ils voient la Sécurité d’Etat (2) et la police réprimer un artiste qui travaille de façon totalement indépendante, ils se réfugient dans un commode « il est devenu fou ».
Au début, ils me donnaient des conseils : « Pourquoi t’exposer autant ? » ou « Il ne faut pas trop tirer sur la ficelle ». Ensuite, plusieurs acteurs ont quitté le tournage de mon nouveau film, Corazón azul (« Cœur bleu ») et j’ai été obligé de les tuer (les personnages qu’ils interprétaient). J’ai été répudié par certains collègues. D’autres ont honte ; il y a peu de temps, un critique m’a approché pour me dire qu’il avait écrit un article sur un de mes films, mais il n’a pas osé le publier, pas même sous pseudonyme, car ils le jetteraient de son travail.
La peur ne s’étend pas seulement dans l’île, mais aussi chez des Cubains qui vivent à l’extérieur et qui craignent de ne plus pouvoir rentrer à Cuba, comme c’est le cas d’un autre critique cubain résidant à Miami, qui souhaitait d’abord écrire un article pour le Herald sur le film Nadie, mais qui, informé de la censure opérée par la police et la Sécurité d’Etat, s’est ensuite rétracté car il voyageait fréquemment à Cuba et ne voulait pas avoir de problèmes.
On peut donc dire que pour les Cubains il n’existe de liberté d’expression ni à Cuba ni à l’extérieur, au moins publiquement, sauf pour quelques-uns, le « petit groupe », comme dit le poète Rafael Alcides. Les autres manœuvrent et ont appris à naviguer « intelligemment » ou « à travers les canaux appropriés ». Je ne fais pas de différence, mon discours serait le même pour Granma (3) que pour Diario de Cuba (4). Je présenterais aussi bien Nadie dans la maison-galerie El Círculo que pour un groupe de généraux du comité central.
« Il est douloureux de vivre dans la peur… C’est ce qui rend esclave », dit Rutger Hauer dans Blade Runner. En extrapolant sur Cuba, je me demande parfois si cette majorité de gens parvient à dormir tranquille ; les plus intelligents savent qu’ils ne sont pas totalement libres. Mais non, les cuirasses se forgent, c’est une attitude défensive pour survivre, et il est évident que nombre d’entre eux se croient libres et que cela ne les empêche pas de dormir.
Par ailleurs, j’ai pu constater, au travers d’institutions et de festivals internationaux, que ce que je croyais être seulement une question de censure de mon œuvre à Cuba est en fait un problème qui s’étend au-delà du pays, dû aux intérêts politiques et économiques en lien avec le gouvernement cubain. En 2011, l’ambassade cubaine a demandé instamment au directeur du Festival de cinéma latino-américain du Liban de retirer de la programmation Memorias del desarollo, quelques jours seulement avant sa projection, et ainsi fut fait. Ensuite, l’Icaic (5) a exigé que le film soit déprogrammé d’un festival de cinéma cubain en Corée du Sud. Par ailleurs, aucun de mes longs-métrages n’a bénéficié d’une diffusion en exclusivité à Cuba, mais seulement de projections privées.
Cette année, mon documentaire le plus récent,
Nadie,
avait été accepté par le Festival de Mar del Plata puis refusé un peu plus tard, avec un étrange argument : la copie destinée à la projection n’avait pas été envoyée dans le format requis. Bien qu’il restait encore plusieurs mois avant le début du festival, ils ont refusé de recevoir une nouvelle copie, conforme à ce qu’ils demandaient, et ont mis fin de manière tranchante à toute discussion. Cela se passait très peu de temps après l’opération policière (5) déployée pour éviter la projection de mon film dans la maison-galerie El Círculo, à La Havane, incident qui fut commenté par la presse de langue espagnole.
Le gouvernement de Raul Castro et de ses proches doit se terminer prochainement. Mais je pense que ce pays ne changera pas, même si son gouvernement change. Il faudra un processus très long pour éliminer les dommages causés à plusieurs générations. C’est une vision pessimiste, mais la majorité des Cubains, tant la classe ouvrière que les intellectuels, ont une idée assez claire de leurs limites et des alliances possibles. Et cela est vrai pour les milieux officiels comme chez ceux qui se prétendent neutres. Je ne sais si une société où l’on ne peut mentionner publiquement les noms des dirigeants politiques, de manière directe et critique, leur semble normal. Le problème fondamental est qu’ils ne souhaitent pas rompre le rachitique cordon ombilical qui les lient aux institutions cubaines.
Je n’aspirerai jamais à un poste dans un nouveau gouvernement, car j’ai toujours détesté le jeu politique. C’est un terme confisqué par Fidel Castro qui l’a converti en quelque chose de péjoratif. Et le peuple l’a intégré ainsi. Ceux qui disent : « La politique ne m’intéresse pas » disent en réalité « Ça ne m’intéresse pas de dire du mal du gouvernement ». Je ne suis pas un politique, mais un art qui critique les politiques m’intéresse. C’est pour cela qu’il est important de dire que mes films sont politiques. Il y a beaucoup d’autres artistes cubains qui sont dans le même cas, mais ils persistent à dire que leur œuvre n’est pas politique. Il y a là une relation directe avec la question économique. Il ne s’agit pas d’idéologie, mais de plus en plus d’une société de consommation au sein d’un capitalisme à faible budget que nous vivons déjà dans l’île.
Il y a quelque temps, je discutais avec un ami qui me disait : « Moi aussi je veux faire du cinéma indépendant, mais je veux également avoir la possibilité d’aller au restaurant, dans une boîte, c’est-à-dire vivre, être heureux. » Ce à quoi je lui répondis : « Tu ne peux pas faire les deux à Cuba, et si tu crois pouvoir le faire, alors tu feras des compromis d’une manière ou d’une autre. Et donc, quelle est ta priorité ? »
Pour moi cette indépendance est la seule façon de créer en toute véritable liberté. Et au cas où je serais fou, je suis heureux de ne pas assumer ce que la majorité considère comme étant la « normalité ».

Miguel Coyula
(18 décembre 2017)
Traduction : Floréal Melgar
Source : « Havana Times ».

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(1) Voir ci-dessous la vidéo sur l’intervention policière pour empêcher des invités de pénétrer dans le lieu où devait être présentée la pièce Les ennemis du peuple. En bonus, une autre vidéo, pour les lecteurs hispanisants, où Miguel Coyula parle de la censure dans son pays.
(2) La Seguridad de Estado (Sécurité d’Etat) : police politique cubaine.
(3)
Granma : quotidien du Parti communiste cubain.
(4)
Diario de Cuba : blog d’opposants au régime cubain.
(5) Icaic :
Institut cubain des arts et de l’industrie cinématographiques.

 

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Adonis Milán

Samedi 10 mars après-midi, le metteur en scène de théâtre Adonis Milán a été arrêté en pleine rue, à La Havane, et emmené pour une destination jusque-là inconnue de ses proches et de ses amis. Cela fait plusieurs mois que cet activiste cubain fait l’objet de brimades diverses de la part de la Sécurité d’Etat (police politique). Son travail s’est vu censuré à plusieurs reprises et on l’a expulsé de l’association Hermanos Saiz dont il était membre en tant qu’artiste indépendant.
C’est en sortant de la maison de la comédienne Lynn Cruz, avec qui il travaillait sur une œuvre à venir, qu’Adonis Milán a été interpellé, malgré les protestations des gens du quartier, et sans qu’on lui laisse la possibilité de prévenir qui que ce soit.
La répression s’est accrue ces derniers temps à Cuba, touchant essentiellement deux secteurs, le milieu artistique et le milieu journalistique indépendant. C’est ainsi que nombre d’artistes et de collaborateurs de blogs non officiels* se voient régulièrement arrêtés, emmenés dans des locaux de la police politique sans possibilité de prévenir leur famille ou leurs amis, détenus durant deux, trois jours ou plus, puis relâchés après interrogatoire au cours duquel leur est le plus souvent proposé de devenir mouchards, parfois sous la menace de faire perdre leur emploi à leurs proches parents.
Dans un article publié par le blog « Havana Times », la comédienne Lynn Cruz précise que
« ce n’est pas là un cas isolé. Ces jours derniers, on a empêché de travailler des activistes qui tentent de faire naître une prise de conscience en cette période de fin de règne qui agonise et qui a connu son point culminant avec la mort de Fidel Castro. Face à la farce électorale** qui aura lieu demain, Cuba vit aujourd’hui son post-fidélisme en entonnant le mantra “Je suis Fidel”. Moi, au nom des artistes qui défendent le droit d’exercer un art de nature politique, et comme citoyenne cubaine, je condamne cet acte brutal de répression de la part d’un gouvernement qui refuse de légitimer l’existence d’une opposition interne. Adonis Milán n’est pas la cause de la désintégration de l’actuel gouvernement cubain (…), conséquence d’une politique qui s’est maintenue jusque-là par inertie et non par sympathie populaire ».

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* Les seuls blogs autorisés à Cuba sont ceux du Parti communiste et de ses organisations satellites.
** Des élections ont lieu dimanche 11 mars pour désigner les députés de l’Assemblée nationale. Les Cubains ont le « choix » parmi 605 candidats pour 605 postes à pourvoir.

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« Il y a des jeunes filles qui avortent, mais ça n’est pas parce qu’on a abusé d’elles, c’est parce que ces jeunes femmes s’exposent comme dans une vitrine, en provoquant. »
Juan Luis Cipriani, archevêque de Lima.
Ces propos furent prononcés au cours du programme radio animé par ce monsieur. Pour information, le Pérou occupe le troisième rang des pays mondiaux en matière de violences sexuelles.

« Il y a des mineurs qui souhaitent être abusés sexuellement et qui provoquent. »
Bernando Álvarez, évêque de Tenerife.
Propos tenu lors d’un entretien paru dans le journal La Opinión.

« Tout au plus je verrais cette épidémie [le sida] comme une sorte de justice immanente, pas du tout une punition, un peu comme, sur le plan écologique, quand on malmène l’environnement, il finit par nous malmener à son tour.  »
André-Joseph Leonard, archevêque de Bruxelles-Malines et président de la Conférence épiscopale de Belgique.

« Si une femme avorte, elle donne ainsi à l’homme l’autorisation absolue, sans limites, d’abuser de son corps. »
Javier Martínez, archevêque de Grenade.
Propos tenu lors d’une homélie en 2011. En comparant l’avortement à l’Holocauste, il en vint à déclarer que « les nazis n’avaient pas été aussi répugnants ».

« L’avortement est comme les trains pour Auschwitz. »
Juan Antonio Reig Plá, archevêque d’Alcalá de Henares.

« Le jour le plus triste, pire que pour l’accident d’avion de Spanair. »
Francisco Cases, évêque des Canaries.
L’évêque faisait ici allusion au concours du carnaval de Las Palmas remporté par une drag queen et au crash d’un avion, le 20 août 2008 à Madrid, qui fit 154 morts. L’association des familles de victimes de l’accident, sans doute composée de mauvais chrétiens, avait alors exprimé son indignation.

« Il y a des maux plus importants que celui que vient de connaître Haïti, comme notre état spirituel. »
José Ignacio
Munilla Aguirre, évêque de Saint-Sébastien.
Au lendemain du terrible tremblement de terre de 2010 en Haïti (223000 morts), l’évêque estimait publiquement que « nous souffrons d’un mal plus grand que celui dont souffrent ces innocents ».

« L’avalanche de féminicides est en lien avec la disparition du mariage. »
Héctor Aguer, archevêque de La Plata (Argentine).
Très inspiré, il devait ajouter que les abus sexuels sur enfants sont dus à l’apparition du divorce.

Pour juger le vol de bébés, « il faut le faire avec les critères de l’époque ».
Lluís Martínez Sistach, cardinal-archevêque de Barcelone.
Le cardinal-archevêque s’exprimait ici sur la question des rapts de tout jeunes enfants de républicains espagnols, durant le franquisme, pour être remis à des familles favorables au régime.

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Source :  Público

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