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Archive for octobre 2018

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Puisque certains commentateurs aiment les citations, en voici une : « J’ai horreur des gens dont les professions de foi libertaires naissent non point d’une analyse sociologique, mais de failles psychologiques secrètes. Si les jeunes reprochent, à juste titre, à certains disciples de Freud de chercher à les “ajuster” à une société malade, l’opération contraire par laquelle on veut ajuster la société à son psychisme malade ne me paraît pas une solution non plus. » (Romain Gary, Chien blanc, 1970.)

Le texte sur le rififi à Radio-Libertaire* m’a valu de subir une petite offensive de la part d’ardents insurgés de Poitou-Charentes à qui cette citation de Romain Gary est dédiée. Dans leurs commentaires quasi identiques s’étale une logorrhée indigeste et parfois involontairement comique où se côtoient les barricades de mai 1937 à Barcelone, le CRIF, les soldats allemands désarmés flingués en 1945, les ministres de la CNT durant la guerre d’Espagne, la LICRA, Berneri et Staline, l’antifascisme comme arme du Capital, etc. Il ne manque quasiment que le fameux raton-laveur de Prévert dans cet inventaire. Mais le rapport au poète s’arrête là, hélas, car la prose de ces futurs héros de la guerre de classes relève plutôt de ce charabia gauchiste insupportable que ni vous ni moi n’employons jamais, même quand il nous arrive de perdre les pédales.
Mais, comme le dit un bon ami, espérons toutefois qu’en ces temps de protection des espèces menacées ces militants soient protégés d’une extinction dans le paysage militant. Ils nous manqueraient.

Une autre réaction, bien plus inquiétante à mon sens, révélatrice encore une fois de la confusion malsaine qui règne au sein de la grande fraternité « antisioniste », est venue d’un lecteur apparaissant sous le nom de « Ni-dieu-ni-maître » et qui, pour éviter de parler du sujet, s’est lancé avec une certaine suffisance dans un petit cours d’histoire quelque peu révisée sur la question israélo-palestinienne. Jouant les forts en thème, cet historien approximatif a cru bon de joindre à sa démonstration un certain nombre de liens internet censés appuyer son propos. Or, parmi ces liens, « Ni-dieu-ni-maître » n’a vu aucun inconvénient à glisser celui de « francephi », derrière lequel on trouve un certain Philippe Randa. Je vous laisse aller sur n’importe quel moteur de recherche pour vous faire une idée du personnage et de ce que propose son site… Autre lien proposé : celui de l’UPR, l’Union populaire républicaine du souverainiste François Asselineau, personnage légèrement sensible aux thèses conspirationnistes et que son « antisionisme » rend apparemment fréquentable aux yeux de ces « libertaires » qui ricanent à propos de qui voit de l’antisémitisme partout, quand eux n’en voient jamais nulle part. Pas gêné pour un sou d’étayer son raisonnement avec de telles références, ce guignol se permet en outre d’ironiser sur le niveau intellectuel supposé de ses contradicteurs, assimilés à des fans de TF1.
Mais ce n’est pas tout. En cliquant sur le nom de ce « Ni-dieu-ni-maître », on accède à son propre site internet, « Arbre à palabres ». Et là, on trouve quantité de liens vers l’émission « Ni dieu ni maître » de RL, ou des vidéos. Parmi ces liens, certains renvoient vers des conférences données à Paris par l’historien suisse Daniele Ganser. Des notes de bas de page permettent elles aussi d’aller vers d’autres liens, comme celui des éditions Demi-Lune. Je vous laisse à nouveau le soin de vous renseigner plus avant sur ce personnage et ces éditions, si vous n’avez pas trop peur de plonger dans le cloaque des souteneurs de thèses complotistes.
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* Voir « Du rififi à Radio-Libertaire (où l’on reparle d’antisémitisme) ».
PS : merci aux anciens ou actuels animateurs de RL qui ont commenté mon article.

Précision : J’ai enlevé la conclusion initiale de cet article. Le blog du commentateur appelé « Ni dieu ni maître » ne relayant exclusivement que l’émission du même nom de Radio-Libertaire, j’ai donc pensé, par erreur, que ce commentateur et l’animateur de cette émission de RL était une seule et même personne. Je m’en excuse auprès dudit animateur.

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Deux émissions de Radio-Libertaire (RL), « Artracaille » et « Intifada », viennent récemment d’être supprimées de la grille de programmation de cette station, sur décision du « bureau » de RL, entraînant par solidarité le départ de quelques autres animateurs. Mise au point.

Deux émissions ont donc été supprimées très récemment de la programmation de RL. Dans un communiqué bourré de fautes d’orthographe, le « bureau » de RL – nouvelle appellation du secrétariat radio, semble-t-il – qualifie sa décision de « politique » et fournit comme motif la diffusion d’images « à caractère antisémite » à laquelle se seraient livrés les deux animateurs de ces émissions sur « leurs espaces numériques », à savoir leur blogue. Samedi 13 octobre, une animatrice de l’émission « Chroniques syndicales », Marie-Christine Peyrondet, manifestement très remontée, reçoit l’une des deux personnes exclues de RL, envers qui elle se montre totalement solidaire. Elle déclarera d’ailleurs cesser toute collaboration à RL, pour ainsi manifester son soutien aux exclus. Dans le propos de Marie-Christine, très violent envers les responsables de RL, comme dans celui de l’animatrice visée, les accusations d’antisémitisme sont niées avec vigueur, et la publication des illustrations incriminées motivée par ce qu’ils appellent leur antisionisme. Dans sa diatribe anti-« bureau », Marie-Christine rappelle qu’un certain nombre d’animateurs, par le passé, furent exclus de RL. Et parmi les noms qu’elle cite figure le mien. J’ai pu également constater que depuis samedi dernier, précisément, mon texte de mai 2011 intitulé « Silence radio ! », lui aussi évoqué et consacré à la suppression de deux émissions de RL de l’époque, faisait l’objet de nombreuses visites sur ce blogue. Voilà les raisons pour lesquelles, moi qui ne suis plus adhérent de la Fédération anarchiste ni animateur RL, j’écris aujourd’hui ce texte.
Sans doute le fait de me citer partait-il d’une bonne intention de la part de Marie-Christine, avec qui j’ai toujours eu de bonnes relations, mais, d’une part, il n’est pas exact de dire que j’ai été exclu de RL, même si les responsables d’alors furent sans doute très satisfaits de me voir partir*, et d’autre part parce que je ne voudrais absolument pas que l’émission que j’animais ni ma personne soient mises sur le même plan que le blogue de l’émission « Intifada » et ses animateurs.
Car, en effet, à l’appui de son propos, le « bureau » reproduit dans son communiqué la photo et le dessin incriminés. Et là, j’ai le regret de dire très nettement aux deux animateurs des émissions supprimées et à tous ceux qui les soutiennent que oui, mille fois oui, ces illustrations lamentables et ce qu’elles véhiculent sont, en l’état et faute de plus amples informations, très sérieusement de nature à entraîner la décision prise par les responsables de RL.
Le dessin, une création de l’animateur des émissions « Artracaille » et « Intifada », représente une petite embarcation pacifique censée apporter sa solidarité aux Palestiniens, face à un énorme bateau sur le point de la « croquer » et sur lequel trône trois personnages affublés des célèbres mèche et petite moustache hitlériennes et arborant une étoile jaune sur ce qui s’apparente à des chapeaux. Qu’il faille expliquer aujourd’hui encore à des militants ou sympathisants libertaires ce qu’a d’affligeant ce parallèle imbécile Juifs = nazis, et de monstrueusement conne et révoltante cette utilisation de l’étoile jaune pour mieux renforcer ce parallèle, est vraiment désolant.
La photo, elle, est un montage concernant le CRIF et des hommes politiques supposés être à sa botte, glanée sur le site du Parti antisioniste, notoirement antisémite, photo qui circule abondamment sur de nombreux sites fascistes et catholiques intégristes. Comme me l’a soufflé un camarade, dire que c’est problématique est un euphémisme. Comment des militants ou sympathisants libertaires peuvent-ils justifier la publication sur leur blogue d’une telle saloperie, sachant de plus d’où elle provient ?
Je ne connais pas personnellement les deux animateurs aujourd’hui virés de RL. A entendre l’animatrice exclue sur l’enregistrement de l’émission « pirate » du samedi 13 octobre, ils semblent sincèrement touchés par ce qui leur arrive. S’ils sont de bonne foi, ce que je veux bien croire, cela montre quand même, pour le moins, l’extrême confusion dans laquelle pataugent aujourd’hui un certain nombre de militants libertaires, ces deux animateurs en particulier. Et si des militants préoccupés de façon obsessionnelle par la question israélo-palestinienne ne comprennent pas – ce qui semble être le cas – que la meilleure façon de montrer qu’on n’est pas antisémite consiste à ne pas diffuser les clichés éculés circulant sur les Juifs dans les milieux les plus nauséabonds, alors c’est à désespérer de leur intelligence. Sur certains sujets, la bêtise ne peut être une circonstance atténuante.

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* Je raconterai en temps voulu comment prit fin ma collaboration à Radio-Libertaire.

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Fin septembre, le nouveau chef du gouvernement cubain, Miguel Díaz-Canel, la marionnette du retraité Raúl Castro, s’est rendu à New York. Entre autres activités, il y a été reçu par un aréopage de personnalités du monde du spectacle et des arts, qui de tout temps a fourni le gros des troupes de ceux que Lénine appelait les « idiots utiles », agrémentant par leur présence la camelote faisandée proposée par la propagande communiste. Cette mise en valeur du représentant de la dictature des Caraïbes est d’autant plus lamentable et indécente en un moment où, à Cuba, nombre d’artistes indépendants se battent contre la mise en œuvre prochaine du décret 349 qui bâillonnent encore davantage les activités artistiques sur l’île, entièrement soumises au bon vouloir de l’Etat (voir « Le décret n°349 et la politique culturelle de l’Etat cubain »).
Je vous propose de lire ci-dessous ce que cette misérable mascarade new-yorkaise a inspiré à un ami cubain vivant à La Havane.

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« Fuck you, Robert De Niro ! »

Durant sa visite à New York, M. Díaz-Canel, considéré par beaucoup comme le fantoche de Raúl Castro, a été accueilli chaleureusement lors d’une rencontre avec des personnalités du monde culturel états-unien, dans le tristement célèbre Dakota Building.
Parmi les figures qui ont rendu un hommage enthousiaste à M. Díaz-Canel se distinguaient des personnalités hollywoodiennes comme Bennet Miller, Katy Holmes, Dakota Johnson, des célébrités comme Chris Martin, du groupe Coldplay, Patty Smith, les rappeurs Nas, Q-Tip et Jon Batiste.
Comme tout est possible dans le monde « progressiste », le très communiste Díaz-Canel a côtoyé allégrement des bourgeois milliardaires comme l’amusant fondateur de Studio 54, Ian Schrager, ainsi que Juliana Hatkoff, Charles Neidich, et bien sûr Carole et Alex Rosenberg, les collectionneurs d’art et fondateurs du Havana Film Festival, une rencontre connue pour censurer les films gênants pour le gouvernement cubain.
Mais parmi tant de célébrité, d’argent et de talent, se détachait, à la tête de ce groupe enthousiaste, cet autre grandissime acteur qu’est Robert De Niro.
L’opinion d’un grand acteur n’est certes pas plus ou moins respectable que celle d’un horticulteur, mais le fait d’être une immense personnalité publique transforme cette démonstration d’affection envers ce dirigeant cubain en consécration de ce qu’il représente.
Cette étrange situation, dans laquelle une personne à la réputation libérale (au sens états-unien) et d’activiste social montre publiquement un soutien à un personnage terne qui représente la plus ancienne dictature de l’Occident, mérite quelques réflexions.
– Robert De Niro est milliardaire. Ne voit-il pas de contradiction dans le fait de recevoir le représentant d’un gouvernement qui ne reconnaît pas la liberté d’entreprise ?
– Robert De Niro exprime publiquement ses opinions politiques. Ne voit-il pas de contradiction dans le fait de recevoir le représentant d’un gouvernement qui bâillonne la liberté d’expression ?
– Robert De Niro peut voyager quand il le souhaite. Ne voit-il pas de contradiction dans le fait de recevoir le représentant d’un gouvernement qui limite la libre circulation de ses citoyens, sur le plan national comme international ?
– Robert De Niro agit comme il l’entend dans des films comme Des hommes d’influence. Ne voit-il pas de contradiction dans le fait de recevoir le représentant d’un gouvernement qui censure l’art ?
Robert De Niro peut se réunir avec qui il veut. Ne voit-il pas de contradiction dans le fait de recevoir le représentant d’un gouvernement qui limite étroitement la liberté d’association ?
Est-ce là le gouvernement sous lequel aimeraient vivre Robert De Niro et ses amis milliardaires ? Est-ce là le gouvernement qu’il souhaite pour les Etats-Unis ? Si c’est le cas, ils pourraient emménager à Cuba, mais sinon pourquoi, bordel, reçoivent-ils avec tous les honneurs le représentant de ce gouvernement et par là même le légitiment-ils publiquement ?
Robert De Niro et ses amis savent-ils ce qui arriverait à un Cubain, célèbre ou pas, qui déciderait de recevoir le président des Etats-Unis ou qui parlerait mal, publiquement, du gouvernement cubain ? Ils doivent le savoir ! Ils s’en moquent ? Comment le justifient-ils ?
Je comprends et je partage la haine, oui, la haine que Robert De Niro éprouve envers Trump, mais, s’il vous plaît, comprenez-le, ce personnage qui fait honte au monde entier a été élu par ses concitoyens et il disparaîtra assez vite de l’histoire. Robert De Niro et ses amis savent-ils qui a élu Díaz-Canel et que le peuple cubain n’a absolument rien à dire sur le temps que durera sa permanence à son poste ? Ils s’en moquent ?
Je fais miennes les paroles que Robert De Niro a adressées à Trump durant la cérémonie des Tony Awards, et maintenant je les lui adresse à lui, De Niro : « Fuck you ! »

Repatriado
(traduction Floréal Melgar)

Source : « Havana Times »

 

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