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Archive for the ‘02. Derniers articles parus’ Category

Camillo Berneri

Dans un sursaut moral dont nous n’avons jusque-là jamais fait preuve, et dans la foulée de la reconnaissance, par Emmanuel Macron, de la responsabilité de l’Etat français dans l’assassinat du militant communiste Maurice Audin durant la guerre d’Algérie, nous, Parti communiste espagnol, reconnaissons notre responsabilité dans la disparition, la torture et l’assassinat, sur ordre du camarade Staline, de nombreux militants libertaires de la CNT et de « trotskistes » du POUM, notamment Camillo Berneri et Andrés Nin, durant la guerre civile d’Espagne.

Parti communiste espagnol
(p.c.c. Floréal)

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Depuis le 20 avril dernier, des artistes cubains non serviles luttent pour que ne soit pas pas appliqué le décret n°349 concocté par le gouvernement de Miguel Díaz-Canel, successeur de Raúl Castro à la tête de la dictature cubaine. Ce décret relatif à la politique culturelle devrait entrer en vigueur en décembre prochain et, s’il est maintenu, signer l’arrêt de mort de toute activité artistique indépendante sur l’île. Ceux qui pensaient honnêtement mais naïvement qu’après la mort de Fidel Castro puis le prétendu effacement de son frère à la tête de l’Etat allait s’instaurer une petite ouverture et naître à Cuba certaines libertés fondamentales, comme celle de s’exprimer librement, pourront une fois de plus verser de chaudes larmes sur leurs illusions perdues.
Vous trouverez ci-dessous un résumé en sept points du projet de décret, ainsi que des extraits dudit décret dont la traduction est due à l’organisation Amnesty International.

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Les artistes cubains, qu’ils soient diplômés de l’enseignement artistique, de l’enseignement général ou amateurs, doivent être reconnus et enregistrés par l’Etat pour exercer professionnellement.
Seuls les artistes qualifiés et inscrits au Registre des créateurs des arts plastiques et arts appliqués sont autorisés à faire des présentations ou des prestations publiques, ou tenir des espaces de commercialisation dans le domaine des arts plastiques.
Les artistes seront tenus d’être en lien avec une institution de l’Etat pour obtenir une rémunération pour leur travail. Ceux qui ne respectent pas les normes de la politique culturelle pourront faire l’objet de mesures disciplinaires de la part de cette institution, y compris sur le plan économique.
Seules les institutions autorisées par le ministère de la Culture ou l’Institut cubain de radio-télévision peuvent établir des relations de travail avec les artistes, les représenter pour commercialiser leur production et œuvres artistiques auprès du public.
Les artistes ne pourront profiter de leurs productions et spectacles artistiques ou développer ou exposer en public leur art et leur talent sans autorisation de l’Etat. Ils ne sont pas autorisés non plus à s’exprimer en utilisant des symboles nationaux. Les personnes qui ne sont pas enregistrées comme artistes sont exclues de l’accès aux pratiques artistiques.
Les fonctionnaires de l’Etat décident par exemple, sans qu’aucun obstacle ne puisse leur être opposé, si un livre respecte ou non les valeurs éthiques et culturelles ; il leur appartient d’estimer si les productions audiovisuelles, la musique ou les représentations artistiques promeuvent la discrimination, la violence, ou emploient un langage sexiste, vulgaire et obscène.
Des superviseurs et inspecteurs de l’Etat décideront s’il est nécessaire de dresser des amendes allant de 1000 à 4000 pesos, ou d’opérer la saisie des biens culturels. Ces deux formes de sanction pourront être appliquées simultanément, dans tout lieu public dépendant de l’Etat ou pas, à une personne, un groupe, un organisme qui ne respecte pas la politique établie par le ministère de la Culture. Superviseurs et inspecteurs pourront également suspendre de manière immédiate tout spectacle ou projection, ou demander l’annulation de leur autorisation.

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Extraits du décret n°349

Dans la mesure où il est nécessaire d’actualiser le décret n° 226 (…) INFRACTIONS À LA RÉGLEMENTATION EN MATIÈRE DE POLITIQUE CULTURELLE ET SUR LA PRESTATION DE SERVICES ARTISTIQUES

Constituent des infractions à ce décret, les comportements qui enfreignent les normes et dispositions en vigueur en matière de politique culturelle et de prestation de services artistiques établies par le ministère de la Culture, dans toute manifestation artistique perpétrée par des personnes physiques ou morales, en des lieux ou installations publics, appartenant à l’État ou non.

DES INFRACTIONS
Dans la prestation de services artistiques, les comportements suivants constituent une infraction (…)
e) Celui qui effectue une prestation de services artistiques sans être autorisé à exercer un travail ou une activité artistique.
On considère qu’il y a infraction lorsqu’une personne physique ou morale utilisant des médias audiovisuels y montre des contenus comprenant : a) utilisation des symboles nationaux contrevenant à la législation b) pornographie c) violence d) langage sexiste, vulgaire ou obscène (…).
Il y a également infraction lorsqu’une personne physique ou morale s’engage dans l’un des comportements suivants : (…).
b) crée des espaces de commercialisation des arts plastiques sans posséder d’autorisation ni être inscrit au Registre du créateur des arts plastiques (…)
f) commercialise des livres dont le contenu est préjudiciable aux valeurs éthiques et culturelles (…)

DES MESURES
Contre les violations mentionnées dans le présent décret peuvent s’appliquer indistinctement une ou plusieurs des mesures suivantes :
a) avertissement b) amende c) confiscation des instruments, appareils, accessoires et autres biens.
2. Conjointement aux mesures qui s’imposent, l’autorité compétente peut :
a) suspendre immédiatement le spectacle ou la projection et
b) proposer l’annulation de l’autorisation à exercer une activité professionnelle en tant que travailleur indépendant (…)

AUTORITÉS COMPÉTENTES POUR APPLIQUER LES MESURES ET TRAITER LES RECOURS
Les autorités compétentes pour inspecter (…) et appliquer les mesures adéquates sont les superviseurs-inspecteurs désignés par le ministère de la Culture (…).

Fait au Palais de la Révolution, La Havane, le 20 avril 2018.

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En Espagne, le gouvernement a décidé de lancer le processus d’exhumation des restes du dictateur Franco du Valle de los Caídos (la « vallée de ceux qui sont tombés ») où sont enterrés nombre de fascistes ainsi que des combattants du camp dit « républicain ». La famille de Franco s’oppose à ce projet.
Voici, sur le sujet, le communiqué de nos amis de l’organisation anarcho-syndicaliste CNT d’Espagne.

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La CNT salue l’initiative qui devrait amener à l’exhumation des restes du dictateur Francisco Franco du Valle de los Caídos, même si l’on peut être surpris par la « rapidité » des politiciens de gauche de ce pays, qui ont attendu seulement un peu plus de quarante années pour prendre une décision qui, par ailleurs, s’en tient au minimum. Mais puisque cela devrait être mené à bien, nous leur adressons une première demande : que cela soit fait un 18 juillet, pour que le monstre sorte enfin des vies de tant de victimes qui l’entourent un même jour où il est entré dans les leurs pour les dévaster.
Et dans le même ordre de choses, si la famille ne veut pas prendre en charge les restes du dictateur, en mettant en branle une armée d’avocats pour éviter son exhumation, ce qui aura pour conséquence que le geste du gouvernement coûte encore davantage d’argent public, nous proposons des solutions similaires à celles qui furent trouvées pour Hess ou Goering, incinérés et dont les cendres furent jetées à l’eau – ce qui évitera le vandalisme que semble craindre la famille affligée –, mais dans une version plus adaptée au personnage : un fossé pour lui seul dans quelque coin perdu. Le plus difficile sera de trouver l’endroit adéquat, car lui-même s’est amplement chargé de ne laisser que peu de surface disponible sans que, sous terre, les restes de ses victimes attendent.
Nous suggérons également que ce projet soit complété, et cela un peu mieux que lors de la fameuse « transition* » : supprimer toutes les subventions de l’Etat à la communauté des moines ; leur ôter le contrôle d’un lieu qui, curieusement, est considéré comme patrimoine national, mais qui est contrôlé par l’Eglise ; suggérer à cette communauté de moines qu’elle se trouve un autre lieu de résidence après un audit sur son – notre – financement et l’utilisation de l’argent.
Ensuite, supprimer le statut de patrimoine national à un lieu de sang, de terreur, de misère et de souvenir d’une dictature féroce et assassine. Nous préférerions que les patrimoines nationaux soient consacrés à l’art et à l’architecture, qu’ils puissent nous enrichir culturellement. Et, enfin, faire sauter les éléments les plus visibles de l’ensemble. Qu’il ne reste plus debout une seule pierre de ce symbole fasciste bâti avec le sang et la sueur des vaincus, lieu de démagogie sans-gêne alors qu’ils ont osé parler de lieu de réconciliation. Et, parmi les ruines laissées en l’état, créer un lieu contre l’oubli de la barbarie franquiste.
Ne croyez pas que nous ayons oublié ceux qui sont enterrés. Nous prenons pour acquis que, si les politiques ont un peu de dignité et de mémoire, ils mèneront à terme l’indispensable processus d’exhumation des restes de ceux qui, même après leur mort, furent traités comme des vaincus et obligés de reposer au côté de leur bourreau.
Nous leur souhaitons bonne chance et réussite.

(Traduction : Floréal Melgar)

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Note du traducteur : la « transition » désigne la période qui a suivi la mort de Franco, au cours de laquelle partis de gauche et franquistes notoires « relookés » se sont entendus pour établir une « démocratie » à leur goût, quelque peu amnésique, entre autres.

Source : site CNT d’Espagne.

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Il était pratiquement inconnu ici en France. Le poète cubain Rafael Alcides vient de mourir. Agé de 26 ans au moment de la prise de pouvoir de Fidel Castro, il avait d’abord cru, comme alors nombre de ses compatriotes, à la révolution. Puis comme beaucoup, il est passé de l’enthousiasme à l’immense déception en ouvrant les yeux sur ce qui s’est mué en vaste imposture.
N’ayant pas choisi de se taire, son nom a disparu de tous les ouvrages officiels cubains, et ses oeuvres ont été interdites de publication dans son pays.
Le réalisateur Miguel Coyula, dissident lui aussi, lui a consacré récemment un superbe documentaire, hélas disponible seulement en langue espagnole sous-titrée en anglais. J’en poste ici, pour ceux qui possèdent l’une de ces deux langues, l’un des sept épisodes, ainsi que le dernier volet de ce documentaire, où apparaît la comédienne Lynn Cruz disant l’un de ses poèmes, L’étranger. Ci-dessous, un autre poème de Rafael Alcides, en guise d’hommage à cet homme éminemment respectable qui vient de nous quitter, Agradecido como un perro (« Reconnaissant comme un chien »).

Toda mi vida ha sido un desastre
del que no me arrepiento.
La falta de niñez me hizo hombre
y el amor me sostiene.
La cárcel, el hambre, todo ;
todo eso me ha estado muy bien :
las puñaladas en la noche,
y el padre desconocido.
Y así de lo que no tuve
nace esto que soy :
bien poca cosa, es verdad,
pero enorme, agradecido como un perro

Traduction

Toute ma vie a été un désastre
Dont je ne me repens point
Le manque d’enfance m’a fait homme
Et l’amour me soutient
La prison, la faim, tout ;
Tout cela m’est allé très bien :
Les tourments dans la nuit
Et le père inconnu
Et de ce que je n’ai pas eu
Est né ce que je suis :
Bien de peu de chose, il est vrai,
Mais énorme aussi, reconnaissant comme un chien

 

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Tenue de combat homologuée Thierry Rocher

Il y a peut-être parmi vous des lecteurs du blog satirique « Le Coq des bruyères », présent sur les réseaux sociaux et qu’anime Anthony Casanova, un jeune homme sympathique, bien que corse et social-démocrate. J’avoue n’avoir jamais lu dans son entier sa livraison hebdomadaire d’articles. Je me contentais jusque-là des éditoriaux dudit Casanova, des brèves rigolotes et des chroniques souvent drôles et pertinentes de Christophe Sibille et Naqdimon Weil.
Et puis voilà qu’il y a quelques jours, je ne sais pourquoi, je clique sur le lien menant vers un article intitulé « La convergence des erreurs* », rédigé par un autre collaborateur du blog, Thierry Rocher, dont la caricature placée au bas de chacun de ses écrits fait penser à un ancien premier fayot de la classe qui serait devenu représentant en portes blindées et systèmes d’alarme.
Dans son écrit, le lourd Rocher expose laborieusement ce qu’il pense des stratégies – mauvaises, selon lui – mises en œuvre dans leur lutte par les cheminots, les étudiants et les zadistes. Son analyse, sans intérêt autre que soporifique pour des lecteurs insomniaques, me valait donc un ennui profond quand j’arrivai au paragraphe consacré à Notre-Dame-des-Landes. L’auteur s’y livrait là à une telle défense de la Propriété, « fondement de notre vie sociale » (sic), qu’elle me sembla tout droit sortie des pages du Figaro économie. Son plaidoyer prenait une telle tournure macrono-poujadiste qu’à chaque fin de phrase me venaient des flashes où apparaissaient des cadenas, des verrous, des antivols, des barbelés, et le fusil de chasse du grand-père prêt à servir contre le premier romanichel qui oserait poser le pied sur les plates-bandes du « Sam Suffy » de la pensée politique. A la toute fin du paragraphe, j’étais persuadé que quiconque souhaiterait se débarrasser à jamais du Thierry Rocher en question serait plus avisé de lui offrir Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon – crise cardiaque assurée, aucune poursuite envisageable ! – plutôt que d’avoir recours à l’arsenic.
Vous me direz que les propos anti-zadistes ont pullulé dans les médias, qu’après tout Thierry Rocher a le droit de penser comme Nadine Morano, et qu’il n’y a donc pas là de quoi en faire un plat. Certes, mais ce qui m’a poussé à écrire ce petit pamphlet, moi qui ai conservé un côté naïf, vous le savez, c’est qu’on puisse aujourd’hui lire sous la plume d’un collaborateur d’un site satirique de gauche des arguments comme celui qui suit et qu’on croirait, celui-là, tout droit sorti des propos avinés d’un beauf de bar-tabac-PMU. Qu’on en juge : « Et que dire des zadistes que j’ai appelés cradistes en interprétant par l’odeur le look des jusqu’au-boutistes ? »
Il en est là, l’intendant cravaté des terres de France menacées par des hordes barbares, à laisser entendre que les zadistes sont des individus sales et puants. Ça vole haut ! Et comme il est particulièrement fier de sa trouvaille – les « cradistes » : désopilant, non ? –, il emploiera de nouveau ce terme dans sa chronique suivante, consacrée aux black blocs, et, se prenant sans doute soudainement pour Yves Rocher, ira jusqu’à créer sur Facebook un panneau où pouvoir afficher en grand sa bêtise… comment dire… crasse : « A Notre-Dame-des-Landes, les cradistes vont lancer un parfum ; info ou intox ? »
T’as le look, coco, t’as le look, mais ça n’empêche pas tes allusions d’être nauséabondes.

* La convergence des erreurs.

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Une dame est assassinée chez elle, à Paris, dans des conditions particulièrement sordides. Comme la dame est juive, journaux, télés et radios, tous en chœur, y vont de la phrase rituelle : « La communauté juive est sous le choc. »
Il est vrai que si on n’est pas juif, on ne voit pas ce qui pourrait émouvoir dans l’assassinat d’une personne seule de 85 ans recevant onze coups de couteau et dont les meurtriers tentent ensuite de brûler le corps. Et tout cela, peut-être, uniquement parce qu’elle est juive.
C’est comme ça désormais. L’émotion est à son tour un territoire aux frontières ethniques ou religieuses. Si on assassine un prêtre, c’est le monde chrétien qui est « sous le choc ». Si c’est l’habitué d’une mosquée, c’est le monde musulman qui est « sous le choc », et ainsi de suite.
En toute logique journalistique et communautaire, moi qui n’ai pas de religion je ne devrais être « sous le choc » que lorsqu’on assassine des mécréants. Mais comme il n’est jamais précisé que tel ou tel trucidé était non-croyant, toute émotion m’est donc épargnée. Je ne suis jamais « sous le choc ».

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Notre ami et camarade Eduardo Colombo nous a quittés après une vie bien remplie. On pourra s’en rendre compte en parcourant ci-dessous un résumé de sa riche biographie.

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Né en septembre 1929 à Quilmes, en Argentine, il était le descendant d’émigrants italiens, côté paternel, et de Catalans français côté maternel.
En 1956, après des études de médecine, il exerça à Buenos Aires comme médecin des hôpitaux. De 1958 à 1962, il fut chargé de cours en psychiatrie et en psychologie clinique dans les facultés de médecine et de philosophie et, de 1962 à 1963, il occupa le poste de secrétaire de rédaction de la revue
Acta psiquiátrica y psicológica de América Latina. En 1961, il commença sa formation auprès de l’Association psychanalytique argentine. De 1962 à 1966, Eduardo Colombo exerça comme professeur de psychologie sociale dans les universités de La Plata et de Buenos Aires, postes dont il démissionna en 1966 après que le coup d’État militaire du général Ongania fit occuper par la police (« Nuit des longs bâtons ») toutes les universités du pays. Il fut ensuite membre fondateur de l’Association argentine de psychiatrie sociale et directeur de la revue Psiquiatria social (1968-1970). En 1970, il s’exila en France avec sa compagne et leurs enfants.
Le parcours militant d’Eduardo Colombo débuta en Argentine dès 1945 où il fut actif dans les centres d’étudiants du secondaire et de l’université. Sa participation au mouvement anarchiste commença en 1947. Il rejoignit la FORA (Fédération ouvrière de la région argentine) à partir de 1948. En 1949, il fut emprisonné, avec d’autres militants, pour la publication d’une feuille anarchiste.

En 1952, il fut membre du conseil fédéral de la FORA. Entre 1956 et 1969, il fit partie de la rédaction du journal anarchiste La Protesta dont il fut « éditeur responsable » dans les quelques périodes où le journal ne fut pas clandestin. Entre 1954 et 1955, il intégra la junte représentative de la Fédération universitaire argentine (FUA) regroupant tous les syndicats étudiants, hormis quelques petits syndicats nationalistes ou fascistes. À nouveau emprisonné à cause de la grève universitaire de 1954, il fut à sa sortie exclu de l’université. Il reprit ses études en 1956. Pendant toutes ces années, il donna de nombreuses conférences à la Biblioteca Popular José Ingenieros et dans d’autres locaux du mouvement anarchiste de Buenos Aires et de l’intérieur du pays.
Durant sa période militante argentine, Eduardo Colombo participa à la vie et aux luttes du mouvement ouvrier et universitaire. Il prit part activement à la grève du port de Buenos Aires en 1952, durant laquelle six ouvriers de la FORA furent torturés. Il collabora, lors de ce conflit et avec d’autres compagnons, à la publication d’une feuille clandestine de quatre pages,
Agitación. Il soutint la grève totale des constructions navales qui dura treize mois en 1956-1957 et, la même année, il se solidarisa activement, au sein de l’Agrupación anarquista de Quilmes, à une grève du textile qui lui valut une perquisition musclée à son domicile. Il fut par ailleurs délégué de La Protesta au 1er Congrès ordinaire de la FAU (Fédération anarchiste d’Uruguay) en 1957 à Montevideo, et à Santiago du Chili en 1962 lors d’une conférence régionale du mouvement anarchiste du Chili. Il représenta la FORA au 14e Congrès de l’AIT à Montpellier en octobre 1971 et fut le délégué « indirect » pour l’Uruguay au Congrès international des fédérations anarchistes (CIFA) à Paris, en août 1971. Dès son arrivée en France en 1970, il prit contact avec le mouvement anarchiste avec lequel des liens avaient déjà été établis.
Soucieux d’une vraie production intellectuelle anarchiste, il participa à la création et à la publication de plusieurs revues théoriques. De 1974 à 1978, il fut membre du comité de rédaction de
La Lanterne noire (Paris), puis de 1983 à 1996 de Volontà (Milan) et, enfin, de Réfractions (France) depuis 1997. Il a aussi été adhérent à la CNT française et membre des Editions CNT-RP.

ŒUVRE : De nombreux articles en espagnol et en français dans des journaux et revues, certains ayant été traduits en italien, portugais (Brésil), grec, anglais.

Ouvrages : El imaginario social, Ed. Nordan, Montevideo (Uruguay), 1989 (première édition), trad. en italien : L’immaginario capovolto, Eleuthera, Milan, 1987 ; Los desconocidos y los olvidados, Ed. Nordan, Montevideo, 1999 ; El espacio político de la anarquía, Ed. Nordan, 2000, trad. en français : L’Espace politique de l’anarchie, ACL, 2008, trad. en italien : Lo spazio politico dell’anarchia, Eleuthera, Milan, 2009 ; La Volonté du peuple. Démocratie et anarchie. Ed CNT-RP / Les Éditions libertaires, Paris, 2007, trad en espagnol : La voluntad del pueblo. Democracia y anarquía, Ed. Utopia libertaria, Buenos Aires, 2006.

Source : Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone (Ed. de l’Atelier, 2014).

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