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Archive for the ‘03. A la petite semaine’ Category

Les scènes d’une violence devenue insupportable – lynchage, torture, viol, etc. – dans les films, téléfilms, séries, sont à présent légion. Dès lors qu’un critique s’aventure à dénoncer cette violence outrancière, il n’est pas rare que le réalisateur lui-même ou ceux qui l’encensent tentent de nous convaincre qu’en réalité, derrière ces images atroces poussées à l’extrême, se cache en vérité une dénonciation, évidemment mal comprise, de la violence. L’intention est presque toujours noble, à les en croire.
En quête de gloire, même passagère, un rappeur, un de plus, petit malin conscient que la meilleure façon de faire aujourd’hui parler de soi est de verser dans l’abjection, appelle donc à un massacre de bébés blancs, tandis que leurs parents seraient pendus ou écartelés pour leur éviter, sans doute, un chagrin prolongé. C’est ce que dit sa « chanson », sur fond de pendaison et d’exécution de deux hommes blancs. Comme prévu, aussitôt, les réactions indignées affluent. C’était le but.
C’est alors que commence la seconde phase de l’opération, désormais inévitable, celle des nobles motivations. Et comme le gars capable de glisser dans son film quatre scènes sanglantes d’arrachage des ongles et trois autres, bien glauques, de viol en réunion vous somme de croire que son seul souci était par là même de vous convertir à son pacifisme intégral, voilà le rappeur-lyncheur qui se mue en douce colombe au pied des potences qu’il a lui-même dressées « artistiquement ».
« Le choc était voulu », affirme le sombre crétin, mais si l’on y regarde bien, « en profondeur » (sic), « c’est un message d’amour ».
Le temps viendra bientôt, pas très lointain au train où vont les « buzz », où il nous sera scandé, sur fond d’images réalistes, qu’il est nécessaire de violer des petites filles. Puis on nous dira avec aplomb et la main sur le
cœur, devant nos airs effarés, que nous n’avons encore rien compris et que c’est là l’expression d’un féminisme humaniste.
Sale temps ! Sale époque !

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Camillo Berneri

Dans un sursaut moral dont nous n’avons jusque-là jamais fait preuve, et dans la foulée de la reconnaissance, par Emmanuel Macron, de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat du militant communiste Maurice Audin durant la guerre d’Algérie, nous, Parti communiste espagnol, reconnaissons notre responsabilité dans la disparition, la torture et l’assassinat, sur ordre du camarade Staline, de nombreux militants libertaires de la CNT et de « trotskistes » du POUM, notamment Camillo Berneri et Andrés Nin, durant la guerre civile d’Espagne.

Parti communiste espagnol
(p.c.c. Floréal)

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Tenue de combat homologuée Thierry Rocher

Il y a peut-être parmi vous des lecteurs du blog satirique « Le Coq des bruyères », présent sur les réseaux sociaux et qu’anime Anthony Casanova, un jeune homme sympathique, bien que corse et social-démocrate. J’avoue n’avoir jamais lu dans son entier sa livraison hebdomadaire d’articles. Je me contentais jusque-là des éditoriaux dudit Casanova, des brèves rigolotes et des chroniques souvent drôles et pertinentes de Christophe Sibille et Naqdimon Weil.
Et puis voilà qu’il y a quelques jours, je ne sais pourquoi, je clique sur le lien menant vers un article intitulé « La convergence des erreurs* », rédigé par un autre collaborateur du blog, Thierry Rocher, dont la caricature placée au bas de chacun de ses écrits fait penser à un ancien premier fayot de la classe qui serait devenu représentant en portes blindées et systèmes d’alarme.
Dans son écrit, le lourd Rocher expose laborieusement ce qu’il pense des stratégies – mauvaises, selon lui – mises en œuvre dans leur lutte par les cheminots, les étudiants et les zadistes. Son analyse, sans intérêt autre que soporifique pour des lecteurs insomniaques, me valait donc un ennui profond quand j’arrivai au paragraphe consacré à Notre-Dame-des-Landes. L’auteur s’y livrait là à une telle défense de la Propriété, « fondement de notre vie sociale » (sic), qu’elle me sembla tout droit sortie des pages du Figaro économie. Son plaidoyer prenait une telle tournure macrono-poujadiste qu’à chaque fin de phrase me venaient des flashes où apparaissaient des cadenas, des verrous, des antivols, des barbelés, et le fusil de chasse du grand-père prêt à servir contre le premier romanichel qui oserait poser le pied sur les plates-bandes du « Sam Suffy » de la pensée politique. A la toute fin du paragraphe, j’étais persuadé que quiconque souhaiterait se débarrasser à jamais du Thierry Rocher en question serait plus avisé de lui offrir Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon – crise cardiaque assurée, aucune poursuite envisageable ! – plutôt que d’avoir recours à l’arsenic.
Vous me direz que les propos anti-zadistes ont pullulé dans les médias, qu’après tout Thierry Rocher a le droit de penser comme Nadine Morano, et qu’il n’y a donc pas là de quoi en faire un plat. Certes, mais ce qui m’a poussé à écrire ce petit pamphlet, moi qui ai conservé un côté naïf, vous le savez, c’est qu’on puisse aujourd’hui lire sous la plume d’un collaborateur d’un site satirique de gauche des arguments comme celui qui suit et qu’on croirait, celui-là, tout droit sorti des propos avinés d’un beauf de bar-tabac-PMU. Qu’on en juge : « Et que dire des zadistes que j’ai appelés cradistes en interprétant par l’odeur le look des jusqu’au-boutistes ? »
Il en est là, l’intendant cravaté des terres de France menacées par des hordes barbares, à laisser entendre que les zadistes sont des individus sales et puants. Ça vole haut ! Et comme il est particulièrement fier de sa trouvaille – les « cradistes » : désopilant, non ? –, il emploiera de nouveau ce terme dans sa chronique suivante, consacrée aux black blocs, et, se prenant sans doute soudainement pour Yves Rocher, ira jusqu’à créer sur Facebook un panneau où pouvoir afficher en grand sa bêtise… comment dire… crasse : « A Notre-Dame-des-Landes, les cradistes vont lancer un parfum ; info ou intox ? »
T’as le look, coco, t’as le look, mais ça n’empêche pas tes allusions d’être nauséabondes.

* La convergence des erreurs.

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Une dame est assassinée chez elle, à Paris, dans des conditions particulièrement sordides. Comme la dame est juive, journaux, télés et radios, tous en chœur, y vont de la phrase rituelle : « La communauté juive est sous le choc. »
Il est vrai que si on n’est pas juif, on ne voit pas ce qui pourrait émouvoir dans l’assassinat d’une personne seule de 85 ans recevant onze coups de couteau et dont les meurtriers tentent ensuite de brûler le corps. Et tout cela, peut-être, uniquement parce qu’elle est juive.
C’est comme ça désormais. L’émotion est à son tour un territoire aux frontières ethniques ou religieuses. Si on assassine un prêtre, c’est le monde chrétien qui est « sous le choc ». Si c’est l’habitué d’une mosquée, c’est le monde musulman qui est « sous le choc », et ainsi de suite.
En toute logique journalistique et communautaire, moi qui n’ai pas de religion je ne devrais être « sous le choc » que lorsqu’on assassine des mécréants. Mais comme il n’est jamais précisé que tel ou tel trucidé était non-croyant, toute émotion m’est donc épargnée. Je ne suis jamais « sous le choc ».

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Le ministère de la Culture de la Fédération de Russie vient d’interdire la sortie du film La mort de Staline, du réalisateur britannique Armando Iannucci. Ce film, adapté d’une bande dessinée française, est une satire portant sur la lutte pour le pouvoir entre membres influents de l’Union soviétique à la mort du « petit père des peuples », en 1953. La sortie du film était prévue pour ce jeudi 25 janvier, mais mardi 23 le ministère de la Culture a bloqué le visa d’exploitation, après qu’une commission restreinte au sein de ce ministère, composée de divers professionnels de la culture et d’hommes politiques, eut assisté à sa projection privée. Parmi le gratin de la censure figurent la fille du maréchal Joukov (l’un des personnages du film), le réalisateur Nikita Mikhalkov, lèche-bottes poutinien jusqu’à la moelle, et le président de la commission des affaires étrangères de la Douma, Leonid Slutski.
Outre Staline lui-même, des personnalités connues du monde soviétique, comme
les militaires Joukov et Rokossovski, Leonid Brejnev, le sinistre Beria, que Staline présenta à Ribbentrop comme « le chef de notre Gestapo » lors de la signature du pacte germano-soviétique, puis comme « notre Himmler » auprès de Franklin Roosevelt à Yalta, sont ici caricaturées, ce qui a fortement déplu à la petite camarilla de fonctionnaires parasites russes. « Les personnages sont montrés comme des clowns idiots », déclarait à l’issue de la projection Pavel Pozhigailo, membre du conseil social (sic) du ministère de la Culture, à qui il semble urgent d’expliquer ce qu’est une satire, compte tenu de l’emploi qu’il occupe.
La mort de Staline
a été présenté pour la première fois en septembre dernier au Festival de Toronto. Quiconque a regardé la bande annonce, aisément accessible sur le Net, comprend en quelques secondes qu’il s’agit d’une caricature. Son réalisateur s’est tout de même vu obligé, dans une déclaration à la presse russe, de préciser ne pas avoir fait un document historique, en ajoutant que les dialogues entre dirigeants soviétiques n’étaient que le produit de sa fantaisie (autre terme à expliquer aux susdits parasites).
Les communistes de Russie, les « vrais », des comiques dans leur genre eux aussi, qui avaient très officiellement demandé l’interdiction du film, l’ont pour leur part assimilé à une « provocation ». Du temps de leur splendeur, cette « provocation » eût été qualifiée d’impérialiste ou de contre-révolutionnaire. C’est à des détails comme celui-là qu’on voit que tout fout le camp.

Sous la chapka, les dollars de la CIA

Les téléspectateurs cubains, eux, ont beaucoup plus de chance puisqu’il leur a été enfin permis, lundi 22 janvier au soir, de voir Le docteur Jivago sur leur petit écran, cinquante-trois petites années après la sortie de ce film de David Lean. Mais attention, comme près de soixante années de propagande castriste, seule autorisée sur l’île, n’ont toujours pas suffi à fabriquer l’homme nouveau capable de mieux comprendre qu’un enfant de 10 ans de quoi il retourne, cette diffusion a été précédée d’un avertissement solennel concernant les « problèmes idéologiques » posés par ce film, notamment la présentation qui est faite de « la Grande Révolution Socialiste d’Octobre » (les majuscules s’entendaient dans la voix émue du présentateur), a précisé Carlos Galiano, très peiné par ailleurs de voir les bolcheviques dépeints « comme des extrémistes et des fanatiques, dans une suite de clichés antisoviétiques et anticommunistes propres à la guerre froide ». Avant la diffusion du film, les téléspectateurs cubains ont été « informés » que la CIA, dans sa guerre culturelle contre l’Union soviétique, avait payé l’académie Nobel de Suède afin qu’elle décerne son prix, en 1959, à Boris Pasternak, auteur du livre dont est tiré le film de David Lean. Carlos Galiano, sans doute pris par le temps, n’a pas cru bon d’ajouter que cet ouvrage est évidemment introuvable à Cuba.

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Après le curé célébrant Franco et son coup d’Etat de juillet 1936 dans une église de Valence, le 21 novembre dernier (voir « Célébration très chrétienne d’un dictateur »), c’est au tour de Mariano Rajoy, président du gouvernement espagnol et ardent démocrate, de se distinguer dans le même domaine.
A Marín, une ville de la province de Pontevedra, en Galice, une rue portant le nom d’un militaire factieux et franquiste, l’amiral Salvador Moreno, a été débaptisée il y a dix ans, dans le cadre de la loi sur la mémoire historique, et s’est vu attribuer en échange le nom de la poétesse galicienne Rosalía de Castro. Rendant visite à des militaires dans cette ville, le 30 novembre, Mariano Rajoy, lui-même originaire de Galice, s’est étonné de ce changement de nom : « J’ai vécu de nombreuses années à côté de l’école navale de Marín, dans la rue Salvador Moreno. Maintenant je ne sais pas pourquoi ils ont changé le nom de la rue. Moi je continue à l’appeler ainsi », a-t-il déclaré. Président du gouvernement d’un pays démocratique, il ne voit pas pourquoi…
Rappelons que Rosalía de Castro est l’auteur du poème Galice qui, adapté en français par Luc Bérimont et mis en musique par José Niza, a donné une très belle chanson interprétée par Marc Ogeret. Mais Mariano Rajoy préfère sans doute la musique militaire.

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Finalement, il n’y a pas que les cons qui osent tout et qu’on reconnaît précisément à ça, comme le laissait entendre Michel Audiard dans une célèbre réplique des non moins célèbres Tontons flingueurs. Les salauds momentanément triomphants ne sont pas mal dans le genre, eux aussi.
Ainsi donc, le fameux dialoguiste fort discret sur le temps de sa jeunesse, et qui s’était décrit comme un « gosse affamé » durant la période de l’Occupation, fut en réalité ce jeune homme adhérant en 1942 au groupe Collaboration (à son insu, dira-t-il cinq ans plus tard) et qui en 1943, à 23 ans, un âge quelque peu avancé pour un « gosse », écrivait pour les journaux de la collaboration, L’Appel et L’Union française notamment.
Dans le vocabulaire de l’époque où il convenait de rivaliser dans l’abjection avec des confrères tout aussi « affamés », Michel Audiard va donc se montrer follement original en trouvant aux Juifs une « étrangeté désagréable », une « veulerie suante » et une « odeur de chacal ». Il saura lui aussi dénoncer « la conjuration des synagogues » et désigner les responsables du mal français, les « petits youpins » partout présents. Le monde artistique en particulier lui permettra de se faire le pourfendeur du « ramassis de faisans, juifs (pardonnez le pléonasme), métèques, margoulins petits et grands, salopards réussis ». Devenu critique cinématographique, une exception toutefois lui permettra de constater que tout n’est pas juif ou métèque dans ce monde de l’art puisqu’il saluera les grandes qualités d’« un authentique chef-d’œuvre », Les Dieux du stade de Leni Riefenstahl.
On comprend mieux aujourd’hui l’admiration sans réserve aucune que Michel Audiard vouait à son écrivain préféré, Louis-Ferdinand Céline, maître incontesté du vomi antijuif en littérature, à qui il rendra hommage à travers le décor de l’un de ses films* en donnant son nom à une rue. Voici d’ailleurs comment l’élève tentait de justifier l’abjection de son maître** : « Je ne conteste pas que Céline ait été antisémite, mais Céline était tellement antitout, et, pour commencer, tellement anti-Céline qu’il ne pouvait pas ne pas être antisémite. C’était un anarchiste à l’état pur. »
Commencer par ne pas contester l’antisémitisme de Céline n’a rien de particulièrement remarquable. On voit très mal, en effet, comment il serait possible de nous faire avaler le contraire. Quant à expliquer cette haine tenace et criminelle envers les Juifs par une position « antitout », c’est franchement se foutre du monde. D’abord parce qu’on voit mal ce qu’est ce tout, et que dans ce tout Céline n’a choisi que les seuls Juifs comme cible quasi unique, les « métèques » et autres francs-maçons venant quelquefois prendre le relais. Céline « l’antitout » ne fut pas anti-allemand entre 1939 et 1945, c’est le moins qu’on puisse dire, antinazi encore moins. Et pour ce qui est d’être anti-lui-même, quelle sinistre plaisanterie ! L’auteur du Voyage n’a jamais été le dernier à célébrer son propre génie et ne brille guère par une modestie bienvenue. Après-guerre, sans la moindre dignité, il ne cessera jamais de pleurnicher, de gémir et de s’apitoyer sur son sort, sans jamais, à aucun moment, avoir un mot pour les victimes des salopards qu’il côtoya avec plaisir durant toute l’Occupation.
Quant à faire un « anarchiste » d’un individu qui n’aime rien ni personne, qui plus est « un pur » (sic), c’est une façon assez minable de prolonger l’imposture en voulant faire passer celui qu’on défend comme celui qui parle pour ce qu’ils ne sont pas, et mieux cacher ainsi ce qu’ils furent vraiment. Jamais Céline ni Audiard ne furent anarchistes, purs ou non. Mais les salauds, ça ose tout…

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* Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !, 1970.
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Michel Audiard, de Philippe Durant, Le Cherche-Midi, 2005.

 

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