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Archive for the ‘02. Derniers articles parus’ Category

Chaque fois qu’il est question de l’interdiction totale des libertés les plus élémentaires propre à toute dictature, il se trouve invariablement un stalinisé d’hier et d’aujourd’hui, dès que le mot « Cuba » est écrit ou prononcé, pour répliquer « gratuité des soins, de la culture et des activités sportives ».
Outre l’indécence qui consiste à justifier l’absence de liberté par l’accès à certaines activités gratuites, sorte de compensation en quelque sorte, il reste évidemment à s’interroger sur cette prétendue gratuité, de voir ce qu’il en est réellement, ce que ne sauraient faire les récitants du catéchisme communiste, là-bas comme ici.
Or les témoignages qu’il a été possible de recueillir, tant auprès des nombreux Cubains ayant fui le « paradis » castriste que parmi ceux qui vivent sur l’île et prennent le risque de s’exprimer, montrent que les Cubains sont plutôt confrontés à une gratuité… coûteuse.
Voici, par exemple, le témoignage d’un père de deux enfants, qui relate avec précision et humour ce qu’il en est exactement.

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Nous les hominidés qui vivons sur cette terre savons que l’éducation est gratuite à Cuba. Je le sais parce que j’ai pu entendre l’Invaincu Commandant l’affirmer quelque 272397 fois (si je ne me suis pas trompé, ce qui ne peut être le cas puisque mon éducation fut gratuite).
C’était mon hobby de compter ses affirmations cadencées quand il nous charmait avec des interventions simultanées sur toutes les chaînes de télévision durant trois ou quatre heures instructives, durant lesquelles nous nous informions de tout le bien dans lequel nous vivions ; je me souviens de cette nuit glorieuse où il nous parla du coût des entrées à la LMB [1] ; avec une seule de ces entrées on pouvait se payer un siège pour l’année dans la Serie Nacional [2], disait-il. Quelle vérité, mon Dieu… euh… je veux dire, mes compatriotes !
Cette addiction juvénile aux discours du loquace Lider m’a convaincu de deux choses : premièrement, que lui personnellement payait notre éducation de sa poche et nous demandait seulement une fidélité absolue ; deuxièmement, qu’il n’y a que dans le communisme que les parents n’ont pas à payer directement l’éducation de leurs enfants. Par la suite, j’ai découvert qu’il n’en allait pas exactement ainsi, mais je crois que le Commandant, le pauvre, est mort en y croyant encore.
Cependant, personne ne prêtait attention à ces réussites révolutionnaires. Ma génération a profité d’activités sportives, de l’apprentissage de langues, de lieux de grandes vacances comme Tarará, tout gratuit, mais cela n’était pas valorisé, l’être humain est très peu reconnaissant, surtout l’homme nouveau socialiste.
Désormais ce sont mes enfants qui profitent de ces avantages gratuits de la Révolution.
Le garçon est en quatrième grade, il a déjà eu sept institutrices, toutes gratuites et presque toutes pouvaient écrire sans faire de fautes d’orthographe… Noooon, j’exagère. Plus sérieusement, quelque chose me dit que le niveau a un peu diminué, cette année mon fils a appris que Hatuey [3] a lutté pour libérer Cuba, il l’a appris de la bouche de sa septième institutrice, une licenciée, Yurysleysys .
Une des institutrices a ouvert une petite école, une espèce d’académie privée où l’on fait du rattrapage pour les enfants le soir. Comme l’éducation continue d’être gratuite mais que la qualité… nous les parents nous sommes pointilleux et nous l’envoyons dans cette petite école trois heures par semaine pour qu’il apprenne les bases, ce qui coûte 250 pesos par mois.
Mon épouse et moi sommes des embourgeoisés et nous faisons faire deux activités sportives à notre fils, les échecs et les arts martiaux, quatre heures par semaine au total, qui nous coûtent chacune 250 pesos.
Ma fille est encore en âge préscolaire. Que Marx la bénisse, nous disposons d’un Centre pour enfants gratuit dont nous n’avons guère profité. Il a fermé en février dernier à cause d’un problème de salle de bains, puis rouvert en août après que l’Etat a effectué la réparation gratuitement, ce délai s’expliquant par le manque de moyens dû au blocus.
Ensuite il y eut le cyclone Irma. Les dégâts furent minimes mais les arbres alentour sont tels que si tu les regardes ils tombent. Intelligemment, on l’a donc fermé à nouveau en septembre jusqu’à ce que l’efficace et gratuit Pouvoir populaire puisse coordonner l’envoi d’hommes pour élaguer les arbres.
Pour être juste, l’Etat ne nous a pas abandonnés, il nous a octroyé une place dans un autre centre, sauf qu’en distance nous passions de trois cents mètres à plus de trois kilomètres, faute de places plus proches, mais comme nous sommes des gens mal élevés cela ne nous a pas plu et nous avons décidé de confier à nouveau notre fille à la dame qui s’occupait d’elle avant son entrée au centre pour enfants, ce qui nous coûte 250 autres pesos par mois.
Comme notre fille est une petit Cubaine charmante, nous l’avons placée dans une académie d’initiation artistique. Vous ne savez bien sûr pas combien ça coûte ? Oui, 250 pesos !
A cela, ajoutons le surplus alimentaire que nous donnons à notre fils, parents névrosés qui souhaitent bien le nourrir. Ce renfort tourne autour de 20 pesos par jour entre le goûter et les protéines pour le déjeuner, ce qui fait 400 pesos en plus.
En additionnant, ce que je sais faire car je l’ai appris gratuitement, l’éducation gratuite de mes enfants coûte, sans entrer davantage dans les détails, quelque 1900 pesos par mois.
L’éducation est gratuite, mais mon épouse déséquilibrée et moi dépensons en elle quasiment quatre fois le salaire mensuel d’une institutrice du primaire.
Je tremble à l’idée que ma fille va bientôt commencer le cours primaire gratuit, nous atteindrons alors cinq fois le salaire cubain moyen, et cela en vivant dans un quartier de la classe moyenne basse, et bien basse.
Que vivent la Révolution et ses chers avantages gratuits !

Repatriado
(traduction : Floréal Melgar)

PS : Tout ce qui est exposé ici, et que vous avez lu gratuitement, est vrai, excepté le nom de l’institutrice. Nous avons choisi de ne pas vous le dire, pour le temps qu’elles restent.

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[1] LMB : Ligue majeure de baseball nord-américaine (Major League Baseball).
[2] Serie Nacional : ligue de baseball cubaine.
[3] Hatuey : voir Wikipédia.

Source : Havana Times.

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La programmation de la station ECN1, depuis ses studios situés au quatrième étage du siège réquisitionné de Foment, le patronat catalan, commençait et se terminait sur l’air de Hijos del pueblo (« Hijos del pueblo, te oprimen cadenas / Y esa injusticia no puede seguir ») [1] et d’A las barricadas (« Negras tormentas agitan los aíres / Nubes oscuras nos impiden ver ») [2]. Dans la programmation figuraient des allocutions de Durruti, Federica Montseny, Juan Peiró, Juan García Oliver ou Marianet, des informations consacrées à la guerre, des chroniques venues des premières lignes depuis la colonne Durruti, des reportages, et les programmes habituels diffusaient des conférences contre la prostitution ou en faveur de la pédagogie moderne ou sur l’hygiène. Toutes ces paroles, bien que non enregistrées, ne se sont pas toutes envolées au vent. L’écrivain Ferran Aisa en a récupéré dans son dernier livre, ECN1, Radio CNT-FAI Barcelone. La voix de la révolution (éditions Entre Ambos).

Juan García Oliver au micro de ECN1 Radio CNT-FAI au cinéma Coliseum de Barcelone.

L’ouvrage, comprenant une introduction consacrée au contexte dans lequel fut créée la station du mouvement anarchiste, active de septembre 1936 à juin 1937 – moment où elle cessa d’émettre après les événements de mai –, et une vaste sélection des contenus d’émissions, a été rendu possible parce qu’une partie de la programmation était retranscrite pour être publiée dans la presse anarchiste de Barcelone, ou en brochures ou sur feuilles volantes. Quelques émissions – peu – furent enregistrées sur disque ou filmées (les magnétophones n’étaient pas encore arrivés).
Avec Radio Barcelone contrôlée par le gouvernement de la République, et Radio Associació du côté de la Generalitat, la CNT prit dès juillet 1936 le contrôle de Radio Badalona, la Voz de la Costa (la future Radio Miramar), et ensuite, comme le firent également le POUM, l’UGT et le PSUC, lança le 3 septembre sa propre station, encadrée par le bureau de propagande de la CNT-FAI que dirigeait depuis le siège du mouvement, dans l’immeuble réquisitionné du patronat catalan, le journaliste Jacinto Toryho, également directeur de la station et du quotidien
Solidaridad obrera. Sous sa direction, et avant même la création du Commissariat de propagande de la Generalitat, toutes les activités – la presse anarchiste (Solidaridad obrera, La Veu de Catalunya ainsi que Tierra y Libertad, le journal de la FAI), les meetings, les conférences, les spectacles, les informations – étaient coordonnées. Elles fournissaient le contenu de la radio, qui se distinguait en combinant les langues catalane et castillane, à la différence de Radio Associació, et par ses espaces de diffusion, aux heures de moindre audience, en espéranto, portugais, allemand, français, anglais, russe, suédois, italien, tchèque, polonais ou arabe.
« Le rôle de la radio fut moindre durant la Première Guerre mondiale, la guerre civile fut la première à se faire aussi par les ondes,
rappelle Ferran Aisa, auteur de plusieurs livres sur l’anarchisme et lauréat du prix Ciutat de Barcelona pour son travail sur l’Ateneu Enciclopèdic Popular. Son but était la propagande de guerre. Diffuser l’enthousiasme sur le front et à l’arrière-garde », précise-t-il.
Parmi les intervenants oubliés de ECN1 figure surtout Toryho lui-même (qui, en exil, travaillera pour Canal 7 de Buenos Aires) et les noms de Joaquín Montero, Jaume R. Magriñá, Ada Martí et pratiquement toute la rédaction de
Solidaridad obrera, qui offraient une version à lire au micro du contenu quotidien du journal de la CNT.
Les positions officielles de la CNT étaient retransmises dans les moments clés (se démarquant de l’action des patrouilles incontrôlées, fixant la position de l’organisation sur le catalanisme [voir la déclaration de Jacinto Toryho ci-dessous], défendant le fédéralisme ibérique ou appelant au calme durant les événements de mai 1937), mais la programmation, qui était chaque jour annoncée dans la presse, comme le sont aujourd’hui les programmés télé, comprenait des émissions régulières, comme « La boîte aux lettres du milicien » avec lecture de courrier venu du front et des exposés au contenu pédagogique par Mercedes Comaposada (féminisme), Floreal Ocaña, Violeta Baget ou Joan Puig Elies (pédagogie), Gonzalo de Reparaz (histoire), Félix Martí Ibáñez (sexologie et hygiène), Alberto Carcí (science et économie)… Les conférences et meetings des principaux dirigeants de la CNT étaient également retransmis, ainsi que des entretiens avec d’illustres visiteurs, comme Thomas Mann ou John Dos Passos. Aisa a sélectionné des matériaux restés inédits depuis leur diffusion en 1937 ; tous retransmis par les ondes, à l’exception d’une conférence de León Felipe qui ne fut pas diffusée
« parce qu’il s’en prenait à tout le monde ».

Ernest Alós
(traduction : Floréal Melgar)

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[1] « Fils du peuple, des chaînes t’oppriment / Et cette injustice ne peut continuer ».
[2] « De noires tourmentes agitent les airs / De sombres nuages nous empêchent de voir ».

Source : elPeriódico.

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La CNT et les libertés en Catalogne
(déclaration de Jacinto Toryho, 29 juillet 1936)

« Du sinistre Cambó* jusqu’à l’extrême opposé de la politique catalane, presque tous les partis et journaux ont affirmé à plusieurs reprises que la FAI et la CNT sont des organismes exotiques et anticatalans (…). Ce ne sont pas des organisations exotiques. Elles sont nées toutes deux sur le sol catalan** ; elles se constituèrent dans une atmosphère rebelle, et de là gagnèrent tous les peuples de la péninsule Ibérique. La Catalogne est le berceau de la CNT. La Catalogne est la terre de la FAI. Dans ces organisations milite le plus grand contingent d’ouvriers catalans. Dans sa langue se répandent nos idées, dans sa langue et dans toutes les langues du monde. La CNT et la FAI portent le fédéralisme jusque dans la moelle. Mais leur fédéralisme est un fédéralisme sans frontières, sans barrières qui divisent, sans égoïsme de terroir. L’organisation confédérale et anarchiste combat avec la même ferveur et la même intensité le capitalisme de Catalogne que le capitalisme castillan. »

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* Francesc Cambó : homme politique catalan, conservateur, fondateur de la Ligue régionaliste en 1901.
** En réalité, la FAI fut créée lors d’une réunion clandestine tenue sur une plage de Valence (qui ne se trouve pas en Catalogne) les 25 et 26 juillet 1927.

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« Moi, durant toute ma vie, j’ai eu beaucoup de chance ; dans le camp de concentration aussi, j’ai eu beaucoup de chance. » Voilà la phrase que répétait souvent Manuel Alfonso Ortells. Ce Barcelonais a vécu durant 99 ans une histoire de personnage de film… mais dur, plein de luttes et de souffrances, incluant deux guerres, de nombreuses déceptions politiques et peu de joies personnelles. Une histoire qui vient, dans la localité française de Talence, ce mardi 14 novembre, de connaître une fin tranquille à laquelle ont assisté tous ses enfants.
Manuel Alfonso est né pour lutter pour la liberté. Il vécut le coup d’Etat emmené par Franco alors qu’il avait seulement 17 ans. Malgré sa jeunesse, il décida d’abandonner la sécurité et la relative commodité que lui offrait sa ville natale, Hospitalet de Llobregat : « J’ai profité que la colonne Durruti se trouvait à Barcelone, de repos à l’arrière-garde après plusieurs mois de combat. Le jour où elle retourna au front, je suis parti avec elle, sans rien dire à ma famille », avait-il l’habitude de raconter en riant. Durant la guerre, il fut blessé en combattant au front et obtint le grade de lieutenant. Une fois rétabli, il dut fuir en France, en février 1939, pour échapper à l’avance franquiste.
Jusque dans les dernières années de sa vie, Manuel n’a pu oublier les mauvais traitements que lui et le demi-million d’Espagnols exilés reçurent de la part des autorités démocratiques françaises. Il passa plusieurs mois enfermés, avec des milliers d’autres combattants républicains, dans les camps du Vernet et de Septfonds. Fin 1939, pour fuir cette misère et pouvoir manger un peu plus, il s’inscrivit à l’une des compagnies de travailleurs espagnols créées par l’armée française pour combattre la prévisible invasion allemande. Les pires prévisions furent confirmées, et en juin 1940 les troupes d’Hitler occupèrent tout le pays et capturèrent Manuel Alfonso ainsi que des milliers de soldats français, britanniques, hollandais et belges.
Manuel Alfonso échoua dans un camp pour prisonniers de guerre à Strasbourg où il aurait dû rester jusqu’à la fin de la guerre en compagnie d’autres prisonniers venus de pays occupés. Mais Franco, à travers son beau-frère et ministre du gouvernement, Ramón Serrano Suñer, convint avec Hitler que tous les Espagnols soient sortis de ces camps de prisonniers, où l’on respectait plus ou moins les droits humains, et envoyés au camp de concentration de Mauthausen.
« Franco nous condamnait à mort, et il était bien content de ne pas accomplir cette tâche lui-même ; les Allemands le firent en son nom », racontait Manuel jusqu’à sa mort.

Le dessinateur de Mauthausen
Les portes de Mauthausen s’ouvrirent pour lui et les centaines de républicains espagnols qui voyageaient dans le même train le 13 décembre 1940. A peine arrivé, il connut son premier coup de chance. Malgré le rasage intégral des cheveux et du corps, les humiliations et l’obligation de revêtir l’habit rayé, il parvint à cacher un portrait de sa mère qu’il avait lui-même dessiné durant son séjour précédent dans un camp de prisonniers. Cette petite prouesse représenta pour Manuel sa première grande victoire face aux sinistres SS.
Les premiers mois de captivité furent les pires. Le lutteur catalan fut mobilisé, comme la grande majorité des prisonniers espagnols, pour travailler très durement à la carrière de granit où il charriait des blocs de pierre de 40 ou 50 kilos. « Je n’en pouvais plus », confessait-il chaque fois qu’il rappelait l’effort inhumain auquel il était soumis chaque jour, alors qu’une ridicule quantité d’aliments était fournie par les nazis. « Et j’ai encore eu de la chance. Ils avaient besoin de dessinateurs pour le bureau d’architectes du camp, et comme je faisais du dessin ils m’ont choisi. »
Ce travail lui sauva la vie. Il passait la journée à l’abri du froid ou de la chaleur, réalisant un travail de bureau et recevant une petite quantité alimentaire supplémentaire. C’est durant ce temps qu’il devint populaire parmi les autres prisonniers espagnols. Manuel aidait ses camarades comme il le pouvait ; il donnait une part de ses aliments aux plus faibles et leur remontait le moral à l’aide de ses dessins : « Quand c’était l’anniversaire de l’un d’eux, je faisais un dessin et lui donnait en cadeau. Sur ses dessins, j’avais l’habitude de placer un oiseau, qui symbolisait la liberté. C’est pour cela qu’ils m’ont appelé “Pajarito”*. » Le prisonnier artiste se chargea également de brosser, par de simples dessins, toute l’horreur vécue parmi les barbelés nazis.

Le reste de sa vie en France
Manuel retrouva la liberté le 5 mai 1945 quand les troupes américaines libérèrent le camp. Sur les 5500 Espagnols morts dans les camps de concentration, près de 5000 moururent à Mauthausen**. Par la suite, la joie des survivants ne fut cependant pas complète. Comme Manuel, tous croyaient que les Alliés renverseraient le régime fasciste de Franco et que cela leur permettrait de rentrer dans leur foyer. Ce ne fut pas le cas.
Manuel Alfonso refit sa vie en France, où il fonda une grande famille. Ses dessins ont circulé dans de nombreuses expositions, et l’un d’eux fut même reproduit sur un timbre officiel de la République française. Son incroyable histoire a été relatée dans un humble ouvrage intitulé De Barcelone à Mauthausen. Bien qu’il n’ait pas été le seul prisonnier espagnol de ce camp à réaliser des illustrations, l’histoire de Mauthausen ne peut ni ne pourra être connue complètement sans se plonger dans ces simples mais violents traits que traça un grand lutteur que ses compagnons d’enfer appelait « Pajarito ».

Carlos Hernández
(traduction Floréal Melgar)

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* « Pajarito » signifie « petit oiseau » en français.
** Des historiens ont établi à 4761 le nombre de républicains espagnols morts à Mauthausen.

Source : eldiario.es

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J’ai un ancêtre, le père d’un arrière-grand-père, côté maternel, qui était membre de la Libre-Pensée. Voici le texte qu’on trouve sur sa carte d’adhérent.

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Samedi 11 novembre, à San Giovanni (province d’Arezzo, Toscane), le nom d’Otello Gaggi, militant antifasciste et anarchiste mort dans le goulag soviétique en 1945, a été donné à une rue de cette commune, en présence de l’historien Giorgio Sacchetti, auteur du livre Otello Gaggi, victime du fascisme et du stalinisme. L’auteur compositeur italien Alessio Lega est venu pour l’occasion interpréter quelques chansons de tradition populaire et libertaire.
Natif de San Giovanni, Otello Gaggi avait participé aux grands mouvements populaires d’opposition à la Première Guerre mondiale et à l’insurrection antifasciste des 23 et 24 mars 1921 dans le val d’Arno. Réfugié politique en URSS, il refusa de prendre la nationalité soviétique, souhaitant conserver la sienne. Il se montra très critique envers le système soviétique et fut pour cela condamné à une longue peine de goulag. Il devait d’ailleurs y mourir après dix années d’indicibles souffrances, malgré une grande mobilisation internationale en sa faveur.
Otello Gaggi, simple ouvrier et militant anarchiste à l’engagement social et culturel qui a caractérisé ce val d’Arno minier et sidérurgique, demeure aujourd’hui, dans sa région, le symbole des opposants et victimes des deux grands totalitarismes du XXe siècle.

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Osmel Ramírez Alvarez, producteur dans une coopérative agricole de tabac de Mayari (Cuba) et collaborateur du blog libre « Havana Times », a été arrêté dans la soirée du vendredi 10 novembre, ont annoncé des membres de sa famille. Son ordinateur et d’autres objets lui appartenant ont été saisis. On ignore pour le moment dans quel local de la police ou de la Sécurité d’Etat il est détenu, ni le motif de son arrestation.
Depuis quelques mois, Osmel Ramírez Alvarez faisait l’objet de menaces de la part d’agents en civil qui lui ont conseillé de cesser d’écrire pour faire connaître ses opinions.
Le 15 août dernier, Osmel Ramírez Alvarez écrivait l’article qu’on peut lire ci-dessous, alertant sur ces menaces qui aujourd’hui ont été mises à exécution.
On peut saluer le courage de cet homme pour, entre autres, ce qu’il écrit à la responsable du Parti communiste local et qui n’est sans doute pas étranger à sa situation du moment, très inquiétante en pays dictatorial.

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Ma réponse à une dangereuse menace

A Cuba, tout acte en faveur d’un changement, perpétré hors du cadre officiel, est un acte dissident. Peu importe qui écrit, que tu sois sympathisant des méthodes violentes de Posada Carriles*, avec l’Ecole de Chicago ou un socialiste démocrate. Le système ne fait aucune distinction, celui qui n’applaudit pas est un ennemi.

Osmel Ramírez Alvarez

J’ai reçu le premier signal d’intimidation de la part de la Sécurité d’Etat par l’intermédiaire de ma famille, à travers une menace d’emprisonnement. Apparemment, même si je ne commettais aucune violation de la loi, « dans ce que [je faisais] il y aurait des preuves de mes délits et ils peuvent [m]’emprisonner ».
Il convient de préciser que mon travail de journaliste et la divulgation, au sein de ma communauté, de mes idées démocratiques et réformistes au sein du socialisme m’ont valu beaucoup de sympathie et d’appui. Et cela malgré l’image qui est donnée de moi de faire un travail souterrain, en me taxant d’« opposant », « dangereux » ou « contre-révolutionnaire », qualificatifs très méprisants de la part de la propagande officielle à Cuba.
Dans la coopérative où je travaille comme producteur de tabac, les employés insistent depuis des années pour que j’en sois le président. Mais l’ANAP (Association nationale des petits agriculteurs), sur ordre du Parti et de la Sécurité de l’Etat, l’empêche. En 2013, j’étais déjà candidat, alors même que l’ANAP m’en avait convaincu, mais très vite ses dirigeants se réunirent mystérieusement avec ces organismes, et ils décidèrent de suspendre le vote. Ils nommèrent alors président, « provisoirement », une personne peu préparée, tout en contraignant les paysans qui demandaient que je le sois.
Le 17 décembre 2014, le vote devait finalement avoir lieu, et je fus de nouveau massivement proposé pour être candidat. Refuser cette proposition me coûta beaucoup de travail. Mais l’ordre était qu’on ne me permette d’assumer aucun poste de direction ou de responsabilité au sein de la communauté. On m’ôta donc de la liste des candidats, en prétextant que j’étais un opposant. Sans figurer sur cette liste, j’obtins six votes de paysans qui prirent l’initiative d’écrire mon nom sur les bulletins et de mettre une croix devant.
Il aurait pu y avoir un grand débat sur cet épisode aberrant ce jour-là, mais le hasard le fit correspondre avec l’annonce simultanée d’Obama et de Raoul Castro sur le rétablissement des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Cette nouvelle transforma l’événement en fête, peu propice à la tenue de ce débat.
La coopérative connaît de sérieux problèmes de fonctionnement et les comptes sont très obscurs, avec de graves soupçons de corruption. L’ANAP, le Parti communiste et le gouvernement le savent, mais ne se risquent pas à faire quelque chose, de peur qu’en révélant ces problèmes la masse paysanne veuille m’imposer, ce qui est impensable pour eux. Et pour cela, ils font tout pour maintenir cette situation de désastre actuelle. Ils empêchent aussi que les paysans créent une commission pour la vérification des finances collectives, uniquement par crainte que j’en fasse partie. Pire que cela, désormais ils craignent que les habitants me désignent comme candidat délégué du Pouvoir populaire et ils font tout pour que cela n’arrive pas, comme ils l’ont affirmé lors d’une d’une réunion des « facteurs révolutionnaires » en cette fin de semaine.
Après la menace d’emprisonnement, j’ai cru prudent et opportun d’envoyer une lettre à la première secrétaire du Parti communiste de Mayari, Estrella Maritza Segura, exposant clairement ma position. En voici les idées les plus importantes :

« Je suis un socialiste qui croit en la démocratie directe et à la pluralité politique. Je ne partage pas, ni ne crois socialiste, le concept du parti unique signifiant l’unité nationale, (…) bien que notre gouvernement ainsi que nos lois se fondent sur cette croyance unitaire monopartidaire.
Moi, comme beaucoup d’autres à Cuba et comme la majorité dans le reste du monde, je pense différemment. Comme citoyen cubain j’ai le droit d’avoir des idées différentes des idées officielles, à espérer également que notre système politique soit meilleur et fonctionne mieux. Malheureusement, il n’existe pas de mécanismes clairs et vraiment effectifs dans nos lois et dans notre système politique qui permettent qu’on puisse présenter de nouvelles idées, de les discuter publiquement et de parvenir à un consensus majoritaire.
Il n’est pas en mes possibilités, ni en celles du peuple, de faire quoi que ce soit. Selon la Constitution, seuls le Parti communiste et le Parlement, à travers les organes de pouvoir de l’Etat, que nous savons en vérité n’être que ce même Parti communiste, puisqu’il est unique, eux seuls donc possèdent le pouvoir souverain à Cuba et peuvent décider ce qui doit être changé, et quand.
Pour cela, et en l’attente de temps meilleurs, où chaque citoyen pourra faire entendre sa voix et donner libre cours à ses idées pour un pays meilleur sans que cela soit un délit, il me reste seulement à espérer et essayer d’être utile malgré tout.
Mes écrits sont l’expression de la réalité, et en eux se trouvent également mes réflexions personnelles. (…) Ce sont mes idées et je les écris et partage avec qui peut les lire et en débattre. Internet est libre et ici personne n’interdit rien pour des raisons politiques. Malheureusement je ne peux publier mes écrits dans les médias de Cuba car ils sont tous officiels quand ils devraient être au service d’un débat national divers, critique et fécond, et non seulement apologétique.
Pardonnez-moi si en écrivant je vous dérange. C’est le moins que je puisse faire. Renoncer à cela équivaut à perdre ma dignité. J’ai le droit d’avoir des idées, de les écrire et de les partager. Je ne viole aucune loi, j’use seulement d’un de mes droits humains les plus élémentaires après mon droit à la vie.
Bien sûr que je crains tout le pouvoir que vous détenez et le fait que vous puissiez, si vous le voulez, m’emprisonner injustement, m’appliquer n’importe quelle loi arbitraire et me faire disparaître du paysage. Mais c’est là un risque que je dois courir et sincèrement, comme José Marti, « j’ai foi en l’amélioration humaine et en la vie future ». J’espère que vous ne commettrez pas cette folie.
Ma bataille d’idées est aussi en votre faveur. (…) Parce qu’un Cuba meilleur doit bénéficier à tous, et non à un groupe politique particulier. »

Beaucoup croient qu’une lettre pareille est inutile, mais de mon point de vue je la crois féconde.

Osmel Ramírez Alvarez
(Traduction : Floréal Melgar)

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* Posada Carriles : militant anticastriste en lien avec la CIA et à l’origine, entre autres, de plusieurs attentats commis à La Havane en 1997.

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Dans son livre « La Peur », paru en 1930, l’écrivain Gabriel Chevallier témoigne de son rôle de soldat durant la Première Guerre mondiale. Dans les premières pages de cet ouvrage, il commence par rendre compte de l’atmosphère qui régnait le 3 août 1914, jour où l’Allemagne déclarait officiellement la guerre à la France. En voici un extrait.

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Dans l’après-midi du 3 août, en compagnie de Fontan, un camarade de mon âge, je parcours la ville.
A la terrasse d’un café du centre, un orchestre attaque La Marseillaise. Tout le monde l’entend debout et se découvre. Sauf un petit homme chétif, de mise modeste, au visage triste sous son chapeau de paille, qui se tient seul dans un coin. Un assistant l’aperçoit, se précipite sur lui, et, d’un revers de main, fait voler le chapeau. L’homme pâlit, hausse les épaules et riposte : « Bravo ! Courageux citoyen ! » L’autre le somme de se lever. Il refuse. Des passants s’approchent, les entourent. L’agresseur continue : « Vous insultez le pays, je ne le supporterai pas ! » Le petit homme, très blanc maintenant, mais obstiné, répond : « Je trouve bien que vous offensez la raison et je ne dis rien. Je suis un homme libre, et je refuse de saluer la guerre ! » Une voix crie : « Cassez-lui la gueule à ce lâche ! » Une bousculade se produit de l’arrière, des cannes se lèvent, des tables sont renversées, des verres brisés. L’attroupement, en un instant, devient énorme. Ceux des derniers rangs, qui n’ont rien vu, renseignent les nouveaux arrivants : « C’est un espion. Il a crié : Vive l’Allemagne ! » L’indignation soulève la foule, la précipite en avant. On entend des bruits de coups sur un corps, des cris de haine et de douleur. Enfin, le gérant accourt, sa serviette sous le bras, et écarte les gens. Le petit homme, tombé de sa chaise, est étendu à travers les crachats et les bouts de cigarettes des consommateurs. Son visage tuméfié est méconnaissable, avec un œil fermé et noir ; un filet de sang coule de son front et un autre de sa bouche ouverte et enflée ; il respire difficilement et ne peut se lever. Le gérant appelle deux garçons et leur commande : « Enlevez-le de là ! » Ils le traînent plus loin sur le trottoir où ils l’abandonnent. Mais un des garçons revient, se penche et le secoue d’un air menaçant : « Dis donc, et ta consommation ? » Comme le malheureux ne répond pas, il le fouille, retire de la poche de son gilet une poignée de monnaie dans laquelle il choisit, en prenant la foule à témoin : « Ce salaud serait parti sans payer ! » On l’approuve : « Ces individus sont capables de tout ! – Heureusement qu’on l’a désarmé ! – Il était armé ? – Il a menacé les gens de son revolver. – Aussi, nous sommes trop bons en France ! – Les socialistes font le jeu de l’Allemagne, pas de pitié pour ces cocos-là ! – Les prétendus pacifistes sont des coquins. Ça ne se passera pas comme en 70, cette fois ! »
Pour fêter cette victoire, on réclame à nouveau La Marseillaise. On l’écoute en regardant le petit homme sanglant et souillé, qui geint faiblement. Je remarque près de moi une femme pâle et belle, qui murmure à son compagnon : « Ce spectacle est horrible. Ce pauvre homme a eu du courage… » Il lui répond : « Un courage d’idiot. On ne s’avise pas de résister à l’opinion publique. »
Je dis à Fontan :
– Voilà la première victime de la guerre que nous voyons.
Oui, fait-il rêveusement, il y a beaucoup d’enthousiasme !

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